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Full text of "Comptes rendus des séances"

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ACADEMIE 

DES 

INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 

ANNÉE 1894 



QUATRIEME SERIE 
TOME KXU 






ACADÉMIE 



DES 



INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



COMPTES RENDUS 



DES 



SÉANCES DE L'ANNÉE 1894 



QUATRIÈME SERIE 



TOME XXII 




| 9 <1 V 



o> ho J^t 



PARIS 
IMPRIMERIE NATIONALE 



M 1JCCC XCIV 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 1894. 

COMPTES RENDUS DES SÉANCES. 
JANVIER-FÉVRIER. 



PRÉSIDENCE DE M. P. MEYER. 



SÉANCE DU 5 JANVIER. 

M. Senart, en quittant le fauteuil de la présidence, prononce 
les paroles suivantes : 

«Mes chers Confrères, 

«Vous m'aviez, il y a un an, fait un grand honneur en me dé- 
fe'rant la présidence de notre Compagnie; l'honneur e'fait d'autant 
plus précieux qu'il emportait la présidence de l'Institut tout en- 
tier. Je vous en avais dit d'abord mes remerciements bien sin- 
cères. Comment ne les renouvellerais-je pas plus chaudement 
encore après le concours si empressé, si aimable que vous m'avez 
donné et qui a tant augmenté ma dette? 

«Vous ne pouviez attendre de moi que de l'exactitude et du 
zèle. J'ai fait de mon mieux pour que cette attente ne fût pas 
déçue. 

«On assure que quiconque a goûté au pouvoir ne s'en sépare 
qu'avec des regrets amers. Voilà un ordre de sentiments auquel 
notre constitution sagement égalilaire, grâce à Dieu, n'ouvre pas 
la porte. Je ne serai donc pas suspect, et je puis vous avouer 

\\U. I 



— 2 — 

naïvement que je ne quitte pas sans quelque émotion une place 
où pendant plusieurs mois je me suis senti si fortement et si 
amicalement encadré. Est-ce simplement la mélancolie des choses 
qui finissent, qui finissent sans prévision de retour? C'est mieux 
que cela. 

tfVous m'avez entouré de tant de bienveillance indulgente! 
Comment ne verrais-je pas avec quelque inquiétude m' échapper 
la fonction qui m'y donnait des titres? 

«Veuillez, mes chers Confrères, conserver au confrère qui 
rentre dans le rang la sympathie affectueuse dont vous avez 
donné tant de marques au président qui disparaît. Et je vous as- 
sure qu'alors il ne me restera de cette année, sans aucun voile 
de regrets, que le souvenir d'une confiance qui, je le sais, est 
une obligation de plus, le souvenir durabre d'une reconnaissance 
dont l'expression très cordiale doit être ma dernière parole à cette 
place. r> 

Le Président invite ensuite M. Paul Meyer, président pour 
189&, et M. Maspero, vice-président, à prendre place au bureau. 

M. Paul Meyer, en prenant possession du fauteuil, s'exprime 
en ces termes : 

« Messieurs, 

te Je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait en me 
nommant président de l'Académie. Plus heureux que mon pré- 
décesseur, appelé inopinément à la présidence dans les pénibles 
circonstances que vous n'avez pas oubliées, j'ai pu, pendant l'an- 
née qui vient de s'écouler, faire l'apprentissage de mes nouvelles 
fonctions à bonne école. Je m'estimerais heureux si je pouvais 
vous donner l'illusion que vous n'avez pas changé de président. 
Tous, en effet, vous avez apprécié non seulement l'exemplaire 
assiduité, mais surtout le tact et l'autorité avec lesquels M. Senart 
a dirigé nos délibérations. Ceux d'entre nous qui ont eu l'hon- 
neur de siéger à ses "côtés dans les commissions ont eu mainte 
occasion d'admirer la clarté de son esprit et l'étendue de sa com- 
pétence scientifique. L'année 1893 marquera dans les annales 



de noire Compagnie. Nous avons eu à organiser la fondation 
Piot, à de'cerner pour la quatrième l'ois le prix biennal. La lâche de 
votre président était d'autant plus compliquée qu'il avait à pré- 
sider non seulement nos séances, mais encore les assemblées des 
cinq classes de l'Institut. On peut dire qu'il s'en est brillamment 
acquitté. Je suis sûr de répondre à votre sentiment unanime en 
lui adressant les très sincères remerciements de l'Académie. •» 

M. le Président ajoute qu'il réclame pour l'exercice de ses 
nouvelles fonctions toute l'indulgence et le bon concours de la 
compagnie. Il prie tout particulièrement ses confrères de faire 
tous leurs efforts pour ne point augmenter le nombre des dis- 
cours qu'il aura à prononcer. 

Les remerciements unanimes de l'Académie sont adressés à 
M. Senart. 

M. Gomperz, récemment élu correspondant, adresse au Prési- 
dent la lettre suivante : 

Vienne, le 3 janvier i8gi. 
Monsieur, 

J'ai eu l'honneur de recevoir hier la communication que vous avez 
bien voulu m'adresser le 29 décembre 1898. Agréez, Monsieur, l'expres- 
sion de mes remerciements les plus sincères , et veuillez , je vous en prie , 
vous faire l'interprète de mes sentiments de profonde et respectueuse re- 
connaissance auprès de l'illustre Académie qui m'a jugé digne de rempla- 
cer comme un de ses correspondants étrangers mon ami, feu M. Nauck, 
de Saint-Pétersbourg. Ai-je besoin de vous dire que je me sens infini- 
ment honoré par cette marque d'intérêt bienveillant que vient de m'ac- 
corder la glorieuse Compagnie, qui a ses racines dans la France de P»i- 
chelieu et qui est près de franchir le seuil du vingtième siècle sans avoir 
éprouvé une diminution de son éclat historique? 

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée. 

Tu. Gomperz. 

Sont adressés aux concours de l'Académie : 

Prix ordinaire : 

Histoire de la domination byzantine en Afrique. Un mémoire por- 
tant pour épigrppbe : «Afriea barbarie planxil nudala rapinis.^ 



— A — 

Antiquités dk la Franck : 

La maison de Craon (io5o-ih8o), étude historique accompa- 
gnée du Cartulaire de Craon, par M. Bertrand de Broussillon, 
t. I et II (Paris, i8 9 3, 2 vol. in-8°); 

Œuvres de Robert Blondel, historien normand du xv e siècle, par 
M. A. Héron (Rouen, 1891 et 1893, 2 vol. in-8°); 

Le château de la Roche- Talbot et ses seigneurs , par M. le comte de 
Beauchesne (Mamers, 1893, in-8°). 

Prix Duchalais [Numismatique du moyen Age) : 

Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque nationale. 
Les monnaies mérovingiennes, par M. Maurice Prou (Paris, 1892, 
in-8°). 

Prix Gobert : 

La diplomatie au temps de Machiavel, t, I, II el III, par M. de 
Maulde-la-Clavière (Paris, 1892 et 1893, 3 vol. in-8°); 

Histoire de Louis XII, 2 e partie, t. 1 et II, par le même (Paris, 
i8 9 3, in-8°); 

Dictionnaire de Y ancienne langue française et de tous ses dialectes 
du ix e au xv c siècle, fasc. 61-76, par M. Frédéric Godefroy 
(Paris, 1890-1893, in-4°); 

Histoire générale de Paris. Epitaphier du vieux Paris, t. II, Rer- 
nardins-Charonne , par M. Emile Raunié (Paris, i8g3, m-k°). 

Prix Bordin (Étude de la géographie et de la paléographie égyp- 
tiennes et sémitiques); 

Un mémoire ayant pour épigraphe : LeSinaïest en quelque sorte 
la montagne de V Egypte (E. Renan). 

Prix Louis Fould : 

Histoire de la sculpture grecque, t. I : les origines; les primitifs; 
l'archaïsme avancé; ! époque des grands maîtres du v" siècle, par 
M. Maxime Collignon (Paris, 1892, in-8°). 

Prix Brunlt : 

Bibliographie contemporaine. Histoire littéraire du ix e siècle, t. I à 
VII, par M. A. Laporle (Paris, 188/1-1893, 7 vol. in-8°); 



;> 



Bibliographie des éditions de Simon de Colines (i5-2o-ioâ6), par 
M. PU. Renouard (Paris, i8g3, in-8°); 

Bibliographie des thèses. Catalogue drs thèses de sciences soutenues 
en France de 1810 à i8qo inclusivement, par M. A. Maire (Paris, 
1892, in-8°); 

Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, 
t. I et II, par M. Maurice Tourneux (Paris, 1890 et 1893, 2 vol. 
grand in-8°); 

Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pen- 
dant la Révolution française , t. I et II, par M. A Tuetey (Paris, 
1890 et 1892, 2 vol. grand in-8°). 

Prix Stanislas Julien : 

Mémoire composé à l'époque de la grande dynastie Tang sur les 
religieux éminents qui allèrent chercher la loi dans les pays d'Occident, 
par J. Tsing, traduit par M. Edouard Chavannes (Paris, 189^, 

in-8°). 

Prix de La Grange : 

Miracles de Nostrc Dame, l. VIII, glossaire et tables, par M. Bon- 
nardot (Paris, 1893, in-8°). 

Prix Saintour : 

La correspondance d'Aménophis lll et d'Aménophis IV, par M. J. Ha- 
lévy (Paris, 1893, in-8°); 

Ousâma Ibn Mounkidh, un émir syrien au premier siècle des croi- 
sades (iog5-ii88), i re partie, fasc. 1 et 2, et 2 e partie, par 
M. H. Derenbourg (Paris, 1886, 1889 et i8 9 3, 3 vol. in-8°). 

Si aux ouvrages présentés dans la se'ance de ce jour on ajoute 
ceux qui ont été adressés à l'Académie dans les séances précé- 
dentes, on a, pour les concours de 189^, la situation suivante : 

Prix ordinaire de l'Académie (Histoire de la domination byzan- 
tine en Afrique, d'après les auteurs , les inscriptions et les monuments) : 
1 concurrent; 

Prix Duch alÂis (Numismatique du moyen âge) : 1 concurrent; 

Antiquités db la France : 19 concurrents; 



— 6 — 

Prix Gobert : 7 concurrenls; 

PrixBordin (Étudier la géographie et la paléographie égyptiennes 
et sémitiques de la péninsule sinaïtique jusqu'au temps de la conquête 
arabe) : 1 concurrent; 

Prix Louis Fould (Histoire des arts du dessin) : 2 concurrents; 

Prix Delalande-Guérineau (au meilleur ouvrage d'archéologie 
ou de littérature ancienne classique) : 1 concurrent; 

Prix Brunet : 11 concurrents; 

Prix Stanislas Julien : h concurrenls; 

Prix de La Grange : 1 concurrent; 

Prix S aintour (au meilleur ouvrage relatif à l'Orient) : 9 con- 
currents. 

M. Edmond Le Blant a la parole pour une communication : 
Le zélé conservateur du inusée de Vienne (Isère) , M. Cornillon, 
veut bien in annoncer que des fouilles reprises, ces jours der- 
niers, autour de l'ancienne abbaye de Saint- Pierre ont fait 
découvrir des tombes, violées pour la plupart et dont les inscrip- 
tions avaient été déplacées. Deux de ces sépulcres, demeurés 
intacts, appartenaient comme plusieurs autres de la même ville, 
à de saintes filles (1) . 

Le premier porte l'inscription suivante : 

in hoc tvmyi.0 reqyi 
ekit bonae memoriae 
anànthaii.da ^anc 

timoniàu* cyi d n; 
aeternam reqyiem tri 

l») Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. 11, n°° A35 et G99; Nouveau recueil 
des inscriptions chrétiennes (le la Gaule, n os 191, iai B ; Allmor, Revue épip;ra- 
pkique, i8g3, p. :j36. 



BYAT 5TMPER DEYOTA SV\$ 
PAYPERIBYJ Ï,ÀRC X À OBIIT 
YIIII MAI! PC YENANTI RE 
JYRRECTYRÀ IN PACE 

Si je laisse de côté la formule quo, quod ou ubi fecît januarius 
(lies xv et autres de ce type, il est rare de voir, dans les inscrip- 
tions chrétiennes antiques, le jour du mois indiqué autrement 
que par les nones, les ides et les calendes. De la forme devenue 

nôtre que nous trouvons ici : MÀII YIIII trie neuf de maiw, nous 
avions déjà des semblables sur des marbres des années 517, 57Ù, 
579, 618 (1) . Celui delà religieuse de Vienne est daté de 509; il 
a donc ici le premier rang, car j'hésiterais à tenir compte d'une 
autre inscription de Tan £52, dans laquelle l'indication du jour 
du mois a été gravée après coup f 2 ). 

Ananthailda était probablement l'une des religieuses du célèbre 
couvent de Saint-André fondé à Vienne vers la fin du v e siècle (3) . 
La forme de son nom me paraît nouvelle; il ne figure pas dans 
les relevés de vocables germaniques publiés jusqu'ici. 

Le second des tombeaux de Saint- Pierre a reçu le corps de la 
vierge Celsa; il portait cette inscription qui , comme nous le voyons 
souvent dans les épitaphes des religieuses, compare la morte aux 
vierges sages de l'évangile accourant au-devant de l'époux céleste 
avec leurs lampes allumées : 

MERITi; PAR1TERQYE 

et nomine ceijà'hic 
corpy; càeijbem nam 

'■' Marini, l'papiri diplomatici , p. 876*; Maratori, Inscriplioncs , p. aoo'i, 
n° 1; Inscriptions chrétiennes de la Gaide, t. II, p. il h\ Perret, Catacombes . t. V, 
pi. LXX1I1, n° 11. 

W Corpus inscriplioniini latinanim , t. VIII, n" 863o. 

t:,) Hauréau,- Gallia christiana , t. XVI, p. iç)3. 



— 8 — 

;piritym caei.0 - ref ydit 

ai.mo myndana 5" pre 
vit carne .tybacta cry 
ci-maetyen;qye pro; 
pera-;emper adyer;à 

RIDEN5" - Ht .rODÀ^Ef CYNC 

ta; diyincta; hàben5"* 
;e;eqye praebyit omni 
by5" ai.ymnam non in 
par decem-;apientiby; py 

Eyjjf àccenjo pyyo ;pon 

;ym praejto^ata xFm 
cyiyf-dîmiii-non mart pc- acxapitj 

Le marbre, lorsqu'on l'a trouvé, était enlier et eucore encastre 
dans une dalle de pierre. Rien ne manque donc au début de la 
légende, bien que le premier de ses quasi versus soit incomplet. 
Cette particularité" nous montre une l'ois do [dus avec quelle inin- 
telligence les epitaphistee , comme parle Sidoine Apollinaire, co- 
piaient les modèles dont ils taisaient usage pour faciliter leur 
besogne. Celui dont s'est servi fauteur de notre nœnia a son 
type, sinon son prototype, dans le début d'une petite inscription 
de saint Damase (1) : 

(ORPORE MENTE ÀNIMO PARITER DE NOMINE fEIJX 

Je ne Murais dire m le méchant poète dont on vient de ro- 
Carmen \ I 



trouver la pièce a voulu, comme Tout fait d'autres, copier cet 
hexamètre ( l) ; toujours est-il qu'inscrits en tête de son premier vers , 

les mots MENTE ÀNIMO, qui figurent dans celui de saint Da- 
mase, le replaceraient sur ses pieds. 

Un fragment de marbre trouve à Vienne en 1888, près de 
l'église de Saint-Pierre et que j'ai publié d'après une copie de 
M. Allmer^ porte ce qui suit : 

MOIJ 

\UK 

YM CAE 

A 57REYI 

M METYEN 

EX ADYEFUA R 

Ti; INCvENIO XP 

y; dëF'HI'Idy; iahya. 



5"!^ YCC INDIOXIIII 



Celte inscription mutilée, quelque peu postérieure à l'épi— 
taphe de Celsa, parait avoir été conçue en partie dans les mêmes 
termes; la comparaison de cette dernière permet de lire dans les 
lignes trois à six les mots sppnNM CAE/o mundank .fPREYIf, 

METYEN», ÀDYER5"A foden»; peut-être le mol cœlebem était-il 
à la deuxième ligne. 

Les deux épitaplies nouvelles que je viens de transcrire sont 
datées de post- consulats. Pour toutes deux la raison en doit 

M Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n" Ù8l*. 

PARITER ET NOMINt' 

M Nouveau recueil /Us Inscription» chrétiennes de In Gaule, n" iso *. 



— 10 — 

être la même. A Venantius et à Agapitus (5o8 et 517) ont suc- 
cédé, en 509 et en . r >i8, Magnuset Imporlunus nommés consuls 
en Orient et sans collègues pour l'Occident* Les inscriptions de 
la Gaule ne nous ont pas encore fourni les noms de ces derniers 
personnages inconnus ou non proclamés sans doute dans notre 
pays ( J ). 

Comme le marbre (VAnanthailda, celui de Celsa ne porte au- 
cune mention de l'âge. C'est là un trait particulier aux inscrip- 
tions funéraires des hommes et des femmes voués au culte du 
Seigneur. Les années passées «dans le siècles ne valaient point 
qu'on les comptât. 

M. le marquis de Vogué lit une note sur une borne milliaire 
arabe du i cr siècle de l'hégire découverte sur la route de Jaffa à Jé- 
rusalem ( 2 ). 

M. Clermont-Ganneau présente quelques observations sur cette 
communication. 

M. Menant communique des photographies d'inscriptions cu- 
néiformes et latines conservées au couvent d'Etchmiadzine (Ar- 
ménie) et qui lui ont été remises par M. de Mély. 

Ces inscriptions sont renvoyées à l'examen de MM. Héron de 
Villefosse et Menant. 

M. MùNiz, au nom de la commission du prix Gobert, donne 
lecture de la liste des ouvrages adressés à ce concours. 

M. Paul Violi.et commence la lecture d'un mémoire sur lés 
Etats réunis à Paris en i358, et dont il a déjà signalé I impor- 
tance. 

L'Académie procède à la nomination des Commissions de prix. 
Sonl élus : 

W Refondus, Fasti eotuularàs, p. 678 ci 686.Î de Rossi. ïnteript. christ, urbù 
Romm, •. I, p. 634. 

(J) Voir nuv CoNMURiCiriOKS, m' I (|>. «7). 



— 11 — 

Prix ordinaire (Histoire de la domination byzantine en Afrique) : 
MM. Schlumberger, Boissier, Héron de Villefosse, L'abbé Du- 
chesne ; 

Prix Duchalais (Numismatique du moyen âge) : MM. Deloche, 
Schlumberger, de Barthélémy, Miintz; 

Prix Bordin (Etude de la géographie et de la paléographie égyp- 
tiennes et sémitiques) : MM. Derenbourg, de Vogué, Clermont- 
Ganneau, Ph. Berger; 

Prix Louis Fould : MM. Perrot, Heuzey, Saglio, Miintz; 

Prix Delalande-Guérineau : MM. Perrot, Weil, Boissier, 
Croiset; 

Prix Brunet : MM. Delisle, Hauréau, de Bozière, de Bois- 
lisle; 

Prix Stanislas Julien : MM. Barbier de Meynard, Schefer, 
Oppert, Senart; 

Prix de La Grange : MM. Delisle, G. Paris, Longnon, Gau- 
tier; 

Prix Saintour : MM. Barbier de Meynard, Schefer, Senart, 
Ph. Berger; 

Fondation Benoit Garnier : MM. Barbier de Meynard, Sche- 
fer, Senart, Hamy; 

Fondation E. Piot : MM. Delisle, Heuzey, Perrot, Schlum- 
berger, Héron de Villefosse, Saglio, de Lasteyrie, Miintz. 



SEANCE DU 1 2 JANVIER. 

Le Ministre de l'instruction publique transmet à la Compa- 
gnie divers travaux de M, Grenard, auxiliaire de M. Dutreuil 
de Bhins, qui a été chargé par l'Académie dune mission dans la 
haute Asie. 

Ces documents sont renvoyés à la Commission du legs Garnier. 

Le Syllogue hellénique de Candie, par une circulaire qu'il 
adresse à l'Académie, fait savoir qu'il ouvre une souscription 
pour couvrir les frais de Iranspoiï dans un lieu sur de la grande 



— Il> — 

inscription de Gortyne <]ni se trouve abandonnée à l'endroit même 
on elle fut découverte en 188/1. 
Renvoi à la Commission Piot. 

M. Georges Vayssié adresse un mémoire sur les reconnais- 
sances qu'il vient de faire dans i île de Pantellaria. 

Renvoi à la Commission des études du Nord de l'Afrique. 

M. Menant achève la seconde lecture de son mémoire intitulé : 
k Trois anciens souverains de Chaldée.» 

M. Oppert présente des observations sur le nom de l'un des 
rois mentionnés dans le mémoire de M. Menant. 



SEANCE DU 1 9 J.VW 1ER. 

Le Président rappelle que l'Académie vient de perdre un de 

ses plus anciens membres, M. William Waddington. Les der- 
niers hommages de la Compagnie ont été rendus à sa mémoire 
lors de ses funérailles 1 . Cette cérémonie ayant eu lieu, l'Académie, 
selon son usage, ne doit pas lever la séance. Le Président n'en 
a pas moins le devoir d'exprimer de nouveau les regrets causés 
par la perle d'un confrère, que ses devoirs publics avaient tenu 
longtemps éloigné des séances et (jue ta mort vient d'enlever au 
moment où il allait reprendre sa place à l'Académie. 

M. le comte Delabordb, secrétaire perpétuel de l'Académie des 
beaux-arts, informe la Compagnie que l'Académie des beau\-arts 
a désigné MM. Daumet et Larroumet pour faire partie de la 
Commission du prix Fould. 

L'Académie procède à l'élection de trois membres qui doivent 
la représenter dan- la Commision du centenaire de l'Institut. 
Sont ('dus : MM. Delisle, le marquis de Vogfié el Déloche. 



— 13 — 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. Louis Passy lit une 
notice sur divers monuments antiques en porphyre. Il rappelle à 
l'Académie qu'il y a vingt-cinq ans déjà, il lui a communiqué un 
mémoire tendant à prouver que les groupes encastrés dans le 
mur do l'église de Saint-Marc et les groupes sculpte's en haut re- 
lief sur les colonnes en porphyre de la bibliothèque du Vati- 
can, représentaient les deux Augustes et les deux Césars. Depuis 
cette époque déjà bien lointaine, M. Passy n'a cessé ses recher- 
ches sur les monuments antiques en porphyre : il croit avoir 
recueilli ainsi les preuves d'un ouvrage original. Les sculptures 
en porphyre provenaient toutes des carrières de porphyre exploi- 
tées par les empereurs romains dans la basse Egypte. Les mo- 
numents qu'il soumet à l'Académie viennent de l'Egypte. C'est 
d'abord un buste d'empereur romain qui se trouve au musée de 
Boulaq et dans lequel M. Passy croit voir les traits de Maximien 
Hercule, et ensuite une statue mutilée d'empereur romain, as- 
sis sur son trône, qui pourrait être la statue de Dioclétien divi- 
nisé. L'objet de cette communication est de démontrer que ces 
deux monuments en porphyre doivent être assimilés aux groupes 
de Venise et de Rome au point de vue du temps et de l'art; ils 
justifient entièrement les conclusions qu'il avait cru devoir tirer 
dans son premier mémoire sur l'importance des groupes de Rome 
et de Venise. 

MM. Perrot, Saglio, le comte de Lasteyrie et Maspéro pré- 
sentent différentes observations au sujet des conclusions du mé- 
moire de M. L. Passy. 

M. Homolle, directeur de l'Ecole française d'Athènes, adresse 
à l'Académie les photographies et les estampages des fragment^ 
musicaux, gravés sur les parois du trésor des Athéniens, qu'il a 
découverts à Delphes. 

M. Clermont-Ganneau communique une inscription romaine 
découverte par lui, il y a vingt ans, à Bettîr, localité arabe des 
environs de Jérusalem. Cette inscription, demeurée jusqu'à ce 



— u — 

jour inédile, est gravée sur le rocher, au débouché d'un aqueduc 
antique; elle contient la mention de deux détachements (yexïl- 
lationes), l'un de la v c légion Macédonien , l'autre de la xi c Claudia. 
M. Clermont-Ganneau montre que ces détachements avaient été 
pris au dépôt des deux légions cantonnées Tune et l'autre sur 
les bords du Danube et avaient été appelés en Palestine, au 
moment de la terrible et fameuse insurrection juive de Barco- 
chebas, sous l'empereur Hadrien en l'an 1 35 de notre ère. Après 
l'écrasement des Juifs, ces détachements avaient dû être laissés 
en garnison à Bettir, point dune grande importance stratégique, 
commandant une des routes qui mènent de Jérusalem à la Mé- 
diterranée. Cette découverte apporte un argument sérieux en 
faveur de l'identité, jusqu'ici contestée, de la localité arabe de 
Bettîr avec la ville de Bethar, ou Bether, dernier boulevard de 
la résistance de Barcochebas et théâtre du drame militaire qui 
a marqué l'anéantissement définitif de la nationalité juive. 
M. Clermont-Ganneau rapproche de l'inscription de Bettir une 
autre inscription romaine qu'il a découverte quelques années 
plus tard, non loin de là, à Emmaùs-Nicopolis (l'Emmaùs des 
Évangiles), et où ligure un soldat de la même légion v e Macédo- 
nien. Emmaùs-Nicopolis, commandant la route de Jérusalem à 
Jaffa, est le pendant stratégique de Bettir, et elle avait du, elle 
aussi, après la victoire, être fortement occupée par les Romains, 
par suite des mêmes nécessités, et dans les mêmes conditions 
que Bettir, qui porte encore en arabe le nom caractéristique de 
Khirbet el-lakoud, cria ruine des Juifs ». 



SÉANCE DU 26 JANVIER. 

r 

M. Edouard Navillc écrit à l'Académie pour la remercier de 
l'honneur qu'elle lui a fait en le nommant l'un de ses correspon- 
dants. 

Le Skchktaire roÉPÉTUEE donne lecture de son l'apport sur les 



i; 



> 



travaux des Commissions do publication de l'Académie pendant 
le second semestre de 1893W. 

M. Henri Weil entretient l'Académie des textes poétiques dé- 
couverts à Delphes par notre Ecole d'Athènes. Ce sont des 
hymnes, ou des fragments -d'hymnes, composés pour les fêtes du 
sanctuaire et intéressants à divers titres. Un de ces hymnes est 
complet. C'est un péan composé avec art et élégance, qui fait 
connaître un détail nouveau de la le'gende d'Apollon. Il est pré- 
cédé du décret des Delphiens qui confère au poète des distinc- 
tions honorifiques. Plus importants encore sont les morceaux ac- 
compagnés de notes de musique. Nous avons là les spécimens les 
plus authentiques et les plus étendus que nous possédions de la 
musique des anciens Grecs. Deux fragments, qui semblent ap- 
partenir au même hymne et constituent un ensemble de 37 lignes, 
en partie bien conservées, présentent un tableau vivant de la 
fête et contiennent des allusions à des faits historiques qui per- 
mettent d'en déterminer approximativement la date. Après avoir 
rappelé la victoire d'Apollon sur le fameux dragon qui avait 
jadis, disait-on, occupé le sanctuaire, le poète rapproche du 
monstre légendaire les Gaulois farouches et impies que le dieu 
repoussa en les frappant de terreur. Il est possible que l'hymne 
ait été écrit peu de temps après l'an 278 avant notre ère. Dans 
ce cas, ce serait un très beau spécimen de la poésie officielle du 
siècle de Théocrite et de Callimaque. D'un autre hymne, de deux 
siècles plus jeune, il ne reste que des fragments très mutilés; 
on voit cependant, grâce à des restitutions assez sûres, qu'il se 
terminait par des vo^ux pour le collegium des Ménades et pour 
l'accroissement de l'empire des Romains. 

Des photographies et des estampages, envoyés par M. Homolle, 
ont été mis sous les yeux de l'Académie. M. Henri Weil, qui en 
avait reçu communication auparavant, s'est occupé de la consti- 
tution et de l'explication de ces précieux textes. M. Théodore 
Reinach en a étudié la musique et a essayé de la reproduire 

(,) Voir I'Appeivdile n° I (p. 5a). 



— 16 — 

dans notre système de notation. Il a constaté que le grand 
hymne est écrit dans le ton phrygien chromatique, mais avec 
plusieurs notes empruntées au mode dorien. Les travaux de 
ces deux savants paraîtront dans le Bulletin de correspondance 
hellénique. 

M. Oppert a la parole pour une communication : 

La plus ancienne application des éludes cunéiformes à la lit- 
térature biblique date à peine d'un siècle. Déjà en 1802, Gro- 
tefend prouvait par le déchiffrement du groupe désignant le roi 
Xerxès, que le nom de ce roi était exprimé par le terme biblique 
d'Ahasveros, l'Assuérus de la Vulgate. Jusque-là les anciens, dont 
Josèphe et les Septante, avaient assimilé ce roi à Artaxerxès. 
Quoique l'initiateur des études cunéiformes u'eût pas lu le groupe 
perse d'une manière complètement correcte et dans sa forme véri- 
table de khsayârsâ, il vit que les lettres de la forme hébraïque 
A hh sh v r s correspondaient exactement à l'expression perse. 
Celle-ci était très difficile à prononcer, et la dureté des sons des 
lettres, qui formaient ce nom, ne pouvait qu'exposer le terme 
arien à de cruelles défigurations. 

Sans s'arrêter à Xerxès, le mède contemporain le rend par 
Iksersa, et la transcription assyrienne de son nom était kliisl arsa. 
Mais les langues sémitiques, ne pouvant pas commencer par deux 
voyelles qui se suivent, devaient ou insérer une voyelle entre les 
deux consonnes, ou bien respecter la suite des deux consonnes, 
en admettant une prothèse : on peut donc supposer Akhshjars, 
dont s'est formé l'hébreu Akhsivars, vocalisé par les Massorètes 
en Akhasveros. On devait donc en expliquer la forme un peu inso- 
lite par le changement de y en v; ainsi khsayârsâ est devenu 
Ahasveros et Assuérus. 

Cette altération a sa raison d'être dans la prononciation dé- 
formée dans les textes babyloniens. Les textes juridiques don- 
nent de ce nom difficile à prononcer les formes suivantes : 
Khasiyarsa (ou si cl su), Klimi/arsa, Khisi arsa, Akhsi-i/arsu, 
Akkis-arsu : mais il v a aussi les formes Akhsivarsu et Akhsu- 

VdVSII. 



— 17 — 

M. Germain Bapst fait une communication sur deux bas-re- 
liefs réputés antiques, appartenant aux collections du château de 
Chantilly. 

M. Charles Normand commence la lecture d'une étude sur 
l'amphithéâtre gallo-romain de la rue Monge, désigné sous le 
nom d'Arènes de Lutcce. 



SEANCE DU 2 FEVRIER. 



Le Préfet de la Seine transmet à l'Académie l'ampliation d'un 
décret présidentiel, en date du 20 décembre 1893, autorisant 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres à accepter le legs qui 
lui a e'te' fait par M ,uc veuve de Che'nier, d'une somme de quatorze 
mille francs, dont le revenu devra être donne' en prix, tous les 
cinq ans, à l'auteur de la meilleure méthode pour l'enseignement 
de la langue grecque. 

Le Président met aux voix l'acceptation de'finitive du legs de 
M me de Chénier. 

L'acceptation est votée. 

L'Académie s'occupera plus tard de nommer une commission 
pour l'application de ce legs. 

M. Geffroy, directeur de l'École française de Rome, dans une 
lettre qu'il adresse au Président, donne des nouvelles archéo- 
logiques W. 

L'Académie se forme en comité secret pour entendre la lecture 
du rapport de la Commission des Ecoles françaises d'Athènes et 
de Rome, sur les travaux des membres de ces deux Écoles pen- 
dant les années 1892-1893 '&. 

La séance étant redevenue publique, la parole est donnée à 

(1) Voir aux Communications, n° II (page 3o). 
M Voir à I'Appendice, ii° II (page 53). 

xxu. ., 



— 18 — 

M. Menant pour un rapporteur quelques inscriptions vanoiques, 

provenant du monastère dKlchmiadzine : 

«Dans la séance du 5 janvier dernier, vous avez bien voulu me 
charger d'examiner les cinq photographies d'inscriptions van- 
niques offertes à l'Académie, au nom de S. E. le général de Frézé, 
par M. de Mély. 

cr Elles se rapportent à un roi du pays de Van, nommé Argistis, 
fils de Minuas, c'est-à-dire Argistis I er (vers ^So avant J.-C), et 
sont par conséquent antérieures de trois générations à celles de 
son homonyme Argistis II, l'adversaire de Sargon (721 ans avant 
J.-C). Ces inscriptions, écrites en caractères cunéiformes, n'offrent 
aucune difficulté de lecture; il n'en est pas ainsi de l'interpréta- 
tion qui demande une étude spéciale et approfondie. Quoi qu'il 
en soit, j'estime qu'elles ont un intérêt réel, car les inscriptions 
vanniques sont encore peu nombreuses et chaque nouveau docu- 
ment a son importance. Ce qu'il s'agit de savoir avant tout, c'est 
si elles sont inédites. 

ff J'ai collationné les 52 inscriptions vanniques étudiées par 
M. Saycc dans le journal de la R. A. S. (vol. XIV, part, iv, 1882) 
et (,ui doivent comprendre tout ce qui était connu alors. Je ne 
les y ai pas trouvées, du moins sous la rubrique d'inscriptions 
provenant d'Etchmiadzine; mais elles pourraient avoir été pu- 
bliées en Russie sans que j'en aie eu connaissance. 

«M. de Mély a visité Etchmiadzinc en 1876 (1 >, et n'a signalé 
dans la cour du monastère qu'une seule inscription cunéiforme 
alors couverte d'herbes: il me parait impossible que, depuis cette 
époque, les autres aient passé inaperçues des voyageurs qui visi- 
tent Etchmiadzine. Cependant M. Chantre ne les a pas remar- 
quées en 1890. 

tr D'après la forme des caractères, elles ne paraissent pas avoir 
été écrites par le même graveur; aussi je serais assez porté à 
croire qu'elles proviennent de différentes localités voisines d'Eteh- 
miadzine et qu'elles ont été transportées dans la cour du mo- 



to Voir Quatre m is en Russie, par M. de Mély, <luns Lf tour du monde (\ $78), 
'.. XXXV, p. r n3. 



— 19 — 

nastère par quelque curieux de'sireux de les soustraire à la 
destruction. Comme vous le voyez, pour me prononcer sur l'im- 
portance de ces inscriptions, il me manque deux sortes de ren- 
seignements. J'aurais voulu me les procurer avant de vous en 
entretenir, mais M. de Me'ly m'a fait savoir qu'il ne pourrait 
avoir de renseignements de son correspondant avant six mois, 
et je n'ai pas voulu différer de vous remettre ces photographies. r> 



SÉANCE DU Q FÉVRIER. 

Le Secrétaire perpétuel annonce à l'Académie la perte qu'elle 
vient de faire de l'un de ses correspondants, M. Robiou, pro- 
fesseur honoraire de la Faculté des lettres de Rennes, de'ce'de' le 
3o janvier dernier. 

S. E. Hamdy Bey, correspondant de l'Académie, adresse au 
Secrétaire perpétuel la lettre suivante : 

Constantinople, le 99 janvier 189/i. 
Monsieur le Secrétaire perpétuel , 

En réponse à votre lettre du 22 janvier courant, relative à la grande 
inscription de G orty ne, je m'empresse d'informer l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres que l'administration de la Sublime Porte , désireuse 
de ne jamais manquer de se conformer aux volontés bien connues de 
notre Auguste Souverain , qui sont que tous les monuments de son empire 
soient toujours maintenus en parfait état , se réserve de pourvoir par elle- 
même à la conservation de celte inscription. 

Je vais à cet effej provoquer immédiatement l'envoi d'ordres formels 
aux autorités de la Crète afin que cette conservation soit désormais as- 
surée par Jours soins. J'aurai l'honneur de vous faire connaître les mesures 
qui seront ordonnées, et je veillerai à leur bonne et prompte exécution. 

\ euillez agréer, etc. 

0. Hamdy. 

M. Charles Normand, directeur de VAmi des Monuments et des 



— 20 — 

Arts, continue sa lecture sur le premier théâtre parisien ou Arènes 
de la rue Monge. Il signale les efforts faits pour assurer la sauve- 
garde de la moitié de ces arènes enfouies à nouveau et qu'il 
serait si désirable de dégager de façon à présenter l'ensemble de 
l'édifice. Il retrace l'histoire du Cimetière des Arènes, où l'on a 
trouvé de nombreux squelettes. 

Parmi les objets trouvés dans ce théâtre, M. Charles Nor- 
mand signale en particulier une très belle tête déjeune homme, 
des peintures, des épingles en or, une bague encore à la main 
d'un squelette, des vases, dont l'un, fort beau, était à la tète 
d'un squelette de géant qui mesurait 2 m. ho. Il attire éga- 
lement l'attention sur une très belle tête de femme et sur de 
nombreux morceaux d'architecture qui permettent d'apprécier le 
style de l'édifice : corniches, colonnes, chapiteaux et peintures 
murales. 

M. Henri Cordier commence la lecture d'un mémoire sur VEx- 
trêmc-Orient dans V Atlas catalan de Charles V, roi de France. 

Ce beau monument de la cartographie du moyen âge, conservé 
dans la galerie Mazarine de la Bibliothèque nationale, à Paris, 
avait déjà été étudié par Buchon et Tastu, mais ces commentateurs 
avaient fait des recherches insuffisantes sur l'Asie orientale. M. Cor- 
dier, reprenant l'œuvre de ses devanciers, fait ressortir l'impor- 
tance de la relation de Marco Polo, qui est la source principale 
à laquelle a puisé le cartographe, et il montre, par des exemples 
tirés de l'identification des villes, entre autres klianbalig(Ve king), 
Quinsai (Hang tcheou) clSincalan (Canton), que cet atlas de 1875 
marque l'apogée de nos connaissances sur l'Asie orientale au 
xn e siècle, lorsque des transformations politiques ou commerciales 
allaient momentanément interrompre presque entièrement les 
communications avec la Chine par terre et par mer. 



21 



SÉANCE DU l6 FEVRIER. 

M. F. Foureau, chargé par l'Académie d'une mission clans le 
Sahara occidental, adresse au Secrétaire perpétuel la lettre sui- 
vante : 

Oued Takhamalt, Sahara des Touareg Azguer, 

ili janvier 189 A. 
Monsieur, 

Je viens d'arriver chez les Touareg Azguer; après entente avec leurs 
notables , je vais traverser leur pays. 

Je congédie mon escorte arabe et je me constitue une caravane uni- 
quement composée de Touaregs. 

Je profite du départ de ces hommes vers l'Algérie pour vous envoyer 
ces quelques mots. 

J'ai continué mes travaux depuis la dernière lettre que je vous ai 
adressée et je marche actuellement sur une des routes qui mènent de la 
Méditerranée (Tripolitaine) au Soudan. 

Ici nulle trace d'occupation romaine ou de civilisation ancienne. Seuls 
de grands ateliers de silex taillé révèlent la présence de l'homme pré- 
historique. Il n'est pas du reste difficile de constater que l'art et l'habileté 
de ces gens-là, dans la préparation de leurs silex et de leurs ustensiles, 
les met très loin au-dessous de ceux qui taillaient les silex dans le sud 
algérien. Les échantillons que j'aurai l'honneur de vous remettre le 
prouvent surabondamment. 

Je continue ma route dans la direction du sud et je ne sais pas à 
quelle date il me sera possible de vous donner de mes nouvelles. 

Veuillez agréer, etc. 

F. Foureau. 

M. Geffroy, directeur de l'École française de Rome, dans une 
lettre qu'il adresse au Président, donne des nouvelles archéo- 
logiques' 1 '. 

Le comité d'organisation du x e Congrès international des Orien- 
talistes, qui doit siéger à Genève du 3 au 12 septembre 189/1, 

(1 > Voir aux Communications, n° III (p. 3a). 



— 22 — 

adresse à l'Académie quelques exemplaires du programme général 
de ce Congrès et la prie de bien vouloir se faire représenter offi- 
ciellement à ses séances. 

Le Président rappelle qu'un mois s'est écoulé depuis la mort 
de M. Waddington. 

Aux termes du règlement, il consulte l'Académie pour savoir 
s'il y a lieu de procéder à son remplacement. 

L'Académie décide, au scrutin, qu'il y a lieu; et, par un autre 
vote, elle fixe au 9 mars l'examen des titres des candidats. 

M. Heuzey présente des observations nouvelles sur le palais de 
Tello^. En étudiant de plus près ces constructions, remaniées à 
différentes époques, M. de Sarzec a retrouvé au milieu d'elles une 
tour d'angle et une grande porte d'entrée, d'ancienne architecture 
chaldéenne, et certainement édifiées par le patési Goudéa. En 
effet, elles reproduisent trait pour trait les dispositions architec- 
turales que l'on observe sur le plan d'une enceinte fortifiée, que 
la célèbre statue de ce prince, au musée du Louvre, tient sur ses 
genoux. Celte constatation modifie quelque peu l'idée que l'on 
s'était faite du principal édifice de Tello. La construction de Gou- 
déa, sorte de propylée, faisant partie d'une enceinte à la fois 
religieuse et militaire, était le développement de l'ancien sanc- 
tuaire consacré par un de ses prédécesseurs, le patési Our-Baou, 
au dieu Nin-Ghirsou, le grand dieu local (l'une des formes de 
Ninip, l'Hercule-dieu ou le Mars chaldéo-assyrien). Goudéa, 
étant patési, c'est-à-dire vicaire de ce dieu, avait naturellement 
son habitation dans les dépendances de son temple. De là le 
triple caractère de cet édifice, à la fois sanctuaire, forteresse et 
palais. 

M. Ravaisso.n communique à l'Académie, à titre de première 
lecture, le résumé de recherches relatives à deux bas-reliefs cé- 
lèbres quil pense avoir été mal interprétés jusqu'ici et qu'il croit 

<'' Voir aux Communications, d" ï\ (p. 34) 



— n — 

pouvoir rapporter à la légende d'Achille. Ces recherches font suite 
à un mémoire sur un vase peint du Louvre représentant un épi- 
sode de cette légende. 

M. Théodore Reinach fait une communication sur deux vers de 
Y Iliade qui mentionnent, parmi les alliés de Priam, « le peuple des 
Halizônes, venu de la lointaine Alybé, où naît l'argent». Les an- 
ciens commentateurs cherchaient ce peuple et ce pays mystérieux 
dans différentes contrées de l'Asie Mineure. M. Th. Reinach croit 
que ces identifications sont erronées et que l'Alybé homérique 
n'est autre que l'Alybé de Denys le Périégète et des autres géo- 
graphes, et aussi la colonne d'Hercule située sur la côte euro- 
péenne du détroit de Gibraltar. Les Halizônes, ce le peuple envi- 
ronné par la mer», sont les habitants de l'Espagne; et «le pays 
où naît l'argent» est l'Andalousie dont les mines d'argent étaient, 
dès la plus haute antiquité, exploitées par les Phéniciens. Ce 
texte de l'Iliade nous fournirait donc la plus ancienne mention de 
l'Espagne dans la littérature européenne. 

M. G. Sciilumberger fait passer sous les yeux de l'Académie de 
très belles photographies de la célèbre croix byzantine, dite des 
Zaccaria, qui est conservée depuis cinq siècles au Trésor de la 
cathédrale de San Lorenzo à Gènes et avec laquelle l'archevêque 
donnait jadis la bénédiction au nouveau doge. Cette croix d'argent 
doré, d'une exécution très élégante, enrichie de plusieurs cen- 
taines de perles et de pierres précieuses, porte à son centre deux 
fragments de la vraie croix. De charmants médaillons et une 
belle inscription votive en décorent le revers. L'histoire de ce 
monument précieux de l'orfèvrerie byzantine est curieuse. Elle 
passait pour avoir appartenu à saint Jean l'Évangéliste, patron 
d'Éphèse. Restaurée aux frais du fameux évêque de cette ville, 
Isaac, directeur de l'empereur Michel Paléologue et son ambassa- 
deur auprès du pape, prise par les Turcs et mise par eux en gage 
à Phocée, elle fut conquise à l'assaut de cette ville en i3o8 par 
un des membres de la fameuse famille génoise des Zaccaria qui 
furent princes de Chio et des deux P luxées. Depuis, ira autre 



— 24 — 

membre de la même famille en fit don au trésor de San Lorenzo 
dont elle est aujourd'hui encore l'ornement. 

M. H. Cordier continue et achève la lecture de son mémoire 
sur l'Extrême-Orient dans l'Atlas catalan de Charles V, roi de France. 



SÉANCE DU 23 FEVRIER. 

M. Ravaisson fait une seconde lecture de son mémoire sur deux 
bas-reliefs célèbres qu'il croit pouvoir rapporter à la légende 
d'Achille. 

M. Héron de Villefosse lit le rapport suivant: 

« M. de Mély a remis au Président de l'Académie la photographie 
d'une inscription latine conservée au couvent d'Etchmiadzine en 
Arménie. Cette inscription a été découverte en i 863 à Valarcha- 
pat, localité située à peu de distance du couvent et dont l'empla- 
cement paraît correspond re à celui de la capitale des rois d'Ar- 
ménie après la destruction d'Artaxata. Publiée dès 1867 par un 
officier russe, elle a été insérée dans le Corpus latin où elle figure 
sous le n° 6062 du volume III. 

«La photographie prise par M. de Mély prouve que les lettres 
ont été passées à la couleur rouge par un ignorant qui a ainsi 
dénaturé le texte, comme il arrive ordinairement à la suite de 
cette opération. On veut rendre le texte plus lisible; le plus sou- 
vent on le défigure et on augmente les difficultés du déchiffrement. 
La couleur rouge est un ennemi que les épigraphistes ne pourront 
jamais terrasser. 

Sous ce barbouillage nuisible il est cependant possible de 
constater que le texte contient, au commencement de la dernière 
ligne, un mot omis dans les copies précédemment publiées. CVbl 
le mot mil(itum), appelé du reste par le mol irib(unus) qui termine 
l'avant-dernière ligne. Le texte doil donc être ainsi rétabli : 



— 25 — 

IMP • CAES • M • AVREL ■ ANTO 

N I N O • A V G • c o m m o d o • G E R 
MA S A R M MAXTRIB-POT 
i' M P • V I I • C O S • I I I I P P VEXILL 
LEG-XV APOLL-SVB CAELIO CAL 
VINO LEG AVG PR PR CVRAM 
AGENTE LICINIO SATVRNINO TRIB 
MIL ET AVRELIO LABRASE ) LEG EIVSDEM 

Imp(eratore) Caes(aré) M(arco) Aurcl(io) Antonino Aug(usto) [Commodo] 
Gcvma(nico) , Sarm(atico) max(imo) , trib(tiiiilia) pol(csta(e) , [i\i)ip[cratore) 
vu , co(n)$(ulé) un , p(atré) p(atriac), vexill{arii) Ug(ionis) xv Apoll{inaris) 
sub Caclio Calvino, legiato) Aug(uslî) pr(p) piyictore) , curam agcnte Li- 
cinio Saiurnino tribitmo) mil(itum) et Aurelio Labrase c(cnlurioné) leg- 
(ionis) ejusdem. 

ff Le texte est de l'année i85. 

ff Gomme le remarque l'édi teur du Corpus, cette inscri ption prouve 
que les Romains envoyaient des troupes non seulement dans leurs 
propres provinces, mais aussi dans les états vassaux, nous dirions 
aujourd'hui dans les pays de protectorat. Une seconde inscription 
latine découverte en 182/1 à Chersonesos (Sébastopol), ville du 
royaume de Bosphore C, et une inscription grecque trouvée près 
de Tiflis, dans les ruines de l'antique Harmozica^ confirment 
cette observation. 

«Le détachement qui tenait garnison à Valarchapat en l'an- 
née 1 85 se composait probablement d'un millier d'hommes puisqu'il 
était commandé par un tribun; il appartenait à une des légions 
de Cappadoce. L'ancienne capitale du royaume d'Arménie, Arta- 
xala, avait été détruite en 1 63. Une nouvelle capitale, qui reçut le 
nom de JCainépolis , fut bâtie par les Romains à l'endroit même où 

W Corp. inscr. Indu., vol. III, n° 782. 
« Ibid., n" 6o5a 



— 26 — 

cette inscription a été découverte; le texte est presque contem- 
porain de la fondation de cette nouvelle ville." 

M. Cagnar communique une inscription romaine trouvée en 
1893 par les brigades topographiques de Tunisie. C'est une borne- 
limite; l'inscription est ainsi conçue: 

Ex auct(oritate) Imp(cvatoris) Vespasiani Aug(iist'i) p(alris) p(atriœ) , 
foies [provinci]ae Novae et Veter(is) de[rec]ti quafossa afuit per Ruti- 
lium Gallicum co(n)s(ulem) pont(ificem) et Sentium Caccilianum praeto- 
rcm, legatos Aug{usti). 

La pierre a été' trouvée à Henchir-es Souar, au sud-ouest de 
Lagbouat. Elle apprend que le fossé creusé par Scipion après la 
prise de Cartbage, en i/iG, pour marquer la limite des posses- 
sions romaines à cette époque, passait à cet endroit. Rapprochée 
d'un autre texte épigraphique déjà connu, cette inscription per- 
met d'établir la direction de ce fossé; il suivait vraisemblable- 
ment la Siliana jusqu'à Henchir-Dermouliia , gagnant de là Hen- 
chir-es-Souar, et atteignait le lac Kelbia (l l 

M Voir aux Communications, n° V (p. 43). 



— 27 — 



COMMUNICATIONS. 



N°I. 



NOTE SUR UNE BORNE MILLIA1RE ARABE DU I SIECLE DE L'HEGIRE, 
PAR M. LE MARQUIS DE VOGUE. 

Le R. P. Lagrange, le savant prieur des Dominicains de 
Jérusalem, m'a dernièrement envoyé l'estampage d'une in- 
scription coufîque gravée sur une borne milliaire trouvée au 
lieu dit Bab-el-Ouady, c'est-à-dire au point où la route de 
Jaffa à Jérusalem quitte la plaine pour entrer dans les vallées 









«ir 






t-QdLJuL, 







escarpées des montagnes de Juda. La borne est aujourd'hui 
déposée à la Trappe d'El-Athroun , non loin du lieu de la dé- 
couverte. Les dimensions ne sont pas données; l'inscription, 



— 28 — 
dans sa forme actuelle, occupe un espace de 87 centimètres 
de hauteur sur 5a centimètres de largeur : le commencement 
a disparu dans une cassure de la pierre. Le texte est encadré : 
la partie inférieure du champ est occupée par un ornement 
grossièrement sculpté, qui ligure des rinceaux s'échappant 
d'une sorte de vase, décoré d'un disque et d'un croissant. 
Voici la transcription du texte : 



d^UI 



(cette) route le serviteur de Dieu Abd-cl-Mclik , commandeur 

des ('voyants. La miséricorde de Dieu soit sur lui! D'Ilia jusqu'à ce mille 
yil y a) huit milles. 

\hd-el-Mclik est le cinquième calife ommiade, qui régna de 
l'an 65 à l'an 89 de l'hégire, soit 685-7o5 de l'ère chrétienne. 
Notre savant confrère M. Clermont-Ganneau (1) a déjà publié- 
une borne milliaire du même personnage , trouvée au Khan- 
Khatroura, sur la route de Jéricho à Jérusalem et mentionnant 
le cent-neuvième mille à partir de Damas. Le commencement 
a également disparu; il renfermait, comme toutes les inscrip- 
tions arabes, une formule pieuse, puis l'indication du travail 
ordonné par le calife, construction ou restauration de la route: 
les mots qui manquent dans notre première ligne se trouvent 
sur la pierre de Mian-kliatroura. M. ClermonMianneau les 

Recueil d'archéologie orientale, t- I. p. •"•'■ 



— 29 — 

lit : JLy>MÎ Xxjloj et les traduit *et la pose des milles», tout en 
reconnaissant que le premier mot est d'une lecture embarras- 
sante. Le reste du texte est le même, sauf les noms de lieux 
et les chiffres. 

Je renvoie donc à la dissertation de notre confrère pour les 
détails de l'inscription; le nouveau texte confirme tout ce qu'il 
a écrit sur l'administration des premiers califes, sur le soin 
qu'ils ont mis à continuer les traditions de l'administration 
romaine et à utiliser l'organisation qu'elle avait créée. Cette 
tendance se retrouve dans l'emploi du mot UU Ilia pour dési- 
gner Jérusalem et qui n'est autre que le latin Mlla Capitolina , 
du mot Ja«, pluriel JLç*l, qui n'est autre que le latin mille. Il 
est douteux pourtant que la mesure itinéraire consignée sur 
les deux milliaires d'Abd-el-Melik soit le mille romain de 
1,^71 mètres : en effet, 8 milles de 1,^71 mètres font 
11,768 mètres, 109 milles de 1,^71 mètres font 160,339 
mètres. Or ces deux longueurs sont notoirement inférieures à 
la distance de Bab-el-Ouady à Jérusalem et à celle de Damas 
à Khan-khatroura. Il y a là un petit problème qui ne pourra 
être résolu avec certitude que si les bornes ont été trouvées in 
situ et en déterminant la longueur exacte du chemin qui les 
séparait de Jérusalem. Le R. P. Lagrange se réserve d'étudier 
ce point de métrologie musulmane et nous pouvons attendre 
avec confiance le résultat de ses recherches. 

On remarquera que le caractère coufique de cette inscription 
est identiquement semblable à celui de l'inscription que j'ai 
relevée dans l'intérieur de la mosquée dite d'Omar, à Jéru- 
salem, et qui donne la date de la fondation de cette mosquée 
par le même calife Abd-el-Melik. 



30 — 



N° II. 



LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ÉCOLE FRANÇAISE DE ROME. 

Rome, le 3o janvier 189 h. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

M. Goyau,* membre de l'Ecole française de Rome, a la 
suite d'une visite réconte à la Bibliothèque impériale de 
Vienne (Autriche), signale, dans le 5 e volume de la collection 
de cartes gravées et de dessins manuscrits que contient l'exem- 
plaire de l'Atlas Blaeu possédé par cette Bibliothèque, la pré- 
sence d'intéressantes représentations, probablement inédites, 
d'après les ruines romaines qui subsistaient à Bordeaux au 
\vii c siècle : 

Six croquis des ruines du Palais Gallien: 

Un croquis des piliers de Tutèle ; 

Un dessin de la stèle de Tarquinia Fastina; 

Deux dessins de la prétendue Messaline, etc. 

Ces dessins ont été exécutés par un Hollandais, Hermann 
van der Hem, mort à Bordeaux en juin 16&9. 

M. le comte Tyszkicwicz, qui habite Rome pendant la sai- 
son d'hiver, vient de recevoir ici des objets antiques prove- 
nant, assure-t-on, d'un tombeau de la Russie méridionale. Le 
plus intéressant est un plat d'argent, de 33 centimètres de 
diamètre. Quelques-uns des personnages qui y sont figurés 
par un travail de repoussé sont presque identiques à ceux de 
[ a scène — probablement relative aux mystères d'Eleusis — 
qui se voit sur le beau vase de Kertch, gravé dans Kondakof. 
Tolstoï. Salomon Reinach, intiquités de la Russie méridionale, 
page 7 5. 



— 31 — 

A droite et à gauche, se dresse un grand épi de blé. En 
haut, et dominant tout le reste, à la place qu'occupe, sur le 
vase de Kertch, Triptolème sur son char ailé, il y a un per- 
sonnage tenant un cercle (?). 

A droite de la partie centrale, Dionysos assis tient de la 
main gauche le thyrse, comme au vase de Kertch. 

A gauche, et tenant la place de l'Hercule du vase de 
Kertch, un personnage debout, de sexe incertain, à la longue 
chevelure couronnée de feuillage, au très riche vêtement, 
avec longues manches et anaxyrides; il tient de chaque main 
un flambeau. Il se retrouve identique sur le vase de Kertch. 
Ici seulement il a sous ses pieds, à peu de distance, une sorte 
de foyer (?). 

Au centre de la partie inférieure est un autel sous lequel 
on voit un bélier. La flamme est ardente. A droite et à gauche 
de cette flamme sont deux personnages féminins, debout, 
tournés l'un vers l'autre. Celui de gauche tient des deux 
mains une corde qu'il étend au-dessus du feu. Le personnage 
à droite, entièrement nu, est dans l'attitude élégante et grave 
d'une danse religieuse. 

A l'extrémité droite, au bas, un trépied. 
Toute la représentation est dominée par une inscription 
grecque de trois lignes. 

La même sépulture contenait, dit-on, et M. le comte Tysz- 
kiewicz a reçu en même temps : une couronne d'or avec 
dédicace aux dieux patrôoi ; — une lampe en argent avec dé- 
dicace à Jupiter Sauveur : quatre dauphins; une tête casquée 
qui regarde à gauche; — un petit lécythe d'or, parfaitement 
intact, de onze centimètres de hauteur; — une très petite boîte 
en or avec son couvercle, sur lequel est gravé un griffon ailé: 
— un petit cratère d'or avec inscription au pied; — une qua- 
rantaine de plaquettes d'or, les unes portant figuré un double 
masque, les autres des têtes d'aigles; — plusieurs colliers, 



— 32 — 

bracelets, pendants d'oreilles; or, grenats, pierres dures, 
pûtes de verre, cristaux de roche, etc. 

Le même habile et dévoué collectionneur a commencé la 
publication des autres objets précieux, la plupart déjà bien 
connus dans la science, qui sont actuellement en sa posses- 
sion. Deux livraisons ont paru, en très belles héliogravures 
de la maison Bruckmann de Munich et de la maison Dujardin 
de Paris. Une courte et précise explication de chaque monu- 
ment est due à M. Frôhner. 

Agréez, etc. 

A. Geffroy. 

N°III. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'b'COLE FRANÇAISE DE ROME. 

Rome, le i3 février 189&. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Les fouilles dans la nécropole de Gorneto Tarquinia, in- 
terrompues pendant l'été et l'automne, ont été récemment 
reprises par le muriieipe de Gorneto, et suivies attentivement 
ou dirigées par M. le professeur Helhig, correspondant de 
l'Académie. Des tombes nouvelles intéressantes ont été décou- 
vertes. Une tombe <i po::o, découverte ces jours-ci mêmes, 
consiste en un grand dolium fermé simplement au sommet par 
une large pierre. Ge dolium contient : i° une urne fabriquée 
en plaques de bronze réunies à l'aide du marteau par des 
clous; là se retrouvent les cendres et les fragments d'osse- 
ments carbonisés; a une coupe de bronze avec manche ver- 
tical d'un travail pareil à celui de l'urne; 3° un rasoir de 
forme semi-lunaire en bronze; à beaucoup de fibules en 
bronze, une petite fibule en argent, plusieurs petits vases de 
terre travaillés à la main; .V enfin, les fragments d'une lance. 



9 

— «>o 

\1. Ilelbig fait remorquer que cette lance se termine 1 , 
comme c'était l'usage (voir son livre sur l'Epopée homérique. 
9 e édition, p. 3/io), par une pointe à chaque extrémité; celle 
d'en bas, a-avpojTtfp dans Y Iliade, permettait de ficher l'arme 
en terre quand on ne l'employait pas; elle est de bronze ici, 
et cette sorte d'anneau ou de bracelet, appelé ■zzépxvs dans 
Homère, qui servait à l'affermir et à l'orner, est formé de 
plaques de bronze en spirale. Le plus remarquable est que 
la pointe supérieure de la lance, celle qui servait surtout à 
l'attaque, est en fer, ce qui indique pour toute cette sépulture 
une date relativement moderne. 

Les travaux préparatoires en vue d'une restauration archéo- 
logique de la basilique de Santa Maria in Cosmedin, travaux 
entrepris pendant ces dernières années par Y Association artis- 
tique des amis de l'architecture, sont achevés. Le Ministre de 
l'instruction publique, M. le D r Baccelli, en a pris connais- 
sance. On espère pouvoir bientôt mettre la main au travail 
définitif : il consisterait à restituer la basilique dans l'état où 
elle se trouvait au xn e siècle, alors qu'elle fut transformée 
par Calixte II et décorée de marbres, de mosaïques et de 
fresques. 

On laisserait subsister et on conserverait, autant que pos- 
sible, les fragments de sculpture et de peinture qu'on a retrou- 
vés des époques antérieures, des iv c . vi e et vm e siècles. 

L'empereur d'Allemagne vient d'accorder une somme de 
60,000 marcs, pour quatre ans, à l'Institut royal histo- 
rique prussien, établi à Rome depuis l'année 1 888 avec 
M. Walter Friedensburg pour secrétaire. L'Institut roval his- 
torique prussien a déjà publié cinq volumes des correspon- 
dances échangées entre la curie romaine et les nonces en- 
voyés en Allemagne pendant la seconde moitié du xvi" siècle. 
Quatre autres volumes, faisant suite, doivent bientôt paraître, 
xxn. 3 



lurnivuii, fAl 



— M — 

Avec les fonds nouveaux, l'Institut royal se propose do pu- 
blier, d'après les Registres des archives vatieanes, les Suppliques 
relatives à l'Allemagne. 

L'Ecole française de Rome va publier ces jours-ci un vo- 
lume de M. Stéphane Gsell, l'auteur des Fouilles dans la né- 
cropole de Vulei, sur le règne de l'empereur Domitien : ce sera 
le 65 e fascicule de la Bibliothèque des Ecoles françaises 
d'Athènes et de Rome. Elle a sous presse en ce moment un 
volume de M. Enlart sur l'architecture cistercienne en Italie . 
avec de nombreux dessins, un volume de M. André Baudrillart 
sur le culte de la déesse Fortune, un volume de M. Elie 
Berger sur Blanche de Castille. Ce seront les 66 e , 67 e et 
68 e fascicules de la même collection. Nous sommes prêts à 
commencer l'impression des Registres d'Alexandre IV, de 
Nicolas III et de Martin IV, qui compléteront notre série des 
Registres pontificaux du xin" siècle. 

Notre volume des Mélanges de 1893 va paraître dans 
quelques jours; l'abondance des matières et le nombre des 
planches ont causé ce retard. Le premier fascicule des Mé- 
langes de i8cj/i s'imprime. 

Agréez, etc. 

A. Geffroy. 

' N° IV. 

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LE PALAIS DE TELLO . 
PAR M. L. HEUZEY, MEMBRE DE L'ACADEMIE. 

(SÉ4NCE DU I () FKVIUER iSg.'l.) 

La publication qui vient d'être faite, dans le nouveau fasci- 
cule des Découvertes en CJialdér, d'un plan d'ensemble du palais 
do Tello (,) . demande à étape accompagnée- de quelques obser- 

0> DScotwertBi en Chaldée, plan V 



— 35 — 

varions sur certains faits architectoniques relevés par M. de 
Sarzee au cours de ses fouilles successives. Le plan général 
nous donne surtout le dernier état, l'état le plus moderne, de 
cet édifice très complexe, qui a été remanié à plusieurs époques 
et presque partout avec les anciennes briques; mais il ne fait 
pas connaître les éludes de détail qui ont déterminé avec plus 
de précision les points où l'ancienne construction chaldéenne 
est encore intacte. Ces indications nouvelles doivent être re- 
portées sur des plans partiels, à plus grande échelle, qui sont 
en préparation; il importe néanmoins d'en dire quelques mots, 
bien que l'enquête soit seulement commencée et n'ait pas en- 
core donné tous ses résultats. 



I 

Il y a d'abord, sous les fondations actuelles, l'angle d'une 
épaisse muraille en très grandes briques (1) , qui est certainement 
un reste de la terrasse construite par le patési Our-Baou , plu- 
sieurs générations avant Goudéa, pour le temple du principal 
dieu local, Nin-Ghirsou, une des formes de l'Hercule ou du 
Mars chaldéen. D'après l'inscription gravée sur la statue même 
de ce prince, le soubassement, rempli de terre passée au crible 
et soigneusement purifiée de toute souillure, était haut de 
1 o empans (a m. 70) ou de 10 coudées (5 m. /10); le temple 
qui s'élevait au-dessus avait lui-même une hauteur de 3o em- 
pans (8 m. io) ou de 3o coudées (16 m. 2o) (2) . Ce sont de 
toute manière des élévations assez modestes: mais il ne faut 
pas oublier que nous sommes à une époques plus ancienne 
même que celle du temple à étages de la ville d'Ouïs L'erreur 

(" Sous les chambres afi, 37, s(8 du plan. 
1 L'hésitation lient à la signification variable attribuée au signe qui indique 
cette mesure. Voir l'inscription d'Our-Baou, col. III. cases 1-7, Découverte», 
p. iv-v «le la Partie épifp'apkiqm . 

3. 



— 36 — 

serait de croire que dans ces plaines d'alluvion, dépourvues de 
pierre à bâtir, au milieu des tribus rivales et des petits états 
indépendants qui se les partageaient à l'origine, l'architecture 
ait commencé par des tours de Babel. Les débuts en ont été 
beaucoup plus simples et plus conformes au développement 
normal de 1 humanité primitive. 

Le soubassement d'Our-Baou, de construction massive, sans 
aucune décoration extérieure, présente d'autre part une dis- 
position très curieuse à noter pour l'histoire de l'architecture. 
M. de Sarzec avait remarqué que l'assise supérieure de la mu- 
raille, au lieu d'être horizontale, présentait partout une légère 
inclinaison dans le sens du parement intérieur et du terrasse- 
ment contre lequel il s'appuyait. Le fait était resté inexpliqué. 
Un examen plus attentif de l'appareil lui a démontré qu'il y 
avait là, non pas une déviation accidentelle, mais un curieux 
procédé primitif, qui se retrouve dans plusieurs autres sou- 
bassements de Tello. Ce n'est pas seulement le sommet de la 
muraille, c'est la muraille entière dont toutes les assises sont 
légèrement inclinées à l'horizon et dont le pied même vient 
s'arc-boutcr contre le sol par une obliquité voulue (1) . Les vieux 
constructeurs chaldéens avaient trouvé ce moyen primitif de 
résister à la poussée des terres, et ils arrivaient ainsi à un ré- 
sultat analogue à celui que l'on obtient aujourd'hui par ce que 
les architectes appellent le fruk , c'est-à-dire par la disposition 
des assises en retraite l'une sur l'autre. Toutefois cette incli- 
naison en bloc n'était guère possible, il faut le dire, que grâce 
à l'extrême cohésion de l'appareil en briques et bitume. Le 
procédé est d'ailleurs constant à Tello, pour les murs de sub- 
struclion et y remonte aux origines de la construction en briques. 
En effet, M. de Sarzec en constate déjà l'emploi, longtemps 
avant l'époque d'Our-Baou, dans les soubassements du patési 

(1) Cette inclinaison osl bien visible sur la planche U des Découverte*. 



— 37 — 

Entéména et la même obliquité des assises de soutènement se 
retrouve aussi plus tard, comme nous allons le voir, à l'époque 
de Goudéa. 

II 

Le palais de Tello étant bâti presque complètement avec 
des briques au nom de Goudéa et ces briques formant une 
masse considérable, qui provient de toute manière d'un grand 
édifice, il importait surtout de reconnaître avec certitude sur 
quelque point du palais, au milieu de la complexité des rema- 
niements successifs, la construction originale et authentique 
de ce patési. Ce point, M. de Sarzec l'avait indiqué dès l'ori- 
gine et s'était toujours réservé de l'étudier de plus près (1) . C'est 
un épais massif de briques, actuellement englobé dans les 
appartements de l'aile gauche (partie S. 0.), à peu de dis- 
tance de l'angle sud du palais (i) ; nous avions déjà fait remar- 
quer que l'une de ses faces portait une décoration que l'ar- 
chitecture chaldéo-assyrienne réserve d'ordinaire à l'ornement 
des façades extérieures : elle consiste en une série de grandes 
rainures verticales, dentelées par un double ressaut. La solidité 
et la parfaite régularité des assises en briques et bitume, for- 
mant un carré compact d'environ 6 mètres d'épaisseur, ne 
permet pas de douter qu'il n'y ait là un morceau bien intact de 
construction chaldéenne, et l'inscription de chaque brique 
l'assigne avec toute certitude au patési Goudéa. La haute an- 
tiquité de cette épaisse muraille est en outre confirmée par 

M Dès nia première communication à l'Académie sur les découvertes de 
Tello (a décembre 1 88 1) , je disais : «Cependant, M. de Sarzec se réserve d'étu- 
dier de plus près certains faits qu'il a observés dans les fouilles et d'après les- 
quels différentes parties de la construction auraient peut-être été rebâties avec 
des briques de Goudéa, autour d'un noyau primitif, qui serait la terrasse à 
étages.?» Voir les Comptes rendus. (Cette réserve a été expressément maintenue 
dans les Découvertes et dans mon Palais chaldéen.) 

w Lettres 11 et H" du plan A. 



— 38 — 

l'obliquité légère, mais cependant visible, des assises, confor- 
mément au système que nous avons tout à l'heure défini (1) . La 
disposition indique que c'était une tour et probablement une 
tour d'angle, dont la présence en cet endroit révèle un ancien 
plan, assez différent de celui qui nous est connu par les pre- 
mières fouilles. 

Ici se place la découverte la plus significative, résultant 
d'une nouvelle série d'études et de sondages : c'est que cette 
tour commandait une grande porte d'entrée de 2 m. 5o d'ou- 
verture, véritable porte d'enceinte fortifiée, qui fut par la suite 
rétrécie de plus de moitié, pour servir de passage i2) et de com- 
munication intérieure entre la cour centrale et les apparte- 
ments de réception et d'habitation, rajoutés plus lard à la 
façade sud-ouest. 

i 

M. de Sarzec a pu constater que cette entrée avait subi à 
diverses époques des modifications importantes. D'abord, on 
avait renforcé la tour, en plaquant, au pied de sa face ornée, 
un avant-mur, décoré des mêmes rainures à double cran, mais 
de construction moins bonne. Plus tard (3) , au contraire, on prit 
le parti de condamner la porte et d'en murer l'accès à l'aligne- 
ment de la tour, précaution opposée à la précédente, mais 
qui trahit le même besoin de défense contre une attaque à 
main armée. Ce mur de remplissage avait été construit encore 
avec un certain soin; l'architecte y avait aussi ménagé les rai- 
nures décoratives des façades extérieures; mais ces rainures 
sont à un seul cran, ce qui permet de les distinguer au premier 
coup d'œil de la décoration plus soignée de Goudéa (l) . Enfin, 
lorsque des constructions nouvelles furent ajoutées à cette face 
de l'édifice, on pratiqua, dans la muraille précédemment 

"> On b'cii convaincra facilement par l'examen de la planche LUI, %. i. 

<») Lcltre F du plan A. 

(a) Lettre H" du mairie plan; cf. pi. L, fig. i. 

(*' Ibid., f.g. 9.. 



— 89 — 

construite, une porte, plus étroite que la première, et comme 
un vestibule, communiquant avec l'aile nouvellement édifiée. 

M. de Sarzec ayant supprimé ces additions, la porte de 
Goudéa nous apparaît maintenant dans sa disposition pre- 
mière, disposition très simple, mais caractéristique. Nous la 
voyons s'élargir symétriquement des deux côtés, par une suite 
de trois ressauts à angle droit, et arriver ainsi à former, au 
niveau de la tour, une entrée de plus de 5 mètres de large, 
qui sert d'accès. Or un pareil élargissement à l'aide de res- 
sauts, reliant chaque porte aux tours qui la flanquent, se re- 
trouve presque trait pour trait sur le plan d'une enceinte for- 
tifiée que la célèbre statue de l'architecte chaldéen (c'est-à-dire 
Goudéa représenté comme constructeur) porte sur ses genoux (1) . 
La seule différence est que, sur le plan gravé, qui tend à sim- 
plifier les détails, les ressauts sont seulement au nombre de 
deux; mais c'est exactement le même système de construction, 
qui repose tout entier sur de simples combinaisons de briques 
carrées. 

Autrefois on pouvait dire qu'il n'existait aucun rapport 
entre les arasements mis à nu par les fouilles et le plan des- 
siné sur les genoux de la statue : aujourd'hui M. de Sarzec a 
déterminé un point où la similitude est complète et la confor- 
mité absolue. C'est un résultat dont l'importance ne saurait 
échapper à quiconque est tant soit peu familiarisé avec les 
questions de construction et d'architecture. 

Nous avons donc certainement, au milieu des distributions 
compliquées du palais de Tello, une tour et une porte de Gou- 
déa. Seulement la vieille construction chaldéenne, qui appa- 
raît nettement sur ce point, se perd ensuite, de l'autre côté 
de la porte , et s'amalgame avec les murs récents par une fu- 
sion si étroite, qu'il est difficile de suivre la piste plus loin. 

'■' Découvertes . pi. XV, fi{{. î. 



— 40 — 

Plusieurs tronçons de murailles du même appareil antique ont 
bien été rencontrés du côté opposé, vers l'aile droite du pa- 
lais; mais il faut attendre la continuation des fouilles pour 
savoir comment ils se- raccordent avec l'angle aujourd'hui re- 
connu. 

m 

Sur d'autres points au contraire, où l'ancienne architecture 
paraissait conservée , l'étude de l'appareil a montré des traces cer- 
taines de remaniement. Telle est , par exemple , sur la façade prin- 
cipale, la série de tores verticaux formant une décoration que 
l'on peut comparer à des troncs d'arbres juxtaposés ou, si l'on 
veut, à des tuyaux d'orgue, et qui se retrouve en effet dans les 
anciennes constructions chaldéo-assyriennes. En recherchant 
par quel procédé cette décoration était ici produite, M. de Sar- 
zec a constaté que l'on y avait employé après coup des briques 
courbes, portant bien le nom de Goudéa, mais fabriquées pour 
un autre usage (1) : elles ont été empruntées à des colonnes sem- 
blables à celles dont il existe sur un autre monticule de si re- 
marquables spécimens. Ces assises n'étant pas d'ailleurs cimen- 
tées avec du bitume, on ne peut douter de l'adaptation. De 
pareils placages, répondant à des restaurations partielles et 
successives, expliquent l'irrégularité des grandes façades du 
palais de Tello et les déviations d'alignement que l'on y observe. 

Quant au caractère de la construction même de Goudéa, il 
apparaît par le lien étroit qui rattache cette construction à 
l'ancien soubassement du temple de Nin-Ghirsou, élevé par 
Our-Baou ; il doit se déduire aussi de l'inscription gravée sur 
les briques de la tour et de la porte dernièrement reconnues. 

Ces briques de Goudéa ne mentionnent que le temple de 
Nin-Ghirsou, lo fameux temple E-ninnou, le grand sanctuaire 



< 



Découvertes, pi. \U\ , lift, i el a. 



— ai- 
de toute la contrée : elles ne parlent ni d'un palais propre- 
ment dit ni d'une enceinte fortifiée. D'ailleurs les textes beau- 
coup plus explicites des statues de Goudéa sont également 
muets sur ces deux points, ême la grande inscription de la 
statue qui porte un plan de fortification sur ses genoux. 

Ce que l'on peut affirmer, dans l'état actuel de la question , 
c'est que Goudéa avait construit, à vingt mètres environ en 
avant de l'ancien soubassement édifié par l'un de ses prédé- 
cesseurs, Our-Baou. pour supporter le temple du divin patron 
de Sirpourla, une épaisse muraille percée de portes, formant 
de ce côté une sorte de propylée et se reliant à une enceinte 
plus étendue; cette enceinte était, avant tout, une enceinte re- 
ligieuse; elle faisait partie intégrante du sanctuaire de Nin- 
Ghirsou, ce qui n'empêchait pas qu'elle n'eût reçu toutes les 
dispositions utiles pour la défense du lieu saint. D'autre part, 
Goudéa était lui-même lié par son titre au sacerdoce du grand 
dieu local, comme patési, c'est-à-dire comme vicaire de Nin- 
Ghirsou. 11 en résulte que son habitation devait être comprise 
dans cette enceinte et dans les dépendances du temple. De là 
le triple caractère de cet édifice, qui était à la fois un sanc- 
tuaire, une forteresse et un palais. 

IV 

Les reconstructions qui ont pu modifier cet ancien état de 
choses commencent d'assez bonne heure. Vers le xx c siècle avant 
notre ère, une inscription, depuis longtemps connue (l) , nous 
montre Rim-Sin. fils de koudour-Mapouk, souverain de Larsa, 
roi de Soumir et d'Accad, protecteur de la ville d'Our, se van- 
tant d'avoir relevé les villes de Sirpourla et de Ghirsou et aug- 
menté los revenus sacrés du temple E-ninnou, dont l'influence 

m IV. R. n" :r>. 



— A3 — 

religieuse était par conséquent encore grande dans ces con- 
trées. L'indication se trouve confirmée par la découverte que 
M. de Sarzec a faite, sous le pavage du palais, d'un cône de 
terre cuite de ce roi Rim-Sin, couvert d'une longue inscription 
en caractères très fins et malheureusement assez endommagés 11J . 
C'est du reste la dernière et la plus moderne des inscriptions 
cunéiformes recueillie dans les fouilles. L'ancien empire de 
Babylone, la période assyrienne tout entière et la domination 
perse n'ont laissé aucune trace à Tello et n'y sont pas repré- 
sentées même par un seul caractère d'écriture. Toute la haute 
antiquité y est absolument et purement sumérienne. 

Le mouvement, ce que l'on peut appeler la vie historique, 
paraît s'être alors retiré pour de longs siècles de ces districts 
intérieurs pour se reporter vers les grandes voies des deux 
fleuves. Dans ces conditions, il est difficile de savoir à quelle 
époque exacte et par suite de quelles circonstances locales le 
nouveau palais, dont nous avons le plan, a été pour la pre- 
mière fois reconstruit sur les ruines de l'ancien sanctuaire et 
avec les mêmes briques, dans une forme qui dérive encore de 
l'architecture chaldéenne. Il est probable que les marais du 
bas Euphrate et le canal du Chatt-el-Haï servirent plus d'une 
fois de remparts à des tentatives d'indépendance, avant le jour 
où, à la faveur des luttes engagées entre les successeurs 
d'Alexandre, le dynaste Adadnadinokhès, établi dans cette 
royale demeure, fit mouler de nouvelles briques et y estampa 
son nom, à la fois en écriture araméenne et en écriture 
grecque (2) . Du reste l'emploi des briques bilingues est limité à 
des additions faciles à distinguer : ces additions sont une sorte 
de portique ou de vestibule intérieur, dans la cour centrale. 
et un mur de remplissage, élevé pour boucher une porte, tout 



(l < Découvertes, pi. XLI, lijj. l. 

"-> Découvertes, pi. XXXVII, 6g. 11 H 1 •>• 



— 43 — 

à fait différente de la porte de Goudéa, ci-dessus décrite 11 '. Ce 
petit prince asiatique hellénisé ne semble donc avoir été que 
l'un des derniers réparateurs du palais de Tello, déjà bien des 
fois remanié avant lui. 

N°V. 

NOTE SUR LES LIMITES DE LA. PROVINCE ROMAINE D'AFRIQUE, 
EN l46 AVANT J.-C, PAR M. R. CAGNAT. 

(SÉANCE DU 2 3 FÉVRIER l8()/|.) 

On sait que la prise de Cartilage par Scipion Emilien inau- 
gura pour les Romains une politique toute nouvelle sur la 
terre d'Afrique. Jusque-là, ils avaient hésité à prendre pied 
dans le pays, persuadés, avec raison, qu'ils ne pourraient pas 
limiter à leur gré leur occupation. La puissance punique une 
fois anéantie, il n'y eut plus moyen pour eux de reculer; le 
Sénat dut se résoudre à entrer en possession d'une certaine 
étendue de territoire, celle que les Carthaginois avaient sous 
leur autorité immédiate au début de la troisième guerre pu- 
nique. Ce territoire est désigné dans les auteurs sous le nom 
A'Africa vêtus; il comprenait, autour de la ville de Carthage, 
une bande de terrain assez étendue; au delà, dans l'intérieur 
des terres, commençait le royaume des princes numides, des 
, fils de Masinissa, qui protégeait la province romaine contre 
toute incursion venant de l'Ouest et du Sud ; cette région prit 
postérieurement, lorsqu'elle fut réunie à la province d'Afrique, 
le nom d'Africa nova^. Entre YAfrica velus et YAfrica nova, Sci- 
pion Emilien avait tracé la limite en creusant un fossé, à la fois 
ligne de démarcation et défense militaire, comme avaient fait 
autrefois, et avant lui, les Carthaginois, pour séparer leurs 

M Lettres M, 0, 0' et 0" du plan A. 

W Sur tous ces détails voir Tissot, Géographie de V Afrique romaine , I(, p. î 
et suiv. 



— àà — 

possessions de celles de leurs voisins, comme firent plus tard 
les empereurs sur toute l'étendue du limes impern. Ce fossé, 
nous dit Pline (1) , partait de la Tusca (Oued-el-Kebir), qui se 
jetait à la mer à côté de Thabraca (Tabarca), pour se ter- 
miner à Thenae (Hencbir-Tiné), c'est-à-dire à 12 kilomètres 
au-dessous de Sfa\. 

Quel était le tracé de ce fossé entre ces deux points ex- 
trêmes? C'est ce que Tissot a essayé d'établir dans le second 
volume de sa Géographie comparée de l'Afrique^, en se fondant 
sur certains indices qu'il a recueillis çà et là dans les auteurs. 
Pour lui, le fossé de Scipion partait de Thabraca , suivait pendant 
quelques kilomètres l'Oued-Kebir, qu'il utilisait, puis gagnait 
la ville de Vacca (Béja), qu'il laissait à l'ouest, et descendait 
l'Oued-Béja jusqu'à son confluent avec la Medjerda. De là, il 
aurait fait un détour vers l'ouest, enveloppant le Djebel - 
Gorrha, aurait regagné la Siliana vers Kasr-el-Hadid et aurait 
suivi l'Oued-Merg-el-Lil jusqu'aux chotts voisins de Kairouan. 
Le ebott de Sidi-el-Hani formait ensuite la séparation, la 
rive occidentale appartenant aux princes numides; de là, le 
fossé aurait été tracé en ligne droite vers Thenae. 

Pour justifier ces conclusions, Tissot ne s'est appuyé sur 
aucun document formel. Aujourd'hui nous possédons pour la 
solution du problème deux inscriptions qu'il ne connaissait 
pas et qui l'auraient certainement amené à modifier ses con- 
clusions. 

La première a été publiée par moi, il y a dix ans, d'après 
la copie d'un ollicier qui m'avait été obligeamment remise l3) . 
Voici le texte qui m'a été communiqué : 

C> Pline, Histoire naturelle, V, 2 et 3. 

< 2 > hoc. cit. 

(3 ' Explorations archéologiques en Tunisie, II, n" a/1/1; C. I.L., VIII, 1/1883. 
J'ai proposé de lire : li\.r] auXctoritafo] fmp(eratoris) \Caes(aris) \e\spasian\i 
Aiiir(iisti) p(alris) p(atriae) jiné[s] provmcï[ae] A[fr(icae) Nova\e\ res\tituti p]er. . . 
M. Scbmidl préfère, avec raison, lire à la ligne ."> : /Vwafe] e\i\ ret(eris). 



— 45 — 

X AVG IMPRJNI 
S P A S I A NO 
AVG P P FINE 
PROVINCIALE 
NOVAREIVET 
DERIGIT 

J'avais avancé que, dans ce texte, il était question de la 
limite de l'AJrica vêtus et de ÏAfrica nova et que la pierre était 
une borne, datant de Vespasien, destinée à indiquer un point 
de la ligne frontière. Le monument provient, m'a-t-il été dit, 
d'un lieu situé à mi-route (10 kilomètres) de Testour et 
Bou-Djelida; nous l'avons recherché, M. Salomon Reinach et 
moi, sans le trouver, dans les ruines appelées aujourd'hui 
Henchir-Dermouliia qui se trouvent précisément à la distance 
indiquée de Testour dans la direction de Bou-Djelida; il doit 
être quelque part dans la broussaille, près de ces ruines, sur 
l'une ou l'autre rive de la Siliana. Voici un premier jalon 
pour fixer la direction que suivait la ligne de démarcation 
tracée par Scipion en 1A6 avant J.-C. 

Une très heureuse trouvaille faite l'été dernier par les 
officiers du service géographique de l'armée est venue confir- 
mer l'explication que j'avais donnée du texte mutilé et mal 
copié d'Henchir-Dermouliia, et la compléter. En relevant le 
terrain, au sud des ruines nommées Henchir-es-Souar, M. le 
capitaine Lebreton et M. le lieutenant Wimpffen ont décou- 
vert, près d'un torrent appelé *el Haddada», ce qui veut dire 
«la limite», une pierre isolée de 2 mètres de haut sur 
o m. 80 de large, qui portait une inscription (I) . Ils en ont 
pris une copie et un estampage : 

W Les lettres portées à la ligne 12 ne sont pas visibles sur l'estampage. Je 
les ai mainlonues, parce qu'elles figurent sur la copie de M. Lebrelorji 



— A6 

EX AVCT IMP 
». F. S P A S 1 A N I 
A V # • p ■ P FINES 
provinciAE NO 
» A E ET VETER DE 
reCTl Q_V A F O S S A 
AFVIT PEU RVTlLIVw* 
g-ALLICVM €S PON/ 
efSEIIIIVw» CAECILi 
iiNVw P R. n E T C R E m 
/EGATOS *V G 



1 J_' 



/$> auctiprilaté) l»ip(eraloris) [V]espasiani Au[g(usti) p(atrk)] poitrine), 
fines [provinci\ae No\v]ae et fréterais) de\re]cti quafossa afuit per Rutihu[m 
G\allicum co(n)s(ulem) pon{t{ificcm) et] Senthi[m] Caecil[ia]mimpr[a\ctore\m 
Ijegatos Aiiff(nstt). . . 

(lette inscription prouve que Vespasien fit rétablir l'ancienne 
limite de YAfrica velus et de YAfrica nova, aux endroits où le 
fossé avait disparu, par l'intermédiaire d'un consulaire, Ru- 
tilius Gallicus, et d'un prétorien, Sentius Caecilianus. 

Tous deux sont déjà connus, mais on avait émis à leur sujet 
des hypothèses que ce texte détruit absolument. 

Butilius Gallicus est un grand personnage de l'époque des 
Flaviens; il fut préfet de Rome sous Domitien. Sa noblesse et 
ses actions ont été célébrées par Stace dans une de ses Silves^K 
Ern. Desjardins lui a consacré un long article dans la Revue de 
philologie, sous forme d'une lettre adressée à M. Louis Havel (2) . 

O Stat., Silv., 1. /i. 

(2) Nécessité des connaissances épigraph$quea pour l'intelligence de certains textes 
classiques (Rev. de philologie , 1877, p. 7 et suiv.). — Toute la carrière du 
personnage est étudiée par MM. Sloblie, Rolil, Hirsolifeld, dans la 6 e édition de 
Friedlânder, Damtellungen, p. 4yg ni suiv. 



— M — 

Rutilius Gallicus ayant été atteint d'une maladie fort grave, io 
poète suppose qu'Apollon se laissa toucher du danger que 
courait son protégé ; il alla donc trouver son fils Esculape , 
pour l'amener au chevet du mourant, mais un dieu ne se dé- 
range pas ainsi sans motif sérieux, même à l'appel de son 
père. Pour justifier sa démarche, Apollon dut expliquer, 
chemin faisant, qu'il s'agissait de sauver une tête illustre, et 
raconter tout au long la vie du malade, ce qui convainquit 
Esculape, puisque Hutilius Gallicus revint à la santé. Nous 
devons à cette confidence divine de précieux renseignements 
sur le cursus honorum du personnage; par là, nous savons, 
entre autres choses, qu'après être arrivé deux fois au consulat 
— on a établi que son premier consulat date de 65 après 
J.-C. (1) , — il fut revêtu de différentes fonctions, parmi les- 
quelles se place une mission en Afrique. Pour la caractériser. 
Stace dit : 

Libyci quid mira trihuti 
Obsequia, et missum média de pace triumphum 
Laudem, et opes quantas nec qui mandaverat ausus 
Espectare fuit ? Gaudet Trasimenus et Alpes 
Cannensesque animae : piïmusque insigne tiïbutum 
Ipse palam lacera poscebat Regulus umbra. 

«Célébrerai -je la Libye obéissante, apportant un tribut im- 
mense, ce triomphe obtenu en pleine paix, ces richesses qui 
dépassèrent l'attente de celui même qui avait chargé Gallicus 
de les exiger ? Trasimène, les Alpes, les mânes de Cannes s'en 
réjouissent; et l'ombre sanglante de Régulus était la première 
à réclamer hautement cet insigne tribut ! » 

Quelle fonction se cache sous ces périphrases ? Desjar- 
dins admet que c'est le proconsulat de la province d'Afrique : 
M. Stobbe, au contraire-, croit que le poète a pu désigner par 

C> Friedlander, toc. cit. 



'l« 



18 — 

là li' commandement de la légion lll 1 ' Auguste, «ai était 
i'M'iti', on le sait, par un legatus Augitsli pro praetore; enfin, 
MM. Mommsen^ et Hirschfeld® sont d'avis que Hutilius Gal- 
licus fut envoyé en Afrique avec le titre de legatm Atigusti ad 

census a cci pi endos. On sait que le tribut provincial étant établi 
d'après le cens, il fallait, pour fixe* le taux de ce tribut, faire 
un recensement des biens-fonds imposables, et la direction 
suprême des opérations était confiée à un mandataire spécial 
de l'empereur ad census accipiéndos. L'inscription nouvelle 
d'Hencbir-es-Souar tranche la question : Hutilius Gallicus n'y 
porte pas le titre de proconsul ; il n'était certainement pas 
légat de la légion IIP Auguste, ainsi qu'on le verra quand je 
parlerai de son collègue. Sentius Caecilianus ; et comme, 
d'autre part, l'opération qui nécessita l'érection de cette borne 
est une opération cadastrale, il ne nous reste plus qu'à ad- 
mettre l'opinion formulée par MM. Mommsen et Hirscbfeld. 
Il n'y a pas à hésiter maintenant sur la portée des vers de 
Slace t 3 >. 

Le nom de Sex. Sentius Caecilianus s'est déjà rencontré 
au bas d'un milliaire. copié jadis auprès de Tébessa, qui est 
aujourd'hui perdu (:,) : 



VLil 



wmmAVG 




w CIL., V, 6989. 

M Cf. Friedtânder, loc. ai. 

( ;,) On comprend pourquoi les habitants de Loptis élevèrent une statue à là 
tomme de Rutilius Gullicus (C. I. ],.. V, 6989). Il est probable que ce person- 
nage leur aura rendu quelque service à l'occasion de sa mission ad census 
accipiéndos. 

w C. 1. /,., VIII. ioi65. 



— 80 — 



v-m^wmwmmm. 




■sEX 

CAECILIANO LE#- 
AVGPROPR 
UU 

11 est doîic tout naturel de voir dans ce personnage un 
Jégat de Numidie. 

On n'aurait jamais songé à chercher une solution différente 
si le nom d'un Sex. Sentius Caecilianus ne figurait pas égale- 
ment sur une autre inscription brisée du côté gauche, avec 
le titre de legatus Aagusti prc praetore -atrmsque Maure taniaeA l K 
M. Mommsen (2) n'a pas hésité à identifier les deux person- 
nages et à admettre que Sex. Sentius Caecilianus vivait à 
l'époque où, la légion IIP Auguste élant licenciée, le corps 
d'armée légionnaire de l'Afrique avait été transporté en Mau- 
rétanie. Il aurait donc été légat de Maurétanie, et c'est à ce 
titre qu'il aurait procédé, en Numidie, à une réfection de voie 
militaire. Cette conclusion était favorisée par cette circon- 
stance que, sur le milliaire de Tébessa, le nom de l'empereur 
régnant était à peu près effacé. Mais on a reconnu aujourd'hui 
que, à l'époque où la légion IIP Auguste fut licenciée, il n'y 
avait pas de légion campée en Maurétanie {3) , et qu'il existait 
encore des légats pro-préteurs de Numidie (4) . Aussi , M. Fallu 
de Lessert, dans ses Fastes de Numidie^, M. Hirschfeld dans 
un article sur les gouverneurs de province de rang équestre' 5 ), 

M C. IL., IX, higlt. 

•9 Ibid., VIII, p. xx. 

W Voir mon Armée d'Afrique, p. -a-j,1, et les source* que j'y cite. 

(4 > Pallu de Lessert, Fastes de Numidie, p. î A8. 

< 5 ' Op. cit., p. ai 8. 

i fi) Sitamgsberiehte dpr ikndpinic der Wisxenschaften , 1889, p. 43i. 

noie 92. 

XXII. Il 



turiti 4fkl« >»i i..n u - , 



— 50 — 

et moi-même dans mon Armée d'Afrique [i) , avons été amenés 
à repousser les conclusions de M. Mommsen. Nous avons 
admis ou qu'il s'agissait dans ces inscriptions de deux hommes 
de la même famille, ou, s'il était question du même, que le 
titre de légat de Numidie et celui de légat do Maurétanie in- 
diquaient deux étapes successives de sa carrière. La borne 
d'Henchir-es-Souar prouve que Sex. Sentius Caecilianus 
exerçait en Afrique une fonction prétorienne sous Vespasien. 
Or le nom de l'empereur à demi-effacé sur le milliaire de Nu- 
midie se prête à merveille à la restitution VEsVAsiano. ainsi 
que M. Hirschfeld l'avait pressenti^. Nous pouvons donc af- 
firmer que Sex. Sentius Caecilianus était légat de Numidie 
sous le règne de Vespasien, ce qui est une fonction préto- 
rienne. C'est à ce titre, suivant toute vraisemblance, qu'il fut 
adjoint comme commissaire impérial au consulaire Rulilius 
Gallicus pour les opérations du recensement dans la province 
d'Afrique, où il était déjà le représentant de l'empereur à 
côté du proconsul, représentant du Sénat. 

Il reste à fixer à quelle occasion Vespasien imagina de faire 
opérer un recensement eu Afrique, ce qui nous donnera la 
date exacte du monument d'Henchir-es-Souar et celle du gou- 
vernement de Sex. Sentius Caecilianus. 

M. Jullian (3) a déjà fait remarquer que l'on possède un 
certain nombre de textes épigraphiques, tous de l'époque de 
Vespasien, relatifs à des rectifications de limites ou à des 
reprises de territoire par l'Etal; ils sont datés de l'année 76 
et des années suivantes. L'un d'eux, qui nous a été conservé 
par l'agronome H\gin, existait, nous dit cet auteur, à Cyrène. 



M Armée d'Afrique, p. 2 85 ctsuiv. 

M Lot: cit. 

I" Bulletin êpigraphique de la Gaule, t884, p. i36 el suiv. — Les textes 
cités par M. Jiillian sont : C. /. //. , IV, io5ç); \ [, g33; X, 0828, 8o38; Xlt , 
11 3; Suet, Vesp., io. 



— 51 — 

et portail le nom de Vespasien accompagné de ces mots : occu- 
pait a privatis fines pfopuh) r(omano) rçslituti^. Or, en avril 7 3, 
Vespasien devenait censeur avec son fils Titus (2 >, et c'était pré- 
cisément aux censeurs qu'il appartenait d'examiner les ques- 
tions de cette espèce, qui intéressaient la fortune publique et 
les revenus de l'Etat. Il est tout naturel d'admettre que le recen- 
sement des terres imposables d'Afrique fut exécuté à cette date 
et à cette occasion, en 7/1 ou •fh, par ordre de l'empereur- 
conseur. On conçoit que, pour arriver à asseoir les listes du 
cens sur des bases équitables, il fût nécessaire de contrôler, 
de reviser, de perfectionner les anciens cadastres publics ou 
municipaux, et pour cela de connaître exactement les limites 
de YAfrua velus et de YÂfrica nova ; là où le fossé de Scipion 
n'existait plus, il n'y avait pas à le rétablir, car il ne possédait 
plus qu'une valeur purement historique, mais à y suppléer; 
une suite de bornes, se succédant de distance en distance, 
sutïisait à indiquer la direction de la limite. Deux de ces 
bornes ont été retrouvées en place ; l'avenir nous en réserve 
peut-être d'autres encore. 

En tout cas, elles suffisent à établir que le fossé de Scipion 
passait beaucoup plus à l'est que Tissot ne le pensait; de la 
Medjerda il gagnait la Siliana. soit en suivant le cours de 
cette rivière à partir de son embouchure et pendant une cer- 
taine distance, soit en la coupant dans les environs d'Hencbir- 
Dermouliia. Puis il se dirigeait vers Henchir-es-Souar pour 
atteindre le lac Kelbia et ensuite celui de Sidi-el-Hani. C'est 
une bande de 5o kilomètres de large qu'il faut restituer à 
YAfrica nova, telle que l'avait délimitée Tissot. Fidèles à leur 
politique passée, les Romains, après ia prise de (lartliage, 
s'avancèrent le moins 'oin possible dans l'intérieur du pays. 

'■'■ (h coiidii. ngror., p, *2â. 

^ Goyau, ChronçlQgie , p. 1 53. 



52 



APPENDICE N° I. 



rapport du secretaire perpetuel de l'academie des inscriptions et belles- 
lettres sur les travaux des commissions de publication de cette aca- 
demie pendant le deuxieme semestre de l8o,3, lu le 26 janvier 1896. 

Messieurs, 

L'Académie, dans le dernier semestre, a fait paraître le 2 e fascicule 
du tome XXVII (1" partie) des Notices et extraits des manuscrits, conte- 
nant les Inscriptions du Cambodge , et le tome XXXI de X Histoire litté- 
raire de la France. Je puis aussi ranger au nombre des ouvrages publiés 
le tome X de la \" série du recueil ouvert aux Mémoires des savants étran- 
gers , que je dépose aujourd'hui sur le bureau et qui sera distribué dès 
la séance prochaine. 

Les volumes en cours d'impression dans nos grandes collections in- 
folio touchent presque tous à leur fin : la publication n'en est retardée 
que par les tables ou les préfaces. 

Historiens des Croisades : 1° Historiens occidentaux , t. V. Le texte en- 
tier et les tables même sont imprimés; reste la préface qui va être en- 
voyée à l'imprimerie. Le volume pourra paraître avant la fin de cette 
année. 

2° Historiens orientaux, t. IV. Dix nouvelles feuilles (de 20 à 3o) sont 
en bon à tirer et quatre en 2 e épreuve, 

3° Historiens arméniens , t. IL La table des matières (histoire et géo- 
graphie) est tirée. On rédige la préface; la publication nous en est pro- 
mise pour 1895. 

Historiens de France, t. XXIV. Il ne manque, pour l'achèvement du 
volume, que deux feuilles de texte avec les tables et l'introduction. 

Le travail suit sa marche progressive dans nos autres publications 
m-li°. 

Mémoires de l'Académie. La 2 e partie du tome XXXIV a reçu deux nou- 
veaux mémoires: l'un de M. Ravaisson, Une œuvre de Pisancllo; l'autre 
de M. Viollet, Les Ftats de Paris en février i358. Deux autres mémoires 
déjà lus suffiront probablement à compléter le volume. 

Notices et extraits des manuscrits. Le tome XXXIV, 2 e partie, va s'ac- 
croître d'un article de M. Hameau intitulé : Le poème adressé par Abé- 
! ' h r P" Gfc 4<>h-fllol>e. 



— 53 — 

Corpus inscriptionum semiticarum. i° Partie phénicienne. Le iasci^uio -i 
du tome II est eu préparation. 

2° Partie aramécnne. Le 2 e fascicule a paru au mois de juillet i 893. 
Le 3 e fascicide, contenant les inscriptions sinaïtiques , est en préparation. 

3° Partie himyarite. Le texte de la première moitié du fascicule a été 
envoyé à l'impression, 

Œuvres de Borghesi. Le tome IX, 3 e partie, contenant la table des 
matières des lettres de Borghesi , va paraître : le bon à tirer est donné. 
Le tome X , qui termine la collection , est en cours d'impression. 

La Commission chargée de ce travail vient de faire une grande perte. 
Notre confrère M. Wacldingion lui est enlevé au moment où, quittant 
les hautes fonctions dont il était investi, il allait pouvoir revenir plus en- 
tièrement à nos travaux. Ce deuil est partagé par toute l'Académie qui 
n'oublie pas ce qu'il a fait pendant sou ministère de 1876-1877 pour 
aider au développement de nos publications. 

H. Wallon. 



APPENDICE N° II. 



RAPPORT 

DE LA COMMISSION DES ÉCOLES D'ATHÈNES ET DE ROME SUR LES TRA- 
VAUX DE CES DEUX ECOLES PENDANT LES ANNE'ES 1892-1898, 
PAR M. GEORGES PERROT, MEMRRE DE L'ACADEMIE. 

(LU DANS LA SÉANCE ORDINAIRE DU 2 FÉVRIER 1 8 9 6 . ) 

Messieurs, 

Cette année, comme les années précédentes, on a beaucoup 
travaillé dans- nos deux colonies savantes de Rome et d'Athènes. 
Si nous n'avons pas reçu de Rome autant de manuscrits que 
d'Athènes, c'est que l'Italie n'offre pas, autant que la Grèce, 
l'occasion de recherches sur le terrain et de fouilles qui puissent 
fournir la matière d'un mémoire; mais, comme concourent à 
le prouver les articles insérés dans ces Mélanges d'archéologie et 






— M — 

d'histoire qtïe pttbfîe l'Ecole, l'activité n'est pas moindre au Pa- 
lais Farnèse <jue dans notre plus modeste hôtel du Lycabetle. 
Tous ceux des pensionnaires de Rome qui étaient astreints à 
l'obligation du mémoire y ont satisfait en soumettant à l'Aca- 
démie des essais qui témoignent d'un zèle et d'une curiosité 
(jue dirige, avec beaucoup de tact et d'autorité, notre savant 
confrère , M. Geffroy. 

M. Léon Dorez a envoyé un assez court mémoire consacré à 
L'histoire et à la description des quatre registres du pape Ur- 
bain IV. Il a relevé 1 en bon ordre et expliqué d'une façon satis- 
faisante toutes les particularités utiles à connaître pour faire 
un judicieux emploi de ces documents et pour en préparer une 
édition. Il s'esi attaché surtout à transcrire les noies relatives 
aux qualités et aux défauts des candidats qui voulaient obtenir 
des bénéfices el aux recommandations dont les demandes 
étaient accompagnées. Ce travail pourra servir d'introduction 
à l'édition des registres d'Urbain IV, registres nui intéressent 
très directement l'histoire de France. 

M. Frédéric Sœhnée a dépouillé aux Archives du Vatican 
les registres des lettres secrètes pour les quatre premières an- 
nées du pontificat d'Innocent VL II en a tiré tout ce qui se 
rapporte aux affaires générales de la France, el surtout aux 
rapports du roi Jean avec Edouard III, roi d'Angleterre, et 
Charles Le Mauvais, roi de Navarre. Le texte des documents 
sert de pièces justificatives à un mémoire qui est un intéres- 
sant chapitre de notre histoire diplomatique du xiv° siècle. 
L'auteur y a très convenablement encadré l'analyse des dé- 
pêches pontificales dans les données fournies par les chro- 
niques et par divers documents, notamment p;ir les comptes 
de la Chambre apostolique. 

Ce qui ressort surtout de ce mémoire, ce sont les efforts 
très sincères et très actifs, mais assez infructueux, que fil le 
pape Innocent VI pour venir <mi ;iide à nohv m;ilheureu\ p;u 



— 55 — 

pendant une des périodes les plus critiques de la guerre de 
Cent ans. 

Il est à regretter que l'auteur n'ait pas étendu ses recherches 
à tout le pontificat d'Innocent VI. Il nous prévient que les 
derniers registres sont assez pauvres en dépêches relatives à 
la France. Ce n'est pas une raison pour les laisser de côté, et 
nous espérons bien que la lacune dont nous nous plaignons sera 
comblée soit par M. Sœhnée, soit par un de ses successeurs à 
l'Ecole. 

M. Jules Gay nous adresse un mémoire sur les transforma- 
tions politiques de l'Italie méridionale et les progrès de la 
domination byzantine depuis la chute de l'exarchat jusqu'à 
l'époque d'Otton le Grand, 761 à 9 6 3. 

M. Gay a choisi un sujet obscur et dillicile à traiter, tant 
par la complication des événements que par la pénurie des 
documents. Il y a là une longue suite de guerres et de négo- 
ciations entre les Francs, puissance prépondérante en Italie 
pendant un siècle, et les Byzantins qui étendent leurs con- 
quêtes dans le midi de l'Italie depuis l'avènement de la dy- 
nastie macédonienne, vers la fin du ix e siècle. Mais ce ne sont 
pas les seuls acteurs en scène : à côté d'eux les papes, les ducs 
Lombards de Bénévent, les ducs de Naples, les princes de 
Salerne, les comtes de Capoue, enfin les Sarrasins jouent un 
rôle considérable. Entre toutes ces grandes et petites puis- 
sances rivales surgissent des hostilités ouvertes ou sourdes. 
Des alliances sont formées et abandonnées; c'est un chassé- 
croisé, c'est un jeu de bascule continuel. 

M. Gay a débrouillé avec autant de patience que de sagacité 
cet écheveau dont les fils sont si fort enchevêtrés. Les faits 
semblent bien établis. Sur certains points, tels que la chrono- 
logie des lettres du pape Adrien à Charlemagne, des rectifi- 
cations heureuses sont proposées. Il est vrai que l'on aimerait 
un récit plus viv-inl . La plupart du temps 011 voit défiler des 



— 5b — 

noms, des dates, des ombres; mais il faut dire que la faute 
en est à la matière plutôt qu'à l'auteur. Celui-ci n'avait à sa 
disposition que de maigres chroniques, des sources d'informa- 
tion très insuffisantes; s'il avait voulu donner plus de couleur 
à sa narration, on lui reprocherait sans doute d'avoir composé 
un roman au lieu d'une histoire sérieuse. 

Avouons encore que M. Gay n'a fait usage, ne pouvait peut- 
être faire usage d'aucun manuscrit, d'aucun document non 
imprimé, et que le travail aurait pu s'exécuter à Paris aussi 
bien qu'à Rome. Mais il faut louer l'auteur d'avoir dépouillé 
un grand nombre de livres, de recueils, de documents de 
toute espèce et d'en avoir tiré le meilleur parti possible. A en 
juger par le titre placé en tête du travail, M. Gay se propose 
de continuer ses études sur la domination byzantine en Italie T 
jusqu'à l'établissement des Normands. 

Son temps de pension a expiré au mois de novembre; mais 
M. le Ministre de l'Instruction publique a bien voulu lui ac- 
corder une bourse de voyage qui lui a permis de retourner 
passer l'hiver en Italie; il se propose de visiter à nouveau, au- 
tant du moins que le lui permettra l'état du pays, ces provinces 
du midi où il a déjà fait plus d'une excursion, et peut-être y 
trouvera-t-il , celte fois, quelques-unes de ces pièces inédites 
qttî donneraient à son travail plus d'intérêt encore et de nou- 
veauté. 

Ces trois mémoires sont d'ailleurs loin de représenter, à 
eux seuls, tout l'effort accompli. 

Nous savons quel utile emploi ont fait de leur première 
année de pension MM. Goyau et Graillot. M. Goyau réunit les 
matériaux d'une étude qui, nous l'espérons, jettera quelque 
lumière sur une des périodes les plus curieuses et jusqu'à pré- 
sent les plus mal connues de l'histoire romaine, sur le règne 
de Dioctétien. M. Graillot a été désigné, par son directeur, 
pour continuer les traditions de ceux de ses prédécesseurs qui, 



— 57 — 

r 

comme MM. Toutain et Gsell, ont, au nom de notre Ecole de 
Rome, pris part à ce grand travail d'exhumation des monu- 
ments de l'Afrique romaine que poursuit aujourd'hui, avec 
tant d'ardeur, la science française. 

Adjoint à son aîné, M. Gsell, qui est aujourd'hui attaché à 
l'École des lettres d'Alger et qui a déjà fait ses preuves en 
Étrurie et en Algérie même, M. Graillot a exécuté, au prin- 
temps dernier, une exploration archéologique de la province 
de Constantine qui a donné des résultats importants. Les deux 
voyageurs ont, de concert, relevé et décrit beaucoup de ruines 
qui, jusqu'à présent, avaient échappé à l'attention ou n'avaient 
été que signalées en quelques mots; ils ont copié des inscrip- 
tions dont plusieurs ont de l'importance; ils ont rapporté 
nombre de dessins d'architecture et de sculpture. Le rapport 
que MM. Gsell et Graillot ont rédigé de concert paraîtra, avec 
une dizaine de planches, dans un cahier de Mélanges de l'Ecole 
dont l'impression s'achève en ce moment. 

A Athènes, il n'y avait qu'un pensionnaire de première 
année, M. Bourguet. M. Homolle a voulu, dès l'abord, le pré- 
parer à la tâche qui lui incombera plus tard. Aussitôt après 
son arrivée, il l'a occupé aux travaux préparatoires que suppose 
la publication où seront exposés les résultats des découvertes 
qui se sont faites et qui se feront à Delphes. Le printemps 
venu, il l'a envoyé à Delphes, avec \I. Couve, pensionnaire de 
quatrième année, prendre part à la direction et à la surveil- 
lance des fouilles. M. Bourguet a fait là, sur le terrain, son 
apprentissage d'archéologue et d'épigraphiste. L'an prochain, 
il aura à nous montrer, par son mémoire, quel profit il a tiré 
des circonstances heureuses qui, dès la première heure de son 
séjour en Grèce, l'ont mis ainsi en face de textes inédits d'une 
haute importance, de débris d'architecture et de sculpture qui 
appartiennent à un des plus vastes ensembles de monuments 
que le génie grec ail créés. 



— 58 — 

M. Ardaillon, élève de seconde année, envoie un Mémoire 
sur les travaux de mines antiques du Laurium. C'est le commen- 
cement d'un travail qui aura une grande importance pour 
l'histoire générale de la Grèce; il fera mieux connaître cette 
histoire économique d'Athènes, dont les bases ont été jetées 
par les belles recherches de Bœckli. Bceckh avait bien deviné 
quelles ressources l'exploitation des mines d'argent du Laurium 
avait mises à la disposition des hommes d'état d'Athènes; 
mais alors le sol et le sous-sol du district minier n'avaient pas 
été explorés; on ne pouvait se faire une idée du rendement 
de ces mines. Depuis lors, l'exploitation a été reprise; de 
nouvelles galeries ont été creusées; elles ont partout rencontré 
les anciens travaux et permis de les étudier. M. Ardaillon a 
profité de ces circonstances; il a minutieusement étudié, pen- 
dant bien des semaines, avec l'aide des ingénieurs occupés 
sur les chantiers, les terrains du Laurium et tout ce que l'on 
v rencontre, à la surface et dans l'intérieur des couches mé- 
tallifères, de traces des dispositions prises par les ouvriers 
d'autrefois, leurs puits, leurs galeries, leurs laveries. Par sa na- 
ture même, cette exploration a été des plus fatigantes; mais 
elle a donné les plus curieux résultats. 

Ce préambule du mémoire historique promis se divise en 
trois chapitres. D'abord vient une Description géographique du 
Laurium, où l'auteur fait preuve de connaissances géologiques 
très étendues et très précises. Le second chapitre est la des- 
cription des travaux de mines; cette description fort minu- 
tieuse est éclaircie par des coupes et des (dans exécutés sur 
place. Enfin un dernier chapitre est consacré au travail métal- 
lurgique. 

Ce mémoire témoigne d'un goût tout à fait exceptionnel de 
l'exactitude; il se lit avec le plus vif intérêt. Nous n'en avons 
pas vu, depuis longtemps, qui fasse plus honneur à l'Ecole 
d'Athènes. 



— B§ — 

M. Millet, lui aussi pensionnaire de seconde année, repré- 
sente à l'École des études qui ont été inaugurées, il y a une 
vingtaine d'années, avec beaucoup de succès par M. Bayet, 
aujourd'hui l'un des correspondants de l'Académie; la tradi- 
tion en a été continuée, un peu plus tard, par M. Diehl; nous 
nous félicitons de la voir se renouer aujourd'hui, au moment 
où, en France comme en Allemagne, la curiosité des érudits 
et l'attention de la critique recommencent à se tourner de ce 
côté; nous voulons parler des recherches qui ont trait à l'his- 
toire de l'empire d'Orient et de l'art byzantin, de l'art qui a 
produit Sainte-Sophie et les belles églises de Salonique et de 
Kavenne. 

M. Millet a choisi pour sujet de son mémoire l'étude du 
couvent grec de Daphné près d'Athènes, qui est devenu, après 
la conquête franque, le fameux monastère cistercien de Lhl- 
phinum ou de Daljînet, où furent ensevelis les ducs d'Athènes, 
(l'est un des monuments les plus intéressants du moyen âge 
byzantin qui soient demeurés encore debout en Grèce ou du 
moins un des rares monuments qui présentent encore quelques 
portions assez bien conservées. M. Millet a donné à son étude 
de très grands développements, et, en dehors de Sainte-Sophie 
et du Palais Sacré de Constantinople, je ne connais guère 
d'édifice de l'époque byzantine qui ait été jusqu'ici l'objet de 
recherches aussi complètes et aussi minutieuses. Après avoir 
tenté de refaire, à l'aide des documents contemporains, en 
très petit nombre, qui sont parvenus jusqu'à nous, l'histoire 
malheureusement encore très incomplète dos communautés, 
tant grecques que latines, qui se sont succédé à Daphné. 
M. Millet étudie dans le plus grand détail l'architecture des 
diverses parties du couvent: il s'applique à restituer l'enceinte, 
l'église menu;, les cellules des moines, le cloiliv, le rél't cloire. 
la chapelle dilr du (Jimrtlhr. Suit (Mil il s'attache à restituer 
de son mieux la disposition mémo de l'égàisé. son mode de cou- 



— 60 — 

struction et son ornementation. Cette portion du mémoire 
fourmille de considérations très instructives sur les édifices 
religieux des diverses époques byzantines. 

Mais la partie la plus intéressante et la plus complète est 
le chapitre consacré aux mosaïques, qui sont encore très nom- 
breuses à Daphné et qui viennent d'être l'objet d'une restau- 
ration partielle. M. Millet y a trouvé l'occasion de donner un 
véritable traité de peinture religieuse byzantine. Au sujet de 
chaque personnage et de chaque scène des Saintes Ecritures, 
il s'est livré à des discussions d'un vif intérêt. Ces discussions, 
jointes à l'étude minutieuse du style, l'ont amené à cette con- 
clusion que l'église de Daphné, bâtie probablement dans le 
premier quart du xi e siècle, sous le règne de Basile II, le Bul- 
garoctone, forme, avec trois autres églises de Grèce, un groupe 
original, qui ne se rattache pas, comme tant d'autres églises 
byzantines, au type de Sainte-Sophie de Constantinople, mais 
qui relève d'un autre type, celui de Saint-Serge. 

On ne saurait être mieux informé que M. Millet, plus au 
courant de toutes les questions qui se posent au sujet de l'art 
byzantin et des variations de ses formes et de son style. Quand 
il discute ces questions, il a toujours des textes à citer ou des 
monuments à alléguer en faveur de l'opinion qu'il soutient. 
De très nombreux plans, des photographies ajoutent à l'intérêt 
de ce brillant mémoire. Cette monographie servira de modèle 
aux travaux dont ne peuvent manquer d'être, tôt ou tard, 
l'objet tant de monuments byzantins encore si imparfaitement 
étudiés. 

MM. Chamonard, de Ridder et Couve en étaient à la troi- 
sième année de leur séjour en Grèce. Tous les trois, par la 
solidité comme par la variété de leurs travaux, ont prouvé 
combien ils avaient pris à cœur de mettre à profit toutes les 
occasions de s'instruire que leur offraient la richesse des col- 
lections maintenant formées en Grèce et la diversité des fouilles 



— 61 — 

que l'on ne cesse d'v faire, à Athènes même et sur d'autres 
points du royaume. 

M. Chamonard étudie, dans un mémoire intéressant et ju- 
dicieusement conduit, les Stèles funéraires à représentations ma- 
ritimes, c'est-à-dire celles où se trouvent associés à l'image du 
mort des emblèmes nautiques, tels que la rame, la barque, la 
poupe ou la proue d'un vaisseau. Bien que son examen ne 
porte que sur vingt-cinq monuments, il arrive à les classer en 
plusieurs groupes. 

Originairement, ces emblèmes sculptés sur des sépultures 
désignent des marins de profession, des soldats de la flotte. 
Puis vient la série des scènes où le mort est assis sur un ro- 
cher, dans une attitude qui respire la tristesse. Ce sont alors 
des naufragés ou, dans un sens plus général, des morts que la 
mer a séparés de leur patrie, qui sont simplement ensevelis à 
l'étranger; dans un pays tel que la Grèce, on ne peut guère 
rentrer dans la patrie que par mer. M. Chamonard rattache 
très ingénieusement à cette série la description, donnée par 
Marcellinus, d'un tombeau que des symboles du même genre 
avaient fait attribuer à l'historien Thucydide et où la tradition 
voyait la preuve qu'il était mort en exil. Cetle démonstration 
repose sur l'interprétation du mot ixplov, terme de marine, 
qui désigne la partie surélevée que l'on appelait dans nos an- 
ciens vaisseaux le gaillard d'arrière ou d'avant. L'auteur du 
mémoire en étend, avec beaucoup de vraisemblance, la signi- 
fication aux images partielles de l'arrière ou de l'avant d'une 
galère que l'on observe sur tout un groupe de bas-reliefs fu- 
néraires. 

Quant à l'opinion qui voulait voir dans ces représentations 
une allusion à l'autre vie et à la barque du Styx, elle se trouve 
écartée, sauf peut-être pour un seul exemple, resté douteux; 
mais c'est le plus remarquable de tous. Il s'agit du grand bas- 
relief que l'on admire encore en place parmi les stèles du Di- 



— 62 — 

pylon d'Athènes et sur lequel on voit au premier plan, en 
avant d'une scène de festin, un petit personnage, d'un aspect 
étrange, venir dans une barque et étendre la main comme 
pour réclamer sa part du repas. Il y a là une hardiesse de re- 
présentation, un renversement des lois de la perspective qui 
prédisposent en effet l'esprit du spectateur à une interprétation 
fantastique et surnaturelle. Cependant telle est la force dé- 
monstrative de la preuve archéologique fondée sur la consti- 
tution des séries qu'il est difficile de ne pas faire rentrer en- 
core cet exemple exceptionnel dans la classification établie par 
le mémoire. 

Ces opinions avaient sans doute été présentées déjà et dis- 
cutées par les archéologues, à propos de tel ou tel monument. 
Toutes ces études antérieures sont citées à leur place et résu- 
mées par M. Chamonard; mais l'intérêt particulier de son tra- 
vail est dans la réunion, dans le classement méthodique de 
tous les exemples connus d'un même genre de représentations, 
ce qui lui permet d'arriver à des conclusions générales. Cette 
notice de 80 pages est accompagnée de 20 photographies, 
dont quelques-unes font connaître des monuments inédits, 
maintenant exposés dans la nouvelle salle du Musée Central 
d'Athènes. 

M. Chamonard ne s'en est pas tenu à cet essai; il a étudié 
aussi la Voie Sacrée d'Eleusis, d'après les fouilles qui ont été 
récemment exécutées par la Société archéologique d'Athènes. 
Si ces fouilles n'ont amené aucune découverte importante, elles 
ont produit cependant quelques résultats intéressants. 

La route ancienne a été mise au jour sur un parcours de 
cinq kilomètres, depuis l'entrée du défilé de Daphné jusqu'au 
sanctuaire d'Aphrodite. La route moderne, plus directe, suit 
le fond du défilé en droite ligne, tracé qui a été obtenu au 
moyen de terrassements par lesquels sont rachetées les inéga- 
lités du terrain. 



— 63 — 

La route ancienne se tient sur l'une des pentes et en suit 
les détours. On évitait ainsi les travaux de remblai. La con- 
struction était soignée. En certains endroits, le rocher a été 
aplani et on retrouve les traces des chars; les parties où le sol 
est meuble ne sont pas pavées de grandes dalles comme les 
voies romaines, mais empierrées avec de gros cailloux irrégu- 
liers et tassés. Deux bordures de ces mêmes cailloux dressés 
sur la tranche délimitent la route dont la largeur variait de 
2 m. 5o à 4 m. 8o, avec une pente moyenne de o m. o45. 
Quoiqu'on ait trouvé deux bornes indiquant la distance en 
milles romains, la route est toujours restée, dans l'antiquité, 
toile que l'avaient faite les Grecs; c'est, je crois, un spécimen 
unique des procédés de construction que les Grecs employaient 
en pareil cas. Comme nous l'apprend Aristote. les routes de 
i'Attique étaient construites et entretenues par l'Etat; les tra- 
vaux étaient exécutés par les esclaves publics , sous la direction 
de cinq magistrats annuels. 

Cette partie de la Voie Sacrée était bordée de tombeaux; 
M. Chamonard a relevé soigneusement l'emplacement et le 
plan de ceux qui ont été découverts; malheureusement, il ne 
reste guère que les substructions des monuments. Le plus cé- 
lèbre était le cénotaphe de la courtisane Pythionicé, la maî- 
tresse d'Harpalos. D'après les auteurs anciens, il était situé 
sur le bord de la Voie Sacrée, à l'endroit où le voyageur venant 
d'Eleusis découvre pour la première fois le Parthénon. On 
l'avait vainement cherché sur la colline d'Hagios Elias qui n'est 
pas voisine de la route. Fr. Lenormant avait voulu le recon- 
naître dans une construction déblayée en 1869 par le colonel 
de Yassoignes. L'auteur du mémoire montre par une vue photo- 
graphique l'impossibilité de cette attribution; en effet, à cet 
endroit de la route, l'Acropole est encore masquée. Cette pre- 
mière partie est concluante; la seconde ne l'est pas au même 
degré. Les restes de construction, situés un pou plus loin, ne 



— ii/l — 

sont pas assez caractérisas pour que l'on puisse, eu toute con- 
fiance, les identifier avec le tombeau de Pvthionicé: on v a 
rencontré, il est vrai, des débris de marbre; mais on a aussi 
trouvé là un four à chaux, et les oves que M. Chamonard 
attribue au tombeau peuvent avoir été apportés du temple 
d'Apollon à Daphné, qui était d'ordre ionique. 

A l'autre extrémité du défilé, les fouilles ont mis au jour le 
téménos d'Aphrodite. L'emplacement était fixé par le rocher 
percé de niches à offrandes, bien connu des voyageurs. Le 
déblaiement a permis d'établir- le tracé des diverses enceintes 
et le plan d'un petit temple in antis; il était d'ordre dorique, 
comme le montrent quelques restes d'architecture. 

M. Chamonard a donné le catalogue et les photographies 
des sculptures trouvées dans les fouilles. Ce sont d'abord des 
colombes, l'oiseau sacré de la déesse; des bas-ventres avec des 
inscriptions. Quelque singulier que nous paraisse l'usage de 
graver son nom sur ce dernier genre d'offrandes, il n'y a pas 
de doute sur le sens; ce sont des malades guéries par l'inter- 
vention de la déesse qui témoignent ainsi leur reconnaissance. 
Les catalogues d'Esculape et d'Amphiaraos énumèrent plu- 
sieurs ex-voto nominatifs de la même espèce. 

Des fragments de statues et de bas-reliefs, qui sont d'une 
facture médiocre, appartiennent à l'époque romaine. M. Cha- 
monard fait avec raison une exception pour un petit bas-re- 
lief, mutilé, mais d'un assez bon travail, qui rappelle les 
images que l'on rencontre au-dessus des décrets du iv e siècle. 
Il représente réunies Athéna et Aphrodite tenant dans sa main 
un petit Eros. 

Deux morceaux de sculpture ont seuls une valeur artistique. 
Un fragment de torse féminin, trouvé à Daphné, rappelle par 
la souplesse et la légèreté des draperies les ouvrages du 
iv c siècle. Il est peut-être un peu trop hardi d'y reconnaître la 
statue de Coré qui était placée dans le temple d'Apollon. Un 



— 65 — 

torse viril, découvert à l'entrée du défilé, a été l'objet d'une 
étude très minutieuse, par laquelle l'auteur cherche à en re- 
constituer le mouvement et à en déterminer l'époque. 

Sur le premier point, le morceau est, à notre avis, trop 
mutilé pour qu'il soit possible d'arriver à autre chose qu'une 
hypothèse. On acceptera avec plus de confiance les remarques 
de M. Chamonard sur le modelé, qui est d'un travail très soi- 
gné, avec des traces d'archaïsme. Un type robuste et vigou- 
reux, les épaules larges, la cuisse musculeuse, la connaissance 
de l'anatomie font songer à l'école d'Egine; la sûreté de main 
et l'harmonie des lignes indiquent l'œuvre d'un artiste ayant 
vécu à la fin de la période archaïque. 

M. Chamonard a joint à son étude une carte du défilé, les 
plans de toutes les constructions antiques dressés avec le plus 
grand soin, des photographies donnant l'aspect de la voie an- 
tique et reproduisant toutes les sculptures découvertes dans 
les fouilles. 

M. de Ridder n'a pas témoigné moins de zèle. De lui aussi, 
nous avons reçu deux envois de nature très différente. Il y a 
d'abord deux fascicules d'inscriptions. Le premier comprend 
221 textes de Paros avec un index très complet; mais, sauf 
un fragment archaïque de deux lignes et six inscriptions funé- 
raires, c'est la reproduction de monuments déjà publiés. La 
même observation s'applique aux 56 inscriptions de Naxos 
parmi lesquelles il y a seulement quelques textes nouveaux et 
de peu d'intérêt. Si l'on ne savait que l'Eeole s'occupe à pré- 
parer et à réunir l'appareil d'un Corpus des inscriptions des îles 
dont elle songe à entreprendre un jour la publication et qui 
ferait suite aux recueils du même genre qu'a donnés ou qu'an- 
nonce l'Académie de Berlin, on aurait peine à comprendre 
dans quelle intention l'auteur s'est imposé la tâche de cette 
compilation qui lui a demandé beaucoup de temps, sans que 
lo profit qu'il a pu on tirer soit très appréciable. Ce travail 



xxn. 



miihimiuii: UTIOMII. 



— 66 — 
représente l'a part de M. de Ridder dans une œuvre collective 
dont l'achèvement rendrait un service signalé aux études épi- 
graphiques; mais il était peut-être inutile d'adresser ces ma- 
tériaux à l'Académie. Celle-ci n'y trouvait rien qui pût l'aider 
à se former une opinion motivée sur la valeur de M. de Ridder, 
sur ses qualités de méthode, de composition et de style. Par 
bonheur, le second envoi du même pensionnaire a un caractère 
beaucoup plus personnel. 

Sur l'invitation de son directeur, M. de Ridder a entrepri 
l'étude des bronzes que renferme le musée de l'Acropole et en 
a dressé le catalogue. C'est de ce travail, qui fait suite à d'autres 
catalogues jadis publiés par les membres de l'Ecole, MM. Paul 
Girard, Jules Martha et Collignon, que M. de Ridder a extrait 
le présent mémoire, spécialement consacré aux Figurines de 
bronze trouvées sur V Acropole. Il se compose de trois parties, 
auxquelles sont jointes douze photographies exécutées par l'au- 
teur d'après les originaux. 

Dans l'Introduction, l'auteur définit les monuments dont il 
va s'occuper et explique très nettement quel genre d'intérêt en 
présentera l'étude. 

Suit un catalogue, où sont décrites, avec une extrême pré- 
cision, i/u) pièces. Dans un dernier chapitre, l'auteur expose 
ses conclusions. Il partage ces figures en plusieurs catégories, 
et, d'après des indices qui semblent en général très spécieux, 
il cherche à en déterminer l'origine. On remarquera surtout 
les raisons qu'il donne d'attribuer certains de ces bronzes à la 
fabrique chalcidienne et les observations qu'il présente sur 
l'influence qu'ont exercée au dehors et jusqu'en Étrurie les 
ateliers de Chalcis; il explique très bien quand et comment 
l'art du bronzicr s'est introduit à Athènes et quels modèles il 
V a successivement imités, jusqu'au commencement du v c siècle. 
On ne peut que savoir grand {>ré à M. de Ridder d'avoir 
consenti à s'assujettir au travail de la rédaction d'un catalogue, 



— G7 — 

travail qui, au premier moment, peut paraître fastidieux, mais 
qui est certainement, pour un jeune archéologue, le meilleur 
de tous les apprentissages. M. de Ridder se montre d'ailleurs, 
dans son introduction et dans ses conclusions, très capable de 
s'élever, des faits qu'il a observés dans le dernier détail, aux 
idées générales. Son éducation d'archéologue est déjà très 
avancée? il a beaucoup lu et il sait regarder les monuments; 
il a certainement tiré un très bon parti des trois années 
qu'il a passées en Grèce. 

M. Louis Couve nous communique un mémoire intitulé : 
Les bas-reliefs archaïques de Thessalie, auquel sont jointes neuf 
photographies exécutées d'après les originaux. Il v reprend une 
question qui, posée jadis par le doyen des archéologues alle- 
mands, Henri Brunn, a été, depuis lors, discutée avec beau- 
coup de passion entre les savants : celle de l'existence d'une 
école de sculpteurs et de peintres , qui , vers la fin du vi e et le com- 
mencement du v 6 siècle, aurait eu son centre dans le nord de 
la Grèce, des côtes de la Thrace et des îles voisines aux fron- 
tières méridionales de la Thessalie, M. Couve a étudié avec 
beaucoup de soin et de finesse les monuments; sa discussion 
est très bien conduite. Pour ma part, je serais très disposé à 
accepter la conclusion à laquelle il arrive, que rien n'autorise 
à croire qu'il v ait eu, dans la Thessalie semi-barbare et ou- 
verte à des influences très variées, une école locale ayant son 
caractère propre et son originalité. Dans quelques-unes de ces 
sculptures, qui sont toutes de fabrication courante, on sent 
l'influence de l'art ionien . et dans d'autres celle de l'art attique; 
partout, d'ailleurs, sauf dans le beau fragment que M. Heuzey 
a rapporté de Pharsale au Louvre, on reconnaît l'œuvre de 
praticiens de province, comme nous dirions, qui restent très 
inférieurs aux modèles dont ils s'inspirent de loin. En ce qui 
regarde tout au moins la Thessalie. la thèse do M. Brunn, 
contre laquelle sVst prononcé le dernier historien de la sculp- 



— G8 — 

turc grecque, M. Collignon, se trouve sérieusement infirmée 
par les résultats de cette enquête, où II. Couve a fait preuve 
d'un sens archéologique déjà très sûr. 

Malgré sa réelle valeur, ce mémoire ne suffirait pas à donner 
une juste idée de la conscience et du zèle avec lequel M. Couve 
a payé sa dette à l'École. Si M. Couve ne nous a pas présenté 
d'autre travail, c'est que M. Homolle l'a choisi comme prin- 
cipal collaborateur et comme lieutenant dans la direction dos 
fouilles de Delphes, de ces fouilles qui ont déjà donné des 
résultats brillants et que l'Académie suit avec un si vif intérêt. 
Pendant la campagne du printemps et celle de l'automne, 
c'est lui qui, aidé de M. Bourguet, se tenait du matin au soir 
sur les chantiers, rédigeait le journal des travaux, relevait, à 
mesure qu'elles se manifestaient, toutes les dispositions que 
laissait apercevoir le progrès des tranchées, photographiait 
les moindres débris de sculpture et copiait les inscriptions au 
moment où elles sortaient de terre. Dans cette mission de con- 
fiance, il a fait preuve de qualités qui ont décidé son directeur 
à demander pour lui une quatrième année de pension; dans 
la prévision d'une campagne qui, en 18 9 4, aura nécessaire- 
ment une importance exceptionnelle, M. Homolle n'a pas voulu 
se priver d'un concours qui lui a été si utile. Il a donc de- 
mandé pour M. Couve une quatrième année de pension; votre 
Commission a approuvé ce vœu , et , sur le désir exprimé par 
l'Académie, le ministre a accordé l'autorisation nécessaire. 

Les recherches qui sont représentées par les mémoires que 
nous avons analysés et les fouilles mêmes de Delphes n'ont 
pas épuisé, au cours de cette année, toute l'activité de l'Ecole. 
Une description topographique et archéologique de la Pho- 
cide devra trouver sa place dans l'ouvrage où seront exposés 
les résultats des fouilles que la France a entreprises à Delphes; 
le soin d'en réunir les matériaux a été confié à M. Ardaillon, 
qui a fait preuve au Laurium d'une aptitude toute particulière 



— 69 — 

pour ce genre de travaux. Il a commencé à explorer le pays, 
relevant tous les vestiges des cités et des bourgs d'autrefois et 
donnant une attention spéciale au tracé des voies; il est inté- 
ressant de savoir quels chemins suivaient les visiteurs qui, de 
toutes les parties du monde grec, affluaient vers le sanctuaire 
et vers l'oracle célèbre. 

M. de Ridder a visité la Béotie, avec l'idée de mieux faire 
connaître les antiquités primitives de ce pays, celles qui re- 
monteraient jusqu'au temps de ces Minyens d'Orchomène qui 
jouent le premier rôle dans le mythe des Argonautes et dont 
la richesse et la puissance sont vantés par Homère. M. de Rid- 
der a fait des fouilles dans l'île de Gha, qui se trouve à l'ex- 
trémité orientale du lac Copaïs; il y a déblayé un grand édi- 
fice, dont le plan rappelle celui des palais de Mycènes et de 
Tirynthe; dans les restes de ce bâtiment et dans ceux de l'en- 
ceinte qui entourait toute l'île, l'appareil est d'ailleurs celui 
que nous connaissons par les enceintes des citadelles de l'Ar- 
golide. Des sondages pratiqués sur divers points de l'espace 
qu'occupaient la haute et la basse ville d'Orchomène lui ont 
livré des poteries, des figurines de terre cuite, très anciennes, 
et des plaques de bronze qui seront décrites dans le Bulletin. 

En même temps, nos pensionnaires reprenaient celte ex- 
ploration archéologique de l'île de Délos, qui, commencée sous 
le directorat de M. Burnouf, poursuivie avec persévérance et 
méthode par les soins de MM. Dumonl et Foucart, est devenue 
comme l'œuvre propre de l'École et a valu à la science tant de 
découvertes de premier ordre. M. Chamonard a continué les 
fouilles du théâtre, dont le plan présente des particularités 
très curieuses. Ce plan a été relevé par M. Ardaillon et par 
M. Convert, conducteur des ponts et chaussées, dont M. Ho- 
molîe s'est assuré la collaboration en vue des fouilles de Delphes , 
et qui, lorsque les chantiers chôment au pied du Parnasse, 
prête à l'Ecole son coin-ours empressé pour toutes les entre- 



— 70 — 

prises scientifiques où elle le réclame. C'est grâce à ses con- 
naissances techniques que M. Homolle a pu entamer cette 
année un travail dont la nécessité s'imposait depuis longtemps, 
la triangulation générale de l'île. Aidé de MM. Ardaillon et Cha~ 
monard, M. Couvert a pu, malgré des vents violents qui ren- 
versaient parfois les instruments, mener à terme, dès cet au- 
tomne, une grande moitié de l'opération. Il n'y avait jusqu'ici 
que des relevés partiels, qui ne se raccordaient pas entre eux. 
La carte à grande échelle qui sera dressée au moyen des me- 
sures ainsi prises sur le terrain sera la meilleure préparation 
aux fouilles de l'avenir. 

Cette tin de saison, M. Millet l'employait à poursuivre à 
Constantinople, puis à Trébizonde, les études d'art byzantin 
commencées par lui à Daphni et à Mistra. Il a fait à Constan- 
tinople le catalogue de la partie byzantine du musée de Tchi- 
nili-kio.sk et la description des mosaïques de Kahrié-djamé. 
Au même moment, l'Ecole recevait la visite de deux des plus 
distingués de ses anciens membres, M. Fougères, chargé de 
cours à la Faculté des lettres de Lille, et M. Radet, profes- 
seur adjoint à la Faculté des lettres de Bordeaux, qui, en reve- 
nant poursuivre après plusieurs années les recherches qu'ils 
avaient jadis entreprises, l'un dans la plaine de Mantinée, en 
Arcadie, et l'autre dans l'intérieur de l'Asie Mineure, ont 
montré aux jeunes pensionnaires quel souvenir persistant 
gardent de la Grèce et de la vie qu'on y mène ceux qui ont su 
la comprendre et en goûter le charme. M. Fougères se propo- 
sait d'exécuter des fouilles sur l'emplacement du théâtre de 
Mantinée; il a été repris, dès son arrivée, des fièvres qu'il 
avait jadis contractées dans le pays, et il a dû se contenter de 
vérifier sur le terrain, pendant une quinzaine de jours, cer- 
taines des hypothèses auxquelles l'avait conduit une étude 
approfondie de celte région et de ses ruines. M. Radet était 
accompagné de M. Ouvré, un de ses collègues, helléniste très 



— 71 — 

compétent; il espérait trouver sur le plateau de la Pisidie, 
qu'il avait autrefois traversé trop vite, la solution de problèmes 
de géographie historique dont il avait, avec grand soin, réuni 
et étudié toutes les données. Le choléra est venu, par malheur, 
entraver la marche d'une expédition si bien préparée. Les 
voyageurs n'ont pas pu dépasser Dinneir. Ils rapportent pour- 
tant des notes sur la topographie de la Grande Phrygie, des 
inscriptions inédites et les photographies de monuments figurés 
dont plusieurs sont fort curieux. Le Bulletin de correspondance 
hellénique profitera de leurs observations et de leurs décou- 
vertes. 

L'Ecole avait conçu un espoir qui ne s'est pas réalisé. Notre 
correspondant, Hamdy-bey, directeur des musées nationaux de 
la Turquie, songeait à entreprendre à Lagina, en Carie, des 
fouilles qui en auraient complètement dégagé le temple, et qui 
auraient permis d'en reconstituer toute la frise. L'Ecole avait 
en quelque sorte des droits sur ce terrain, qui avait valu à 
plusieurs de ses anciens membres de très heureuses trouvailles, 
et entre autres celle du texte important connu sous le nom de 
sénatus-consulte de Lagina; aussi avait-il été convenu que 
M. Chamonard, qui avait déjà étudié et remué ces ruines l'an- 
née précédente, assisterait aux travaux avec un architecte fran- 
çais, M. Tournaire, grand prix de Rome; celui-ci se chargerait 
de donner du temple une de ces restaurations où excellent 
nos pensionnaires de la Villa Médicis. Il était même question 
de transporter à Constantinople les tambours et les chapiteaux 
des colonnes, ainsi que toutes les pièces de l'entablement; 
l'édifice serait rebâti à la Pointe du Sérail, où il servirait 
de musée carien. Au dernier moment, le projet a été aban- 
donné. 

Malgré cette déception, la matière ne manquera pas de sitôt 
au Bulletin de correspondance hellénique. Comme le prouve le 
rapport sommaire que nous vous avons présenté, cette année 



— 72 — 

1893 comptera, dans la vie de l'Ecole, comme une de celles 
où les pensionnaires auront le mieux profité des conseils de 
leur directeur, notre savant confrère M. Homolle, et des res- 
sources que leur assure la libéralité des pouvoirs publics. Ce 
qui suffirait d'ailleurs à la rendre mémorable, c'est la décou- 
verte du Trésor des Athéniens, de ses belles sculptures et des 
textes précieux qu'il nous a conservés. Ce succès éveille des 
espérances que ne trompera point, nous en avons la ferme 
confiance, la prochaine campagne qui doit s'ouvrir vers la fin 
de mars. Il y a lieu de souhaiter que, toutes les difficultés pré- 
liminaires étant maintenant aplanies, grâce à la prudence et 
à la persévérance de M. Homolle, les travaux puissent, cette 
fois, se poursuivre pendant toute la durée de la belle saison 
et ne s'arrêter, à la fin de l'automne, que lorsque le site du 
temple d'Apollon aura été complètement dégagé. 



— 73 — 
LIVRES OFFERTS. 



SÉANCE DU 5 JANVIER. 

Sont offerts : 

Flora latina inscriptionum urbis Portucalensis , a F.-J. Palricio collecta 

(Porto, 189.3, in-8°); 

Traduction des chants de félicitations en tamoul composées (sic) en l'hon- 
neur de M. Le Myre de Vilers , député de la Cochinchine , lors de sa 

réélection, par Sianaya (Pondichéry, 1893, in-folio). 

Le Président offre, an nom de M. R. de Lasteyrie, membre de l'Aca- 
démie, la quatrième livraison du tome II de sa Bibliographie des travaux 
historiques et archéologiques publiés par les Sociétés savantes de la France 
(Paris, i893,in-6°). 

M. G. Perrot présente, au nom de l'auteur et du traducteur, le Guide 
dans les musées d'archéologie classique de Rome, par W. Helbig; traduc- 
tion française par J. Toutain (Leipzig, Baedeker, 1893, a vol. in-18). 

«Sous le titre de Fûhrer durch die œjj'entlichen Sammlungen klassicher 
Alterthuemer in Rom, M. Helbig avait publié, en 1891, un excellent 
guide des musées de Rome. M. Toutain, ancien membre de l'Ecole fran- 
çaise , et déjà connu de l'Académie qui lui a fourni les moyens de faire 
des fouilles intéressantes à Chemtou, en Tunisie, a rendu un véritable 
service à tous les voyageurs archéologues, ou même simples amis de l'an- 
tiquité, en traduisant ces deux volumes, si commodes à manier, si rem- 
plis de notions précises et de renseignements utiles. La traduction est , 
à vrai dire, une seconde édition, revue et corrigée, du texte allemand. 
M. Helbig a bien voulu la revoir sur le manuscrit et sur les épreuves. 
Deux ans s'étaient écoulés depuis sa première publication ; il a ajouté ici 
l'indication de tous les ouvrages importants qui avaient paru dans cet 
intervalle et où il était traité des monuments dont il donnait la descrip- 
tion ; il a tenu compte des changements qui avaient eu lieu dâ*ns l'amé- 
nagement des galeries jusqu'au mois de juillet 1892. On ne saurait désor- 
mais visiter les musées de Rome sans se mettre sous la direction de ce 
guide dont la science est à la fois si sûre et si légère. Nul ne connaît 
mieux ces collections que M. Helbig, qui a passé toute sa vie à Rome, 



— 74 — 

dans le commerce familier de tous ces marbres dont ii nous offre ici l'in- 
ventaire; il exe lie à dégager de tous les commentaires, souvent bien 
longs et très contradictoires, dont ils ont fourni le texte, l'idée qu'il im- 
porte de retenir, les caractères qui assignent à chaque œuvre sa date 
probable et sa place dons la série à laquelle on est fondé à la rattacher. » 



SEANCE DU 12 JANVIER. 

Sont offerts : 

Les sources de l'embouchure de la Garonne, par J.-F. Bladé, correspon- 
dant de l'Institut (Paris, 1893, in-8°; extrait du Bulletin de géographie 
historique, 1898); 

Anuario del Obscrvatorio aslronomico nacional de Tacubaya, para el 
ano de 189/i, publié sous la direction de Angel Anguiano. Aûo xiv 
(Mexico, i8q3 , in-i 2). 

M. Schefer offre au nom de l'auteur, M. Henri Gordier, le deuxième 
fascicule du supplément de la Bibliotheca sinica, Dictionnaire bibliogra- 
phique des ouvrages relatifs à l'Empire chinois (Paris, 1 8 9 3 , grand in-8°). 

M. G. Paris offre à l'Académie, au nom de l'auteur, M. J.-J. Jusserand 
Les Anglais au moyen âge; L'épopée mystique de William Langland ( Paris, 
1893 , in-12). 

«Ce nouveau livre de M. Jusserand fait partie d'une série d'études 
qu'il intitule : Les Anglais au moyen âge, et dont j'ai présenté en son 
temps à l'Académie le premier volume, La vie nomade en Angleterre au 
xiv c siècle. G'est le xiv e siècle surtout que l'auteur connaît et aime à dé- 
crire ; il le peint avec une abondance et une sûreté d'information qui ne 
sont égalées que par la souplesse et l'expressive vivacité de son style. H 
y a longtemps qu'il a commencé à s'occuper de l'œuvre si intéressante 
d'un poète dont le nom parait bien avoir élé William Langland : la 
Vision de Pierre le laboureur, et , dès ses premières études , il a réussi à 
déterminer, ce que n'étaient pas arrivés à faire les savants anglais, l'ordre 
et le rapport des trois rédactions successives (A, i36a-i$63; B, 1 376- 
1377; G, 1398-1399 ). Dans le présent livre, il s'attache à nous faire 
bien connaître le poète et son œuvre, à les replacer l'un el l'autre dans 
le milieu qui les explique, et d'autre part à tirer de ce poème étrange et 
touffu tous les renseignements qu'il contient sur l'état social el moral de 
l'Angleterre an temps de la guerre de Gent ans. Il le fait avec une singu- 



— 75 — 

Hère habileté, recueillant pour nous le détail pittoresque aussi bien que 
le trait profond qui jaillit de l'âme et qui l'éclairé un moment, emprun- 
tant à l'auteur qu'il étudie son art si remarquable d'évoquer et de faire 
mouvoir des foules immenses et bruyantes dont quelques types isolés se 
détachent avec un puissant relief. Toute l'Angleterre duxiv" siècle, agitée, 
mécontente, fertile en abus de toutes sortes, en injustices, en violences, 
en fraudes et en débauches, mais déjà profondément pénétrée de senti- 
ment moral et vraiment religieux , avide de justice et de bon gouverne- 
ment par l'action commune du Parlement et du roi, fidèle à liome, mais 
très indépendante vis-à-vis d'elle; toute l'Angleterre d'Edouard III et 
de Henri IV revit pour nous dans ce tableau plein de couleur et de mou- 
vement. Le titre ne doit pas nous tromper : Langland est mystique à la 
façon anglaise ; il est animé d'une foi intense, mais il contemple les choses 
de la terre beaucoup plus volontiers que celles du ciel ; c'est toujours le 
perfectionnement de la société ou de l'individu qu'il a en vue, et il ne se 
perd jamais dans la vision béatifique. Tout ce que M. Jusserand dit sur 
son inspiration, sur la forme particulière de son talent, sur s- a puissance 
d'expression , qui permet de prononcer parfois son nom , — c'est le seul 
du moyen âge, — à côté de celui de Dante, est aussi lin que juste et bien 
exprimé. Il a aussi essayé de retrouver la vie de l'auteur à l'aide du peu 
qu'il nous dit de lui-même, et il a tiré de ces indications le meilleur parti 
possible. On peut différer d'opinion avec lui sur quelques points et, par 
exemple, trouver dans certains passages la preuve que Langland n'était 
pas né de condition servile, tandis que ceux qui font écrire le contraire 
à son biographe peuvent sembler insuffisants. Mais l'ensemble se lit avec 
autant de profit que de charme, et ce volume, comme les précédentes pu- 
blications de l'auteur, donne la plus haute idée de YHistoirc littéraire du 
peuple anglais, à laquelle il travaille depuis longues années, et dont 
le premier volume, qui s'arrête à la Renaissance, va incessamment être 
donné au public, n 

M. HAMvolïre à l'Académie un ouvrage intitulé : Antigùcdades mexi- 
canes, publié par la .Imita Colombina de Mr.rico en l'honneur du quatrième 
centenaire de la découverte de l'Amérique (Mexico, 189a, in-4° et atlas 
in-folio). 

ffJe suis chargé, dit-il, par M. Francisco B. Paso y Troncoso, prési- 
dent de la Commission mexicaine à V Exposition liistorico-amcricainc de 
Madrid, d'offrir à l'Académie un superbe allas d'antiquités mexicaines, 
de plus de 1 (io planches in-folio, en couleur, publié à l'occasion du 



— 7G — 

quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique , par la Junta Colom- 
bina de Mexico. Ce recueil , accompagné d'un texte explicatif rédigé par 
M. Alfredo Ghavero , est la reproduction d'un certain nombre de manu- 
scrits hiéroglyphiques indigènes encore inédits et d'une série de curieuses 
ardoises gravées et peintes , récemment découvertes au Chiapas. 

ff Les trente-trois premières feuilles représentent deux manuscrits , peints 
sur peau préparée, antérieurs h la conquête : l'un, mixtèque, est désigné 
sous le nom de Codice Coïombino; l'autre, cuicatèque, a reçu le nom du 
président Porfirio Diaz. On connaît des manuscrits analogues au premier; 
le second serait jusqu'à présent unique en son genre et les indications 
qu'un examen sommaire de ses figures fait ressortir sont déjà de nature 
à modifier les hypothèses formulées jusqu'à présent sur le peuple mal 
connu dont il nous raconte l'histoire. 

ffUn troisième et un quatrième manuscrit (Codice Baranda, Codice 
Deheza), ceux-ci postérieurs à Gortez, sont tous deux zapotèques et don- 
nent de grands détails sur des peuplades obscures de l'isthme de Te- 
huantepec. Le Lienzo de Tlaxcala, dont nous trouvons un peu plus loin 
les 80 planches, est également postérieur à l'arrivée des Espagnols, 
mais il a une tout autre importance que les peintures dont je viens de 
parler. M. Chavero avait donné, dès 1880, dans son Apendice au livre de 
Duran (p. 0,3), un premier commentaire de cette remarquable série de 
dessins indiens et ce qu'il en avait écrit, ce qu'il en avait depuis 
figuré, faisait très vivement désirer la publication complète d'un 
des plus précieux monuments de l'histoire du Nouveau-Monde. On se 
rendra compte de l'intérêt général qu'offre la reproduction tidèle, exé- 
cutée par la Junta Colombina, quand on saura que la première partie du 
Lienzo n'est autre chose que le récit hiéroglyphique de la conquête du 
Mexique par Gortez , peint par un indien de Tlaxcala , témoin des événe- 
ments qui se succèdent pendant deux années , depuis les premières re- 
lations des Européens avec les Tlaxcaltèques jusqu'à la captivité de l'infor- 
tuné Gualimozin (Cuauthemoc) [t5iQ-i52i]. J'ajouterai que la seconde 
partie du Lienzo est consacrée aux expéditions des lieutenants de Cortez, 
Alvarado, Guzman, etc. , dont ont fait partie les guerriers de Tlaxcala, de 
i5a3 à i56 1 . C'est en suivant l'un des itinéraires suivis par l'auteur des 
peintures que M. Ghavero croit avoir retrouvé dans la lagune de San 
Pedro sur le Pacifique, l'île légendaire d'Aztlan, point de départ de la 
dernière migration des Aztèques.» 

M. Hamy présente en outre à l'Académie trois brochures récemment 
publiées par M. Boutroux, membre de la Société de géographie de Paris. 



— 77 — 

Deux de ces brochures contiennent les résultats d'une mission récemment 
accomplie en Portugal et en Espagne par ce voyageur pour le Ministère 
de l'instruction publique (Rapport à M. le Minisire de l'instruction publique 
sur une mission archéologique en Portugal, Paris, 1898, in-8°), et les 
Explorations des Portugais antérieures à la découverte de V Amérique , par 
M. J.-P. de Oliveira Martins, traduction). On y trouvera notamment des 
renseignements sur les deux bas-reliefs grecs offerts par le duc de Loulé 
au musée de Lisbonne, sur le triptyque en émail de Limoges, conservé 
dans la bibliothèque d'Evora , une bibliographie archéologique portugaise, 
enfin la traduction annotée d'un brillant discours de M. de Oliveira Mar- 
tins, à l'Athénée de Madrid, sur les explorations des Portugais antérieures 
à la découverte de l'Amérique. 

La troisième brochure, envoyée par M. Boutroux, est un travail de 
vulgarisation intitulé : L'Algérie et la Tunisie à travers les âges (Paris , 
1 893 , in-8°). 

Enfin M. Hamv offre en son nom personnel une notice intitulée : Vie 
et travaux de M. de Quatre/âges (Paris, 1 89/i, in-8°). 

M. G. Boissier offre à l'Académie, au nom de l'auteur, Y Histoire de 
l'éloquence romaine depuis la mort de Cicéron jusqu'à l'avènement de l'em- 
pereur Hadrien, par M. V. Cucheval, professeur de rhétorique au lycée 
Condorcet , ancien maître de conférences à la Faculté des lettres de Paris 
(Paris, 1893, 2 vol. in- 18). 

ff C'est un travail fait avec beaucoup de soin, et qui, sans aucun appa- 
reil d'érudition , suppose beaucoup de connaissances précises. L'époque 
dont M. Cucheval nous entretient est fort importante. L'éloquence romaine 
y a changé de caractère vers la fin du règne d'Auguste , puis elle est re- 
venue à l'imitation de Cicéron. M. Cucheval a très bien étudié toutes ces 
phases ; il nous fait entrer dans ces écoles de déclamation où l'on élevait 
la jeunesse, et nous explique, par l'éducation qu'elle y recevait, le genre 
particulier d'éloquence qu'elle préférait et pratiquait au barreau ou dans 
le Sénat. 

rrM. Cucheval a déjà publié une Histoire de l'éloquence latine jusqu'à 
Cicéron, qui est arrivée à sa troisième édition. La suite qu'il donne à ce 
premier travail rendra les mêmes services et n'aura pas moins de succès.» 

M. A. de Barthélémy offre à l'Académie, au nom de l'auteur, Les 
archives de l'ordre de l'Hôpital dans la péninsule ibérique , par M. J. Delaville 
Le Boulx (Paris, 1898, in-8°; extrait des Nouvelles Archives des Mis- 
sions). 



— 78 — 

-M. Delaville Le Koulx, déjà connu par ses puljlications sur l'histoire 
de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, m'a chargé d'offrir eu sou nom 
à l'Académie un travail qu'il vient de Caire paraître. C'est l'exposé très 
détaillé des recherches laites par l'auteur dans les différents dépôts d'ar- 
chives d'Espagne et de Portugal à la suite d'une mission donnée, à cet 
effet, par le Ministre de l'instruction publique. 

*Le rôle des ordres hospitaliers militaires fut très important dans la 
péninsule ihérique. Là, ils se trouvaient encore en présence des Musul- 
mans; les efforts heureux que les Hospitaliers multiplièrent pour eiiasser 
les Sarrazins leur acquirent, dans celte région, une puissance morale et, 
territoriale telle que les rois d'Aragon, de Gastilleel de Portugal durent, 
plus tard, compter avec eux; d'un autre côté, le grand maître de l'Ordre 
avait une surveillance attentive à exercer pour que les commanderies 
situées à l'extrême Occident ne se laissassent pas aller jusqu'à s'attrihoer 
une trop grande indépendance. 

«• L'ouvrage que j'ai l'honneur de présenter est un inventaire sommaire 
des sources diplomatiques de l'histoire de l'Ordre pour les langues d'Ara- 
gon et de Castille et pour les sœurs hospitalières de Sigena. Une seconde 
partie est consacrée aux documents relatifs à l'Ordre qui sont conservés 
dans les archives des royaumes d'Aragon , de Majorque , de Castille et Léon 
et de Portugal. Enfin M. Delaville Le Roulx termine par une élude sur 
la diplomatique des chancelleries des royaumes que je viens d'énumérer, 
au point de vue de la rédaction des actes, des formules, des dates, des 
sceaux, etc. 

«Ce n'est pas une indiscrétion de rappeler la tâche que s'est imposée 
M. Delaville Le Roulx dans le but de réunir en un corps d'ouvrage le 
texte des actes contenus dans les archives de Saint-Jean de Jérusalem. 
Son excursion en Espagne et en Portugal permet de prévoir combien ce 
recueil sera important ; en même temps, la lecture du travail que je pré- 
sente aujourd'hui fait regretter qu'un;' publication analogue n'existe pas 
encore en France pour les grands prieurés de Champagne et d'Aquitaine 
qui sont si riches en documents. '• 

M. L. Havet présente, au nom de l'auteur, M. Paul Melon, secrétaire 
général du Comité de patronage des étudiants étrangers, un volume sur 
L'enseignement supérieur et l' enseignement technique, en Franco, a" édition 
(Paris, i8qo\in-8°). 

tt L'auteur, désireux d'attirés en France les étudiants des pays Balkans, 
des petits états de l'Europe septentrionale, des républiques de l'Ame- 



— 79 — 

rique espagnole, et en général de tous les pays étrangère, a réuni dans ce 
volume et classé tous les renseignements sur les établissements français 
pouvant attirer les jeunes gens qui ont passé l'âge du collège. 11 y traite, 
avec le même soin , des plus hautes écoles scientifiques, comme le Collège 
de France ou l'Ecole des chartes, et des écoles techniques qui prépa- 
rent de futurs dentistes ou de futurs bergers. La seconde édition est con- 
sidérablement enrichie; elle dépasse en étendue le double de la pre- 
mière, -n 

M. M. Bréal offre à l'Académie, au nom de l'auteur, un mémoire sur 
le Déchiffrement des inscriptions de l'Orkhon et de l'Iénisséi, par M. Vilh. 
Thomsen (Copenhague, 1893, in-8°; extrait du Bulletin de l'Académie 
royale de Danemark, i8q3). 

rrM. Vilh. Thomsen fait connaître par quels moyens il est arrivé à dé- 
chiffrer ces inscriptions. Elles sont en un idiome turc proche parent de 
l'ouigour : l'écriture est syllabique et paraît avoir une certaine parenté 
avec l'écriture pehlvie. Elles datent du vm e siècle après Jésus-Christ. Il 
donne la valeur de 38 caractères qui composent l'alphabet. M. Thomsen 
se borne provisoirement à ces remarques et se réserve de communiquer 
ailleurs et plus en détail les résultats de son déchiffrement. 

ff Cette découverte fait le plus grand honneur au savant danois : les 
inscriptions de l'Iénisséi, connues en partie depuis plus de cent ans, 
avaient déconcerté jusqu'à présent tous les efforts de la science." 

Sont encore offerts : 

Note sur les Longostalètes , peuple gaulois, par M. Anatole de Bar- 
thélémy, membre de l'Académie (Paris, i8p,3, in-8°; extrait dos Comptes 
rendus de l'Académie, 1893). 

Le haut enseignement historique et philologique en France, par M. Gas- 
ton Paris, membre de l'Académie (Paris, 1894, in-16). 



SEANCE DU I 9 JANVIER. 

Sont offerts : 

La Fondation consacrée à la déesse Nina , par M. J. Oppert, membre de 
l'Institut (1893 , in-8°; extrait de la Zeitschriftjur Assyriologie); 
Jacques Cartier, par M. iN.-E. Dionne (Québec, 1889, in-ia); 
Samuel Champhin , fondateur do Québec, et père de ta Nouvelle-France; 



— 80 — 

histoire de sa vie et de ses voyages, t. 1", par le même auteur (Québec, 
1891, in-8°); 

La Nouvelle -France de Cartier à Champlain (i5âo-i6o3), par le 
même autour (Québec, 1891, in-8°). 

M. J. Oppert présente, de la part de l'auteur, le père J.-N. Slrass- 
maier, le xi e fascicule de sa publication intitulée : Rabylonische Texte : 
Inschriften von Darius, Kônig von Rabylon {5-2 1-Û85 v. Ghr. ) (Leipzig-, 
i893,'in-8°). 

SÉANCE DU 26 JANVIER. 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le lome X, i re série, 
1" partie des Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres (Paris, 1893, in-4°). 

Le Secrétaire perpétuel offre, en outre, h l'Académie, au nom de 
M. Victor Pienv, un ouvrage intitulé : 18 fructidor, documents pour la 
plupart inédits recueillis et publiés pour la Société d'histoire contemporaine 
(Paris, i8 9 3, in-8°). 

rrM. Victor Pierre a publié, il y a quekpies années, un livre intitulé : 
La Terreur sous le Directoire. Le nouveau volume contient en quelque 
sorte les pièces justificatives inédites du premier ouvrage. 1 

Sont encore offerts : 

Inventaires de l'hôtel de Rambouillet, à Paris, en i65û , 1666 et 1671 ; 
du château de Rambouillet, en 1666, et des châteaux d'Angoulême et de 
Montausier, 1671, publiés par M. Charles Sauzé, pour la Société ar- 
chéologique de Rambouillet, n° xx de ses publications (Tours, 1896, 

in-8°); 

Archaeologicul Survcy oflndia. Soulh-lndian Inscriptions. Tamil Inscrip- 
tions of Rajaraja , Rajendra-Chola , and olhers in the Rajarajesvara 
Temple at Tanjavur , edited and translaled by E. Hultzsch, Ph. D., vol. II, 
part, n (Madras, 189-2, in-4°); 

Mémoires de la Société d'agriculture , commerce, sciences et arts du 
département de la Marne. Année 1892 (Châlons-sur-Marne, 1893, 
in-8°ï. 

M. Menant a la parole pour un hommage : 

rrj'ai l'honneur do présentera l'Académie un volume de M. de Milloué, 



— 81 — 

conservateur du musée Guimet, intitulé : Le Bouddhisme dans le monde; 
origine, dogmes, histoire (Paris, 1893, in-12). 

cr Depuis un demi-siècle à peine, les livres dans lesquels on peut 
apprendre à connaître la vie du Bouddha et sa doctrine sont restés le 
privilège de quelques savants qui ont , avec une grande sagacité , traduit 
les textes, et médité sur les enseignements philosophiques et religieux 
qu'ils renferment. Je ne crois pas que ce soient leurs travaux qui ont 
provoqué en France et à l'étranger la popularité dont le Bouddha jouit 
aujourd'hui; ce n'est ni à l'austérité de Çakya-Mouni, ni à la pureté de 
sa morale, qu'il doit cette faveur. L'ignorance et l'imagination s'en mê- 
lant, on a complètement travesti le Bouddha et sa doctrine. Cet engoue- 
ment a sans doute un prétexte; l'Inde et les pays Bouddhistes ont leurs 
illuminés, et malheureusement ce sont les sectes les plus excentriques 
qui font le plus de bruit, et dont l'écho est le plus retentissant. Cepen- 
dant quelle que soit cette popularité , le Bouddhisme et ses doctrines phi- 
losophiques et religieuses, appropriées à certaines populations de l'ex- 
trême Orient, ne franchiront pas les limites que la nature impose : 
comme certaines plantes exotiques qu'on transporte , elle ne peuvent vivre 
que dans les serres. Le livre de M. de Milloué vient heureusement réta- 
blir les faits et donner une sérieuse idée du Bouddhisme. 11 était utile 
que le conservateur du Musée des Religions, où les images du Bouddha 
sont placées à côté des symboles de cette grande religion qui compte 
plus de 3oo millions de croyants, la présentât au grand public sous 
son véritable jour, m 

M. A. de Barthélémy présente , de la part de la Société académique de 
l'Aude, un volume intitulé : Collection de documents inédits relatifs h la 
ville de Troycs et à la Champagne méridionale , publiés par la Société aca- 
démique de l'Aube. Inventaire des principales églises de Troycs. Introduc- 
tion, par M. l'abbé Niobé; textes, par M. l'abbé Lalore (Troyes, 1893, 
2 vol. in-8°). 

ffLa Société académique de l'Aube tient a honneur d'offrir a l'Acadé- 
mie deux tomes qu'elle vient d'ajouter à la collection de documents inédits 
publiés par elle en dehors des volumes qui, chaque année, contiennent 
ses travaux. Ces deux tomes forment un recueil consacré à faire connaître 
les anciens inventaires de trésors d'églises. 

rrTous ces documents avaient été recueillis et transcrits par feu l'abbé 
Lalore à qui on doit la publication d'un certain nombre de cartulaires 
se rattachant à l'histoire de la Champagne méridionale. Les membres de 

xxu. () 



1 u t niM rni r XATIOVALh, 



— M — 

la Société académique de l'Aube ont voulu que les dernières recherches 
faites par leur regretté confrère ne fussent pas perdues; pour compléter 
son œuvre , ils ont chargé l'un d'eux , M. l'abbé Niobé , d'en surveiller l'im- 
pression et d'y joindre un préambule. 

«Le préambule forme une introduction qui n'a pas moins de 
35 o pages; c'est un commentaire, fait avec érudition, de tout ce qui 
touche aux inventaires de trésors , à leur histoire , aux reliques et à chacun 
des objets qui figurent dans ces catalogues. Un travail aussi complet est 
un véritable traité, d'un intérêt général, qui, grâce à une table des ma- 
tières détaillées , peut servir, dans ce cas spécial , à tous les archéologues. 

frLes textes, du xiu' au xvm" siècle, transcrits par M. Lalore concer- 
nent vingt-quatre établissements religieux parmi lesquels figurent, 
d'abord la cathédrale de Troyes, puis une collégiale, quatre abbayes, 
deux prieurés, un couvent, quatre hôpitaux et un certain nombre 
d'églises, * 

M. d'Arbois de Jubainville a la parole pour une présentation d'ou- 
vrage : 

ff Notre savant confrère M. Whitley Slokes m'a chargé d'offrir à l'Aca- 
démie son livre intitulé : Vocabulaire de l'unité celtique, Wortschatz der 
kcltischcn Spracheinheit. Ce volume forme le tome II de la 4 e édition de 
l'ouvrage publié par M. August Fick sous le titre de : Dictionnaire com- 
paré des langues indo-européennes , Vergleichendes Wôrterhuch der indo- 
germanischen Sprachen. Le livre de M. Stokes est, pour l'étude des mots, 
le digne pendant de la Grammatica celtica, où Zeuss et Ebel ont étudié 
avec une si grande science la phonétique et la morphologie. 

cr C'est le commencement des vastes éludes du savant celtiste que ses 
travaux sur l'irlandais, sur le gallois, le comique et le breton, autori- 
sent plus que personne à parler de l'unité celtique; érudit, il connaît 
mieux qu'aucun autre les bases de cette conception linguistique; seul il 
a manié avec une égale compétence les monuments des dialectes divers 
dont les caractères communs constituent ce qu'on peut appeler la langue 
de l'unité celtique , Keltische Spracheinheit. » 

SÉANCE DU 2 FEVRIER. 

Sont offerts : 

Ninth annual Report of the Bureau of Ethnologij to the Secretary of 
he Smithsonian Institution, i88j - 1888 , bv J.-W. Powel, diierlor 
(Washington, 1892 , gr. in-8°); 



— 83 — 

Bibliography of tlte Suliskan Languages, by James Conslantine Pilling 
(Washington, 1898, in-S°). 

M. Heuzey offre à l'Académie la troisième livraison de l'ouvrage 
publié par ses soins sous le titre de Découvertes en Chaldée, par Ernest 
de Sarzec, consul de France, correspondant de l'Institut (Paris, 1893, 
in-fol.). 

M. G. Paius fait hommage à l'Académie, au nom de M'"' veuve Arsène 

Darmesteter, du Traité de la formation des mots composés dans la langue 

française comparée aux autres langues romanes et au latin, par Arsène 

Darmesteter. Deuxième édition, revue, corrigée et en partie refondue, 

avec une préface, par M. Gaston Paris (Paris, 189^, in-8°). 

M. d'Arbois de Jubaiinville a la parole pour une présentation d'ou- 
vrage : 

rrJai l'honneur d'offrir à l'Académie le tome II de l'ouvrage intitulé : 
Les premiers habitants de l'Europe, seconde édition (Paris, 1 89A , in-8°); 
j'ai publié la première édition en 1877. 

«Dans ce volume il y a deux parties nouvelles, l'une a pour titre : 
«Les Ligures dans les documents géographiques *; l'autre : «La nation 
«celtique». On trouvera réunis dans ces chapitres un grand nombre de 
faits qui n'avaient pas été jusqu'ici rapprochés les uns des autres, mais 
dont le classement, comme dans plusieurs autres ouvrages du même 
auteur, pourra donner matière à discussion. Les Ligures auraient été les 
prédécesseurs des Celtes dans une grande partie de l'Europe occidentale. 
Les Germains, pendant une longue période, jusque vers l'année 3oo 
avant J. -G., auraient vécu sous la domination des Celtes. Ainsi s'expli- 
querait l'absence du nom des Germains dans les textes géographiques et 
historiques jusqu'au premier siècle avant notre ère et la date ancienne à 
laquelle les Germains, faute de culture littéraire, ont perdu le futur, 
l'aoriste, le son primitif des explosives non aspirées, n'ont parlé qu'une 
sorte de patois à une époque où les langues voisines étaient encore 
relativement bien conservées,» 

M. Derenbourc, a la parole pour une présentation d'ouvrage : 
«J'ai l'honneur de présenter à la Compagnie, au nom de l'auteur, 
M. Maurice Steinschneider, un ouvrage intitulé : « Les versions hébraïques 
«au moyen âge et les Juifs comme traducteurs,») Die hebraeischen Ueber- 



— 84 — 

tetzungen des Mittelalters und die Juden als Dolmelscher ^Berlin, 189*3, 
vol. in-8"). 

«rCest un volume de 1 ,000 pages , hérissées d'abréviations et de notes, 
dans lesquelles M. Steinschneider a cherché à faire entrer le résultat de 
ses vastes lectures et des recherches infatigables qu'il a faites depuis 
cinquante ans dans les différentes bibliothèques de l'Europe. C'est lui 
qui avait publié successivement les catalogues savants de la Bodléienne, 
de Leyde, de Munich, de Hambourg et de Berlin; le catalogue de la 
Bodléienne à lui seul a plus de 3, 000 colonnes serrées. Et cependant il 
se plaint dans la préface de ce volume d'avoir été forcé de réduire au plus 
strict nécessaire l'abondance des matériaux dont il disposait. En effet, 
depuis que le volume a paru , divers journaux et périodiques de l'Alle- 
magne donnent mensuellement des mélanges, des notes et extraits de 
manuscrits, par lesquels M. Steinschneider cherche à le compléter. 

rr Notre Compagnie, qui avait eu le bonheur de provoquer, en 1819, 
les remarquables recherches de Jourdain sur les traductions latines 
d'Aristote, et en 18^2 le travail de Wenrich: De auctorum graecorum ver- 
sionibus, qui, malgré ses imperfections, est toujours encore utile, a eu la 
bonne fortune de couronner également les importants travaux de 
M. Steinschneider : d'abord, en 188Û, un Mémoire sur les traductions 
hébraïques du moyen âge, puis, en 1886, un Mémoire considérable sur 
les traductions arabes des ouvrages grecs, d'après le Fihrist d'Ibn an- 
Nadim. Les deux Mémoires , composés en français , ont été fondus en un 
seul et publiés en allemand. 

rrOn sait que les savants juifs et arabes du moyen âge étaient à la 
fois philosophes, mathématiciens et médecins. Pour apprécier digne- 
ment leurs travaux, il fallait donc n'être étranger à aucune des matières 
qui faisaient le sujet de leurs études, à moins de ne faire qu'une simple 
nomenclature de titres. La vaste érudition de M. Steinschneider lui a 
permis d'enrichir depuis de longues années, par de larges contributions , 
aussi bien le Journal des études mathématiques, du prince Buoncom- 
pagni,que le Journal d'anthropologie , de M. le professeur Virchow. L'ou- 
vrage qu'il vient de publier renferme et résume le résultat de ces re- 
cherches. Ce n'était pas, en outre, une tâché facile que de retrouver et 
de réunir les fragments d'un même ouvrage, dont les membres épars 
étaient dispersés dans divers manuscrits appartenant à plusieurs biblio- 
thèques. Os fragments étaient souvent dépourvus de titres, sans noms 
d'auteurs, ou bien attribués même aux copistes des . Manuscrits d'où ils 
avaient été tir. }. 



— 85 — 

wM. Steinschneider discute les différentes opinions qui avaient été 
exposées au sujet de ces fragments dans un langage clair et précis, et 
maintes fois l'aridité du sujet ne l'empêche pas d'être fin et spirituel. 
Nous pourrions ici citer son article sur Dunasch ben Tamim, le com- 
mentateur du fameux Livre de la Création, s'il était possible de faire 
entrer dans un simple hommage le résumé d'un débat qui, depuis Munk, 
n'a cessé de préoccuper tous les savants qui ont consacré leurs études à 
la littérature juive. 

ffCe qui importait du reste, avant tout, à M. Steinschneider, c'était 
de démontrer le rôle important que, depuis le ix e siècle, les Juifs avaient 
rempli dans l'histoire de la civilisation comme traducteurs de l'arabe en 
hébreu et de l'hébreu en latin, en servant ainsi d'intermédiaires entre 
les Arabes et le monde chrétien. En rappelant plus haut les travaux an- 
térieurs de Jourdain et de Wenrich , et en y ajoutant les deux grands Mé- 
moires sur les rabbins français, que l'Académie vient de publier dans 
Y Histoire littéraire, je voulais revendiquer pour notre Compagnie 
l'honneur d'avoir contribué, pour une part très large, à éclaircir une 
des étapes les plus obscures dans la marche progressive de l'esprit 
humain. » 

M. L. Delisle offre à l'Académie, au nom de M. Babeau, les deux 
volumes que cet auteur vient de publier sous le titre de : La Province 
sous l'ancien régime (Paris, 180/1, 2 vol. in-8°). 

rrGet ouvrage a été composé sur le même plan et avec la même mé- 
thode que les précédents travaux du même auteur. Il fait connaître, 
souvent d'après des témoignages non encore produits, les différents 
rouages de l'administration provinciale et achève le tableau que M. Ba- 
beau a très heureusement tracé de l'état de l'ancienne société fran- 
çaise. Tl 

M. Ph. Berger fait hommage à l'Académie du texte de la leçon faite 
par lui à l'ouverture de son cours au Collège de France, le 9 décem- 
bre 1 8q3 : Ernest Renan et la chaire d'hébreu au Collège de France. 
(Paris, 1896, in-8"; extrait de la Revue de l'histoire des religions). 



SEANCE DU 9 FEVRIER. 

M. Barth fait hommage au nom de l'auteur et rend compte d'un 
mémoire de M. Jacobi : Uber dos Alter des Rigveda; tirage à part du 
recueil intitulé : Festgruss an Rudolf von Roth zum Doktor-Jubilâum, 



— 86 — 

-2Ù August i8gS, von seiuen Vreunden und Sckiilern (Stuttgart, i8q3, 
grand in-8"). 

trLe mémoire de M. Jacobi est très court, de sept pages grand in-8° à 
peine; niais il soulève une question de première importance; il en donne 
une solution neuve et ingénieuse, et il mérite à tous égards d'être 
signalé à l'attention des savants. M. Jacobi essaie d'abord d'établir, en 
rapprocbant deux passages du Higveda (VT1I, io3, 9 et X, 86, i3), 
que le solstice d'été, à l'époque de la composition des hymnes, était 
placé dans l'astérisme des Phalgunis , position qui était vraie vers l'an 45oo 
avant notre ère. Et, de ce fait, il trouve aussitôt une confirmation dans 
des passages des Brâhmanas et d'autres écrits plus récents, où le sou- 
venir de celle antique position s'est conservé à propos de certains rites, 
bien que l'aspect du ciel lût alors tout autre et que l'équinoxe du prin- 
temps, par exemple, eut été, depuis plus ou moins longtemps, reporté 
dans les Krittikâs, les Pléiades, position qui était vraie vers s5oo avant 
notre ère. I! examine ensuite les diverses sortes d'année qui, d'après les 
textes, ont dû être en usage dans l'Inde ancienne : années commençant, 
l'une au solstice d'été, l'autre au solstice d'hiver, une troisième à l'équi- 
noxe d'automne, et il montre que ccrlaines prescriptions rituelles ne 
s'expliquent que si on les répartit entre ces trois sortes d'année et, de 
plus, si on suppose les colures passant, celui des solstices par les Phal- 
gunis, celui des équinoxes par Mrigaçiras , c'esl-a-dire à cette même po- 
sition qu'il pense leur être assignée dans le Rigveda, et qu'ils avaient 
quarante-cinq siècles avant l'ère chrétienne. Enfin il fait remarquer que 
l'étoile polaire, l'étoile immobile, qui n'est pas mentionnée dans le Rig- 
veda, est l'objet plus tard de prescriptions rituelles, et que l'étoile visée 
dans ces prescriptions ne peut guère avoir été que a du Dragon , qui était 
polaire vingt-sept siècles avant Jésus-Christ. En entourant ces chiffres de 
la marge nécessaire et en tenant compte de la persistance qui est propre 
à un calendrier une fois établi, il arrive aux conclusions suivantes : ce 
qu'on a pris jusqu'ici pour l'allusion astronomique la plus ancienne con- 
tenue dans le Véda, la position de l'équinoxe du printemps dans les Krit- 
tikâs , qui est courante dans les Brâhmanas, est en réalité le résultat d'une 
correction, et cette correction a dû être faite au moins 2000 ans avant 
notre ère. Au delà, il y a des souvenirs d'une période beaucoup plus 
ancienne, dont la limite supérieure va se perdre dans le cinquième millé- 
naire; et c'est dans celle période qu'il faut placer les origines de la cul- 
ture védique et la composition des hymnes du Rigveda, en assignant 
toutefois celte composition plutôt à la seconde moitié de la période. 



— 87 — 

«Les arguments réunis par M. Jacobi ne constituent pas une démons- 
tration, mais ils en approchent. Ils y atteindraient même, si les données 
qu'il croit avoir trouvées dans le Rigveda étaient absolument sûres. Tels 
quels, ils présentent pourtant dès maintenant un ensemble d'une con- 
cordance frappante, et l'on ne voit pas quelle objection péremptoire pour- 
rait leur être opposée. Uur principal tort est d'aller à l'encontre du cou- 
rant de l'opinion actuelle, qui, depuis cinquante ans et plus, tend à réduire 
l'antiquité du Véda à un minimum. Mais cette opinion, il faut bien 
l'avouer, ne repose elle-mêmeque sur des conjectures fragiles. Si d'ailleurs, 
comme je le crois, la thèse de M. Jacobi est fondée, les données qu'il a 
recueillies ne doivent pas être les seules que conlienne le Rigveda. Déjà un 
savant hindou, M. Bàl Gangâdhar Tilak, dans un livre récent (l) , en a 
produit plusieurs et, dans le nombre, quelques-unes du moins qui mé- 
ritent d'être sérieusement examinées. On peut compter sur M. Jacobi pour 
suivre ces diverses pistes et pour en ouvrir de nouvelles. * 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le 6" fascicule des 
Comptes rendus des séances de V Académie pour l'année 1893. Bulletin de 
novembre-décembre (Paris, 1893, iu-8°). 

Sont encore offerts : 

Le champ sacré de la déesse Nina. Une laïcisation au ni' siècle avant 
l'ère chrétienne par M. J. Oppert. membre de l'Institut ( Paris, 189/1, 
in-8°; extrait des Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres); 

Ferry de Carondelel, ambassadeur à Rome (i5io), par M. L. de la 
Brière (Évreux, 189^ , in-8°); 

Annales du Musée Guimet. Tome XXV. Histoire des monastères de la 
basse Egypte. Vies des saints Paul, Antoine, Macaire , Maxime et Do- 
mèce, Jean le Nain, etc.; texte copte et traduction française par E. Ame- 
lineau (Paris, 189/1, in- 4°); 

Die alltùrhischen Inschriften der Mongolei. I. Bas Denkmal zii Ehren des 
Prinzen Kûl Tegin , von W. Radloff (Saint-Pétersbourg, 1896, in-8°). 

M. d'Arbois de Jubainville présente à l'Académie, delà part de l'auteur, 

(') The Orion, or Researches iitto ihe Antiquily of the Vedas (Bombay, i8g3). 
Ce livre est antérieur à la publication des recherches de M. Jacobi : les deux 
savants sont arrivés indépendamment et par des voies différentes aux mêmes 
conclusions ftéiiérales. 



— 88 — 

la Liste des noms gaulois , barbares ou supposés tels , tirés des inscriptions, 
par Henry Thédenat, prêtre de l'Oratoire; 2 e liste (Paris, 189/1, in-8°). 

rr C'est le second travail du savant auteur sur le même sujet. 11 renferme 
les noms contenus dans les inscriptions publiées en 1 886 , 1887 et 1 888. 
Il fait suite à la liste donnée par le général Greuly, qui s'arrête avec les 
découvertes de 1877, et au supplément dû à M. Thédenat où les inscrip- 
tions les plus récentes qui soient citées sont celles qui ont paru en 1880. 

* Chaque nom est suivi de l'indication du lieu où a été trouvée l'in- 
scription qui nous le fait connaître, vient ensuite le renvoi au recueil 
où l'inscription a vu le jour. 

r-La liste de M. Thédenat rendra grand service aux savants qui s'oc- 
cupent d'études celtiques, quel que soit leur point de vue spécial, qu'ils 
s'intéressent de préférence à l'histoire, à la géographie ou à la gram- 
maire.-* 

SÉANCE DU l6 FÉVRIER. 

Le Secrétaire perpétuel offre, au nom des auteurs, les publications 
suivantes : 

Les grands domaines et les cillas de l'Entre-Sambre-et-Meuse sous l'em- 
pire romain, par M. Alf. Bequet (in-8°; extrait du tome XX des Annales 
de la Société archéologique de Namur); 

Les bagues franques et mérovingiennes du musée de Namur, par le même 
(in-8°; extrait du tome XX des Annales de la Société archéologique de 
Namur); 

Transactions of the royal Society of Edinburgh, vol. XXXVII, part. 1 
et 11, for the session 1891-1892 (Edinburgh, 1893, a vol. h\~k°). 

M. Ravaisson a la parole pour une présentation d'ouvrage : 
ffj'ai l'honneur d'offrù à l'Académie, de la part de M. Théodore 
Sabachnikoff, un exemplaire de la somptueuse publication qu'il vient de 
faire d'un manuscrit inédit de Léonard de Vinci : / manoscrilli di Leo- 
nardo da Vinci. Codice sul volo degli uccelli e varie allre materie (Parigi, 
1898, in-fol. ). 

«rM. Sabachnikoff, après s'être rendu acquéreur de ce manuscrit, qui 
était en la possession d'un particulier, a confié à un savant italien, 
M. Piumati, la tâche de le publier sur le plan suivi par mon fils, Charles 
Ravaisson- Mollien , dans l'édition qu'il a donnée, en 6 volumes in-folio, 
des ouvrages inédits du même auteur qui appartiennent à la Biblio- 
thèque de l'Institut. 



— 89 — 

r La préface est de M. Sabachnikoff; l'introduction , la transcription 
du texte en italien et les notices sont de M. Piumati; la traduction en 
français est de mon fils. 

«Le présent volume contient principalement des recherches sur le vol 
des oiseaux, l'un des sujets qui ont le plus occupé Léonard, et dont il 
est aussi question en maint endroit des manuscrits appartenant à l'In- 
stitut, r, 

M. G. Schluwberger présente à l'Académie de la part de l'auteur, 
M . E. Rodocanachi, un exemplaire du travail considérable qu'il vient 
de consacrer à l'histoire des Corporations ouvrières à Rome depuis la 
chute de l'Empire romain, t. I et II (Paris, 1 8g4 , 2 vol. gr. in-û°). 

*M. Rodocanachi, connu déjà par de nombreux travaux sur la Rome 
du moyen âge, s'est donné cette fois pour tâche d'étudier les conditions 
du commerce à Rome et son développement , l'organisation du travail , 
les règlements généraux qui s'y trouvaient appliqués à l'industrie ; c'est 
là le sujet de son introduction générale. Il donne ensuite , dans ces deux 
gros et beaux volumes, d'une exécution admirable, enrichis de planches 
excellentes , l'histoire particulière et l'analyse des statuts de chaque cor- 
poration. Rome en comptait près de cent. Grâce à l'état de conservation 
relative des archives municipales romaines, il est possible de suivre ces 
corporations à travers une longue série de siècles, dans des conditions 
sociales fort diverses. Leur organisation statutaire est remarquable à 
plusieurs points de vue: sentiments de piété profonde, de confraternité 
touchante , respect sincère des droits de chacun , sage économie des dis- 
positions destinées au maintien de la concorde intérieure, à l'union des 
bonnes volontés en vue du bien général, à la lutte constante contre les 
excès de pouvoir, à la stabilité enfin de l'édifice corporatif. On ne saurait 
assez admirer l'économie vraiment merveilleuse de ces constitutions, la 
prévovante sagesse de ces artisans illettrés qui ont su rédiger, tout au 
moins respecter, si d'autres y ont mis la main, ces statuts compliqués et 
savants. Au point de vue de l'intervention pontificale, l'étude à laquelle 
s'est livré avec tant de zèle l'auteur a révélé aussi certains détails curieux. 
Enfin M. Rodocanachi a fort bien mis en lumière le contraste qui 
exisle entre la situation peu florissante du commerce à Rome et cette 
extension si extraordinaire du régime corporatif. Peut-être faut-il aller 
chercher la cause même de ce phénomène jusque dans l'attachement 
exagéré des fils des Romains de la République et de l'Empire pour la 
forme corporative. Voici un certain nombre des points 1res peu connus 



— DO — 

parmi nous sur lesquels la belle élude de M. Rodocaoachi a l'ait quelque 
lumière et qui mentent d'attirer l'attention de notre Compagnie. * 

AL Maspkro offre, au nom de M. Henry Harisse, ChrûtopMer Colum- 
bus, lus oini Book oj Privilèges , lôoa, historical introduction by Henry 
Harrisse (London, 1 8 9 3 , in-fol.). 

SÉANCE DU 2.3 FÉVRIER. 

Le Sscbjétaibe pbbpétcel communique à l'Académie une lettre par 
laquelle M. Tbéodore Gomperz, son nouveau correspondant étranger, 
fait hommage des deux premiers fascicules de son ouvrage: «Les Penseurs 
grecs-, Griechische Denhcr, eine Geschiclde (1er antihen Philosophie ( Leip- 
zig, 189.3 et 189/1, in-8°). 

M. le Directeur des Archives royales de Florence adresse a l'Académie 
le second volume fie : / Capitoli del comune di Firenze , inventario e regesto 
(Florence, 1893, in-V). 

Sont encore offerts : 

\h moires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Tou- 
louse , t. V (Toulouse, i89o,in-8°); 

Voinjranzosischcn Vcrsbau aller und nouer Zeit, Zusammensteliung der 
Anfangsgrùnde durch Adolpf Tobler. Dritte Aullage (Leipzig, 1896 , 

in-8°); 

La Foire de Saint-Simon et Saint- J udc , vulgairement appelée Fotre aux 
malades ou de la maladrerie , de Heaulieu ou de Bicêtre , tenue dans la ban- 
lieue ouest de Caen. depuis la seconde moitié du xu' siècle jusqu'à nos jours, 
d'après des doruments inédits, par T. Raulin (Caen, 189/1, i n -8°; 
extrait du Bulletin de la Société des antiquaires de ?ïormandic. t. XA 1 1 : 

Le Commentaire du San-ze-kiug , le recueil des phrases de trois mots. 
version mandchoue avec notes et variantes, par François Turrettini (Ge- 
nève, Paris et Londres, 1892-189/1. in-8°); 

Catalogue of the Lniversiti/ oj Pcnmylvania , 1 898-9/1 (Philadelphie, 
189/», in-8°). 

M. Schuimberger présente à l'Académie, delà part de l'auteur, deux 
mémoires de M. le l) r J.-H. Gosse : 

"Le premier est intitule 1 : Contributions à l'étude des édifices qui ont pré- 
cède l'église de Sainl-Picrrc-cs-Lirns . à Genève (Genève , 1 89 1 . in- 1' • 



— 91 — 

trM. Gosse démontre que trois édifices ont été successivement construits 
sur l'emplacement de l'église actuelle: i° un édifice romain dans les 
substructions duquel on a retrouvé plusieurs inscriptions; l'une, encore ' 
en place, se rapporte au culte de Rome et d'Auguste. Cet édifice fut dé- 
truit dans la guerre entre Clovis et les Burgondes; le niveau des con- 
structions était à 3 m. 25 au-dessous du sol actuel; a une église construite 
sous Gondebaud; elle était en charpente et son niveau était à 65 centi- 
mètres au-dessus de la couche romaine; 3° une église édifiée sous Gon- 
tran . se terminant par une abside de 8 mètres de diamètre accompagnée 
par deux absidioles. L'entrée de ce sanctuaire était limitée par des degrés 
dans lesquels on avait utilisé une inscription se rapportant probable- 
ment à l'an £89. A l'ouest de l'église, et indépendant de celle-ci, se 
trouvait un baptistère. Sous le sol de l'abside a été découvert un tombeau 
renfermant un corps que l'on croit être celui de l'évêque Gariatho. Les 
vêtements dont il était recouvert présentaient en particulier des galons 
brochés d'or dont l'ornementation discutée a donné lieu au second tra- 
vail que j'ai à présenter à l'Académie et qui est intitulé : Recherches sur 
quelques représentations du vase eucharistique (Genève, 189/1, in-4°). 

tt Cette seconde étude se divise en deux parties. La première se rap- 
porte aux diverses représentations individuelles du vase mystique. Dans 
la seconde l'auteur cherche à démontrer comment un type iconogra- 
phique peut se modifier de proche en proche dans ses répétitions suc- 
cessives, sans cesser de garder, qu'il soit idéalisé ou au contraire qu'il 
s'abâtardisse , un sens non équivoque. Il croit pouvoir par cette dégéné- 
rescence interpréter les ornements des vêtements épiscopaux retrouvés 
à Genève. « 

M. Boissier présente, au nom de M. Lafaye, maître de conférences à 
la Faculté des lettres de Paris, un volume intitulé : Catulle et ses mo- 
dèles (Vans, 189/1, in-8°). 

rr C'est une partie importante d'un mémoire couronné par l'Académie 
en 1892. M. Lafaye, à propos des divers genres de poésie dans lesquels 
Catulle s'est exercé, recherche quel poète grec il a pu imiter, ce qu'il a 
pris de son modèle et ce qu'il y a ajouté du sien. 11 Ta fait avec tant de 
science, un goût si sur, si exact, que la question si difficile et si intéres- 
sante de l'imitation des Grecs par Catulle paraît pour quelque temps 
résolue. ■» 

M. G. Paris annonce à l' Académie que l'Université de Bonn va fêler 



— 92 — 

le mois prochain le centenaire de Friedrich Liez, le célèbre romaniste, 
qui fut recteur de celte Université et l'un de nos correspondants étran- 
gers. 11 présente , à ce propos, la publication suivante: Freundesbricfc von 
Friedrich Dicz. Zut Feicr des hunderljàhrigen Geburtstages des Begriinders 
der romanischeii Philologie Friedrich Diez avi Sonnabend , den 3. Mers 
i8gù (Bonn, 189/i, in-/» ). 

Ont encore été offerts : 

Annales du commerce extérieur, 189/i, 1" fascicule (Paris, 1896, 
in-8°); 

Atti délia B. Accademia dei Lincei, août 1893 (Rome, 1893, in-8 3 ); 

Biblioleca nationale centrale di Firenze. Bolletino délie publicazioni ila- 
liane, i8g3, n° s 1912 à 190 (Florence, 1893 et 189/1, in-8°); 

Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, année 1896, 
1" semestre (Narbonne, 189/», in-8°); 

Bulletin de l'Institut égyptien, mars i8g3 (Le Caire, 1893, in-8°); 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie, no- 
vembre-décembre 1893 (Gracovie, 1893, in-8°); 

Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France, n° 1 2 , séances 
du 1 1 avril au 1 1 juillet 1893 (Toulouse, 1893, in-8°); 

Comité de conservation des monuments de l'art arabe, exercice 1892, 
fascicule 9. Procès-verbaux des séances. Rapports de la deuxième com- 
mission (Le Caire, 1892, in-8") ; 

Histoire de l'art dans l'antiquité, par MM. G. Pekrot, membre de l'In- 
stitut, et Gh. Chipiez; livraisons 3-24 à 33i (Paris, 1893-189/1, in-8°); 

Journal asiatique, n" 3, novembre -décembre 1893 (Paris, 1896, 
in-8°); 

1 Korrespondenzblall der westdeutschen Zeitschrift fur Geschichle und 
Kunst, 12 e année, n° 12, et i3 e année, n° 1 (.Trêves, i$g3, in-8°); 

Proceedings of the Society of biblical Archacology, vol. XVI, part. 1 
et 2 (London, 1893, in-8°); 

Proceedings of the royal Society of Edinburgh , vol. XIX , session 1 89 1 - 
1892 (Edinburgh, 1893, in-8°); 

Bassegna delta letleratura siciliana , janvier 189/i (Acireale, 1893, 
in-8°); 

Bendiconti délia reale Accademia dei Lincei, vol. II, fasc. 1 1 (Rome, 
189/i, in-8°); 

Bévue africaine , h' trimestre i8o3 (Alger, 1893, in-8"); 

Flcruo archéologique , publiée soijs la direction de MM. Alexandre 



— 93 — 

Bertrand et Georges Perrot, membres de l'Institut; novembre -dé- 
cembre 1893 (Paris, i8g3, in-8°); 

Revue des études juives , juillet-septembre 1893 (Paris, 1893, in-8°); 

Revue de l'histoire des religions , n°' 2 et 3 , septembre-décembre (Paris, 
i8 9 3,in-8°); 

Revue numismatique , dirigée par MM. A. de Barthélémy, G. Schlum- 
berger et Ernest Babelon, 3 e et h' trimestres 1891, années 1892 et 
i8 9 3 (Paris, 1891-1893, in-8°); 

Revue des questions historiques, i er janvier 1 89 h (Paris, 189 4, in-8°); 

Revue de la science nouvelle , n os 75-76, 1" janvier 1896 (Paris, 1896 , 
in-4°); 

Revue tunisienne, organe de l'Institut de Carthage, n° 1, janvier 1896 
(Tunis, 189 4, in-8°); 

Société des Antiquaires de la Morinie , bulletin historique, année 1 893 , 
3° fascicule (Saint-Omer, 1893, in-8°); 

Société des antiquaires de l'Ouest, bulletin du 4° trimestre 1893 (Poi- 
tiers, in-8°); 

Studien xind Mitlhcilungen aus dem Renedictiner-und dem Cistercienser- 
Orden, Jahgrang XIV, Heft iv (Brùnn, 1893, in-8°). 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 1894. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
MARS-AVRIL. 



PRESIDENCE DE M. P. MEYER. 



SEANCE DU 2 MARS. 

L'Académie procède à la nomination d'une commission qui 
sera chargée d'examiner la question de la continuation de la pu- 
blication des Chartes et Diplômes concernant l'histoire de France. 

Sont élus : MM. Delisle, de Rozière, d'Arbois de Jubainville, 
Longnon, l'abbé Duchesne et de Lasleyrie. 

M. Paul Durrieu, conservateur au Musée du Louvre, signale 
un grand dessin acquis par le Musée du Louvre, avec la collection 
Baldinucci, en 1806, et dont le véritable caractère n'a pas encore 
été reconnu. Ce dessin, en effet, a été classé dans l'école italienne 
parmi les imitateurs de Giollo. Or M. Durrieu croit pouvoir éta- 
blir que ce prétendu dessin italien doit être en réalité restitué à 
André Beauneveu de Valenciennes, le célèbre sculpteur et peintre 
du roi Charles V et du duc de Berry, que Froissart a célébré 
comme le premier artiste de son temps. 

Ce dessin, d'une superbe composition, représente la Mort de 
la Vierge, son Assomption, et son Couronnement, avec saint 

xxn. 7 



I il I II I VIH. I !" H1I11.III 



— 96 — 

r 

Jean, patron du duc de Berry, et saint Etienne, patron du diocèse 
de Bourges. C'est vraisemblablement un projet de peinture mu- 
rale, et M. Durrieu pense qui! peut se rattacher aux travaux que 
le duc de Berry faisait exécuter sous la direction de Beauneveu, 
dans le diocèse de Bourges, particulièrement à Bourges même et 
dans le château de Mehun-sur-Yèvre. Ce dessin constituerait 
donc, pour l'histoire encore si obscure de la peinture française 
au moyen âge, un document infiniment précieux. 

Cette communication donne lieu à des observations de la part 
de MM. Mùxtz et de Lasteyrie. 

M. de Lasteyrie ne croit pas pouvoir admettre sans réserve les 
conclusions de M. Durrieu. Que le dessin ait élé faussement 
attribué à Giotto, il le croit volontiers; qu'il ne soit pas l'œuvre 
d'un maître italien, mais d'un artiste français, c'est possible, sinon 
certain; mais que l'on doive y voir une œuvre de Beauneveu, ce 
n'est pas vraisemblable. M. Durrieu a été conduit à cette hypo- 
thèse par la présence à la partie inférieure de la composition de 
saint Jean-Baptiste et de saint Etienne, qui l'ont fait penser au 
duc de Berry, et comme le dessin est remarquable, il a jugé que 
seul l'artiste favori du duc a pu en être l'auteur. Mais d'abord, 
saint Jean et saint Etienne sont des saints dont le culte était 
trop répandu au moyen âge pour que leur réunion sur un même 
monument permette d'attribuer, avec certitude, ce monument 
au duc de Berry. De plus, en admettant même, ce que rien ne 
prouve, que ce dessin ait été Fi» it pour le duc de Berry, cela 
ne suffit point pour l'attribuer à Beauneveu, car on ne connaît 
que bien peu de chose de cet artiste, et les quelques miniatures 
que l'on peut lui attribuer avec vraisemblance se distinguent du 
dessin signalé par M. Durrieu par une foule de détails. M. de 
Lasteyrie, en s'appuyant sur les photographies mêmes que 
M. Durrieu a apportées pour justifier sa thèse, montre les prin- 
cipales de ces différences. Ici, par exemple, saint Jean-Baptiste est 
représenté avec une figure douce, la barbe et les cheveux soi- 
gneusement peignés; là, il a la figure rude, la chevelure et la 
barbe hirsutes; mêmes différences dans les représentations de la 
Trinité, dans la manière do figurer les anges, dans le type des 



— 97 — 

visages. La plupart de ces dissemblances soiii si marquées qu'il 
faudrait des raisons absolument convaincantes pour permettre 
d'identifier les auteurs d'œuvres aussi peu semblables; elles ne 
sauraient s'accorder avec l'hypothèse de M. Durrieu. 

M. Oppert lit un mémoire dans lequel il fixe, avec une rigueur 
mathématique, la date exacte de la destruction du premier temple 
de Jérusalem. Il existe dans la Bible une date, une seule, que 
les progrès de la science permettent de préciser à un jour près. 
Jérémie dit que le roi de Babylone, Evil-Mérodach , fit sortir le 
roi juif de Jechonias dans la trente-septième année de sa capti- 
vité, le vingt-cinquième jour du douzième mois de son avène- 
ment; les Rois disent que ce fut le 27 du mois. Les milliers 
de textes datés de cette époque ont permis à M. Oppert de cal- 
culer les néoménics, et de fixer celte date au dimanche 29 fé- 
vrier ou au mardi 2 mars (selon les Rois) de l'an 56 1 avant l'ère 
chrétienne. Parlant de cette donnée, la prise de Jérusalem, fixée 
au 10 Ab de la dix-neuvième année de Nabuchodonosor, eut lieu 
le vendredi 28 juillet de l'an 087 avant J.-C. Le siège avait 
commencé le 10 Tébet de la seizième année, le i5 janvier 589 
avant J.-C. 



SF. VNCE DU 9 MARS. 

MM. le marquis de Beaucourt, R. Gagnât, M. Gollignon et 
R. de Maulde écrivent à l'Académie pour se porter candidats à 
la place laissée vacante par la mort de M. Waddington. 

M. Heuzey communique une inscription grecque découverte à 
Saint-Côme, près de Nîmes, sur une mosaïque. En voici la tra- 
duction : 

Pythis, le fils d'Antiochus, 

exécutait (cet ouvrage) 

Salut. 

Cette inscription montre que dans la Gaule romaine les ar- 
tisans grecs tenaient une grande place dans l'art industriel. Elle 



— 98 — 

contient le nom de l'artiste mosaïste et un salut adressé aux per- 
sonnes qui entraient dans la petite pièce sur le seuil de laquelle 
elle est placée. Cette inscription a été découverte par M. Foule 
dans sa propriété; la copie en a été communiquée par M. Révil. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. Ravaisson achève la 
lecture de son mémoire sur quelques monuments grecs relatifs à 
la légende d'Achille. Dans la dernière partie de ce mémoire, il 
étudie le bas-relief célèbre où Visconti a vu une visite de Bacchus 
au roi Icarius, père d'Erigone. M. Ravaisson l'explique comme 
se rapportant à cette légende, d'après laquelle Thétis ayant tiré 
une île du Pont-Euxin pour en faire le séjour de ce héros après 
sa mort, les dieux venaient quelquefois l'y visiter. C'est un trait 
remarquable de la croyance antique dans l'immortalité bien- 
heureuse en société avec les dieux, récompense promise aux 
héros. C'est le même sujet. M. Ravaisson croit pouvoir attribuer 
à l'école de Lysippe, et peut-être à ce grand sculpteur lui-même, 
la plus ancienne et en même temps la plus belle des reproduc- 
tions du bas-relief dont il s'agit, laquelle appartient au Musée de 
Naples. 

SÉANCE DU l6 MARS. 

M. Geffroy, directeur de l'École française de Rome, dans une 
lettre qu'il adresse au Président, donne des nouvelles archéolo- 
giques W. 

M. Fernand Foureau, chargé par l'Académie d'une mission 
dans le Sahara occidental, adresse au Secrétaire perpétuel la 

lettre suivante : 

Biskra, le 7 mars 1896. 

Monsieur le Secrétaire perpétuel , 
J'ai l'honneur do vous aviser que je viens de rentrer à Biskra, après 

(1 > Voir aux Communications, n" VI (p. 12G). 



— 99 — 

avoir atteint, dans le Tassili des Azdjer, un point de l'Ouad Mihero situé 
à deux journées de inarche du lac du même nom. 

Les Kebar des Azdjer, après m'avoir promis le libre passage sur tout 
leur territoire, se sont ensuite rétractés et n'ont, sur mes vives in- 
stances, voulu consentir qu'à me laisser marcher jusqu'au lac Mihero 
seulement. 

En cours de route, je me suis heurté à un certain cheik, Mohammed, 
qui était soutenu et poussé par un chérif fanatique de l'Adrar. 

Malgré la présence de Moulay-ag-Khaddadj , un des Kebar qui m'ac- 
compagnait, ces gens m'ont très brutalement barré la route, pour ne pas 
dire plus, et il m'a fallu rétrograder. 

Je ne pouvais un seul instant songera prendre une attitude belliqueuse, 
puisque, à part un matelot qui m'accompagnait, je n'avais avec moi que 
trois Chambba. . 

J'avais du, en effet, congédier mon escorte de Chambba parce que les 
fonds dont je disposais ne me permettaient pas de supporter une charge 
aussi lourde que la solde de quarante hommes. Je l'ai très vivement re- 
gretté, car les incidents cités plus haut ne se seraient certainement pas 
produits si j'avais disposé d'un certain nombre d hommes. 

J'étais d'autant plus vivement désappointé que je me voyais forcé de 
renoncer à atteindre, pour le moment du moins, divers points du 
Tassili que l'on venait de me signaler et où se trouvent d'intéressantes 
inscriptions jusqu'à ce jour ignorées, de même que des roches couvertes 
de dessins remontant à une époque éloignée. On m'avait signalé en outre 
et en même temps des dessins sur roche qui n'ont pas encore été visités 
par des Européens, mais dont Duveyrier avait déjà signalé l'existence 
dans l'Akkâkous, non loin de Ghat. 

Au point de vue géographique et scientifique, je rapporte de nom- 
breux documents, des échantillons et des photographies. 

Je m'empresserai de vous les soumettre en même temps que mon rap- 
port, dès que j'aurai pu coordonner tous mes documents. 

Dès ma rentrée à Paris, j'aurai l'honneur d'aller vous voir et je vous 
donnerai de vive voix de plus amples et de plus complets renseignements. 

Veuillez agréer, etc. 

F. Foureau. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture à l'Académie d'un 
acte par lequel M. le baron Alphonse Chodron de Courcel, séna- 
teur, ancien ambassadeur, à l'occasion de l'arbitrage qui a eu lieu 



— 100 — 

sous sa présidence, à Paris, clans l'affaire des pêcheries de Beh- 
ring, entre l'Angleterre et les États-Unis d'Amérique, l'ait dona- 
tion entre vifs à l'Académie française, à l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres et à l'Académie des sciences morales et politiques, 
conjointement et indivisément entre elles, d'une inscription de 
mille francs de rente 3 p. o/o sur l'Etat français, pour la création 
d'un prix triennal destiné à récompenser une œuvre de littéra- 
ture, d'érudition ou d'histoire qui sera de nature à attirer l'intérêt 
public sur les premiers siècles de l'histoire de France (époques 
mérovingienne ou carlovingienne), ou à populariser quelque épi- 
sode de cette histoire, depuis l'origine rudimentaire des tribus 
franques jusqu'aux environs de l'an 1000. 

A la suite de cette communication, l'Académie, en ce qui la 
concerne, accepte provisoirement la donation qui lui est faite. 

Le Président annonce que la prochaine séance sera, en raison 
du vendredi saint, avancée au mercredi 21 mars. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Président invite l'Aca- 
démie à procéder à l'élection d'un membre ordinaire, en rem- 
placement de M. Waddington, décédé. Il lit les articles du règle- 
ment relatifs à l'élection d'un membre ordinaire et rappelle les 
noms des candidats, MM. le marquis de Beaucourl, M. Gollignon, 
R. Cagnat et R. de Maulde. 

Le scrutin est ouvert. 

Il y a 38 votants; majorité 20. 

Au premier tour de scrutin, M. Cagnat obtient 12 suffrages; 
M. Collignon, 11; M. de Beaucourt, 8; M. de Maulde, 7. 

Au second tour de scrutin, M. Collignon obtient 22 suffrages; 
M. Cagnat, 1 1 ; M. de Beaucourt, 5. 

En conséquence, M. Collignon, ayant réuni la majorité absolue 
des suffrages, est proclamé élu. Son élection sera soumise à l'ap- 
probation de M. le Président de la République. 

M. Edmond Le Blant fait, au nom du P. Delattre, correspon- 



— 101 — 

danl de l'Académie, une communication sur une inscription 
chrétienne trouvée à Cartilage, à la limite extrême de la ville 
romaine du côté du lac de Tunis. 

C'est une colonne de pierre (saouan) longuede 1 m. ^e'quarrie 
de façon à pouvoir servir de linteau de porte. La face, haute de 
o m. 3i, est orne'e d'une croix dans un cercle et porte l'inscription 
suivante : 



jvcNOBiaacv, 

eANTQVUEODERVNT 




DNESIGNVMIDIVTVID 
GTCONFVNDANTVR 



La hauteur des lettres varie entre o m. 06 et o m. 06. 

Il doit manquer une croix, un monogramme ou quelques carac- 
tères au début de l'inscription. 

L'entaille qui suit le premier S paraît antérieure au texte. Dans 
la seconde moitié de la même ligne, une lacune longue de m. 09 
a fait disparaître en partie la lettre M de SIGNVM. Les deux ca- 
ractères qui suivent (DI) ne sont pas absolument certains. Ils 
étaient peut-être surmontés d'une barre. 

Le reste du texte est d'une lecture assez facile. 

Celte inscription reproduit avec quelques variantes le dernier 
verset du psaume Lxxxv e : Fàc ntecum signum in bonum, ut videant 

qui oderunt me et confundantur avec la variante me oderunt 

qui se rencontre également dans saint Augustin. 

Quant aux lettres distribuées dans les bras de la croix, elles 
doivent renfermer une formule se rapportant au signe du salut. 
Je serais tenté de lire, avec un de mes confrères : AV<? Sancta 
Crux, Nostra Lux. 



M. Louis Havet communique à l'Académie une série d'obser- 
vations relatives a un morceau qui figure dans le recueil des 
fables de Phèdre, le prologue du livre III. Ces observations 
tendent à établir que ce prologue se compose en réalité de deux 
morceaux distincts, d'égale étendue; que le second morceau doit 



— 102 — 

(Hic placé le premier, et qu'il constitue la fin de Y épilogue du 
livre II; que l'interversion tient à un accident matériel, la per- 
mutation entre deux feuillets conse'cutifs d'un manuscrit, et que 
celui-ci présentait dix-sept lignes par page, chaque verset chaque 
titre occupant une ligne. Du manuscrit en question, aujourd'hui 
perdu, descend le seul manuscrit de Phèdre qui subsiste, celui 
de M. le marquis de Rosanbo. Grâce à l'édition diplomatique du 
manuscrit Rosanbo, élaborée par M. Ulysse Robert, il est facile 
maintenant d'y relever diverses particularités utiles pour la cri- 
tique, particulièrement en ce qui touche l'emploi des lettres 
capitales rouges; ces lettres étaient déjà telles quelles dans le 
manuscrit à dix-sept lignes la page; les points de repère 
qu'elles donnent permettent de rétablir exactement la distribu- 
tion par lignes, pages, feuillets et cahiers; par là se trouve 
abondamment confirmée la possibilité matérielle d'une interver- 
sion dans le prologue du livre III. M. Havet se propose d'exa- 
miner, dans une autre lecture, les conséquences littéraires et 
historiques auxquelles conduit la restitution du texte original. 

M. G. Schlumbekger fait passer sous les yeux de l'Académie les 
reproductions de deux bas-reliefs d'ivoire de la belle époque de 
fart byzantin du xi c siècle représentant quatre apôtres en pied. 
Ces deux volets d'un même triptyque, jadis publiés par Gori, 
étaient conservés, l'un à Florence, l'autre à Padoue. L'un est au- 
jourd'hui à YAntiken-Cabinet de Vienne; le second, qu'on croyait 
perdu, a été retrouvé par M. Schlumbcrgcr au musée du Palais 
ducal, à Venise. Le panneau central du triptyque n'a pas encore 
été retrouvé. Deux belles inscriptions, en vers ïambiques, éta- 
blissent que le donateur de ce précieux monument de la sculp- 
ture byzantine fut un des empereurs byzantins du xi e siècle du 
nom de Constantin. 

M. de Routarel donne lecture du résumé d'un mémoire de 
M. Romanet du Caillaud sur Wrigine du christianisme au Tonkin et 
dans les autres pays annamites. 



— 103 — 



SÉANCE DU 2 1 MARS. 
(Séance avancée au mercredi à cause du vendredi saint.) 

M. Delocde, au nom de la Commission du prix de numisma- 
tique, donne lecture du rapport suivant : 

tfLa Commission chargée de statuer sur le concours pour le 
prix de numismatique du moyen âge fondé au nom de Duchalais, 
a décidé que ce prix serait décerné au Catalogue des monnaies 
mérovingiennes du Cabinet des médailles (Paris, 1892, gr. in-8°), 
rédigé par M. Maurice Prou, sous-bibliothécaire au département 
des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale. 

ff Cet ouvrage considérable comprend 760 pages grand in-8° 
de texte, accompagnées d'une table de noms de lieux et de per- 
sonnes et d'une carte des ateliers monétaires de l'ancienne Gaule, 
qui s'étendaient des Pyrénées au Rhin. 

rr Chacune des 2,91 h notices descriptives de notre magnifique 
collection est suivie d'une bibliographie complète et très pré- 
cieuse. 

k Enfin dans l'introduction, qui n'occupe pas moins de 128 pages, 
l'auteur a traité une grande partie des nombreux et difficiles 
problèmes qui se rapportent à cette partie de notre numisma- 
tique nationale, et il y fait preuve d'un savoir étendu, d'une 
remarquable sagacité et en même temps d'une rare prudence. 

ff Aussi la Commission a-t-elle été unanime à reconnaître le 
haut mérite de ce bel ouvrage et à lui décerner le prix Du- 
i'halais.n 

Le Président donne acte à la Commission des conclusions de 
son rapport. 

M. Heuzey complète ses observations sur la mosaïque à in- 
scription grecque découverte à Saint-Côme, près de Nîmes. Elle 
représente des combinaisons de lignes droites très compliquées, 
figurant évidemment un labyrinthe, qui servait sans doute à un 
jeu. Cette tradition s'est conservée au moyen âge dans le pavé des 
églises, où l'on trouve un assez grand nombre de labyrinthes, par 



— KM — 

exemple celui qui était célèbre dans la cathédrale de Reims sous 
le nom de Chemin de Jérusalem. 

M. de Boutarel achève la lecture de la note de M. Romanet 
du Caillaud sur V Origine du christianisme au Tonkin et dans les 
autres pays annamites. 

Jusqu'à présent on faisait généralement dater la prédication 
du christianisme en ces contrées de l'arrivée des Jésuites vers 
i6a5 et 1627. M. Romanet du Caillaud montre qu'il faut faire 
remonter cette prédication à une quarantaine d'années plus tôt. 

A l'arrivée des Portugais dans la nier de Chine, les pays an- 
namites étaient partagés entre deux dynasties rivales : au nord, 
le Delta du Tonkin à la dynastie usurpatrice Mac; au sud, le 
Thanh-Hoa et les autres provinces méridionales à la dynastie lé- 
gitime des Le, sous le nom de laquelle gouvernait un maire du 
Palais. 

En i583 et 108/1, au Tonkin des Mac, la foi fut prêchée 
par des missionnaires Franciscains, et vers la même époque elle 
était prêchée dans le royaume des Le par des Annamites con- 
vertis par les Franciscains de Macao. 

Plus tard, en 1590-1691, un prêtre américain, Ordonez de 
Cevallos, aborde en Thanh-Hoa, dans le royaume des Lé, et con- 
vertit la sœur du roi. Cette princesse se fait religieuse et fonde 
le couvent de l'Immaculée Conception. Exilé, Ordonez passe par 
Hué, il y baptise le gouverneur général des provinces méridio- 
nales, Nguyèn-Hoang, l'ancêtre de la dynastie annamite actuelle. 

En 159G, une tentative de mission dominicaine a lieuàTourane. 

En 1 6 1 A , des missionnaires Franciscains vont au Thanh-Hoa 
comme aumôniers de la princesse. Celte princesse meurt peu 
après, et sa chrétienté se disperse, si bien que, douze ans plus 
tard, les Jésuites, prêchant dans les environs, n'y trouvent aucun 
souvenir sérieux de christianisme. 

M. Mispoulet continue la lecture du mémoire de feu M. Ro- 
biou, correspondant de l'Académie, sur l'Etat religieux de la (irèce 
et de l'Orient au siècle d'Alexandre. 



105 



SÉANCE )>U 00 MA.RS. 



Le Secrétaire perpétuel donne lecture de l'ampliation d'un 
décret en date du 28 mars, par lequel le Président de la Répu- 
blique a approuve' l'élection de M. Collignon, en remplacement 
de M. Waddington, décédé. 

Le Secrétaire perpétuel introduit M. Collignon et le présente 
à la Compagnie. 

Le Président invite M. Collignon à prendre place parmi ses 
confrères. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Président annonce que 
le prix Ordinaire, dont le sujet était YHistoire de la domination by- 
zantine en Afrique, a été donné au mémoire portant pour épigraphe : 
Africa barbaris planxit nudata rapinis. 

Le Secrétaire perpétuel ouvre le pli cacheté qui accompagnait 
le mémoire, et y lit le nom de M. CIi. Diehl, professeur à la 
Faculté des lettres de Nancy. 

Le nom de M. Diehl sera proclamé dans la séance publique 
annuelle de l'Académie. 

M. Louis Havet présente une série d'observations sur la date 
et la composition des livres I et II des Fables de Phèdre. Ces deux 
livres, qu'on a cru composés et publiés à une même époque, sont 
en réalité séparés par un intervalle d'une douzaine d'années au 
moins. Le livre I a été écrit pendant que Séjan était tout puissant, 
c'est-à-dire au plus tard en l'an 3 1 ; la publication en a été 
étouffée par la police du favori impérial. Le livre II n'a paru que 
sous Claude, en /i3 ou hk au plus tôt, et c'est alors seulement 
que le livre I a pu recevoir une publicité effective. 

Cette communication provoque quelques observations de la part 
de MM. Boissier et Weil. 

M. Halna du Frctay donne lecture d'un mémoire sur le Début 
de l'âge néolithique en Poullan (Finistère). 



— 10G — 

M. Héron de Villekosse analyse un mémoire manuscrit de 
M. Simonetti-Malaspina, avocat à Ville-di-Paraso, arrondisse- 
ment de Calvi (Corse). Ce mémoire a été adressé à l'Académie 
par M. le marquis de Villeneuve, ancien député. 

Après avoir rappelé les découvertes archéologiques faites en 
Balagne, dans la partie la plus belle et la plus riche de l'arron- 
dissement de Calvi, notamment à l'Ile Rousse et à Lasari, terri- 
toire de Belgoden, l'auteur signale les ruines d'une antique cité 
sur le territoire de la commune de Ville-di-Paraso, à 2 kilo- 
mètres environ de ce village et à 8 kilomètres du bord de la 
mer. La ville ancienne, portant actuellement le nom de Mutola, 
s'étendait au pied d'une colline ardue, d'un accès difficile, dont le 
point culminant est couronné par les vestiges encore très appa- 
rents d'un mur d'enceinte. Sur une surface de plus de 5o hec- 
tares , le terrain est couvert de débris de poteries ; des pierres taillées 
jonchent partout le sol, à la surface. On a recueilli, en cet en- 
droit, des marteaux, des polissoirs, des fragments de vases en 
porphyre et surtout une quantité considérable de petits moulins 
à moudre le blé. On y a trouvé aussi beaucoup de pointes de 
flèches en silex noir du pays. 

Au bas de la colline, du côté nord, un paysan rencontra, il y a 
quelques années, au-dessous d'une énorme roche faisant partie 
de la colline même, un mur bien construit qui fermait l'ouver- 
ture d'une grotte assez vaste. Cette grotte, qui mesurait k mètres 
de profondeur sur 3 mètres et demi de largeur, renfermait un 
énorme entassement d'ossements humains, parmi lesquels étaient 
placés des vases de formes diverses. Malheureusement, tous les 
objets découverts furent dispersés. Le sol de la grotte n'a pas 
été entièrement déblayé. On y accédait en suivant une large allée 
dont la trace est très visible et qui, du côté de la pente, était 
soutenue par un mur en grosses pierres. 

Une autre grotte, plus petite, a été fouillée : elle renfermait 
un squelette; aucun des objets qui l'entourait n'a été conservé. 

D'autres grottes restent encore à reconnaître dons les environs. 

Une colline voisine porte le nom de Pietra all'altarc (pierre de 

l'autel). On y voit une pierre travaillée de main d'homme, par- 



— 107 — 

faitement conservée cl manie d'une rigole à son extrémité. Un 
buste humain, grossièrement sculpte', plus grand que nature, se 
voyait naguère près de celle pierre. Les gens du pays rappelaient 
le Saint de la Mutola; il a été brisé récemment. 

Ce mémoire pourra élre utilement consulté par les savants qui 
s'occupent de l'histoire et des antiquités de la Corse. 

M. Mispoulet continue la lecture du mémoire de feu M. Robiou 
sur l'État religieux de la Grèce et de VOrient au siècle d'Alexandre. 



SÉANCE DU 6 AVRIL. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une dépêche de M. Ho- 
molle, qui lui est parvenue vendredi dernier après la séance. Dans 
cette dépêche, le directeur de l'École française d'Alhènes annonce 
à l'Académie que l'hymne de Delphes a été exécuté devant le roi 
et la famille rovale de Grèce avec un grand succès. Les fouilles 
de Delphes sont reprises et on a découvert déjà des inscriptions 
et des sculptures. 

M. Menant remet au Secrétaire perpétuel un pli cacheté au 
nom de M. Chantre, sous-directeur du Muséum de Lyon, renfer- 
mant le récit des premières découvertes de son expédition en 
Cappadoce. 

M. Chantre part aujourd'hui même pour continuer son explo- 
ration et le pli qui est remis au Secrétaire perpétuel ne sera 
ouvert qu'à son retour, sur sa demande. 

M. Heuzey communique à l'Académie des nouvelles des fouilles 
françaises poursuivies à Tello, en Chaldéc, par M. de Sarzec. 
Notre consul, qui a été élevé au grade de consul général, con- 
tinue à explorer avec succès les couches archéologiques très an- 
tiques, qui répondent environ au quatrième millénaire avant 
notre ère. Il nous annonce la découverte de deux nouveaux frag- 
ments de la stèle des Vautours, ce monument qui nous donne les 



— 108 — 
plus anciennes représentations militaires que Ton connaisse. Il 
signale, en outre des inscriptions, une série de bronzes (ou mieux 
de cuivres), parmi lesquels deux têtes de taureaux aux yeux in- 
crustés en nacre et en lapis, sorte de technique qui se retrouvé 
dans les figures de ces vieux âges. • 

M. Ravaisson communique à l'Académie des photographies de 
deux bas -reliefs antiques qu'il a trouvés au Musée de Lille. 
Ce sont deux stèles qui doivent avoir servi de décoration à des 
tombeaux. On voit sur Tune et sur l'autre une femme et un 
guerrier placé à sa gauche. Ce sont deux pièces à ajouter à la 
série nombreuse des imitations déjà connues d'un groupe que 
durent former, dès une haute antiquité, une déesse, que rappelle 
la Vénus de Milo, et un héros, que rappelle le prétendu Achille 
de la collection Borghèse, qui est aujourd'hui, comme cette Vénus, 
au Musée du Louvre. 

Ces variantes multiples d'une même composition attestent com- 
bien l'original est célèbre, et ajoutent à l'intérêt des recherches 
qui ont pour objet d'en retrouver la forme et la signification pri- 
mitives, et d'en déterminer l'auteur. 

M. Louis Havet continue la série de ses observations sur les 
livres I et II des fables de Phèdre. Ce qui passe actuellement pour 
être le livre I se compose de deux parties distinctes, Les treize 
premières fables appartiennent effectivement au livre I, écrit du 
vivant de Séjan; le reste de ce livre est perdu. Quant aux dix-huit 
autres fables, elles doivent être rendues au livre II, écrit sous 
Claude; une trace de l'attribution véritable subsiste dans le ma- 
nuscrit Rosanbo. La fable du Chien et du Trésor est la satire de 
quelque affranchi impérial, tel que Narcisse, Pallas, Polybius. 
La fable du Savetier devenu Charlatan et celle de la Femme qui 
accouche no sont pas des apologues, mais des historiettes; le 
livre I ne contenait pas encore de récits de ce genre, et Phèdre 
en a inséré plusieurs dans le livre II pour lui donner plus de 
variété. Deux fables bizarres, où la brebis figure comme prêteuse 
ou comme emprunteuse, représentent une dé\i;ition de l'apo- 



— 109 — 

logue, genre que le livre I devait présenter sous une l'orme plus 
pure. Une lacune du texte, entre les fables XIII et XIV, indique 
probablement le point où le tronçon subsistant du livre I se ren- 
contre avec le tronçon du livre II. 

M. Oppert continue son expose' sur la chronologie des destruc- 
tions des temples de Jérusalem. Les dates données par lui ont été 
par erreur interverties dans les journaux, et il a reçu de nom- 
breuses lettres de savants qui s'étaient aperçus de cette méprise. 
M. Oppert avait dit que la délivrance de Jecbonias eut lieu le di- 
manche 29 février 0G1, selon Jérémie, ou le mardi 2 mars, selon 
les Rois. La destruction du premier temple n'a pu avoir lieu que 
le vendredi 28 juillet, ou le dimanche 27 août 587 avant J.-C. 
Le Talmud prétend que le premier temple, comme le second, 
avait brûlé un dimanche : si cette tradition a un fond histo- 
rique, la date du 27 août est la vraie. Quant à la destruction du 
second temple par Titus, M. Oppert la place, contrairement aux 
autres auteurs, au dimanche 5 août 70. C'est le 10 Ab qu'elle 
eut lieu, comme celle du premier temple : or la néoménie du 
mois d'Ab tomba le jeudi 2 G juillet; c'est la seule date admissible. 
Les dates antérieurement proposées ne satisfont pas au cours de 
la lune, par exemple le 8 ou le i5 juillet qui tombent le di- 
manche : celle du 10 août, proposée par Y Art de vérifier les dates, 
tombait un vendredi. 

Les erreurs que M. Oppert combat ont été causées par une appli- 
cation inexacte de l'ère des Séleucides. Les Chrétiens, à partir 
du 111 e siècle, employèrent le calendrier Julien, mais, du temps 
de la destruction de Jérusalem, ils assimilèrent les mois macé- 
doniens simples aux mois juifs. Le \k Xanthicus, jour des 
Pâques, correspond au 1/1 Naan, et le 10 Lous au 10 Ab. On 
ne refera pas, au point de vue militaire et historique, le beau 
et magistral livre de M. de Saulcy, mais le jour de Pâques, où 
Titus campa devant la tour Psephina, ne peut tomber le mer- 
credi 7 mars, qui correspond au 7 Adar; le jour des Pains azymes 
coïncida en 70 avec le samedi îi avril. 



— 110 — 



SÉANCE DU l3 AVRIL. 

M. Fourcau adresse une note sur ses recherches exécutées en 
Algérie, conformément à la mission dont l'a chargé l'Académie. 

M. Hamy, qui a reçu le double de cette noie, signale les impor- 
tants résultats obtenus par M. Fourcau au point de vue des iti- 
néraires. 

La note de M. Foureau est renvoyée à la Commission du legs 
Garnier. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la lettre suivante que 
M. J. de Morgan, directeur du service des antiquités en Egypte, 
a adressée à l'Académie sur les importantes découvertes qu'il vient 
de faire en Egypte : 

Dahchour, le 98 mars i8ç)i. 
Monsieur le Président, 

Permettez-moi de rendre compte à l'Académie des résultats que viennent 
d'obtenir mes recherches dans la nécropole de Dahchour, au sud-ouest 
de Memphis. Je viens de découvrir dans une pyramide de briques douze 
tombeaux de princesses de la xn e dynastie , et les trésors que ces person- 
nages avaient emportés dans la tombe. 

Il exis'te à Dahchour deux pyramides de briques crues, gros tumuli dé 
terre dont l'aspect sombre tranche sur le jaune des sahles du désert et 
des pyramides de pierres leurs voisines. Elles sont situées sur le sommet 
des collines qui bordent à l'occident la vallée du Nil. L'une est située au 
sud, en face du village de Menchiyeh, l'autre est plus au nord entre ce 
village et celui de Saqqarah. 

Jusqu'ici la pyramide du nord avait résisté à toutes les attaques, celle 
du sud n'avait été l'objet d'aucun travail. 

C'est à l'étude de ces deux monuments que je comptais employer ma 
campagne d'hiver 1893-189/1. Mais, obligé de me rendre dans la haute 
Egypte , je n'ai pu diriger en personne les travaux qu'à partir du 1 8 février. 

En mon ahsence, des fouilles avaient été pratiquées sur mon ordre, au 
sud et au nord du tumulus septentrional , dans des groupes de tombeaux 
que je reconnus à mon arrivée pour appartenir, les uns, ceux d'amont, 
à l'ancien empire; les autres, ceux d'aval, à la xu e dynastie. Les car- 
touches des Usertescn 11 et III et d'Amenemhat III ne pouvaient laisser de 



— 111 — 

doute sur l'époque à laquelle ces derniers monuments avaient été con- 
struits. 

La pyramide, je l'ai dit, avait été attaquée, et sous les millions de 
briques entassées on avait rencontré les graviers du diluvium exempts de 
tout remaniement. La chambre royale n'était donc pas construite dans 
la masse même du monument, comme le fait est constant dans les pyra- 
mides de pierres , peut-être était-elle plus profondément bâtie. Un sondage 
au perforateur pratiqué au centre même de la tranchée jadis ouverte m'ap* 
prit bientôt que le diluvium se continuait sur une épaisseur de 9 m. 5o 
au-dessous des fondations de la pyramide et cela sans la moindre trace 
de travail humain. Au-dessous de ces alluvions se trouvaient des grès 
friables dont un nodule siliceux arrêta mes trépans. Il devenait inutile dès 
lors de chercher plus longtemps, car les tombeaux, s'ils existaient , avaient 
été creusés dans la masse même du rocher et se trouvaient probablement 
à une grande profondeur. 

Ces indications négatives me furent des plus précieuses , et, afin de me 
procurer des renseignements de nature à m'aider dans mes recherches, 
j'abandonnai pour quelques jours les fouilles dans le voisinage immédiat 
de la pyramide et me livrai avec grand soin à l'élude des tombeaux voi- 
sins creusés eux-mêmes dans la montagne. 

Les tombes du moyen empire dans la nécropole de Dahchour ne res- 
semblent en rien à celles de l'ancien empire découvertes par Mariette à 
Saqqarah. Nous ne trouvons plus, en effet, dans les monuments de la 
xn e dynastie, à Dahchour, les temples funéraires compliqués et couverts 
de bas-reliefs , comme le sont ceux de Ti , de Mera, de Ptah-Hotep, de Ptah- 
Chepses, etc. Le mastaba de Dahchour est plus simple et ne renferme 
pas de chambre. Il se compose d'un massif rectangulaire de briques crues, 
souvent fort petit. Il est plein et revêtu d'un parement en calcaire blanc 
de Tourah. C'est dans le revêtement que se trouvent les stèles; elles font 
face au nord ou à l'est et sont garnies de leur table d'offrandes. Le puits, 
au lieu de s'ouvrir au centre de la construction, comme le fait est con- 
stant dans les tombeaux de l'ancien empire, est généralement placé au 
nord du mastaba; mais les galeries sont creusées de telle sorte que le 
mort repose exactement sous la stèle qui porte son nom. Les couloirs qui 
conduisent au caveau funéraire sont, soit taillés dans le rocher, et dans ce 
cas ils sont couverts dune voûte surbaissée, soit construits en calcaire de 
Tourah, ils sont alors à section rectangulaire, soit enfin recouverts d'une 
voûte de briques crues d'un appareil très régulier et légèrement sur- 
haussé. 



Hi i.tiii»; Si ( ' 1 ' 1 I T 



— 112 — 

Ces observations relatives aux tombeaux de la xn c dynastie dans la 
nécropole de Dabcbour résultent de l'ouverture de trente mastabas; j'étais 
donc bien certain de n'avoir point été induit en erreur par une anomalie 
dans les usages funéraires. 



Mastaba 




La construction de la pyramide et celle des mastabas présentent des 
analogies frappantes. Les brirpies sont identiques de dimensions, de ma- 



— 113 — 

tière et do facture ; l'appareil est le même dans le grand monument et 
dans les petits. Il était donc aisé de conclure de ces similitudes que tout 
cet ensemble de tombeaux appartenait à la même époque. 

J'observai également que les haldes provenant des puits des mastabas 
formaient autour de l'excavation d'où elles provenaient des lits réguliers 
plus ou moins épais et intercalés dans les sables amenés par le vent, et 
que , par suite , lorsque je rencontrais des débris je devais forcément décou- 
vrir non loin de là le puits d'où ils étaient sortis. 

Pendant que je terminais ces études, des recherches que je faisais exé- 
cuter à la base de la pyramide, dans l'emplacement supposé du revête- 
ment, sur les faces du nord et de l'est, me faisaient découvrir des pierres 
ornées de fragments d'inscriptions ; l'une d'elles portait le cartouche d'User- 
tesen III. Cette découverte transformait mes supposions sur l'âge de la 
pyramide en une quasi-certitude. 

Je commençai dès lors la recherche des puits dans l'espace laissé libre 
entre le pied de la pyramide et son enceinte de briques; je fis pratiquer 
un grand nombre de sondages à la pioche au travers du sol remanié jus- 
qu'aux graviers du diluvium et je trouvai les débris d'une excavation 
profonde cachés sous les sables. En suivant ces débris, je parvins de 
proche en proche jusqu'à l'ouverture d'un puits (26 février) situé près 
de l'angle du nord-ouest de la pyramide. 

Deux jours furent nécessaires pour enlever les terres qui remplissaient 
la cavité et dans le cours de ce travail on découvrit une sépulture assez 
pauvre mais datée de la x\vi° dynastie, placée dans les débris qui bou- 
chaient le puits, et le 28 février la porte des souterrains fut découverte. 

Un rameau tortueux descendait en pente douce vers la pyramide et 
aboutissait dans une chambre funéraire voûtée et garnie de calcaire blanc 
où, parmi les débris d'un sarcophage de grès, gisaient les restes d'une 
statue de diorile. Tout avait été brisé dans ce caveau; le puits par lequel 
j'étais entré était probablement celui des spoliateurs de l'antiquité, anté- 
rieurs, comme de juste, à la xxvi* dynastie. 

Celte première sépulturedébouchait dans un couloir long de 1 1 mètres, 
dirigé de l'ouest vers l'est, et par suite parallèle à la face septentrionale de 
la pyramide. Dans la paroi du nord de cette galerie s'ouvraient des portes 
construites en calcaire de Tourah. Tout avait été bouleverse', les sarco- 
phages étaient ouverts; mais les inscriptions qu'ils portaient nous mon- 
traient que dans le second caveau entre autres avait été ensevelie la reine 
Vl'erl-Henl. Au milieu des dalles brisées et des décombres étaient des 
crânes, des canopes, des vases de terre el d'albâtre. Il régnait partout un 

8. 



— 114 — 

grand désordre et par place les murailles blanches portaient encore les 
traces des mains des spoliateurs. 

Celte première visite faite, je mis de suite des ouvriers au déblaiement 
de la galerie principale et les terres furent réparties sur toute la longueur 
du souterrain. Une muraille de pierres de taille fut rencontrée, puis fran- 
chie, et de l'autre côté je trouvai des indices certains de l'existence d'un 
autre puits. Il était temps de découvrir celte issue , car l'air manquait dans 
la galerie et les lumières s'éteignaient. Je fis de suite le plan des souter- 
rains et, le reportant à la surface, fixai le point où se trouvait l'ouverture. 
Ce puits fut déblayé en quelques jours. 11 s'ouvrait près de l'angle du nord- 
est de la pyramide , amena la découverte de tombeaux jusqu'alors inconnus 
et créa un courant d'air sans lequel il eût été impossible aux ouvriers de 
terminer le travail. 

Douze sarcophages de princesses avaient été successivement découverts 
et le déblaiement définif commença. J'avais donné des ordres précis pour 
que les parties explorées du tombeau fussent débarrassées de tous les 
débris et que partout on pût voir le rocher en place. 

Comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, Monsieur le Président, les 
sarcophages avaient été tous spoliés; mais les chercheurs de trésors 
s'étaient , semble-t-il , hâtés dans leur besogne , car bon nombre de coffres 
de pierre renfermant des canopes avaient été respectés et quelques 
chambres étaient encore fermées par des murailles de briques. 

Le 6 mars, un premier trésor fut découvert. Les bijoux, renfermés 
dans un coffret incrusté d'or et d'argent , avaient été jadis enfouis dans le 
sol même de la galerie à quarante centimètres environ de profondeur, près 
de la porte du tombeau de la princesse Halhor-Sat. 

Le lendemain, 7 mars, une autre cachette fut trouvée dans une galerie 
voisine aux pieds de la tombe de la princesse Sent-Senbet-s. Les anciens, 
prévoyant que des spoliateurs viendraient plus tard dépouiller ces sépul- 
tures, avaient pris toutes les précautions pour cacher à leur vue les joyaux 
les plus précieux. 

La richesse de ces trésors est considérable : colliers, bracelets, bagues, 
miroirs, pectoraux, perles, pendeloques, joyaux de tous genres. Ces bi- 
joux sortaient par centaines des cavités où ils avaient été entassés. Les 
coffrets avaient été détruits par l'humidité et leurs richesses gisaient pêle- 
mêle au milieu des sables et des débris. 

Presque tous les bijoux sont faits d'or souvent incrusté de pierres pré- 
cieuses; d'autres sont en améthyste, en cornaline, on turquoise, en lapis- 
lazuli, taillés en forme de scarabées, de perles, de pendeloques et souvent 



— 115 — 




— 116 — 

rehaussas d'or; ies miroirs sont en argent ou en bronze, montés en or; 
les vases d'albâtre, de cornaline, de lapis-lazuli et d'obsidienne portent 
fréquemment aussi des montures d'or. 

Le travail de ces bijoux est exquis par sa finesse, sa précision et sur- 
tout par la composition des motifs; les incrustations et les ciselures sont 
spécialement belles; tout cet ensemble dénote une civilisation extrême- 
ment avancée, plus développée même qu'il n'était possible de le supposer 
par ce que nous connaissions de la xu e dynastie. Il me serait impossible 
de décrire en détail toutes les formes et particularités de chacun de ces 
joyaux. Je me contenterai de citer les objets principaux, ceux dont l'im- 
portance historique ou artistique est la plus grande. 

Dans le premier trésor j'ai rencontré : un pectoral en or, enrichi de 
pierres précieuses et représentant le cartouche du roi Usertesen II sou- 
tenu par deux éperviers couronnés, deux bracelets, plusieurs fermoirs 
de colliers, le tout en or incrusté de lapis, de cornaline, d'émeraude égyp- 
tienne, de turquoise et d'obsidienne (?); plusieurs scarabées dont un por- 
tant le nom d'Usertesen III et un autre celui de la princesse Hathor-Sat; 
ces deux scarabées sont de véritables merveilles tant par la matière (ils 
sont en améthyste) que par le travail de l'artiste; six lions d'or couchés, 
des colliers faits de perles d'or, d'améthyste et de lapis , de grosses coquilles 
d'or figurant des cyprées, d'autres représentant des huîtres perlières, un 
collier d'or, un miroir d'argent enrichi d'or, et une foule de menus objets 
du travail le plus parfait. 

Le second trésor est beaucoup plus important que le premier; il ren- 
ferme plusieurs centaines d'objets parmi lesquels je citerai : 

Un pectoral d'or enrichi de pierreries. Au centre est le cartouche du 
roi Amenemhat III. Des deux cotés on voit le roi, debout, la massue levée 
et frappant un captif asiate désigné par un texte placé à côté; au-dessus 
plane un vautour les ailes éployées. Au revers sont les mêmes représen- 
tation* en or ciselé. Les incrustations de celte pièce sont de lapis, d'éme- 
raude égyptienne , de feldspath , de turquoise , de cornaline et d'obsidienne 
noire (?). Ces gemmes sont non seulement taillées à la forme voulue, mais 
aussi ciselées; les têtes du roi et du captif, les corps, montrent en relief 
les moindres détails. 

Un autre pectoral , au nom du même roi, porte son cartouche soutenu 
par deux griffons. Quatre captifs figurent dans ce bijou, deux asiates et 
deux nègres. Au revers sont les mêmes scènes, en or ciselé. Ces deux 
pièces, de première importance, sont, avec le pectoral d'Usertesen II, les 
plus beaux bijoux de la découverte; puis viennent des bracelets incrustés 



— 117 — 

au cartouche d'Amenemhat III, de nombreux scarabées au nom des rois 
et des princesses, trois miroirs dont deux en argent montés en or, un col- 
lier de têtes de lions réunies quatre par quatre, chaque perle de ce collier 
étant de la grosseur d'un œuf, des coquilles en or aussi grosses que les 
tètes de lions, des fermoirs de colliers enrichis de pierres, des colliers d'or, 
d'améthyste, d'émeraude, de lapis, une perle de verre, quatre lions cou- 
chés en or, etc. , des vases en cornaline, en lapis-lazuli , en obsidienne (?), 
en albâtre dont quelques-uns sont enrichis d'or, et une foide de menus 
objets de moindre importance , mais dont le travail ne le cède en rien à 
celui des grandes pièces. 

Dans ces trésors, ce qui frappe surtout la vue est la perfection du tra- 
vad et de la conservation : aucune incrustation n'est tombée, aucun choc 
n'est venu détériorer les moindres finesses et, comme j'avais l'honneur 
de vous le dire, Monsieur le Président, la technique de ces bijoux est si 
parfaite que rien ne saurait la surpasser. 

11 ne manque pas la moindre pièce de celte trouvaille, moi-même j'en 
ai réuni tous les objets et jusqu'aux plus petits débris des coffrets, j'ai 
tout conservé avec le plus grand soin. De suite après la trouvaille, les tré- 
sors ont été transportés au musée de Gizeh, ou ils sont exposés depuis le 
11 mars. 

Je ne parlerai pas des canopes d'albâtre renfermés dans des caisses 
couvertes de feuilles d'or; je ne dirai rien non plus des sarcophages et 
des coffres de grès et de granit. Mes fouilles n'en sont encore qu'au début 
et je prépare en ce moment la publication de leurs résultats. Je n'ai par- 
couru jusqu'à ce jour que les galeries situées au nord de la pyramide. Il 
est donc permis d'espérer que les deux trésors échappés aux spoliateurs 
ne sont pas les seuls documents enfouis dans cette nécropole. Il me reste 
encore à trouver la tombe royale et les galeries situées sur les trois autres 
faces du monument , si toutefois elles existent. 

Tels sont, Monsieur le Président, les résultats de mes premières fouilles 
dans la nécropole de Dahchour. J'ose espérer que l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres sera intéressée par ce récit sommaire et j'aurai l'hon- 
neur de la tenir au courant de la suite de mes travaux. 

Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur le Président, l'expression de 
mon profond respect. 

J. de Morgan. 



— 118 — 

M. Edm. Le Blant a la parole pour une communication : 
ff Je dois à l'obligeance de M. Lavergne, président de la Société 
historique de Gascogne, l'indication d'un fragment trouvé par lui 
chez M me Cournet, à Cacarens, commune de Lannepax, canton 
d'Eauze, arrondissement de Condom, près de la voie antique 
appelée la Tenarese. C'est une plaque épaisse de marbre blanc, 
haute de 53 centimètres sur h^ centimètres de largeur. Au revers 
de cette pièce qui a été retaillée, est tracée au trait une grande 
croix pattée. Le bas-relief qui occupe la face me paraît indiquer 
par son style qu'il provient d'un sarcophage chrétien. Il repré- 
sente Orphée assis, vêtu de la tunique, du manteau, des anaxy- 
rides, coiffé du pileus phrygien et jouant de la lyre. Près de lui, 
devant un palmier, sont deux moutons dont l'un est cornu. La 
partie gauche du sujet manque. On sait que les premiers chré- 
tiens voyaient, dans la fable d'Orphée attirant à lui les animaux, 
une allégorie du Christ appelant tous les peuples à la foi nou- 
velle. Les écrits des Pères et les artistes popularisaient cette 
pensée, et nous voyons aux catacombes romaines Orphée tel que 
les païens avaient coutume de le figurer, c'est-à-dire entouré d'ani- 
maux de toute sorte. 11 est pourtant, comme ici, des tableaux qui 
nous le représentent plus rapproché du type du Bon Pasteur qui 
est le Christ, je veux dire jouant de la lyre entre des brebis et 
parfois des colombes. C'est ainsi que nous le voyons sur un sar- 
cophage d'Ostie (Garrucci, Storia delT arte cristiana, t. V, pi. 307, 
n° h et p. 18) et dans une fresque de la catacombe de Priscille, 
publiée par M. de Rossi [BalleUino ai archeologia cristiana, 1887, 
p. 29), Je n'ai pas à revenir sur cette question souvent traitée 
et en dernier lieu par noire illustre confrère. Ce que j'ajouterai, 
pour ma part, c'est que l'allégorie qui montre le Seigneur sous 
la figure du poète de la ïhrace avait ses dangers, car elle ne 
pouvait qu'affermir, chez les païens, le soupçon de magie dont 
Jésus-Christ était pour eux l'objet. Dans leur pensée, ceux qui, 
comme lui, avaient visité ou habité l'Egypte, cette terre des pro- 
diges où le chef des Hébreux avait vaincu par leurs armes mêmes 
les enchanteurs du Pharaon, ceux-là, dis-je, étaient suspects de 
sorcellerie. Ainsi en était-il d'Orphée, qui s'y était instruit de la 



Acad. des Inscr. — Comptes rendus. 



PI. [. 




ORPHEE 
ALLÉGORIE DU CHRIST 



— 119 — 

doctrine de Moyse (S. Justin. Cohort. ad Grœcos, c. xiv) et que 
l'on tenait pour magicien (Apuleius, Apolog., éd. Oudendorp, 
l. Il, p. 58o-58i ; cf. Clcm. Alex., Cohort. ad génies, c. i; Diodor. 
Sicul., V, 66; Pausanias, VI, 20). 

te Si , comme il est probable, notre fragment, dont je soumets la 
photographie à mes confrères, provient d'un sarcophage chrétien, 
ce sujet se présenterait pour la première fois en Gaule sur un 
monument de l'espèce. Notons en passant que, dans son recueil 
intitule' : Archéologie de la Meuse (t. II, pi. 3i, fig. 9), M. Liénard 
a publié une plaque de fibule en bronze repoussé, trouvée en 
1872, et où figure Orphée jouant de la lyre entre des animaux 
divers. m 

M. Mispoulet continue la lecture du mémoire de feu M. Robiou 
sur l'Etat religieux de la Grèce et de T Orient au siècle d'Alexandre. 

L'Académie se forme en comité secret. 



SEANCE DU 2 AVRIL. 

M. Daumet, membre de l'Institut, président de la Société 
centrale des Architectes, écrit au Secrétaire perpétuel pour le 
prier de lui faire connaître le nom du membre de l'École fran- 
çaise d'Athènes ou de celle de Rome, à qui devra être décernée la 
médaille que la Société accorde tous les ans pour travaux archéo- 
logiques. 

Renvoi à la Commission des Écoles françaises d'Athènes et de 
Rome. 

M. Clermont-Ganneau présente à l'Académie quelques objets 
antiques qui lui ont été confiés par M. Joseph- Ange Duri- 
ghello ;i) . 

Cette communication provoque quelques observations de la 
part de M. Derenbourg et de M. Oppert. 

(,) Voir aux Commumcations, n° VII (p. 128). 



— 120 — 

M. Cagnat annonce à l'Académie que les travaux entrepris 
pour la construction d'un égout ont fait découvrir dans le voisi- 
nage du Collège de France et de la rue des Sept-Voies un mur 
de construction romaine. La continuation des travaux doit en- 
traîner la destruction de ce mur; M. Cagnat prie l'Académie 
d'intervenir pour obtenir la conservation de ces fragments de 
constructions romaines qui semblent les restes d'un ancien aque- 
duc du Palais des Thermes. 

M. Boissier, administrateur du Collège de France, se charge 
de signaler l'intérêt de ces ruines à l'architecte compétent de la 
Ville de Paris. 

M. de Mély communique à l'Académie un texte alchimique sur 
la formation des minéraux, attribué à Avicenne au xvin" siècle, 
mais que tous les auteurs du moyen âge, entre autres Albert le 
Grand et Vincent de Bcauvais, regardaient comme d'Aristote. Le 
manuscrit latin 161/12 de la Bibliothèque nationale le donne 
comme étant la fin du livre IV des Météores. 

M. de Mély explique comment tout le Moyen Age a cru qu'Aris- 
tote avait fait un Lapidaire, dont le type est le manuscrit de Liège 
du xm e siècle édité par Rose. Mais c'est un traité absolument apo- 
cryphe, qui est simplement traduit du manuscrit arabe 3a 57 
(anc. suppl. 876) de la Bibliothèque nationale, ainsi qu'il résulte 
de la traduction que M. de Mély vient d'en faire faire. Les auteurs 
qui ont écrit sur le Lapidaire d'Aristote ne sont pas allés même si 
loin; ils ont déclaré, en lisant le traité de Liège, qu'Aristote n'avait 
jamais écrit sur les pierres : ils ne se sont nullement préoccupés 
du traité alchimique dont il est ici question. Si au contraire 
on l'examine attentivement, si ou en extrait les gloses ajoutées 
successivement dans les différentes copies ou éditions, qui d'ailleurs 
se détachent d'elles-mêmes à la lecture, il reste un chapitre des 
plus scientifiques sur la formation des minéraux, où les idées 
aristotéliques, sans aucun mélange, ne sauraient être méconnues. 
Il y est question dos fossiles, des ossements d'animaux marins 
trouvés sur les montagnes, du perpétuel mouvement des con- 
tinents, des causes volcaniques et diluviennes des montagnes, et 



— 121 — 

l'élévation d'idées est telle, qu'il faut parvenir jusqu'au milieu 
du xix e siècle pour trouver semblables solutions. 

Ce qui l'ait que ce traite' a e'te' forcément regardé jusqu'à présent 
comme essentiellement alchimique, c'est que l'alchimie a précisé- 
ment pour point de départ les idées platoniciennes et aristotéliques 
sur l'unité primordiale de la matière , transformée par le temps 
au sein de la terre. Les gloses alchimiques n'ont donc pas tardé 
à faire disparaître de ce traité les théories d'Aristote. 

M. J. Delaville Le Roulx fait une lecture sur les Hospitalières 
de Saint-Jean-de-Jérusalem. Il retrace les principales phases de 
l'histoire de cet ordre, fondé parallèlement à celui des Hospita- 
liers, qui s'occupa à l'origine du soin des malades et s'adonna 
ensuite exclusivement à la prière. Les Hospitalières eurent des 
établissements dans presque toute l'Europe; les principaux furent 
celui de Sigena en Espagne, fondé en 1188 par Sancia de Cas- 
tille, reine d'Aragon, ceux d'Alguayre en Espagne, de Beaulieu 
et de Toulouse en France, de Pise, Florence et Penne en Italie 
et de S. Orsola à Malte. Ils se maintinrent presque tous jusqu'à 
la lin du xvm c siècle; ceux même de Sigena et d'Alguayre (au- 
jourd'hui à San-Gervasio de Cassolas, près de Barcelone) sub- 
sistent encore. 

M. Delaville Le Roulx donne des détails sur la règle et l'or- 
ganisation de ces maisons, fort peu connues, et sur leur his- 
toire (1) . 



SKANCE DU 27 AVRIL. 

M. le Ministre de l'instruction publique transmet à l'Académie 
la dépêche suivante que vient de lui adresser M. Homolle, direc- 
teur de l'Ecole française d'Athènes : 

'•Découvert cariatides à frise temple d'Apollon. Grandes espé- 
rances. Prière aviser Académie. Rapport, photographies suivent.^ 

(i; Voir ;ui\ Communications, a" VIfl (j>. 137). 



— 122 — 

Le Secrétaire perpétuel donne communication à l'Académie 
d'une lettre dans laquelle M. Donnât, membre de l'Institut, prési- 
dent de la Société des artistes français, fait savoir que le conseil 
d'administration de celte société a décidé que, comme les années 
précédentes, MM. les membres de l'Institut pourront entrer au 
Salon de cette année sur la présentation de leur médaille. 

Les remerciements de l'Académie seront adressés à M. Bonnat. 

Dans une lettre adressée au Secrétaire perpétuel, le R. P. De- 
latlre fait connaître les fouilles qu'il est en train d'opérer dans la 
colline de Byrsa et celles qu'il voudrait faire sur d'autres points 
de la même colline. 

Sur la proposition du Secrétaire perpétuel, la lettre du R. P. De- 
laltre est renvoyée à la Commission du legs Piot. 

M. Maspero a la parole pour une proposition : 
ffLes ingénieurs attachés au service des irrigations de l'Egypte 
ont projeté d'établir à la première cataracte un barrage destiné 
à emmagasiner les eaux de la crue ou bien à en régler la distri- 
bution, mais qui, du même coup, compromet l'existence du 
temple de Philœ : le péril est si évident qu'ils ont proposé de dé- 
molir les édifices menacés et de les reconstruire dans un site 
nouveau hors l'atteinte de la rivière. La société qui s'est formée 
en Angleterre pour la défense des monuments égyptiens a pré- 
senté au chef du Foreign Olïice, lord Kimberley, une pétition 
l'adjurant d'intervenir auprès des autorités khédivales en faveur 
du sanctuaire de Phike : elle pense qu'un ensemble de démarches 
analogues faites simultanément par les divers États européens 
pèserait d'un grand poids sur la décision finale. Après avoir saisi 
de la question votre Commission des travaux littéraires et obtenu 
son adhésion, je viens vous demander si l'Académie veut bien, 
par l'intermédiaire de M. le Ministre de l'instruction publique, 
attirer l'attention de M. le Ministre des affaires étrangères sur les 
faits que je viens de signaler et le prier d'intervenir amicalement 
auprès du gouvernement égyptien pour amener une solution qui, 
tout en donnant satisfaction aux intérêts légitimes du pays, dé- 



— 123 — 

tourne le danger et assure le salut d'un des monuments les plus 
beaux et les mieux conservés qui subsistent aux bords du Nil.w 

La proposition de M. Maspero est adoptée. En conséquence, 
le Secrétaire perpétuel adressera au Ministre de l'instruction pu- 
blique une lettre pour le prier de transmettre à M. le Ministre 
des affaires étrangères le vœu de l'Académie. 

M.Croiset, au nom de la Commission du prix Delalande-Gué- 
rineau, annonce que la Commission a décerné le prix à M. D. Mallet 
pour son ouvrage intitulé : Les premiers établissements des Grecs en 
Egypte [vit" et rf siècles) (Paris, 1893, in-4°). 

M. Gautier, au nom de la Commission du prix de La Grange, 
fait le rapport suivant : 

crLe prix de La Grange a été fondé en faveur de la publica- 
tion du texte d'un poème inédit des anciens poètes de la France. 
A défaut d'une œuvre inédite, le prix peut être décerné au meil- 
leur travail sur un poème déjà publié, mais appartenant aux an- 
ciens poètes. 

«Le prix est décerne cette année à M. François Bonnardot 
pour son livre intitulé : Les miracles de Notre-Dame, tome VIII, 
Vocabulake , publié par la Société des anciens textes français (Paris, 
i8 9 3, in-8 ).» 

M. Hauréau fait une communication sur Philippe de Grève, 
chancelier de l'Eglise et de F Université de Paris. 

Philippe de Grève fut chancelier de l'Eglise et de l'Université 
de Paris de l'année 1218a l'année ia36, date de sa mort. Fils 
naturel de Philippe, archidiacre de Paris, il était apparenté aux 
plus hauts dignitaires du clergé contemporain : neveu de Pierre, 
évêque de Paris, de Guillaume, évèque de Meaux, et d'Etienne, 
évéque dcNoyon, petit-neveu d'Etienne, archevêque de Bourges, 
et de Gautier, chambiier de France. Son mérite littéraire ne 
fait pas plus doute que sa noblesse; SalLmbene met à son compte 
un certain nombre de rythmes latins, qui, pieux ou profanes, 
ont de l'esprit. Il a fait aussi, comme nous l'atleste Henry d'An- 



— \u — 

ilely, tics chansons françaises, qui ne furent pas, de son temps, 
moins goûtées. Si c'était un vrai lettré, c'était aussi un sermon- 
naire justement estime' et, de plus, un savant the'ologien. 

Philippe de Grève nous a fait la confidence de toutes ses opi- 
nions sur les choses de son temps dans trois séries de sermons, 
d'un style toujours vif, quelquefois éloquent, pour les Fêtes, poul- 
ies Dimanches et sur le Psautier. M. Hauréau passe en revue suc- 
cessivement ces trois séries de sermons et les étudie en détail 
pour en dégager la doctrine du célèbre chancelier de l'Eglise de 
Paris. 

Philippe de Grève admet que les clercs étudient les auteurs 
classiques, mais il trouve qu'on s'arrête un peu trop aux philo- 
sophes et qu'on tarde ainsi à se tourner vers la théologie. Quant 
aux mœurs des clercs, il en rejette la responsabilité sur les maîtres, 
qui donnent l'exemple de l'indiscipline. Comme théologien, il était 
partisan des vieilles méthodes; c'était un conservateur. Il n'était 
pas hostile aux moines, mais seulement contraire à l'institution 
d'ordres nouveaux et il déplore le relâchement, conséquence de 
l'enrichissement des communautés monastiques. 

On a assuré que Philippe de Grève n'avait pas condamné le 
cumul des bénéfices. M. Hauréau examine cette assertion et con- 
state que , s'il n'a pas protesté avec les autres maîtres en théo- 
logie, à qui l'évêque de Paris, Guillaume d'Auvergne, avait soumis 
la question en 1235, contre la loi même qui autorisait le cumul, 
il en avait hautement condamné les abus. Il n'a donc point mé- 
rité sur ce point l'indignation de plusieurs de ses contemporains, 
qui ne craignaient pas de le regarder comme damné. Le pape 
Grégoire IX, au contraire, le tenait en particulière estime, et il 
faut conclure que, si Philippe de Grève eut de son vivant, comme 
bien d'autres éminents personnages, plus ou moins d'adversaires 
passionnés, il n'a rien fait, rien dit, rien écrit, qui soit de na- 
ture à lui faire grand tort auprès de l'équitable postérité. 

M. Louis Havet signale à l'attention des musicologues un vers 
de Térence qui, dans un manuscrit du \' siècle, le I iclnrianus. 
porte au-dessus de chaque mol un signe musical (IIcc;/ra . vers 80 1). 



— 125 — 

La métrique prouvait déjà que ce vers appartient à une scène 
chanle'c (canlicum) et non au dialogue parlé ordinaire (diver- 
bium ) . 

M. Collignon lit une notice sur deux monuments inédits du 
Musée du Louvre, représentant Aphrodite Pandémos assise sur 
un Loue, suivant le type traité par Scopas dans une statue qui se 
trouvait à Élis, et qui nous est connue par une monnaie éléenne 
de l'époque impériale. Le premier de ces monuments est un relief 
de bronze, décorant une boîte de miroir. La déesse est escortée 
de deux chevreaux bondissants, répétés sur d'autres répliques du 
même sujet, et qui paraissent avoir figuré également dans l'ori- 
ginal de Scopas. On les retrouve encore dans le second monu- 
ment, un disque votif en marbre de basse époque, provenant 
d'Athènes. Par la comparaison avec les autres répliques d'origine 
attique, M. Collignon est amené à conclure que cet ex-voto était 
consacré à la Pandémos athénienne, dont le sanctuaire était situé 
sur le versant méridional de l'Acropole. Ces rapprochements per- 
mettent de croire qu'à Athènes la statue de culle reproduisait le 
type attribué par Scopas à la Pandémos éléenne. 



— I2C — 
COMML.MCATIORS. 



\ VI 

LETTRE l)E M. GEFFROï, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRA.M.USE DE ROME. 

Rome, le i3 mars i8çi'i. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Des doutes sérieux se sont élevés ici concernant l'authenti- 
cité de quelques-uns des objets — provenant, assurait-on, 
d'une tombe de la Russie méridionale — dont l'acquisition 
avait été proposée à M. le comte Tyszkiëwicz. Il paraîtra peut- 
être d'autant plus à propos de les rapporter que la description 
de ces objets subsiste dans ma lettre à l'Académie, en date du 
3o janvier dernier. 

On vient de trouver, à Palestrina. une base cylindrique en 
marbre portant une dédicace des décurions et de la commune 
à Trajan. datée du jour anniversaire de sa naissance. 18 sep- 
tembre 101. Aucune inscription locale ne mentionnait encore 
le sonyenir de cet empereur. 

IMP • C AES ARI • DI VI ■ NERVAE ■ F • 
NERVAE • TRAI ANO • AVGVST ■ 
GERM ANICO ■ PONT ■ MAX ■ 
TRIBPOTESTATEVCOSIIIPP- 
DECVRIONES ■ POPVLVSQVE 

DEDICATAX1IIIKOCT- 
II • (?) • CLAVDIO • ATTALO ■ MAMILI ANO 
T SALIDIO SABINOII VIR 

Les fouilles continuent à Prima Porta. On y a trouvé, pen- 
dant ces dernières semaines : 



— 1-27 — 

i° Une marque de brique, variante probablement inédite 
de ce texte qui figure au Corpus, XV, i, n° 821 : 

CSYMFILON 

3° Une marque de brique, variante de celles qui figurent 
au Corpus, /'/>., rf 698-708 : 

EX • FI • PLOTIN/E • AVGVST7Ç. 
DOLLCLANTIOCHI 

3° Onze tètes de marbre, provenant de bustes plutôt que 
de statues, et offrant des traits d'apparence individuelle qui 
font croire à des portraits. L'une de ces têtes porte la trace 
d'une blessure au sourcil droit. On veut, d'après la compa- 
raison avec les bustes du musée du Capitole, reconnaître dans 
cette série un Scipion l'Africain, un Corbulon; 

h° Des fragments de stucs, de corniches sculptées, etc. 

Le musée d'Arczzo possède une belle série de ces vases 
rouges ornés de reliefs qui sont bien connus, et qui datent de 
la fin de la République. Il possède aussi une collection consi- 
dérable de majoliques du cinquecento. M. le professeur Ga- 
murrini, qui en est le directeur, travaille à réunir les spécimens 
de l'art local, de manière à combler les lacunes de cette galerie, 
et à y faire figurer spécialement les premiers âges. Il vient 
d'acheter en nombreux fragments, de faire reconstituer et de 
donner à ce musée un vase qui est indubitablement, suivant 
lui, un ouvrage d'Exékias. Beaucoup de personnages y figurent; 
le sujet de la scène représentée est encore incertain. 

M. le commandeur de Rossi, dont l'état de santé reste le 
même, travaille cependant assez pour achever le texte de son 
grand ouvrage sur les mosaïques de Rome, et pour envoyer 
(\os notes savantes a l'Académie d'archéologie chrétienne. 

Dans la dernière séance do cette académie, M* r Wilperl 

un. 9 



— 128 — 

a montré et commenté les photographies et dessins qu'il a 
obtenus d'après des peintures par lui découvertes sous des 
stalactites dans une chapelle de la catacombe de Sancta Pris- 
cilla. Une de ces peintures, datant du milieu du second siècle, 
représenterait, suivant lui, là communion. 

On a trouvé à Naples une hase de marbre dont l'inscription 
mentionne une statue élevée en l'honneur de ce Nicomachus 
Flavianus, personnage consulaire, dont M. de Rossi a beau- 
coup parlé en commentant une inscription dédiée à Nicomachus 
le père. 

Agréez, etc. A. Geffroy. 

N° Vïl. 

ANTIQUITÉS DE PHb'NICIE, 
NOTE DE M. CLERMONT-GANNEAU, MEMBRE DE L'ACADEMIE. 

(SÉANCE DU 20 AVRIL 189/j.) 

J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de l'Académie quelques 
objets antiques qui m'ont été confiés par M. Joseph-Ange Duri- 
ghello, et qui, à des titres divers, relèvent de l'archéologie 
orientale' 1 ^. 

M; Durighello, fixé depuis nombre d'années à Saïda, l'an- 
tique Sidon, s'y est livré à des recherches fructueuses, dont 
les résultats sont venus, à plusieurs reprises, enrichir nos col- 
lections du Louvre. Parmi les monuments dont elles lui sont 
déjà redevables, je citerai : 

— Une stèle avec inscription phénicienne, qui nous fait con- 
naître le nom d'un dieu nouveau dans le Panthéon phénicien 
(Çhalman). et qui a été publiée par notre regretté confrère 
M. Renan; 

W Depuis colle communication, j'ai reçu de M. Duri'jliello une lettre , en date 
du li mai, dans laquelle il me fait part de son. intention d'offrir au Musée du 
Louvre ces intéressants objets. On ne peut que le féliciter de ce nouvel acte de 
libéralité. 



— 129 — 

— Un fond de vase en terre cuite, avec un curieux graiîito 
phénicien, que j'ai étudié au Collège de France (1) ; 

— Un beau vase d'argent, orné de bas -reliefs figurés, 
d'origine cbrétienne, qu'il a gracieusement offert au Musée 
du Louvre; 

— Un fragment de couvercle de sarcophage de style égyp- 
tien, avec une frise d'urœus et un épervier sculptés en relief, 
que j'avais découvert à Saïda en 1881 et vainement essayé 
d'emporter lors d'un second voyage en 1886. Depuis, M. Duri- 
gliello a réussi à s'en assurer la possession et il a bien voulu , 
sur ma prière, en faire également le don gracieux au Louvre. 
Ce débris d'un rare intérêt y a sa place marquée auprès du 
sarcophage d'Echmounazar II, car il appartient selon toute vrai- 
semblance à un de ces anciens sarcophages égyptiens ré- 
employés par les rois de Sidon vassaux des Ptolémées, peut- 
être bien à celui de Echmounazar I er , père du roi "Tabnit, 
grand-père du roi Echmounazar IL II donne à penser qu'il y a 
à trouver encore quelque part, à Saïda, une troisième grande 
épitaphe royale en langue phénicienne, celle d'Echmouna- 
zar I er W. 



W 20 cl 25 janvier 1892 : ">D~)D p "O^D 1 ? «à Kalbaï fils de Pharsaï». Plus 
doux signes de valeur douteuse, gravés à part, et ressemblant à un ain et. à un 
samedi. 

M Sans compter l'épitaphe de la reine Amastoret, sœur et femme de Tabnit, 
et mère d'Echinounazar II, laquelle, comme j'essaierai de le montrer, a dû 
épouser en secondes noces l'ancien stratège, macédonien Philoclès, fils d'Apol-* 
iodore, devenu, de par ce mariage, roi des Sidoniens, sous la suzeraineté do 
Ptolémée II. J'inclinerais à croire que Philoclès a suivi , en matière de sépul- 
ture, les errements de ses prédécesseurs immédiats sur le trône de Sidon. 
ù'ux-ri avaient rapporté de la côte d'Egypte les sarcophages égyptiens où ils 
voulaient être et où ils ont été ensevelis. Philoclès, commandant de la flotte 
sidonieime, avait pu l'aire charger, sur un point de la Méditerranée qui reste à 
déterminer, les magnifiques sarcophages de style grec découvcrls par Hamdy 
bey, doni l'un lui était personnellement destiné. 

La présence inattendue de ces sarcophages à Sidon est purement acciden- 
lelle; ce sont des sarcophages réaffectés; le sarcophage lycien qui se trouve 

9- 



— 130 — 

L'épigrapbie grecque doit également à l'heureuse activité de 
M. Durighello quelques intéressantes contributions. Je signa- 
lerai, par exemple, deux épitaphes dont j'ai les estampages, 
et dont l'une, en vers, se compose de trois distiques assez élé- 
gamment tournés M. 

Les objets que je vais avoir l'honneur de présenter à l'Aca- 
démie, avec quelques mots d'explication sommaire, sont au 
nombre de cinq. 

A. — Le premier est un petit titukts formé d'une plaque de 
bronze à oreillettes, qui devait éHre fixée à ses quatre angles 
par quatre clous rivés par derrière, dont deux subsistent encore. 
Il porte une inscription grecque de six lignes, gravée très légè- 
rement, en partie au pointillé, en partie au trait. Malheureu- 
sement l'oxydation du métal rend le déchiffrement très dif- 
ficile et, par endroits, impossible. Les trois premières lignes 
sont en caractères sensiblement plus grands que le reste du 
texte. 

060) An 

0)PAT7ATIO) 

K6 TAA6A 

MHT 0)NIA 

..O...C6.T..AINAI... 

AN6...K6N 

dans le groupe me semblerait indiquer que le lout devait provenir des côtes 
d'Asie Mineure ; nous savons historiquement que l'activité militaire et politique de 
Philoclès s'était particulièrement exercée dans ces parages (prise de Caunos en 
Carie). Cette localisation peut être importante pour la détermination si contro- 
versée de l'origine réelle et de la destination primitive de ces sarcophages. L'un 
d'eux, au moins, a pu être exécuté pour l'un des diadoques, anciens com- 
pagnons d'armes d'Alexandre , qui ont dominé en Asie Mineure après sa mort. 
L'on pourrait essayer de préciser davantage, mais il faudrait entrer dans des con- 
sidérations que je ne puis développer dans cette note succincte. 

M L'une provient de Bassa, localité située entre Tyr et Saint-Jean d'Acre; 
l'autre, l'inscription métrique, a été trouvée aux portes mêmes de Saïda. J'en 
donnerai le texte ailleurs. 



— 131 — 

Puis, formant une septième ligne, quelques signes de valeur 
douteuse, de grande dimension, comme les lettres des trois 
premières lignes. 

Il s'agit évidemment d'une dédicace (àvéûrixev) faite par 
un personnage (appelé peut-être Métrodore ou quelque nom 
similaire?) , à un dieu , et peut-être à une déesse , dont les noms 
ont un aspect singulier. Je me bornerai dans cette brève com- 
munication, à faire remarquer la qualification divine de B-sbs 
ayios, «le Dieu saint», qui se retrouve dans une autre inscrip- 
tion de Sidon, découverte également par M. Durigbello, et 
dont j'ai eu l'occasion autrefois d'entretenir l'Académie (une 
dédicace faite par la corporation des couteliers [[xaxaipo7rotoi.] 
de Sidon à un dieu indigène dont le nom spécifique a été in- 
tentionnellement omis). 

B. — * Le second objet est une gemme, se rattachant par 
certains côtés à la catégorie des pierres dites gnostiques, basi- 
lidiennes ou abraxas. Ces petits monuments abondent, comme 
l'on sait, en Syrie. Mais celui-ci sort de l'ordinaire et présente, 
comme on va le voir, un intérêt exceptionnel pour l'épigrapbie 
sémitique. La pierre a été brisée et il en manque un grand 
morceau. D'un coté est gravé grossièrement un personnage de 
sexe indécis, vu de face, vêtu d'une tunique courte et d'une 
sorte d'étole aux bouts flottants, les bras levés au ciel, dans 
la position classique de l'orant. Il est accosté, à droite, d'un 
signe peut-être alphabétique (T [?]), dont la présence suppose 
celle d'un autre lui faisant pendant à gauche, dans la partie 
cassée. De l'autre côté est gravée une légende de cinq lignes. 
Les deux lignes inférieures contiennent la formule bien con- 
nue : 2a£aw[#] 1 Soj?#(e)r. Les trois premières lignes sont en 
caractères hébreux carrés, de forme assez ancienne. Malheu- 
reusement la mutilation qu'a subie la gemme a fait disparaître 
une partie du texte hébreu. On déchiffre avec certitude : 



— 132 — 

K 

v 

Le mot anha «Dieu» est d'une clarté parfaite; il suffit, à 
lui seul, pour nous montrer que l'inscription était rédigée dans 
ce dialecte araméen qui était devenu depuis le retour de la 
captivité, et surtout depuis l'ère chrétienne, la véritable langue 
nationale des Juifs. La présence de cette légende en caractères 
nettement hébreux et en langue judéo-araméenne vient ap- 
porter une preuve nouvelle de l'influence profonde exercée par- 
les idées juives sur les doctrines du gnosticisme oriental. 

C. _ - Voici une autre intaille gnostique recueillie, comme 
les précédentes, par M. Durighello à Saïda. Elle porte sur 
l'une de ses faces une légende purement grecque, qui se res- 
titue facilement, bien que plusieurs caractères aient été enlevés 
par des cassures : 

2ag[a]&>0, [À]Sû)vat, À[êA]ara«a[v]aAêa, M^oo;À. X2Z. 

Les formules et les noms sacrés qui y figurent sont connus 
dans le grimoire gnostique {1) . 

Sur l'autre face est gravée une image d'Europe, chevauchant 
le taureau au galop et retenant des deux mains son écharpe, 
ou son voile, qui flotte au-dessus de sa tête. Il n'est pas indif- 
férent de constater l'existence de cette scène sur notre gemme 
recueillie à Sidon, parce que le mythe d'Europe paraît avoir 
été localisé dans cette ville phénicienne. 

La fable classique fait d'Europe la fille tantôt de Phœnix. 
tantôt d'Agénor, roi des Sidoniens; /eus, sous la forme du 
taureau, l'emporte de Pli4nicie çn Crète* Cette Légeo$8 doit 

(') Géiit';ralpin<-nl le mot mystérieux ÀSRc&A'xaWtt'Aêa, <pii jouit de la facifll 
do sp lire dans les deu« seiw ril kGXavaBapctXÇit. 



— 133 — 

avoir été populaire à Sidon , car nous la voyons souvent figu- 
rée, telle qu'elle est reproduite par notre gemme, sur nombre 
de monnaies frappées à Sidon par les Séleucides, notamment 
sur des monnaies d'Antiochus IV Epiphane et de Démé- 
trius. 

D. — Le monument suivant (I) est un simple petit flan de 
terre cuite, une sorte de bulle d'argile, portant sur ses deux 
faces l'empreinte de deux sujets qui devaient être probable- 
ment gravés sur les deux faces d'une même gemme antique. 
D'un coté, l'on voit un personnage de style égyptien, à tête 
d'animal (Tôt, Anubis, ou déesse léontocépbale?), debout, de 
profil à droite, tenant de la main gauche un long sceptre re- 
courbé à sa partie supérieure. 

Sur l'autre face, l'on remarque deux lignes de caractères 
phéniciens en relief, au-dessus d'un symbole en forme de 
massue (?), posé horizontalement et rappelant l'attribut ca- 
ractéristique d'Hercule, qui apparaît si souvent sur les mon- 
naies de Tyr. Plusieurs des lettres sont mal venues sur l'em- 
preinte, ou mal conservées, de sorte que la légende est d'une 
interprétation difficile : 

(P) L 

n v ' 



: (D) 

11 s'agit probablement, comme à l'ordinaire, de deux noms 
propres, celui du possesseur du cachet et celui de son père, 
réunis par le mot p, «fils», ou plutôt, à ce qu'il semble ici. 
par le mot m, r? fille». Dans ce dernier cas, le cachet aurait 
appartenu à une femme, ce que tendrait à confirmer la termi- 
naison féminine ne? . . . ou riD . . . du premier nom propre. Ou 

'' (1 a été recueilli non -pas à Sidon, mais à Tyr, et acquis par M.-.DurigheJlo 
à Paris même, d'un indigène tyrien. 



— 13'» — 

pourrait proposer de ces noms mutilés diverses restitutions 
qu'il serait trop long de discuter en ce moment; j'y reviendrai 
ailleurs. 

E. — Le dernier monument de ce groupe est une petite 
figurine de bronze massif, représentant un lion couché, les 
pattes antérieures étendues en avant; il rappelle, toutes pro- 
portions gardées, les grands lions de bronze découverts à Ni- 
nive qui servaient de poids, comme en font foi les légendes 
cunéiformes et araméennes en caractères phéniciens qui y sont 
gravées. Le lion de Saïda me paraît appartenir à la même fa- 
mille métrologique, et je le considère lui aussi comme un 
poids, un poids très exigu, bien entendu , étant donné sa masse 
minime. Cette attribution me semble formellement confirmée 
par une courte légende en caractères phéniciens de forme ar- 
chaïque, gravée sur la base où repose l'animal. Les caractères 
sont très petits, et plusieurs difficiles à distinguer par suite 
des empâtements de la croûte d'oxyde. Néanmoins, ce qu'on 
en peut déchiffrer est suffisant pour justifier cette façon de 

voir : 

(y) 

On v lit nettement le nom de nombre *w":n, khamech, 
r cinq 55, ou khomech, r cinquième 55 ]) , précédé, et peut-être 
suivi, de quelques autres caractères dont je discuterai la va- 
leur à une autre occasion. Je me bornerai aujourd'hui à re- 
tenir l'existence de ce nom de nombre, caractéristique pour la 
valeur métrologique que j'attribue à ce monument. 11 serait 
d'un haut intérêt de déterminer l'unité pondérale dont nous 

(,) Je ne m'arrête pas, pour dos raisons qu'il serait trop long de développer, 
à la lecture [D C'Cn ou [t]jDrl ;i laquelle on pourrait songer; la mention 
de 5o unités, sur un si petit pnirl». est improbable: celle de £ d'unité, pou 
vraisemblable. 



— 135 — 

avons ici un multiple ou un sous-multiple, selon que l'on vo- 
calisera khamech ou kkomech : cinq quoi? ou un cinquième de 
quoi? L'inscription devait répondre avec précision à cette 
question; il est bien regrettable que cette partie du texte ne 
nous ait pas été conservée. A défaut de cette indication, je 
demanderai la permission de soumettre à l'Académie quelques 
considérations métrologiques, en m'appuvant sur deux points 
certains : l'existence du chiffre 5, ou \, et le poids du monu- 
ment; et sur un fait probable, à savoir que ce lion, proche 
parent des lions pondéraux de Ninive, se rattache au système 
métrologique assyrien , qui a été prédominant en Orient et a 
fait sentir son influence jusqu'en Grèce. 

Dans son état actuel, notre lion pèse ao gr. 9; il est assez 
bien conservé et n'a dû perdre que très peu de son poids pri- 
mitif. 

Si on vocalise» Kliomech = \, notre poids serait dérivé d'une 
unité pondérale valant environ, je dis environ à cause du 
petit déchet qu'a pu subir l'original : ao gr. q. X 5 = î ok gr. 5. 
Nous ne connaissons, soit dans le système assyrien, soit dans 
quelque autre système de l'antiquité, aucune unité pondérale 
correspondant à ce poids de \ok gr. 5, unité d'un usage cou- 
rant et susceptible de fournir des sous-multip!es jusqu'à con- 
currence de j au moins. Les valeurs des poids assyriens qui 
pourraient être ici en jeu, la mine et le sicle, sont, en effet, 
ainsi qu'il résulte des recherches de notre savant confrère 
M. Oppert : 

Mine forle. ... î kilogr. oio Sicle fort. ... îG gr. 833 

Mine faible. . . . o 5o5 Sicle faible. . . 8 4i65 

Le chiffre de io/i gr. 5 ne parait pas normalement réduc- 
tible aux chiffres de ce petit tableau (1) . 

(,) En admettant, par exemple, qu'il faille lire la légende un cinquantième 
(de minp). on arriverait à ce ré-ullat paradoxal que notre monument, p sanl 



_ 130 — 

Si, au contraire, nous vocalisons hliamcch Kcinq», noire 
poids serait le multiple d'une unité pondérale valant : 

— -. — = a gr. 10. 

Or si l'on compare ce quotient aux chiffres du système as- 
syrien reproduits ci-dessus, on voit aussitôt qu'il est sensible- 
ment égal à la moitié du siclc faible : 

8 er. h 1 6 5. . / a r 

-2. = k or. '_>. 2 . 

3 

Cinq demi-sicles pèseraient exactement 21 gf. o/ua5, soit 
seulemenl o gr. 1/1120 de plus que notre lion. Cette légère 
différence peut fort bien représenter la petite perte de matière 
subie par le monument. L'accord de ces chiffres est assuré- 
ment remarquable. A ce compte, l'unité pondérale indéter- 
minée dont nous aurions ici le multiple 5 , serait donc le 
demi-sicle faible assyrien, autrement dit le quart du sicle 
fort. Il resterait maintenant à démontrer l'existence réelle du 
demi-sicle considéré comme unité pondérale spécilique; à éia- 
blir qu'on pouvait compter par 2, 3, k , 5, etc. demi-suies, 
ou tout au moins par multiples impairs, 3, 5, 7, etc., soit 
dans le système assyrien, soit dans des systèmes qui en dérivent. 
Nous n'avons pas, du moins que je sache, de preuves directes 
de ce fait chez les Assyriens (1) . Mais on pourrait peut-être rai- 

20 gr. 9, aurait gagné au lieu tic perdre du poids, le ~ de la mine forte étant 
20 gr. a. D'ailleurs,- la division de la mine orientale en tractions définies de j^, 
nu lieu de ^j, qui est la division normale, os!-ell<- un fttil aussi certain qu'on l'a 
supposé? 

'" Je ferai remarquer en passant te poids assyrien en pierre en forme de ca- 
nard (n° VI) qui pèse ai j;r. 36 et qui se rapproche açsei de celui de noire lioo 
cl le poids de marbre blanc de h gr. !?<S. Brandis considère le premier comme 
correspondant à -^ de min <• el le second comme i p . iv i ondanl à un \ son an - 
licine. 



— 137 — 

sonner par voie d'induction et invoquer l'exemple des Israélites, 
chez qui le dcrai-sicle, sous le nom de ypa, semble bien avoir 
constitué une véritable unité pondérale. Il n'y aurait rien d'in- 
vraisemblable à ce que les Assyriens, les Phéniciens, ou tout 
autre peuple sémitique — selon la provenance inconnue de 
notre poids — eussent eu quelque chose de correspondant au 
beka Israélite. L'origine de la drachme grecque paraît rentrer 
dans cette analogie; son poids courant, évalué à à gr. 363, 
rappelle celui du demi-sicle assyrien [h gr. 20826) et, en te- 
nant compte de la tare, celui de l'unité virtuellement exprimée 
sur notre petit lion (/1 gr. 18); le rapport est surtout frappant 
avec le petit poids assyrien de marbre blanc , pesant A gr. 3 8 , que 
Brandis considère comme \ soixantième de mine, c'est-à-dire 
en d'autres termes \ sicle. Généralement, la drachme passe 
pour être une conception pondérale et monétaire purement 
hellénique; notre monument, si son poids était véritablement 
établi sur le pied du demi-sicle, tendrait à faire supposer 
qu'on en était déjà arrivé dans l'Orient sémitique à une con- 
ception similaire, indépendamment des Grecs et, vraisembla- 
blement, avant eux. 

n° vin. 

LES HOSPITALIÈRES DE SAINT-JEAN DE JERUSALEM, 
PAR M. J. DELAVILLE LE ROULX. 

(SÉANCE DU 20 AVRIL l8()/i.) 

Si, pendant seplsiècles,la renommée et la gloire des Hospi- 
taliers ont été assez éclatantes pour perpétuer dans la mémoire 
des hommes les lignes principales de leur histoire, le souvenir 
dont ils sont restés l'objet s'est établi au détriment d'un in- 
stitut parallèle au leur, de même nom et de même habit, 
soumis à la même discipline; nous voulons parler des Hospita- 
lières' de Saint-Jean de Jérusalem ou Dames Maltaises, dont, 



— 138 — 

malgré cette communauté d'origine et de développement, l'exis- 
tence et le nom sont aujourd'hui, pour ainsi dire, inconnus. Le 
Lut du présent travail est de tirer les Hospitalières de l'oubli 
dans lequel les avait fait tomber le voisinage de leurs trop 
célèbres frères, et de retracer les phases essentielles de leur 
histoire. 

Quand l'ordre de l'Hôpital se fonda, des couvents de 
femmes s'établirent à côté des couvents d'hommes; cette par- 
ticularité se retrouve à l'origine de la plupart des institutions 
religieuses. On a de nombreux exemples de fidèles, maris et 
femmes, s'alîiliant en même temps au même institut. On 
conçoit l'intérêt qui s'attachait, pour une communauté, à les 
accueillir, et à s'assurer de la sorte des donations souvent con- 
sidérables, qui lui eussent échappé si les donateurs avaient été 
empêchés de s'engager ensemble dans les mêmes liens reli- 
gieux. L'Hôpital ne lit pas exception à cette règle presque géné- 
rale, et la création des Sœurs Hospitalières fut parallèle à celle 
des Hospitaliers. 

Elle remonte, semble- t-il, à l'origine même de l'ordre : 
on l'attribue à une dame romaine, appelée Alix ou Agnès, qui, 
venue-en Terre Sainte, établit à Jérusalem, sous le vocable de 
Sainte- Marie-Madeleine, un hôpital destiné aux pauvres 
femmes malades, et se consacra à les soigner; cette fondation, 
approuvée par le patriarche de Jérusalem, subsista jusqu'à la 
prise de cette ville par Saladin (118-7). Les Hospitalières 
durent alors se réfugier en Occident. Où trouvèrent-elles un 
asile? L'exemple qu'elles avaient donné avait été suivi dans 
les divers pays d'Europe dans lesquels l'ordre était établi, et 
dans presque tous les grands prieurés elles furent reçues, si- 
non dans des. monastères de femmes déjà constitués, du moins 
dans des maisons mixtes qui abritaient concurremment des 
Sœurs et des Frères de l'Ordre. 

Cette émigration vers l'Occident marque, pour les Hospi- 



— 130 — 

talières, la fin de la première phase de leur histoire; si elles 
s'étaient jusqu'alors adonnées, comme les chevaliers de Saint- 
Jean, au soin des malades et de l'hospitalité, elles semblent, 
en quittant la Terre Sainte, avoir renoncé à ces fonctions et 
s'être exclusivement consacrées à la prière. Un coup d'oeil jeté 
sur leur règle et leurs constitutions précisera la nature et le 
but de leur vie conventuelle. 

Nous avons, pour connaître leur organisation, la règle qui 
fut donnée en 1 188 à leur monastère de Sigena, en Aragon, 
le plus important sans contredit de leurs établissements, et 
celui qui servit de modèle aux maisons qu'elles fondèrent dans 
la suite. 

Les Hospitalières suivaient la règle de Saint-Augustin (l) ; 
celle-ci, destinée aux religieuses d'Hippone par le saint, est 
moins une règle proprement dite qu'une série de conseils d'un 
caractère général, qui posent, a côté du règlement intérieur 
(jeunes, prières, lectures pieuses, costume, humilité dans la 
démarche), le principe de la chasteté, de la coulpe, de l'obéis- 
sance à la supérieure et du pardon des offenses. Elle était 
insuffisante pour assurer la direction d'une communauté, et 
appelait une réglementation complémentaire plus précise et 
plus spéciale; cette dernière fut donnée aux Sœurs de Sigena, 
en 1188, par leur fondatrice Dona Sancia de Castille, reine 
d'Aragon, et par l'évéque d'Huesca, confirmée par le grand 
maître en 1188 et par le souverain pontife en 1 1 9 3 ( -' . Elle 
spécifiait, heure par heure, leurs devoirs pendant la journée, 
3 es offices qu'elles devaient suivre, les prières qu'elles devaient 
dire, les messes, processions et fêtes qui devaient être célé- 
brées dans le couvent. Elle entrait ensuite dans le détail des 

M Pour lo texte de relie règle, voir Aligne, l'ulmlogia laiina, XXXIII, 
col. 958-965. 

(2) M. A. Varon, Historia del rcal monaslerio de Sixena (Pampelune, 177^- 
1 77<> , in-fi°), II, app. m-xi.viu; I, 78 c\ 190; I, 961. 



— 140 — 

bains et ablutions auxquels elles' étaient soumises, de l'or- 
ganisation des dortoirs et du réfectoire, des soins à donner 
aux religieuses malades; si l'une d'elles venait à mourir, elle 
déterminait la conduite à tenir pour l'ensevelissement et les 
obsèques, et fixait les prières et les messes destinées à as- 
surer Je saint de l'âme de la défunte. Enfin, à un autre point 
de vue, elle prescrivait la coulpe, c'est-à-dire l'accusation mu- 
tuelle des fautes commises, le pardon des offenses et la récon- 
ciliation, le port de l'habit et le mode d'élection de la supé- 
rieure. 

Ce type de règlement fut suivi, avec des modifications plus 
ou moins importantes, par tous les monastères de religieuses 
Hospitalières; dans le cours des siècles, diverses réformes in- 
tervinrent, spéciales à tel ou tel établissement, mais la règle 
de Sigena resta toujours la base fondamentale de toutes les 
maisons. Les Sœurs, chanoinesscs régulières de Saint- Au- 
gustin, s'adonnaient exclusivement à la prière et aux œuvres 
de piété; si parfois elles s'occupaient d'éducation, l'instruction 
qu'elles donnaient était limitée aux novices qui aspiraient à 
prendre le voile chez elles. Elles vivaient cloîtrées, sauf à Si- 
gena, où, par suite de l'insalubrité du climat, elles avaient 
obtenu l'exemption de la clôture. Elles s'administraient elles- 
mêmes, élisaient leur prieure, et relevaient soit directement du 
grand maître, soit du grand prieur dans le ressort duquel 
était située leur maison; mais, dans ce dernier cas, cette subor- 
dination fut l'occasion de contestations et de réclamations sans 
cesse renouvelées, 

Les monastères des Daines Maltaises (c'est sous ce nom que 
furent généralement désignées les Hospitalières) se maintinrent 
avec des fortunes diverses pendant le cours du moyen âge et, 
pour beaucoup d'entre eux, jusqu'à la lin du xvrn' siècle. Ceux 
même de Sigena et d'Alguayre (aujourd'hui à San-Gervasio 
de Cassolas. près de Barcelone) subsistent encore à l'heure 



— 1/il — 

actuelle; le premier, depuis l'époque de sa fondation (1 188), 
occupe encore, après plus de sept siècles, le couvent que lui 
assigna sa première fondatrice Sancia de Gaslille, reine 
d'Aragon. 

On est, pour beaucoup de ces maisons, réduit à des ren- 
seignements très vagues, souvent même à de simples mentions; 
S'il est certain qu'il y eut des Hospitalières dans toutes les 
langues de l'ordre, on ne saurait affirmer que partout elles 
occupèrent des couvents spéciaux. Il semble, par exemple, 
qu'en Suisse, en Allemagne, en Danemark, aux Pays-Bas, et 
peut-être en Angleterre et en Bohême, — pays dans lesquels 
leur existence a été constatée, — elles n'aient eu que des éta- 
blissements secondaires, à côté et à l'ombre des commanderies 
de l'Hôpital. Au contraire, en Espagne, en Portugal, en France, 
en Italie et à Malte, elles formèrent des communautés distinctes, 
ayant une vie propre et n'ayant aucun rapport avec les Hospi- 
taliers. C'est le cas pour Sigena, Alguayre, ïortose, Séville, 
Zamora, Caspe, Tordesillas, en Espagne; Ebora et Estremoz, 
en Portugal: Beaulieu, Martel, Fieux et Toulouse en France; 
Gênes, Pise, Florence et Penne, en Italie, et S. Orsola à Malte. 

Quand ces couvents d'Hospitalières prirent-ils naissance? 
A des époques très différentes, s'échelonnant du xn e à la fin 
du xv c siècle. Les plus anciens semblent être Buckland, en 
Angleterre, où le roi Henri II concentra, vers 1180 fl) , les 
Sœurs jusqu'alors disséminées dans plusieurs commanderies 
anglaises; Manetin et Prague, en Bohême, institués, le 2 3 oc- 
tobre ii83, par le pape Lucius III (iJ . Quelques années plus 
tard, en 1 188, se place la fondation du plus célèbre d'entre 
"in. dé Sigena, dans l'Aragon oriental, sur les bords du rio 
Alcanadre. Nous avons déjà dit plus haut que Sancia. reine 

t' 1 The english or tixi • Langue of the Order <>f S. John af Jérusalem ^Londres, 
1S80, iff-8*)!, p. Su 

(2) Prague, Arch. du grand prieuré de Bohème, A. WVIII, u r 76 (ori{(. bùllé " 



— US — 

d'Aragon, fut la fondatrice de ce monastère. La tradition rap- 
proet qu'un bouvier, remarquant qu'un de ses taureaux traver- 
sait chaque jour, à heure fixe, le rio Alcanadrc pour aller dans 
l'îlot marécageux qu'il formait à l'endroit où fut plus tard 
édifié le couvent, voulut se rendre compte de ce qui l'y attirait, 
et qu'il aperçut, au milieu des joncs, une image de la Vierge, 
objet de la vénération des habitants de Sigena, qui, depuis 
quelques jours, avait déserté l'église paroissiale. L'image, so- 
lennellement ramenée à Sigena, puis dans les églises voisines 
de Sena et d'Urgellet, reprenait toujours le chemin de l'îlot. 
Ce miracle, promptement connu dans tout l'Aragon, attira un 
grand concours de fidèles ; la cour, qui résidait à Huesca, voulut 
connaître le théâtre de cet événement extraordinaire, et la visite 
de la reine Sancia fut l'origine de la fondation du monastère. 
Celui-ci, constamment enrichi, pourvu de possessions con- 
sidérables par la fondatrice et après elle par les rois d'Aragon, 
devint un des couvents les plus célèbres du royaume; il servit 
de retraite à plus d'une reine, et les tombeaux de plusieurs sou- 
verains et souveraines attestent, aujourd'hui encore, le renom 
qu'il avait acquis. Mais, avec le xiv e siècle, la faveur royale 
s'éloigna de Sigena, et marqua la fin de la splendeur du mo- 
nastère. Celui-ci n'en a pas moins subsisté, bien que déchu, 
jusqu'à nous; il connut les jours mauvais et la pauvreté, mais 
les religieuses de Sigena résistèrent à toutes les épreuves : elles 
pratiquent encore aujourd'hui, après plus de sept siècles, la 
règle qu'elles avaient reçue de la reine Sancia (1) . 

Après Sigena, nous trouvons, au commencement du 
xm c siècle, les Hospitalières établies à Martel en Qucrcy, — 
hôpital annexé à celui de Beaulieu en 1 -298 [ -\ — et à Pise en 

W Dolaville Le Roulx, Les archives de l'ordre de l'Hôpital dan» la péninsule 
ibérique (Paris, i8g3, in-8°), patsim. 

W Du Bourft, ffùloire du grand prieuré de Toulouse (Tooloase, 1 H 8 M , in-8"), 

p. r>r>7-5<>8. 



— 143 — 

Italie (Sun-Giovanni de Frieri). C'est dans cette dernière maison 
que sainte Ubaldesca, morte en îaoG, pratiqua, sous l'habit 
des Hospitalières, les vertus qui la firent canoniser ^\ 

Le milieu du xm" siècle est l'époque de fondation de deux 
autres maisons importantes, Alguayre et Beaulieu. 

La première, celle d'Alguayre en Gatalogne, fut instituée 
en 1 q5o par Marquesa Sa Guardia, et prit un rapide dévelop- 
pement. Transférée en 16 0,0, à Barcelone, elle a été récem- 
ment réinstallée dans la banlieue de cette ville, à San-Gervasio 
de Cassolas, dans un nouveau couvent; si son histoire ne brille 
pas du même éclat que celle de Sigcna, elle a fait néanmoins 
preuve d'une vitalité presque égale, puisqu'elle aussi s'est 
maintenue jusqu'à nos jours. Quant à la seconde, celle de 
Beaulieu , en Querey, <dle doit sa naissance à un seigneur de 
ce pays, Gilbert de Thémines, et à sa femme, qui, en 1 2 5q, 
donnèrent à l'ordre de l'Hôpital, sous certaines conditions, un 
hôpital qu'ils venaient de construire à Beaulieu; cette donation 
fut confirmée, en 1298, par le grand maître Guillaume de Vil- 
laret. qui promulgua à cette date le règlement intérieur du 
nouveau monastère; il ne diffère pas, dans ses lignes princi- 
pales, de celui qui régissait Sigena : la nomination de la prieure 
était réservée au couvent, sauf approbation du grand prieur de 
Saint-Gilles. Beaulieu fut, au commencement du xvn c siècle, 
le théâtre de dissensions intestines fort graves; la discipline 
s'était, à celte époque, si complètement relâchée parmi les 
Sœurs, qu'elles vivaient, violant la clôture, au grand scandale 
de tous, dans les châteaux du voisinage, au milieu des fêtes. 
Une réforme s'imposait; elle eut pour inspiratrice la prieure 
Galiotle de Gourdon de Genouillac, dont l'autorité et l'exemple 
firent rentrer les religieuses dans le devoir et dans l'observance 
de la règle , et firent refleurir chez elles la piété et les vertus chré- 

(l) Delaviile Le Routa, op. cit. , passim, 

ami. ,o 

\urniuv.ain RATIO X Al r . 



— \hl\ — 

tiennes. Mais , à sa mort (1618), une partie du couvent , lasse de 
se plier à la discipline sévère qui lui avait été imposée, se ré- 
volta et mit à sa tête la sœur Antoinette de Couderc de Vassal, 
femme ambitieuse et entreprenante , que soutenaient la noblesse 
du pays et le comte de Vaillac; celui-ci, quoiqu'il fût le frère 
de la sainte mère de Genouillac , mettant au service de la sœur de 
Vassal, dans un intérêt d'ambition personnelle, son influence 
et son autorité , s'empara du monastère qu'il soumit à des vexa- 
tions de toutes sortes. L'élection de la sœur de Vassal, après 
diverses péripéties, finit par être confirmée en haut lieu; il He 
resta plus à la fraction des religieuses restée fidèle à la prieure 
Françoise de Sainte-Croix de Mirandol, héritière de la mère 
de Genouillac, qu'à quitter Beaulieu et à émigrer. Elles trou- 
vèrent un asile d'abord à Gahors, ensuite à Toulouse (îfia/i), 
et s'établirent définitivement dans cette dernière ville. Quant à la 
maison de Beaulieu, elle subsista jusqu'à la fin du xvm c siècle, 
sans grand éclat, en proie à de fréquentes contestations inté- 



rieures ( ] > 



A la fin du xiif siècle nous avons à signaler l'établissement 
de deux maisons : celle de Penne, au royaume de Naples, fon- 
dée en 1 2 9 1 par Isabelle d'Aversa (2) ; celle de Fieux, en Quercy 
(1297), qui doit son origine à un membre de la famille de Thé- 
mines comme Beaulieu, et qui lui fut incorporée en 1612 (3) . 
La fin du xiv e siècle voit naître, à l'instigation de l'anti-grand 
maître Richard Garraciolo, en 1391, le couvent de Florence 
(San-Giovannino de'Cavalieri) qui, plusieurs fois déplacé, sub- 
sista jusqu'en i8o8 (4) . 

Le monastère de Séville date des dernières années du 
xv r siècle; il fut institué en 1/190, avec l'assentiment du grand 

M Du Bourg, op. cit. p. 53o et suivantes. 

M Naples, Arch. d'État, pareil, des Hospitalières de Penne^orig. notarié). 

M Du Bourg, op. cit., p. 5 3 Tj . 

1 Florence, Arcb. d'Étal . F. !'., S. Giovannino déCavalieri, liasses <>o el 



— 145 — 

maître Pierre d'Aubusson , par Isabelle de Léon , d'une illustre 
famille d'Andalousie (1 \ 

Au xvi c siècle se fondent, ou du moins se réorganisent les 
maisons de Portugal, Estremoz et Evora (2) ; enfin, à la fin du 
même siècle, en 1 583 , les Hospitalières, appelées parle grand 
maître Verdala, s'installent dans l'île de Malte au couvent de 
S. Orsola^. 

On voit, par les détails qui précèdent, que les Dames Mal- 
taises occupèrent dans l'ordre, par le nombre de leurs commu- 
nautés, un rang dont jusqu'ici on n'avait pas encore signalé 
l'importance. Le caractère particulier de leurs maisons est 
l'autonomie dont elles jouissaient; chacune d'elle reçut une 
réglementation spéciale , que leur donnèrent le grand maître et 
le pape ; chacune d'elles releva soit du grand prieur, soit direc- 
tement du grand maître. Toutes furent, il est vrai, aux derniers 
temps de l'ordre, soumises à l'autorité supérieure du grand 
prieur de l'église de Malte ; mais cette subordination , — plus 
spirituelle que temporelle, — ne leur pesa pas lourdement; 
en fait elles restèrent indépendantes. 

Au point de vue du recrutement des Sœurs , chaque maison 
eut ses règles particulières. Partout des preuves de noblesse 
— à des degrés différents — durent être fournies pour y avoir 
accès, et cette obligation ne disparut qu'à l'époque moderne; 
c'est ainsi qu'à Sigena et à San-Gervasio de Cassolas la noblesse 
n'est plus exigée. Les Hospitalières étaient divisées en plusieurs 
classes : sœurs chanoinesses de justice, sœurs d'office, sœurs 
converses, douâtes; mais, là encore, on saisit des différences 
suivant les monastères: dans certains couvents, à Martel et à 

(l > A. dé Funos, Coronica de la ilustr. milicia de S. Iuan Bantista de Ierusa- 
leiii (Valence, 1G26-1C39, in-fol.), I, 46i. 

M Varon, Hitt. deSixena, II, ai ; Lisbonne, Arch. do Toito do Tombo, ma- 
nuscril sur l'histoire des Hospitalières. 

M B. dal Pozzo, Historia délia nacra religione militare di S. Giovanni Geroso- 
limitaio (Vérone, 1703-1715, in-V), 1. ao5, a43, 376. 

10. 



— U6 — 

Toulouse par exemple, la prieure pouvait créer des frères do- 
uats qui portaient la demi-croix de l'ordre et étaient soumis 
à l'obéissance envers elle; cette faculté lui était refusée ailleurs. 

Quant à l'habit , il se composait d'une robe noire à larges 
manches, avec une croix de toile blanche à huit pointes placée 
sur le côté gauche; certaines différences de costume (croix, 
anneau, manteau, cordon) servaient à distinguer les unes des 
autres les diverses classes d'Hospitalières et les Hospitalières 
des diverses maisons. 

Le résumé que nous venons de tracer de l'histoire des Hos- 
pitalières de Saint-Jean de Jérusalem, ne peut prétendre à 
être complet; les limites assignées à ce travail ne nous ont pas 
permis de traiter la question d'une façon définitive. Mais il 
nous semble qu'il n'était pas téméraire d'appeler l'attention 
sur un sujet peu connu, et de tirer un instant de l'oubli, pour 
Je faire revivre, le passé d'un ordre religieux qui, après plus 
de sept siècles, n'a pas encore disparu, et dont l'histoire n'est 
ni sans importance, ni sans intérêt. 



— U7 



LIVRES OFFERTS. 



SEANCE DU 2 MARS. 

La Commission impériale archéologique de Saint-Pétersbourg adresse 
à l'Académie : 

1 ° Les derniers volumes de ses Comptes rendus pour les années 1 88a- 
t8go (Saint-Pétersbourg, 1892 et 1893, 3 vol. grand in-4° et atlas 
in-plano); 

2 Matériaux pour servir à l'archéologie de la Russie, livraisons 4-12 
(Saint-Pétersbourg, 1890-1893, 9 vol. grand in-4°). 

Sont encore offerts : 

Rapport présenté à M. le Ministre de l'instruction publique, des cultes 
et des beaux-arts , par M. Georges Picot, membre de l'Institut, au nom 
de la Commission des bibliothèques nationales et municipales, chargée 
d'examiner l'état de l'inventaire des livres imprimés de la Bibliothèque 
nationale et les moyens d'en effectuer l'impression (Paris, i8g4, in-4°); 

The Veda in Pânini, par M. W. D. Whitney, correspondant de l'In- 
stitut (Rome, 1893, in-8°; extrait du Giornale délia Società asiatica ita- 
liana, vol. VII); 

On récent Sludies in Hindu Grammar, par le même auteur (in-8°; 
extrait de American Journal of Philology, vol. XIV, n° 2); 

The Native Commentary to the Atharva-Veda , par le même (grand in-8°) ; 

Au royaume du Saguenay. Voyage au pays de Tadoussac , par M. J.-Ed- 
mond Roy (Québec, 1889, in-8°). 

M. de Barthélémy offre, au nom de l'auteur, M. le comte de Cha- 
rcncey : 

i° Des' affinités de la langue basqiœ avec divers idiomes des deux conti- 
nents (Extrait des publications de Y Association française. Congrès de Pau) 
(Paris, 1892, in-8°); 

2 De la parenté du basque avec divers idiomes des deux continents 
(Extrait des Mémoires de la Société nationale des sciences, arts et belles- 
lettres de Caen, 1896, in-8°); 

3° La langue basque et les idiomes de l'Oural (Orléans, 1896, in-8° ); 



— H8 — 

k" Djemschid et Quelzalcoatl (Extrait do la Revue des traditions popu- 
laires) (Paris, 1898, in-8°); 

5° Actes de la Société philologique , tome XXII, année 189-2 (Paris, 
1898, in-8°). 

«■Les brochures dont le comte de Charenccy m'a chargé de foire hom- 
mage à l'Académie sont relatives aux études entreprises par lui sur la 
langue basque. Dans l'une, il s'attache à chercher les affinités qui peuvent 
exister entre cette langue et les différents idiomes des deux continents. 
Dans la seconde, il traite, au point de vue lexicograpbique, des emprunts 
laits par l'Euskara aux dialectes de l'Afrique et h ceux du Nouveau-Monde. 
Dans la troisième, il continue ses recherches sur le même sujet, au point 
de vue grammatical. Dans ses conclusions, il paraît disposé à supposer 
que le basque est une langue américaine soumise, depuis une longue 
suite de siècles, à l'influence des dialectes indo-européens. 

rrM. de Charencey présente, en outre, un mémoire dans lequel il com- 
pare une légende indoue et iranienne à une légende américaine et affirme 
son opinion que les croyances des populations les plus civilisées du Nou- 
veau-Monde ont leurs prototypes en Asie. — Mentionnons enfln la nou- 
velle publication de la Société philologique, dans laquelle l'OEuvre de 
Saint-Jérôme continue à vulgariser des vocabulaires, des manuels et des 
recueils de chants religieux destinés aux missions étrangères.» 

M. Barbier de Meyi\ard présente, au nom de l'auteur, les deux publi- 
cations suivantes ; 

i° Les Musulmans à Madagascar et aux îles Comores, par G. Ferrand, 
agent résidentiel de France à Madagascar, II e partie (Paris, 1893, in-8°). 

ftCe volume renferme la suite des textes malgaches relatifs aux lé- 
gendes historiques, dont j'ai présenté la première partie à l'Académie, il 
y a deux ans. M. Ferrand poursuit, aussi activement que ses fondions 
officielles le lui permettent, la publication de ces documents populaires, 
les seids qui puissent jeter quelque lumière sur les origines très confuses 
des migrations musulmanes dans la région sud-est de Madagascar. Ces 
textes ont le grand mérite d'avoir été écrits sous la dictée des anciens du 
pays, ce qui garantit, jusqu'à un certain point, l'authenticité du récit et 
sa provenance purement indigène. Ici, comme dans la première livrai- 
son, on trouvera toutes sortes de renseignements intéressants et, pour 
la plupart, inédits, sur la vie, les mœurs et la littérature populaire des 
tribus d'origine musulmane. Familiarisé avec toutes les questions d'ethno- 
graphie et de linguistique malgaches par un long séjour dans le pays, 



— • 149 — 

M. Ferrant! se trouve aujourd'hui en mesure d'étendre le cercle de ses 
recherches. Il nous promet une troisième partie qui sera consacrée aux 
populations musulmanes du nord. Ce complément de son travail ne le 
cédera pas eu intérêt aux deux premières parties et sera aussi bien ac- 
cueilli, surtout s'il a, sur celles-ci, l'avantage de paraître avec moins de 
lenteur, » 

2° Coules populaires malgaches, recueillis, traduits et annotés par Ga- 
briel Ferrand (Paris, 189.3, in- 12). 

rr C'est au même auteur que nous sommes redevables de cet élégant 
petit volume où, pour la première fois, les contes et les légendes de la 
grande île africaine sont rendus accessibles au lecteur européen. Jusqu'à 
présent, en effet, on ne possédait que les textes en langue malgache, re- 
cueillis, il y a quelques années, par les missionnaires anglais et norvé- 
giens. Des contes fantastiques, le récit des prouesses de deux brigands 
fameux, des chansons et proverbes, voilà en quoi consiste principale- 
ment ce recueil. Cependant on y trouve aussi quelques moralités mises 
en scène par des animaux, comme dans nos fables classiques. Mais elles 
sont, en général, d'une valeur contestable et dénotent un état de con- 
science inférieure à celui des races indo-européennes et sémitiques. Quant 
aux analogies qu'elles présentent avec nos fabulistes, l'auteur a bien fait 
de les signaler seulement, sans se prononcer sur la question de prove- 
nance et d'infiltration toujours si délicate, surtout clans le domaine des 
littératures populaires. Un dernier chapitre, relatif à la musique mal- 
gache, me laisse l'impression et le regret d'une esquisse inachevée, et 
pourtant notre résident à Madagascar paraît avoir une préparation suffi- 
sante pour pousser plus avant ses recherches sur ce sujet intéressant aussi 
et fort peu connu. J'espère qu'il y reviendra et nous donnera plusieurs 
airs notés où les rythmes seront, cette fois, indiqués avec plus de pré- 
cision. En résumé, les publications de M. Ferrand font honneur à son 
zèle, à l'étendue et à la sûreté de ses informations et elles paraissent à 
un moment où nos intérêts coloniaux donnent, à ces études, un surcroît 
d'utilité. Des éloges ont été donnés dans une autre enceinte au fonction- 
naire politique; je suis heureux d'y joindre, à l'adresse du savant, les 
suffrages et les remerciements des lettrés, n 

M. Hamy offre à l'Académie , de la part de l'auteur D. Francisco B. del 
Paso y Troncoso, deux volumes récemment publiés sous le titre de: 
Exposiciôu histârico-amcricana de Madrid. Catdlogo de la secciàn de 
Mexico (Madrid, 1 8y3 , 9 vol. in-8"). 



— 150 — 

rrLes fêtes du Centenaire de la découverte do l'Amérique, dit M. Hamy, 
se sont terminées en Espagne par une exposition fort remarquable, or- 
ganisée dans les nouveaux bâtiments delà llibliollièque royale de Madrid. 
Le premier étage de ce vaste éilifice était consacré aux collections amé- 
ricaines, et plus particulièrement à celles qui pouvaient donner l'idée la 
plus exacte de l'état de civilisation du Nouveau-Monde au moment de 
l'arrivée des Européens. Toutes les républiques américaines y étaient 
représentées par de véritables musées d'archéologie et d'ethnographie. 
Le Mexique, eu particulier, occupait une enfilade de grandes salles où 
se voyaient méthodiquement disposées de longues séries d'objets cu- 
rieux, presque tous inédits, tels que ceux de la collection Doremberg 
ou de la mission de D. Aquiles Gersle, et souvent de provenance entiè- 
rement nouvelle, comme le cabinet archéologique de l'abbé D. Fr. Plan- 
carte, de San Luis de Jacona. 

rfLe Président de la Commission mexicaine a voulu qu'il demeurât un 
témoignage durable delà collaboration de ses compatriotes à l'Exposition 
madrilène, et il a laborieusement rédigé un catalogue volumineux qui 
fera certainement époque dans l'archéologie du Mexique. Les deux pre- 
miers volumes, qui viennent de paraître et que je vous présente de la 
part de l'auteur, comprennent la description très détaillée de toutes les 
collections archéologiques et ethnographiques. Chaque série d'objets, 
classée par provenance ethnique, est soigneusement détaillée. L'auteur 
fait savamment ressortir les caractères distinclifs des produits des diverses 
civilisations, plus ou moins avancées, qui se sont succédé dans les clif— 
férentes parties du pavs, cl ses descriptions ajoutent considérablement à 
nos connaissances sur l'état ancien de certaines provinces , comme le 
Ylichoacnn, dont on no savait presque rien avant les fouilles de M. Plan- 
• arte. 

ffLe troisième cl dernier volume de cel ouvrage, qui vous sera pro- 
chainement offert, comprendra les catalogues ethnographique, numis- 
matique et bibliographique.» 



SEANCE DU f) MARS. 

Le Secrétaire perpétlei. présente à l'Académie les nouvelles feuilles 
formant la /17 e livraison de la Carte de ta France à l'échelle de j^ pu- 
bliée par le service vicinal du Ministère de l'intérieur et que M. le Mi- 
nistre a bien voulu concéder à l'Académie. 



— 151 — 

M. G. Pekrot offre à l'Académie, en son nom et au nom de M. de 
Lasteyrie, le i et fascicul'3 du lome I" de la publication intitulée : Fon- 
dation Eugène Piot. Monuments et mémoires, publiés par l'Académie des 
inscriptions et belles -lettres, sous la direction de MM. Georges Perrot 
et Robert de Lasteyrie, membres de l'Institut, avec le concours de 
M. Paul Jamot, secrétaire de la rédaction (Paris, 1896, in-4°, avec 
1/1 planches). 

M. Groiset présente à l'Académie, au nom de l'auteurM. L.-E. Berlin, 
Les grandes guerres civiles du Japon (1106-1092) (Paris, 189 k, grand 

in-8°). 

ffM. Berlin, directeur des constructions navales, a passé quatre ans 
au Japon dont il parle couramment la langue. Chargé d'y construire 
des arsenaux, il s'est pris de passion pour l'art du pays, puis pour son 
histoire, auxquelles les œuvres d'art se rattachent si souvent par leur 
sujet. Il a consulté les chroniques officielles; il a aussi interrogé la tradi- 
tion orale, riche en légendes et très vivante. De tout cela il a composé 
un ouvrage d'un vif intérêt où il nous donne en réalité beaucoup plus 
que le litre ne promet, car une introduction résume tout ce qui a pré- 
cédé les grandes guerres civiles et un épilogue nous met au courant de 
ce qui a suivi ; de sorte que c'est toute une histoire du Japon qui nous 
est présentée en raccourci : histoire souvent poétique et légendaire, mal 
établie par conséquent dans le détail, mais très intéressante pour la 
connaissance des mœurs et des idées, et d'ailleurs pleine d'attrait, soit 
par le mérite intrinsèque de certaines de ces fables, soit parle commen- 
taire qu'elles apportent aux représentations de l'art figuré. Le livre de 
.M. Bertin, écrit avec une simplicité fort élégante, est aussi agréable à 
lire qu'instruclif et nouveau,' 1 

Sont encore offerts : 

Petit traité de prononciation latine, par le docteur A. Bos (Paris, 189.3, 
in-8°); 

IIpawTixà rrjs èv àdrjvaus Ap%a.ioXoyiKïjs ÉTatpi'a» toO stovs 1892 
(Athènes, 189A, in-8°); 

Tabulae codicum manu scriptorum praeter graccos et orientales in bi- 
bliotheca Palatina Vindobonensi , edidit Académie Gaesarea Vindohonensis, 
vol. VIII (Vienne, 1893, in-8°); 

Notizie storichc di Castehiuovo in Napoli, per Ferdinando Coloona 
â •' principi di Stigliano (Naples, 1892 . in-8° }; 



— i:>2 — ■ 

J)eW idioma e dclla letteratura g t iumete , studio seguito «la un vocabo- 
lario etiinologico genovese. dî Carlo Randaccio (Roma, i8<j4, in-8°). 

\NCE DU l6 MARS. 

Le Sticaaruài pEP.i'tTLEL présente à l'Académie, au nom des auteurs, 

i s publications suivantes : 

L'expédition du Ckâtean d'or et le combat de Ali contre le dragon, textes 
arabes publiés et traduits pour la première fois par M. EL Basset, pro- 
fesseur ii l'Ecole supérieure des lettres d'Alger (Home. 1800. in -8; ex- 
trait du Gionialc délia Socielà asialica ilaliana): 

lufluencia de los Aragonescs en cl descubrimiento d", America, BOT 
D. Miguel Mir, de la Real Aeadernia espanola r l'aima de Mallorca, 
1893. petit in-8*); 

Société centrale des architectes français. Annuaire pour famés l8o4 
(Paris, i8o4.in-S°). 

M. Hamv offre à l'Académie, de la part de D. Alfred Cbavero. l'édi- 
tion que cet bistorien a dernièrement publiée de l'ouvrage de Diego 
Muûoz Camargo sur Tlaxcala, Historia de Tlaxcala, publicada y anotada 
por A. Cbavero (Mexico, 1892, in-8°). 

-Di^go Muûoz Camargo est un de ces métis instruits qui. peu de 
temps après la conquête du Mexique., ont rédigé en castillan une partie 
des annales indiennes et sauvé ainsi de l'oubli de précieux souvenirs. Il 
descendait par sa mère d'une nohle famille de Tlaxcala, et c'est l'histoire 
des Tlaxcaltiques qu'il a longuement commenté»'. Son ouvrage n'était 
connu que par une mauvaise paraphrase, publiée jadis par Ternaux- 
Gompans, et tirée d'ailleurs à un fort petit nombre d'exemplaires. \). Al- 
fredo Cbavero. le savant secrétaire général de la Société mexicaine de 
géographie et de statistique, ayant été chargé des fondions de gouver- 
neur de Tlaxcala, s'est fait un devoir d'employer son autorité à faire re- 
chercher et publier l'œuvre de l'unique historien de cette intéressante 
République, et c'est le résultat de ses efforts que renferme le volume 
présenté en son nom à l'Académie. Le livre de Camargo a pu être 1 
titué en son entier, à l'exception du début du premier livre et du chapitre 
linal, qui se retrouveront peut-être dans quelques-unes des copies des 
bibliothèque- d'Espagne, que D. A. Cbavero n'a pas pu consulter. Telle 
que nous la pouvons lire aujourd'hui, I Histoire d ■ Tlàxeaia commence 
avec la légende de la migration et s'arrête a la lin du gouvernement ds 



— 153 — 

D. Alvaro Manrique de Zuniga, septième riee-roi de la Nouvefle-~£«- 
pagne, c'est-à-dire à l'année i5qo, qui vit probablement s'achever 
l'œuvre de Camargo. Le texte du vieil auteur ;t été établi avec soin par 
D. Joaquin Garcia Icazbaleeta et augmente de noirs nombreuses et par- 
l'ois importantes empruntées aux manuscrits <le feu Fr. Ramirez ou ré- 
digées par D. Alfredo Cbavero, éditeur de l'ouvrage.» 

SÉANCE DU 2 1 MARS. 
(Séance avancée nu mercredi à cause du vendredi saint.) 

Le Secrétaire Wlfllil'l offre, au nom de l'auteur : 
"Le livre d'or de Jeanne d'Arc , bibliographie raisonné-e et analytique des 
ouvrages relatifs à Jeanne d'Arc (Paris. 189/J, grand in-8°), par 
M. P. Lanérv-d'Arc, auteur lui-même de nombreux écrits sur la per- 
sonne et sur la famille de la Pucelle d'Orléans, à laquelle il se rattache 
par son nom. C'est, comme il le dit lui-même, un catalogue méthodique, 
descriptif et critique des principale* études historiques, littéraires et artis- 
tiques consacrées à la Pucelle d'Orléans, depuis le xx' siècle jusqu'à nos 
jours. L'auteur passe successivement en revue les documents et les chro- 
niques du temps, puis les écrits duxvr au xix e siècle : histoires générales, 
monographies, panégyriques, poèuïes. drames, sans négliger les oeuvres 
d art destinées à honorer la mémoire de Jeanne d'Arc. Ce n'est donc pas 
une simple bibliographie, mais un ensemble de témoignages qui, à part 
certaines notes discordante ; qu'il n'était pas permis de supprimer, forme 
comme un concert harmonieux à la louange de la Pucelle et répond 
bien à l'unanimité des sentiments que le nom de Jeanne d'Arc provoque, 
non seulement en France* mais dans le monde entier, aujourd'hui. 

"Du même auteur : I)cu.r lettre» a M. l'abbé Jaugey, à propos de la bro- 
chure de M. dusto/t Save , intitulée Jehannc des Armoises , pucelle d'Orléans, 
la fausse Pucelle anses connue par les chroniques du temps pour qu'il 
s»it plus qu'étrange qu'aujourd'hui encore on ait l'air d'y croire. 1 

- ut encore offerts : 

Documente ftvoiiAre la Jstoiia Romtmilor, par M. E. de Hurmuzaki. 
Supplément 11 du volume 1 (1010-1600) et supplément l" du volume V 
(i8m-i838) (Bucarest, i6o3 et 189/i. a vol. in-8°); 

Sur quelques carreaux de terre cuite nouvellement découverts en Tunisie , 
par M. Edm. Le filant (Paris, i8ij3, in-8": extrait ûV la 11 ■••• ttrohéo- 
logiquf); 



— 15/4 — 

Etales sur une paroisse bretonne, Brandivy, par M. l'abbé J.-.M. Guil- 
loux (Vannes, 1 8 9 'i , in-8°; extrait île la licou-: historique de l'Ouest); 

Languidic pendant la Révolution, par Le môme auteur (Vannes. 1890, 
in-8"; extrait de la Revue morbikannaise); 

De Innocentio I, Romano Pontifies, disserlalio bistprica Laureli Car- 
boni, prolonolarii apostolici (Rome, i8o,4,in-4°); 

Friedrich Liez, Feslrede gehallen zur Feier des ioo b,cn Geburlslages 
den 3. mârz 189/i, von W. Foerster (Bonn, in-8°; extrait de la Neue 
Donner Zeitmg). 

M. Barbier de Mevn.vrd présente au nom de l'auteur, le Catalogue des 
monnaies turcomanes du Musée impérial ottoman, par Ghalib Edhem 
(Conslanlinople, 189'), 2 vol. in-8°); texte turc et traduction française. 

ffll y a plus de trente ans que je signalais à la Société asiatique les 
premières tentatives d'une numismatique musulmane dans la capitale 
même de l'empire ottoman. La riebe collection de Soubby bey, dont les 
pièces les plus importantes appartiennent aujourd'hui à notre Cabinet 
des médailles, avait mis en éveil la curiosité de quelques érudits turcs et 
donné naissance à des essais de déchiffrement qui n'étaient pas sans mé- 
rite. Depuis lors, plusieurs circonstances, mais en première ligne la créa- 
lion du Musée impérial de Tchinii kteuçhk, en ont favorisé les progrès. 
Grâce au zèle éclairé de son directeur, Son Excellence Hamdy bey, cor- 
respondant de notre Académie, l'étude des monnaies musulmanes a pro- 
fité des encouragements que l'archéologie a reçus à Conslanlinople et au 
dehors. C'est à Ghalib bey, frère de notre correspondant, que celte- 
branche de l'érudition musulmane est redevable de son plus vigoureux 
essor. Cet érudit n'en est pas d'ailleurs à son coup d'essai. Déjà, en 
1 890 , il donnait le Catalogue des monnaies ottomanes, qui comprend toute 
la série monétaire turque depuis la fondation de la monarchie jusqu'au 
règne actuel. Deux ans après, il faisait paraître son Traité des monnaies 
seldjoukides , qui forme un précieux supplément aux catalogues du Britisli 
Muséum. 

«Le travail que je présente aujourd'hui est consacré aux différentes 
dynasties d'origine turcomane, les Ortokides, les Zcngui, les Alabek et 
la branche eyoubite de Mossoul , qui ont régné en Mésopotamie depuis 
les premières années du xu c siècle jusqu'au milieu du xnr\ 11 est digne 
de remarque que la plupart des monnaies de ces petites dynasties soni 
desjels, c'est-à-dire des pièces de cuivre, en général d'un assez grand 
module, portant d'un côte une tête de style byzantin, de l'autre avec le 



— 155 — 

nom du khalife régnant, le nom et les titres des émirs pour qui elles 
ont été frappées. Celte représentation de la figuré humaine, si rare chez 
les Arabes dans les siècles précédents, confirme ce que nous disent les 
historiens orientaux des croisades de la libre circulation monétaire qui 
régnait entre les Francs et les Mahométans ; c'était une nécessité qui 
s'imposait aux transactions commerciales et dont profitaient aussi les 
continuels rachats des prisonniers de guerre. On est un peu surpris, il 
est vrai, de trouver le mot dirhem grave; sur des pièces de cuivre, mais 
il faut bien admettre qu'à cette époque, dans fa région du Tigre et de 
l'Euphrate, si ce n'est ailleurs, ce mot n'a plus que le sens général de 
monnaie sans distinction de métal, argent ou bronze. Il y aurait encore 
bien d'autres particularités intéressantes à signaler dans le nouveau tra- 
vail de Ghalib bey, mais je me borne à constater qu'il ne fait pas moins 
honneur que les deux catalogues précédents à l'érudition de l'auteur 
et au soin avec lequel il a suivi la méthode de classement et de des- 
cription adoptée dans nos Musées d'Europe. Chaque série dynastique est 
suivie d'un résumé qui signale les pièces les plus intéressantes par leur 
effigie ou leur légende. Le volume renferme, en outre, des tables généa- 
logiques, des listes de souverains et d'ateliers monétaires, plusieurs 
index et huit planches de photogravures d'une bonne exécution; en un 
mot, rien n'y a été omis de ce qui peut faciliter les recherches des spé- 
cialistes. Cet ouvrage, dont je ne puis rendre compte ici qu'en peu de 
mots, est du meilleur augure; il permet d'espérer que, grâce aux efforts 
de son savant directeur et des collaborateurs qui l'entourent, le Musée 
impérial de Constantinople ne tardera pas à nous faire connaître toutes 
ses richesses et ouvrira ainsi au monde de l'archéologie et de l'art un 
nouveau champ de recherches et d'heureuses découvertes." 

M. Delociie offre à l'Académie , de la part de l'auteur , M. René Fage, 
un ouvrage qui a pour titre : Les Etats de la vicomte de Tnrcnne (Paris, 
i8o4, 2 vol. in-8°). 

rLes États provinciaux et en particulier ceux de la France centrale ont 
été, dans ces derniers temps, l'objet de sérieuses éludes, et l'Académie 
accordait, il y a peu d'années, une de srs récompenses h l'excellent livre 
de M. A. Thomas sur ce sujet. Celui de M. René Fage présente d'autant 
plus d'intérêt que les États de la vicomte de Turennc, un des fiefs les 
plus anciens el do vaste étendue, étaient restés jusqu'ici presque igno- 
rés et qu'en outre ils diffèrent sensiblement de ceux dont on a écrit 
l'histoire, en ce que : i° ils jouissaient d'une indépendance absolue au 



— 150 — 

regard du pouvoir royal, à qui ils ne (lovaient ni soldais, ni subsides, 
avant le traité d'union à la Couronne de 1788; 2 ils avaient le droit ex- 
clusif de roter l'impôt comme les Etals généraux, et de le répartir 
comme les États provinciaux; 3* composés, dans le principe, des repré- 
sentants des trois ordres, cierge', noblesse et tiers état, ils furent, à 
partir du milieu du xvi e siècle, formés uniquement des consuls, syndics 
et adjoints des villes. Enfin, dernière particularité à signaler, après avoir, 
à l'origine, réuni, dans une seule et même assemblée, les délégués de 
toutes les dépendances de la vicomte situées dans les deux diocèses de 
Limoges et de Cahors, les Etats de la vicomte do Turenne se divisèrent 
en doux assemblées compoées. l'une des délégués du Limousin, et l'autre 
de ceux du Quercy. 

rr C'est à l'aide de nombreux documents inédits, laborieusement recueillis, 
et dont quarante-trois figurent comme pièces justificatives dans le deuxième 
volume de son livre, que M. René Page a fait une étude très complète, très in- 
structive de son sujet. 11 y expose les attributions politiques, administra- 
tives et même législatives des Etals de la vicomte de Turenne, leur con- 
vocation, leur fonctionnement et les moyens d'exécution de leurs décisions; 
il fait ressortir leur rôle de conciliateurs entre les sujets et le suzerain, 
et leur influence salutaire pour le maintien do l'autonomie de la vicomte 
à travers cinq siècles consécutifs, jusqu'au jour où, les exigences fiscales 
du vicomte avant exaspéré les populations, celui-ci, pour échapper à une 
situation devenue dillicile et même périlleuse, dut signer, en 1788, l'acte 
qui réunissait son fief à la Couronne. 

"On voit, par cet aperçu sommaire, le caractère de nouveauté et le 
liant intérêt du sujet de l'ouvrage remarquable dont 1 Académie reçoit 
l'hommage. Ce sujet a été traité par M. Fage avec autant de méthode 
que d'érudition, et j'ajoute, sous une forme claire, sobre et non dépour- 
vue d'élégance. C'est là. je n'hésite pas à le dire, une excellente contri- 
bution à l'histoire des institutions provinciales do la France, dans les 
quatre derniers siècles de l'ancienne monarchie.» 

SEANCE DU 30 MARS. 

Le Sfc.hktaire perpétuel olfro un magnifique volume ayant pour titre : 
Leduc ilo Loubat, ]83i-i8c)4 (Paris, Chamerol et Renouant. i8()'i 
in-/i°). 

pr C'est un recueil qui réunit divers actes de donation de l'homme 
néreux 1 1 n i n Fondé, dan- notre teadémie, le prix que noua décernons 



— 157 — 

tous les (rois ans pour des éludes sur L'Amérique du Nord, avec les té- 
moignages honorifiques cl les titres que ces fondations lui ont valus en 
divers pays jusqu'au titre de comte et de duc romain. 

ftJ ai eu déjà à remercier le généreux donateur du prix qu'il a fonde 
dans noire Académie. La Compagnie m'autorisera sans doute à le remer- 
cier de l'envoi de ce livre qui gardera, dans notre bibliothèque, le sou- 
venir de ses libéralités.» 

Le Secrétaire perpétuel offre, en outre, au nom de M. .1. Oppert. 
membre de l'Académie, un mémoire intitulé : La plus ancienne inscription 
sémitique jusqu'ici connue (Paris, 189/1, S v - >n-8"; extrait de la Revue 
d'assyriologie et d'archéologie orientale, 3 e vol.). 

Sont encore offerts : 

Géographie historique du sud-ouest de la Gaule, depuis la fin de la domina- 
tion romaine jusqu'à la création du royaume d'Aquitaine, par M. J.-F. Bladé, 
correspondant de l'Institut (Paris, 1890. in-8 1 ); 

Millheilung Nr. I der Gesellschafl :ur Fôrdcrung deulscher Wissenschafl . 
kunst und Literatur in Bôhmcn. Aus dem Berichte des Dr. Kduard Glaser 
liber don Absclduss seiner mil Unlorstiïtzimg der Gesellsehaft unter- 
nommenen Forschungsreise in Arabien (dd. Aden. a8 Februar 1896) 
(Prag, 1894, in-8°); 

Analele Académie/' Romane, série II, tome XIV. 1891-1890 . (orne XV, 
1890-189.'! (Bucarest, 1893, 6 vol. in-4°); 

Catalogue of the University qf Pcnnsytvtmia , i8()3-i8gâ (Philadelphie, 
189/1 , in-i a). 

M. Sciii.cmrerger présente, au nom des auteurs, un volume intitulé: 
! zeste et Clément V. par MM. l'abbé Brun. Berchon et Brutails (Bor- 
deaux. 189&, in-8°; extrait du tome WIII. fasc. u el m des Actes de la 
Société archéologique de Bordcaiu^. 

"En 189a, au cours d'une visite à la charmante église dl zeste, près 
Bazas, j'eus l'occasion do constater, après bien d'autres, l'étal de déla- 
brement pitoyable du beau tombeau du pape fiançais Clément V, le 
célèbre pape contemporain de Philippe le Bel. J'entrepris une campagne 
pour obtenir la restitution de ces ruines déjà étudiées par notre confrère 
M. Miintz. de concert avec M. de f.aurière. A la suite d'un article qui* 
j'écrivis à ce sujet dans le Journal des Débats, les diverses soeiélés sa- 
vantes du département de la Gironde décidèrent d'appuyer ce projet par 



— 158 — 

tous les moyens cl noliv confrère, M. de Lasteyrie'i voulut bien soutenir 
nos vœux auprès de la Commission des monuments historiques. L'affaire 
est, je le crois, actuellement en 1res bonne soie. Pour nous aider, le très 
zélé et 1res érudit doré cPUzeste, M. l'abbé Brun, a, avec le concours de 

MM. Berchon et Brutails, rédigé une très complète monographie de 
l'église d'Uzeste et de son illustre tombeau avec des notes inédites sur 
Clément V. J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part des auteurs, 
un exemplaire de cette étude, priant instamment mes confrères de vou- 
loir bien s'intéresser par tous les moyens à l'œuvre de restauration dont 
je viens de les entretenir. * 

M. Louis Havf.t présenté à l'Académie un volume intitulé : M. Anna"/ 
Lucani de bcllo eivili liber primus, texte latin publié avec apparat cri- 
tique, commentaire et introduction par M. l'abbé Paul Lejay (Paris, 
1896, in-8°). 

rrCette édition, recommandahle à tous les titres, et qui rendra les 
plus grands services pour l'enseignement, présente en outre un mérite 
qui louchera particulièrement les érudils; M. l'abbé Lejay y fait con- 
naître, pour la première fois, les leçons d'un bon nombre de manu- 
scrits, et fait valoir, relativement à la classification de ces textes nou- 
veaux et de ceux qui étaient antérieurement connus, des vues neuves et 
originales dont la critique aura à tenir compte désormais, n 

SÉANCE DU G AVRIL. 

Sont offerts : 

Un article de M. R. Daresle, extrait du Journal des Savants, de no- 
vembre 1893 el février 189/1, sur Le leg-gi di Gortijna cl le allre inscri- 
•Joni arcaiche Crctesi, par D. Comparelli (Paris, 189/1, in-/» n ). 

Cartulaire du prieuré de Sainl-Marcel-lcs-Chdlon, publié", d'après les 
manuscrits de Marcel Canat de Ghizy, par M. Paul Canal de Chizy (Cha- 
lon-sur-Saône, 189/1, in-8')- Publication de la Société d'histoire el 
d'archéologie de Chalon-sur-Saône. 

M. A. db Barthklkmv offre à l'Académie, au nom de l'auteur, M. le 
marquis de l'Estourbeillon , les Inventaires des archives des anciens châteaux 
bretons : I, Archives du château de Sajfré (l3f4-l6 1 0); 11, Archive* du 
château de Penhoët (m3j-i8oo) (Vannes, 1898-189/», a vol. in-S"). 

rr Le f> mai 1 89 1 . notre confrère le marquis de Vogué terminait l'année 



— 159 — 

pendant laquelle il avait dirigé les travaux de la Société de l'histoire de 
France en rappelant combien les archives particulières, celles des maisons 
historiques comme celles des familles simplement notables, conservaient 
de documents précieux pour les études historiques. L'an dernier, 
MM. Langlois et Stein, dans leur ouvrage intitulé : Les archives de l'his- 
toire de France, ont consacré une partie du volume à énumérer, par 
départements, les châteaux où se trouvent des dépôts d'archives. C'est 
un cadre qui offre un vaste champ a explorer pour le zèle et la patience 
des chercheurs. 

Le marquis de l'Estourbeillon s'est imposé la tâche de contribuer à 
faire connaître au public, en détail, ce que le marquis de Vogiié a si- 
gnalé, ce que MM. Langlois et Stein ont fait entrevoir. 11 a rédigé et 
publié les inventaires des châteaux de Saffré (Loire-Inférieure) et de 
Penhoët (Morbihan). Le premier contient des documents de la fin du 
xiv e siècle au commencement du xvir* siècle, le second de 1237 a 1800. 
Chaque pièce est analysée sommairement, et une table onomastique com- 
plète chacun des inventaires. 

"Il est à souhaiter que l'exemple donné par le marquis de l'Estour- 
beillon soit suivi non pas seulement dans sa province de Bretagne, mais 
aussi un peu partout. Ce genre de recherches ne peut se faire par me- 
sures officielles; les relations de société seules permettent de pénétrer 
dans les archives particulières. Faisons des vœux pour que l'initiative 
privée arrive à nous donner beaucoup d'inventaires semblables a ceux 
dont j'ai l'honneur de faire hommage à l'Académie au nom de leur 
auteur. » 

M. Loxg.xon offre, au nom de l'auteur, M. Alphonse Roserot, les deu\ 
brochures suivantes : 

i° Notice sur les sceaux carolingiens des archives de la Haute-Marne 
(Joinville, 1892, in-8°); 

2 Diplômes carolingiens originaires des archives de la Haute-Marne 
(Auxerre, 189^, in-8°; extrait du Bulletin de la Société des sciences histo- 
riques de l'Yonne, 1898). 

"Sur dix-huit diplômes que renferme ce dernier opuscule, il y en a 
quatre complètement inédits : ce sont trois diplômes de Charles le 
Chauve, des années 854, 870 et 871, et un diplôme de Charles le 
Simple, de l'an 902. Sept autres paraissent pour la première fois dans 
une publication française. Les textes donnés par M. Roserot semblent 
établis avec beaucoup de soin, et l'éditeur y* a joint la reproduction 

XXII. 11 



— 160 — 

photolypique du diplôme de 871, un peu trop réduit malheureusement, 
et celle du diplôme de 902. 

ffLa Notice sur les sceaux carolingiens , qui date de deux ans déjà, peut 
être considérée comme une sorte de complément de la plus récente 
■publication de M. Roserot. On y voit, reproduits par la phototypie, six 
sceaux du ix e et du x e siècle. Trois d'entre eux , un sceau de Louis le. 
Pieux et deux sceaux de Charles le Gros, n'avaient été jusqu'ici l'objet 
d'aucune reproduction. 

«•Les deux brochures que je dépose sur le bureau de l'Académie 
offrent donc un réel intérêt au point de vue de la diplomatique et de la 
sigillographie carolingiennes. J'ajouterai que le texte des dix-huit diplômes 
conservés aux archives de la Haute-Marne offre pour l'histoire particulière 
d'un grand nombre de localités champenoises ou bourguignonnes une 
ample moisson de faits inédits ou peu connus. r> 

M. Groiset présente le seplième volume de Y Histoire universelle, par 
Agrippa d'Aubigné, édition publiée pour la Société de l'histoire de 
France, par M. le baron Alph. de Ruble (Paris, 1893, in-8°). 

M. Hauréau offre à l'Académie, au nom de l'auteur, le dix-neuvième 
fascicule des Correspondants de Pciresc : Le père Marin Mcrsennc , lettres 
inédites écrites de Paris à Peiresc (1 033-1 687) , publiées et annotées par 
M. Philippe Tamizey de Larroque , correspondant de l'Institut, et pré- 
cédées delà Vie de l'auteur, parle père Hilarion de Coste (Paris, 1 8 9 ^ , 
in-8°). 

M. Maspero présente la 9 e livraison de Y Atlas archéologique de la 
Tunisie, publié par la sous-commission de l'Afrique du Nord du Minis- 
tère de l'instruction publique (Paris, 1894, in-fol.). 

"Ce nouveau fascicule contient quatre cartes, avec les notices corres- 
pondantes : 

ti° Djebel-Achkel ; a Tunis; 3° La Goulette; h" Oudna. 

«•Les renseignements ont été fournis par les officiers des brigades topo- 
graphiques pour toutes les cartes. Ils ont été complétés, pour la carte de 
Tunis, par M. le lieutenant Beau, de la brigade d'occupation. 

«M. Gaucklcr a fourni de très utiles compléments, et en particulier le 
plan de certains édifices d'Oudna, relevés par les soins du service des 
Antiquités de Tunisie. Le tout a été centralisé par les soins de M. Ga- 
gnât : les fonds ont été mis gracieusement à la disposition de la Commis- 



— 161 — 

sion par le service lopographique du Ministère de la guerre et par sou 
chef, le général TVrrécagaix.^ 

M. Htîrox de Villefosse offre à l'Académie, au noiu de M. le docteur 
Ronire, une Elude sur le réseau routier moderne et le réseau routier ancien 
du littoral du golfe de Ilammamet (Oran, i8o,3, in-8"). 

ff Les recherches de M. le docteur Rouire ont été publiées dans le Bulle- 
tin trimestriel de géographie et d'arcliéologi'' de la province d'Oran (t. XIII, 
p. o-3- à 3àà); elles sont accompagnées d'une carie. Elles ont eu pour 
résultat, en même temps que la reconnaissance de trois roules arabes se 
dirigeant de Soussa vers le nord de la Tunisie, la constatation sur le 
terrain du tracé fie trois voies romaines correspondant aux trois voies 
citées par l'itinéraire d'Antonin et la table de Peutinger. M. le docteur 
Rouire a pu retrouver aussi le tracé d'une voie secondaire correspondant 
à l'embranchement de Cubita à Orbita; il a relevé divers ouvrages d'art 
exécutés pour vaincre les obstacles présentés par la nature du sol et pour 
faire cesser l'isolement d'Hergla. H signale, en outre, une chaussée an- 
tique formant pont , jeté au-dessus de la Sebkha-Halk-el-Mengel, et reliant 
directement Horrea-Cœlia au réseau routier de F intérieur." 

3ÊANGE ni; 1 3 avt.il. 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau : 

i° La 3 e pailie du tome IX des Œuvres complètes de Borghesi , com- 
prenant la table des matières contenues dans les lettres de Rorghesi (f, VI , 
VU et VIII des OEurrrs) (Paris. 189.}, in-/» ); 

2 Le t" fascicule des Comptes rendus des séances de l'Académie pour 
les mois de janvier-février 180/i (Paris, 180/1, in-8"). 

Sont encore offerts : 

flcrur d'assijriologie et d'archéologie orientales , publiée >ous la direction 
de M. J. Oppert. membre de l'Institut, et M. E. Ledrain, professeur à 
rilcote du Louvre:, la partie archéologique est dirigée par M. Léon Heuzev, 
membre de l'Institut, t. III. n" 1 (Paris, 180/1, in-/f). 

Dir altlnrkischen Inschriften der Mongo/ei , von W. RadlolT. Ers te Lre- 
ferung : Die Drnhmnler von Koscho-Zaidam , Text, Transscription und 
LIbersetzung (Saint-Pétersbourg, 1 8 9 Zi , in-6°). 

M. de fîoziÈRE présente, de la part de M. Tamizey de Larrorruo. enrre^- 



— 162 — 

pondant de l'institut, le vingtième fascicule des Correspondants de Peiresc, 
contenant des Lettres inédites du docteur A. Novel, écrites à Peiresc et à Va- 
lavcz, d'Espagne, de Paris, de Bretagne (i6û5-i63û), suivies de lettres 
inédiles de quelques autres médecins provençaux (Cassagnes, Merindol , 
Scnellc). (Aix-en-Provence, 1896, in-8°; extrait des Mémoires de l'Aca- 
démie d'Aiœ). 

M. Heuzey présente le fascicule viu-xu, août-décembre 1893, du Bul- 
letin de correspondance hellénique (Paris, 189^», in-8°), dans lequel il 
signale des articles de M. H. Weil sur les inscriptions de Delphes, de 
M. Th. Reinach sur la musique des hymnes de Delphes , et de M. Cli. Diehl 
sur le rescrit des empereurs Justin et Justinien en date du 1" juin 5 2 7. 

M. l'abbé Dcchesne insiste sur l'importance du rescrit impérial tic 5 9 7 
contenu dans ce fascicule du Bulletin de correspondance hellénique. 11 émet 
l'hypothèse que l'église Saint-Jean, en faveur de laquelle a été délivrée 
cette pièce, n'est autre qne la basilique Saint-Jean d'Ephèse, le plus 
illustre des sanctuaires de l'Asie chrétienne. 

SÉAiNCE DU 2 AVRIL. 

Est offert : 

Annuaire des bibliothèques et des archives pour i8g4, publie' sous les 
auspices du Ministère de l'instruction publique (Paris, 189^, in-ia). 

M. Schlumberger a la parole pour un hommage : 

cr J'ai l'honneur de présenter à l'Académie, de la part des auteurs, le 
second volume du Traité de numismatique du moyen âge (Paris, 1896, 
iu-8°), publié par MM. A. Engel et R. Serrure, dont j'avais présenté 
le tome I il y a trois ans. 

rrCe second volume comprend l'histoire de la troisième des quatre 
grandes époques entre lesquelles les auteurs ont divisé l'histoire numis- 
matique du moyen âge. Cette troisième époque est celle dite du denier 
féodal, qui commence, en France, à la fin de l'époque carolingienne, 
avec Hugues Capet, en Allemagne avec Henri l'Oiseleur, en Italie avec 
Otlon le Grand, en Angleterre avec Canut et qui va jusqu'à l'appari- 
tion du gros d'argent. Le second volume est en tous points digne du 
tome I. Il rendra les plus grands services aux numismates, mais sur- 
tout aux historiens et aux archéologues, v 

VI. Barbier de Meynard présente, au nom de l'auteur, Les mécaniques 



— 163 — 

ou l'élévateur de Héron (V Alexandrie , publiés pour la première fois sur le 
texte arabe et traduits eu français par M. le baron Carra de Vaux (Paris, 
1896, in-8°; extrait du Journal asiatique). 

rrLe travail que j'ai l'honneur d'offrir à l'Académie de la part de 
l'auteur est, à coup sûr, une des productions les plus importantes de 
l'érudition orientale dans ces dernières années et cpii lui font le plus 
d'honneur. C'est la restitution intégrale de l'un de ces précieux docu- 
ments grecs cpii nous ont été conservés par les Arabes des bons siècles. 
Comme on le sait , le texte original des Mécaniques de Héron d'Alexan- 
drie, à l'exception de cpielcpies fragments réunis par Pappus, était con- 
sidéré comme à jamais perdu. Cependant il en existait encore une copie 
au ix e siècle de notre ère, car c'est vers l'an 860, sous le règne d'El- 
Mou'tacem , qu'il fut traduit probablement d'abord en syriaque , puis en 
arabe. L'auteur de cette version ancienne , Kosta ben Louka , était con- 
temporain du célèbre philosophe Alkendi et il prit avec celui-ci une 
part considérable au grand mouvement de traductions et de commen- 
taires qui illustra le règne de Haroun , de Mamoun et de quelques-uns 
de leurs successeurs. Je n'ai pas à rappeler ici les services rendus par 
cette école de mathématiciens et de médecins, presque tous d'origine 
syriaque, qui transmirent à la civilisation naissante d'Occident le dépôt 
de la science grecque, mais je suis heureux d'être un des premiers à 
signaler le rang que le traité mis au jour par M. C. de Vaux occupera 
dans l'histoire de la culture sémitique. La tâche était des plus ardues , et 
il fallait pour l'accomplir un ensemble de connaissances qui se trouvent 
bien rarement réunies chez le même homme. La voie frayée par Woepcke , 
il y a plus de trente ans, menaçait de se refermer. On ne saurait donc 
trop remercier M. de Vaux de l'avoir rouverte et rendue accessible à un 
plus grand nombre de travailleurs. 

rrA la suite du texte, restitué d'après l'unique exemplaire de la Biblio- 
thèque de Leyde, il nous donne une traduction aussi littérale que le 
comporte le génie de notre langue, un grand nombre de figures et de 
notes destinées à élucider les principales difficultés du texte. Enfin une in- 
troduction , qui sera lue avec d'autant plus d'intérêt qu'elle est plus acces- 
sible au commun des lecteurs, renferme, d'une part, la preuve de l'identité 
du texte arabe avec l'original grec et signale , d'autre part , les emprunts 
faits par le mécanicien d'Alexandrie à Arislote, Archimèdeet Poseidonios. 
A l'égard de ce dernier nom , je dois rappeler qu'il a été rétabli d'une 
façon incontestable , dans une de nos séances, par notre confrère M. Cler- 
monl-Ganncau el que celle lecture fournil un élément, sinon de certitude, 



— \U — 

au inoins de grande probabilité, on faveur do l'opinion qui l'ait vivre 
Héron au 11 e siècle de notre ère. Il ne faut pas oublier non [tins que le 
manuscrit unique sur lequel M. de Vaux a travaillé présentait de grandes 
difficultés de lecture et d'interprétation et qu'il fallait pour les vaincre 
la double préparation du mathématicien et de l'orientaliste. 

«Je n'ai pas qualité [tour préjuger l'accueil qui sera l'ait à ce travail 
par les juges compétents, mais j'ai tout lieu d'espérer que nos confrères 
de l'Académie des sciences l'apprécieront d'une façon aussi honorable 
pour le jeune savant qui l'a entrepris, que pour notre \ieille Société 
asiatique qui en a facilité la publication. » 

SÉANCE DU 27 AVRIL. 

Le Secrétaire perpétuel offre, au nom du R. P. Delaltrc, corres- 
pondant de l'Institut, les trois brochures suivantes : 

i° Souvenirs de l'ancienne église d'Afrique (/ 8(j3) (Lyon , 189A, in-8°); 

2° Carthage, notes archéologiques, i8q2-i8()3 (Paris, 189A, in-8°; 
extrait du Cosmos); 

3° Fouilles archéologiques dans le jlanc sud-ouest de la colline de Saint- 
Louis eu 1892 (Paris, 1 M 9 3 , in-8°; extrait du Bulletin archéologique). 

Sont encore offerts : 

Mémoires de la Société nationale d'agriculture , sciences et arts d'Angers, 
quatrième série, tome VII (année 1893) (Angers, 1 89^ , in-8°); 

Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. 
Bapport séculaire sur la classe des lettres (177 a-iSjs), par M. J.-J. Tho- 
nissen, membre de l'Académie (Bruxelles, 1872, in-8°); 

Mélanges d'histoire. île droit et d'économie politique, par le même 
auteur (Louvain, Bruxelles et Paris, 1870, in-8°); 

Les petits Etals dans la situation présente de l'Europe, par M. Léon 
Arendt (Bruxelles, 4867, in-8°); 

Annuaire de l'Université catholique de Louvain, .">S année, 1896 
(Louvain, 1 S r) 't , in-12); 

Une lettre perdue de saint Paul cl le «De Alcaloribus» , supplément à 
l'étude critique sur l'opuscule De Meutorihus, par les membres du sémi- 
naire d'histoire ecclésiastique établi à l'I'nnersité catholique de Louvain 
(Louvain, 1893. iu-8"); 

Jeanne <!' \rc considérée an point 4e rw franro-champ< nuis , par M. l'abbé 
Étvenne Georges (Troy es ek Paris , iSi/i.in 8 I 



— 165 — 

Anonyme, Was bedcutct der Naine Wien uiulwann entstand cr? (Vienne, 
189 4, in- 4°). 

M. Barth dépose sur le bureau le compte rendu qu'il a fait paraître 
dans le Journal asiatique de janvier-février 189 4, de l'ouvrage de 
M. Hermann Jacobi : Ucber das Alter des Rig-Veda. Extrait tiré à part 
de Festgruss an Rudolf von Roth zum Doklor-Jubilàum, ûâ. Aitgust i8g3 , 
von scinen Frcunden und Schulcrn (Stuttgart, 1893). 

M. G. Paris offre à l'Académie, au nom des auteurs, un exemplaire 
sur grand papier du beau volume que les anciens disciples de M. Vil- 
belm Thomsen, professeur à l'université de Copenhague, lui ont offert 
le 20 mars dernierf à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de son 
doctorat : Festskrift til Vilhelm Thomsen , J va Disciple udgivet i Anledning 
af hans femogtijveârige Doklorjubilaeum , $3 Maris 186g- -28 Maris i8gâ 
(Copenhague, 189/i, in-8°). 

«M. Thomsen est bien connu de l'Académie par ses beaux travaux sur 
les langues germaniques et finnoises, ainsi que par son petit livre an- 
glais devenu classique sur l'origine Scandinave des Russes; elle a récem- 
ment entendu avec le plus vif intérêt l'exposé de la manière si ingénieuse 
et si sûre dont M. Thomsen est arrivé à déchiffrer les inscriptions de Ka- 
rakorum qui, tracées dans des caractères absolument inconnus, avaient 
défié et semblaient devoir braver toujours les efforts des interprètes. 
M. Thomsen a marqué aussi brillamment sa trace dans la philologie ro- 
mane : son article, publié dans la Romania, sur le traitement de e bref et 
de bref en français, a éclairci un des points les plus délicats et jusqu'à 
lui les plus obscurs de l'histoire phonétique de notre langue. Son ensei- 
gnement n'a pas moins de valeur que ses écrits , et il a su inspirer à ses 
élèves autant d'affection que d'admiration. C'est ce qu'atteste l'hommage 
reconnaissant que viennent de lui offrir, dans un volume qui contient 
autant de mémoires de linguistique ou de philologie, vingt d'entre eux, 
dont plusieurs (par exemple MM. Gespersen et Nyrop) sont déjà des 
maîtres connus. M. Thomsen, membre de notre Société de linguistique 
depuis sa fondation, a beaucoup d'amis en France et dans l'Académie; 
ils s'associent avec empressement à ce témoignage rendu à l'homme et au 
savant par ceux qui le connaissent et l'apprécient le mieux. » 

M. Edm. Le Blant a la parole pour un hommage : 

«•Je suis heureux d'annoncer à l'Académie que noire éminenl confrère 



— 166 — 

M. de Rossi, qui avait été atteint de paralysie il y a près d'un an, a pu 
reprendre ses travaux. C'est ce dont témoigne un fascicule du Bulletin 
d'archéologie chrétienne, que l'Académie vient de recevoir cl qui contient 
plusieurs notices pleines d'intérêt pour les éludes de l'antiquité chré- 
tienne. La première est relative aux recherches faites dans la crypte où le 
père Marchi a retrouvé, en i845, la sépulture de deux martyrs célèbres, 
saint Prote et saint Hyacinthe. Dans cet hypogée, qui depuis avait mal- 
heureusement été ruiné et remblayé , on vient d'exhumer des fragments 
importants de l'inscription en vers composée par le prêtre Théodore en 
l'honneur de ces deux saints , inscription qui ne nous était connue que 
par un antique manuscrit. Vient ensuite une épitaphe de Terni, où se 
lisent à côté du nom de la défunte ceux de deux vierges saintes priant 
pour elle, Agape et Domna, qui sont mentionnées sous la date du i5 fé- 
vrier dans le martyrologe hiéronymien. M. de Rossi enregistre de plus 
une pierre de Ghelma dont l'inscription mentionne les reliques des mar- 
tyrs de la Massa canàida, des trois jeunes Hébreux sauvés de la fournaise 
et des saints Isidore, Martin et Romain. Le nouveau fascicule constate 
encore que dans des lieux très éloignés , près d'Hippone et en Toscane , 
on a retrouvé des exemplaires de ces ampoules que des pèlerins de tous 
pays rapportaient pleines de l'huile bénite puisée par eux en Egypte de- 
vant le sépulcre de saint Menas, v 

Ont encore été offerts : 

Analccta Bollandiana , t. XIII, fasc. 1 (Bruxelles, 189/i, in-8°); 

Annales du commerce extérieur, année 1 89/1 , 2 e fascicule (Paris, 1 89A . 
in-8°); 

Archivio délia R. Societa Romana di Sloria Patria, vol. XVI, fasc. 111- 
iv (Rome, 1893, in-8 )-, 

Atti délia R. Accadcmia dei Lincci, auno GGXC, 189.3, série quinla. 
Classe di scienze morali, storiche e filologiche, vol. I, part. 2. Notizie 
degli sçavi, ottobre 189.S (Rome, 1893, in-4°); 

Bibliothèque de l'école des chartes, l. LUI, e livraison (Paris, 1 8 9 3 , 
in-8°); 

Biblioteca nazionalc centrale di Firenic. Bollcttinn dette pubbiicazioni ita- 
liane ricevulc per dirillo distampa, 1896, n° 5 196-198 (Florence, 1896. 
in-8"); 

Boletin del Instituto geogréifico Argentino, dirigido por su présidente 
senor Alcjandro Soronlo, t. XIV, d°* 9. 10, 11 el 1-?. ( Buenos- Air<^. 

189/1, in - 8 °); 



— 167 — 

Bulletin de l'Institut égyptien, fasc. n° 5 , avril i 8t)3 (Le Caire , 1893, 

m-8°); 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, année 1893, n° 3 

(Amiens, 189/1, m_ 8°); 

Bulletin de la Société archéologique , scientifique et littéraire de Béziers 
(Hérault), 2 e série, t. XVI, 1" livraison (Béziers, i8g3, in-8°); 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie, comptes 
rendus des séances de l'année 189/1, février-mars (Cracovie, 1896, 
in-8°); 

Ecole française de Rome. Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1 3 e année , 
fasc. iv-v, décembre 1893 (Paris et Rome, i8g3, in-8°); 

Histoire de l'art dans l'antiquité, par MM. Georges Perrot, membre de 
l'Institut, et Ch. Chipiez, livraisons 332-34o (Paris, 1893, in-8°); 

Journal asiatique, 9 e série, t. III, n° 1 (Paris, 189/i, in-8°); 

Korrespondcnihlatt der westdeutschen Zeitschrift fur Geschichte und 
Kunst, 1 3 e année, n D a (Trêves, 189/1, in-8°); 

Oriente (U), Rivista trimestrale pubblicata a cura dei professori del 
R. Istituto orientale in Napoli, anno I, n° 1, 1" janvier 189/i (Roma, 
189/i, in-8°); 

Proceedings of the Society of biblical Archacology, vol. XVI, part, k , 
5 et 6 (London, 189/i, in-8°); 

Rassegna délia letteratura siciliana , n° 2 , février 1 89 k ( Acireale ,189/1, 

in-8°); 

Rendiconti délia reale Accademia dei Lincei. Classe di scienze morali , 
storiche e filologiche , série quinta, vol. II, fasc. 1 2 . e indice del volume 
(Rome, 189/i, in-8°); 

Revue de l'histoire des religions, publiée sous la direction de M. Jean 
Reville, t. XXIX, n° 1 , janvier-février 189/i (Paris, 189/i, in-8 8 ); 

Revue des Pyrénées et de la France méridionale, année 1893, 5 e et 
6 e fascicules, t. VI, 189/1, 1" fascicule (Toulouse, 1893 et 189/i, 

in-8°); 

Revue des questions historiques, 110 e livraison, 1" avril 189/1 (Paris, 

189/i, in-8°); 

Revue de la science nouvelle, ri" 77 et 78, 1" mars-i" avril 189/1 
(Paris, 189/1, in-/i°). 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 1894. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
MAI-JUIN. 



PRESIDENCE DE M. P. MEYER. 



SÉANCE DU U MAI. 

r 

M. Gefkkoy, directeur de l'Ecole française de Rome, dans une 
lettre qu'il adresse au Président, donne des nouvelles archéo- 
logiques W. 

M. J. de Morgan, directeur du service des antiquités en Egypte, 
adresse au Président la lettre suivante : 

Dahchour, le 2.3 avril 189a. 
Monsieur le Président, 

Dans ma lellre du 28 mars (2) , j'ai eu l'honneur d'entretenir l'Académie 
dos inscriptions cl belles-lettres de mes premières découvertes dans la 
nécropole de Dahchour; permettez-moi de venir aujourd'hui rendre 
compte des résultats de la suite de mes recherches. 

N'osant pas attaquer le nord de la pyramide de briques, près de la- 
quelle j'avais découvert la galerie des princesses, parce que les décombres 
qui couvrent le sol étant fort épais m'obligeaient à des dépenses consi- 

(l > Voir aux Communications, n° IX (p. ia.3). 
J Voir plus haut , p. 110. 

mi. 12 

I Il 111 II I I r> . 1 ]■--. M.K.. 



— 170 — 

durables, j'ai fait continuer les travaux dans l'enceinte du monument 
afin d'en sonder toutes les parties pendant que d'un autre côté j'entre- 
prenais de nouvelles recherches autour de la pyramide méridionale de 
briques, située près du village de Menchiyèh. J'espérais qu'en agissant 
ainsi , je tirerais de ce second monument les renseignements nécessaires 
pour attaquer le premier à coup sûr et sans grands frais. C'est donc le 
résultat de ces deux recherches , simultanées bien que distinctes, que je 
vais avoir l'honneur de vous exposer. 

Dans l'enceinte de la pyramide du nord, j'ai rencontré, au-dessus 
des tombeaux des princesses principales, les ruines de mastabas de 
briques crues, en tout semblables à ceux que les premières fouilles 
avaient mis à jour. Près de ces ruines, dans les décombres qui les en- 
touraient, j'ai trouvé plusieurs fragments de bas-reliefs portant les titres 
de fille royale. Il n'est donc pas douteux que ces mastabas ne fussent 
autrefois les chapelles funéraires des princesses. 

Deux puits profonds, situés quelque peu au nord de ces monuments, 
renfermaient chacun un sarcophage d'albâtre , superbes morceaux de 
pierre probablement extraits jadis des carrières d'El-Amarna, mais qui 
malheureusement ne portaient aucune inscription; l'un d'eux contenait 
quatre vases vides d' albâtre. 

Au sud, les fouilles ont mis à jour trois vastes mastabas de briques 
crues, eux aussi situés dans l'enceinte, entre le mur et le pied de la 
pyramide, quelques fragments de bas-reliefe et deux puits dont l'un 
renfermait des canopes anonymes placés dans une caisse de granit. 

En appliquant aux pyramides de briques les théories acceptées pour 
celles de l'ancien empire, on serait endroit de présumer que la chambre 
royale doit être placée au centre du monument. Or j'ai reconnu, par 
des sondages, qu'elle ne peut être à une profondeur moindre de dix 
mètres au-dessous des dernières assises de briques. II est donc évident 
que, si elle existe, elle a été creusée dans les bancs mêmes de la roche et 
que c'est là que je dois la rencontrer. Afin d'être certain de ne pas la 
manquer, j'ai fait pratiquer une galerie de mine qui, partant du puils 
des princesses, s'avance en ligne droite au travers des grès vers le centre 
du monument. Ce travail long et pénible, qui aura plus tard soixante- 
quinze mètres de longueur, n'est encore qu'à moilié fait. 

Dans la partie méridionale de la nécropole, près du village de Men- 
chiyèh, j'ai commencé, le 10 avril, l'examen des terrains compris dans 
l'enceinte de la pyramide du sud. Dès les premiers travaux j'ai rencontré 
des fragments de bas-reliefs au nom iVAmcnoukat III de la xu c dynastie. 



— 171 — 

successeur présumé jusqu'à ce jour à'Ousertesen III; puis, procédant 
avec méthode, j'ai sondé le terrain comme je l'avais fait avant, pour les 
alentours de la pyramide du nord. 

Le 17 avril, un puits a été découvert, en dedans de l'enceinte, près 
du mur, dans le prolongement de la face orientale de la pyramide. En 
enlevant les décombres, on trouva une statuette de bois doré dont la 
base portait l'inscription Le fils du soleil, issu de son flanc , Hor. Puis 
des fragments de vases d'albâtre portant le second nom du roi Fou-ab-Ra. 

Aucun roi de ce nom n'était encore connu; celte statuette soulevait 
donc un problème nouveau, car la xn e dynastie était la plus connue de 
toutes celles du moyen empire. Mais fort heureusement le doute n'a pas 
été de longue durée. 

Le caveau funéraire avait été spolié, jadis on y était entré par un trou 
pratiqué dans son plafond; c'est par là que j'ai pénétré moi-même, dès 
que l'orifice fut dégagé des déblais qui l'obstruaient. 

La salle était vide, mais il y régnait un grand désordre; des planches . 
des caisses, des morceaux d'albâtre, des fragments de vases encom- 
braient les caveaux funéraires. Le sarcophage avait été ouvert, son cou- 
vercle gisait à côté de lui, de même que celui du cercueil de bois 
sur lequel on lisait , gravés sur des feuilles d'or, les noms et les titres 
du roi. 

Près de là se trouvait un Naos renversé, la face en l'air, couverte 
d'inscriptions peintes en vert sur un fond d'or. L'intérieur renfermait une 
grande statue d'ébène ornée d'or, des cannes, des sceptres, un grand 
nombre d'offrandes simulées en bois, des fragments de vases d'albâtre 
au cartouche royal. Les voleurs n'avaient emporté que les matières les 
plus précieuses, abandonnant tous ces objets qui sont aujourd'hui pour 
nous d'une si grande valeur. 

L'inscription que portait la façade du Naos est la suivante : 

L'Horus Hotep-ab, le maure des diadèmes du Vautour et de l'Ureus, rSoJ'vr- 
Khaou (aux apparitions splendides) V Hor us d'or Nojer Nouterou (beauté des dieux) 
le roi de la haute et de la basse Kgyplc, souverain des deux terres, l'omnipo- 
tent Fou-ab-Ra, le fis du Soleil, qui est issu de son flanc et qui l'aime, Hor, le 
douille royal virant dans le tombeau; il donne la vie, la stabilité, la force et lu 
santé, il se réjouit sur le trône de l'Horus des virants, comme Ba, éternellement. 

Deux stèles carrées gravées sur albâtre et une table d'offrandes four- 
nissent des textes religieux, tous au nom du roi dont les cartouches sont 
dix fois répétés. 

1 :'. . 



— 172 — 

La momie royale était enfermée dans une caisse lamée d'or comme 
son couvercle et couverte de textes. Elle avait été spoliée, mais, en la 
fouillant, j'ai encore retrouvé bien des objets intéressants. Un masque 
en forme de klaft couvrait la tête du roi; à sa gauche étaient ses sceptres 
et les débris de son flagellum, de petits vases d'albâtre et d'autres 
menus objets. 

Afin de retirer ce mobilier il devint nécessaire de vider la porte pri- 
mitive, l'entrée des spoliateurs se trouvant insuffisante. Ce travail exigea 
deux jours, car la roche naturelle est en cet endroit fort croulante et de 
grandes précautions furent jugées nécessaires. C'est tout au plus si je 
n'ai pas été moi-même écrasé avec mes ouvriers par un éboulement du 
puits. 

Dès que les caveaux furent débarrassés des objets qu'ils renfermaient, 
je fis procéder à un examen méticuleux des dallages et des murs et sous 
un bloc de pierre je rencontrai la caisse renfermant les canopes. Cette 
caisse, qui n'avait pas été touchée par les spoliateurs, était, comme le 
cercueil, couverte de feuilles d'or aux titres et aux noms du roi. Une 
ficelle qui l'entourait était encore revêtue de son cachet de terre glaise. 
Le sceau était au nom d'Amenemhat III. C'est donc ce souverain qui avait 
présidé aux funérailles du roi , son prédécesseur, jusqu'aujourd'hui in- 
connu. 

Cette constatation est de la plus haute importance historique, car 
elle prouve qu'un roi prit place entre Ousertesen III et Amenemhat 111. 
Non seulement elle précise l'époque du monarque nouvellement décou- 
vert, mais aussi elle le range entre deux souverains connus de la 
xn e dynastie. 

La tombe du roi Hor est, comme je l'ai dit, située eu dehors de la 
pyramide, dans la partie septentrionale de son enceinte; elle n'est donc 
pas celle du roi constructeur du colosse de briques. Ce fait eat intéres- 
sant, mais il est plus curieux encore de voir un roi enseveli dans une 
tombe aussi modeste; son caveau en effet est fort exigu et semblerait de- 
voir être plutôt la dernière demeure d'un particulier que celle d'un 
maître de la haute et de la basse Egypte. Là est encore un problème 
dont la suite des travaux donnera peut-être la solution. 

Les sondages, en se continuant, amenèrent la découverte de onze 
autres puits, alignés de l'est à l'ouest. Quelques-uns sont écroulés et 
semblent n'avoir jamais été terminés, mais l'un d'entre eux, le plus rap- 
proché du puits royal, a fourni des résultats fort importants. 

Le 19 avril, ce puits venant d'être vidé, je rencontrais une porte don- 



— 173 — 

nant accès dans un couloir long de \k m. (\o et couvert d'une voûte 
cylindrique habilement apparcillëe. Cette galerie, en tout semblable à 
celle qui donnait accès dans la tombe royale , était brisée en son milieu 
par une cloche fort dangereuse qui exigea beaucoup de soins. Elle se 
terminait au sud par une muraille construite en pierres de Tourah, fer- 
mant la porte du caveau. Cette sépulture n'avait pas été violée. 

Je crois utile d'insister ici sur l'existence des voûtes de briques crues 
dans les tombeaux de la xn e dynastie à Dahchour. J'en ai jusqu'ici ren- 
contré trois dont l'appareil oblique par rapport à l'axe dénote des con- 
naissances pratiques fort étendues de la part des architectes de cette 
époque. Une autre remarque est aussi à faire au sujet de l'emploi du 
plâtre qui est général dans les monuments de Dahchour. J'ai même re- 
trouvé dans les diverses constructions les vases dans lesquels ce mortier 
avait été gâché; on y voit encore l'empreinte des doigts des maçons 
tracés dans la pâte humide. 

La porte fut ouverte avec toutes les précautions qu'exigeait le mau- 
vais état de la galerie et, dès les premières pierres enlevées, nous eûmes 
sous les yeux tous les objets placés dans une chambre exiguë à l'endroit 
où ils avaient été déposés par les prêtres de la xu e dynastie ou par la 
famille du mort. Là étaient des vases d'argile renfermant encore le limon 
des eaux du Nil, ici des pièces de viande embaumées, plus loin des plats 
aux mets desséchés. Dans un angle se trouvaient deux caisses, l'une 
renfermant des parfums contenus dans des vases d'albâtre soigneuse- 
ment étiquetés en caractères hiératiques, l'autre ne contenant que des 
sceptres, des cannes, un miroir de bois et des flèches dont les barbes 
sont d'une étonnante conservation. 

Jusque-là il était impossible de dire si celte tombe était celle d'un 
homme ou celle d'une femme; elle contenait des armes et des objets de 
toilette. Le seul indice que nous eussions trouvé était le cachet dont on 
avait scellé le coffret des parfums, il portait le nom du familier du roi 
Tesch-Senbet-f. 

Dès que tous les objets furent numérotés, qu'il eut été pris des cro- 
quis de leur position respective, et qu'enfin cette salle eut été vidée, on 
commença l'ouverture du sarcophage. De larges dalles de calcaire blanc 
de Tourah occupaient tout le fond de la chambre des oll'randes; elles 
composaient en même temps le solde celte salle et le couvercle du sarco- 
phage. 

Dès la première pierre soulevée, le cercueil de bois apparut couvert de 
feuilles d'or, orné de ses deux chevets et terminé en dos d'âne. Une in- 



— 17/i — 

scriplion d'or occupait toute la longueur du couvercle, elle nous donne 
le nom et le titre de la défaite: la princesse (ou fille royale) Noub-Hotep- 
ta-Khroudit. 

La caisse du cercueil, ornée elle aussi de feuilles d'or, était en bois 
naturel; seules les bandes d'or portant les inscriptions étaient encadrées 
d'un trait de peinture verte. 

Les inscriptions du couvercle lurent de suite copiées, puis détacbées 
avec le plus grand soin, car, la pâte qui les supportait étant devenue 
friable , elles tombaient au moindre eboe et il devenait impossible de les 
transporter avec le bois. 

La momie, bien que vierge, avait beaucoup souffert de l'humidité; il 
ne restait plus qu'un amas d'os, de bijoux etde poussières, enfermé dans 
les restes d'une enveloppe de plâtre entièrement dorée. Mais les objets 
n'avaient point été bougés et, en les retirant avec soin, il était aisé de re- 
trouver l'usage de chaque partie. 

A gauche étaient les cannes, les sceptres, le flagellum, curieux instru- 
ment fréquent dans les bas-reliefs des temples, mais qu'on n'avait jamais 
retrouvé aussi complet. Sur la tête étaient posés un diadème d'argent 
incrusté de pierres, un ureus et une tête de vautour d'or. Sur la 
poitrine j'ai rencontré le collier, orné d'une cinquantaine de pendentifs 
d'or incrusté et terminé par deux têtes d'éperviers d'or de grandeur na- 
turelle. Vers la ceinture était un poignard à lame d'or et aux bras et 
aux pieds des bracelets en or, ornés de perles de cornaline et d'émeraude 
égyptienne. 

Je n'insisterai pas sur la description de ce mobilier funéraire. Les 
bijoux, très pesants, sont d'un travail bien moins soigné que ceux de la 
découverte précédente. Les incrustations et les ciselures en sont compa- 
rativement grossières. 

La tête Je la momie était , comme d'usage, située au nord du tombeau ; 
à la gauche des pieds était la caisse à canopes, lamée d'or comme le cer- 
cueil et couverte de textes. 

Parmi les titres de la princesse Noub-Hotep, il n'est jamais fait men- 
tion qu'elle eut été reine et cependant j'ai rencontré dans son tombeau 
tous les attributs de la royauté. Peut-être est-elle morte avant l'avène- 
ment de son mari au trône, alors que celui-ci n'était que prince héritier? 

Les tombeaux du roi Hor et de la princesse Noub-Hotep, ainsi que 
les détails de leurs mobiliers funéraires montrent clairement que ces 
deux personnages ont été ensevelis à la même époque. Devons-nous ad- 
mettre (pie la princesse était soit la femme, soit la fille du souverain 



— 175 — . 

près duquel elle reposait? Jusqu'à plus ample informé, je suis pour ma 
part de cet avis. 

Eu même temps que s'opèrent les recherches , je rédige un compte- 
rendu très détaille' de leurs résultats. Ce récit fera l'objet d'un volume 
spécial dans lequel figureront tous les objets, les textes, les plans et les 
détails d'architecture. Je suis aidé dans ces travaux par MM. G. Legrain 
el G.Jéquier, membres de l'Institut oriental français du Caire , les égypto- 
logues du service des antiquités se trouvant retenus soit au musée de 
Gizeh, soit par les aulres fouilles entreprises par mon administration sur 
divers points de l'Egypte. 

Tels sont, Monsieur le Président, les résultats obtenus par mes re- 
cherches à Dahchour depuis le 1 o mars jusqu'au -20 avril. Pendant ce 
temps, des fouilles exécutées sur mon ordre dans la nécropole de Mtïr 
(moyenne Egypte) amenaient la découverte d'une tombe de la vi c dy- 
nastie renfermant une trentaine de statues et de statuettes de bois d'un 
grand intérêt; les unes représentent le défunt, les autres ses serviteurs 
et ses servantes occupés aux soins ordin aires de la vie. Cette curieuse sé- 
rie reproduit beaucoup des figures déjà connues par les bas-reliefs des 
mastabas de l'ancien empire et eu donne beaucoup de nouvelles. Elle 
était accompagnée de barques de bois munies de leurs rameurs et d'une 
foule d'objets divers. 

Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur le Président, l'expression de 
mon profond respect. 

J. de Morgan. 

M. Maspero présente, à la suite de la lecture de la lettre de 
M. de Morgan, les observations suivantes : 

La très intéressante communication que l'Académie vient d'en- 
tendre appelle quelques observations. Je suis heureux de voir que 
M. de Morgan se décide enfin à pousser ses recherches vers le 
centre de la pyramide de Dahchour; ce que nous savons des pyra- 
mides de la v e à la xn e dynastie a montré depuis longtemps qu'il 
faut chercher les chambres sous la pyramide et non dans la pyra- 
mide, comme il avait paru le penser tout d'abord. C'est sous la 
pyramide qu'il trouvera la chambre royale : il faut espérer qu'elle 
aura été creusée de façon à échapper aux infiltrations du Nil, et 
qu'elle ne sera point remplie d'eau, comme celles de Lislit et 
d'Illahoun, qui appartiennent à la même époque. 



— 176 — 

Le roi dont la momie a été découverte est inscrit dans ie Canon 
royal de Turin. L'orthographe Fou-ab-râ qu'en donne M. de Morgan 
renferme une erreur de lecture : le signe initial sonne aou, comme 
il est prouvé depuis une douzaine d'années, et le nom est Aou- 
ab-ri. M. de Morgan aurait trouvé dans un ouvrage populaire, tel 
que l'excellente Histoire d'Egypte de Wiedemann, deux rois por- 
tant ce nom, sous la forme pleine ÀoutouabrâM. Tous les deux ap- 
partiennent à la xiu" dynastie, et celui dont on vient de trouver 
la momie est vraisemblablement le premier des deux^ : son pro- 
tocole est modelé sur celui des Amenemhâît de la xn e dynastie, 
et, d'après le rang qu'il occupe dans la liste, on peut croire qu'il 
vivait environ un siècle et demi après Amenemhâît IV. Aussi bien 
connaissons-nous presque année par année la suite des rois de 
la xn e : peut-être découvrira-t-on vers ce temps les traces de 
quelque prince associé au trône, ou de quelque usurpateur, mais 
il y a aussi peu de chances d'y introduire un souverain nouveau 
ayant régné seul et légitimement qu'il y en a de pouvoir inter- 
caler un Bourbon nouveau entre Henri IV et Louis XVI. 

Voilà quelques-unes des observations sommaires que la lettre 
de M. de Morgan suggère à première vue; je n'insiste pas, et je 
préfère joindre mes félicitations à celles de l'Académie pour la 
belle découverte qu'il vient de faire. 

M. Hérox de Villefosse entretient l'Académie de découvertes 
fort importantes qui viennent d être faites à Cartilage par le P. De- 
lallre. Il s'agit de plusieurs sculptures trouvées sur l'emplacement 
du Capitole et ayant fait partie de l'ensemble décoratif d'un 
grand édifice. Deux de ces reliefs représentent des femmes ailées 
portant des cornes d'abondance chargées de fruits. Une troisième 
ligure, plus intéressante encore que les deux premières, est celle 
d'une Victoire ailée, couverte d'une draperie élégante et entourant 
de son bras droit un trophée compose d'armes romaines. Cette 

■ '' Wiedemann, /Egyptische GeschiclUe, p. a66, n" i'i (Ra-aulu-ab), et 
p. 37^1 , n n 70. 

'-> Lepsinb, Auswuhl <ler mîchtigstm Urkunden, pi. V, col. vu, fragment 7G. 

1. '1 ; col. i\, fragm. 98, 1. 6. 



— 177 — 

dernière figure porte encore des traces fort apparentes de peinture 
rouge et brune; la chevelure était dorée. Ces sculptures, qui re- 
montent probablement au premier siècle de notre ère ou au com- 
mencement du second, comptent parmi les plus intéressantes qui 
soient encore sorties du sol antique de Cartilage ; elles taisaient 
partie sans aucun doute de la de'coration d'un des e'difices les plus 
beaux de la ville. La découverte du P. Delattre est d'une grande 
importance au point de vue de la topographie romaine de Car- 
tilage W. 

MM. G. Boissier, Muntz et Collignon présentent quelques ob- 
servations au sujet de ces découvertes. 

M. de Mély achève la lecture de son mémoire sur un texte 
alchimique relatif à la formation des minéraux. 

M. Eugène Lefèvre-Pontalis lit un mémoire sur l'arc brisé et 
ses applications méthodiques dans ï Ile-de-France. 

Après avoir rappelé que l'architecture gothique ne fut pas le 
résultat d'un simple changement dans la forme des aies, mais 
qu'elle dérive avant tout de la découverte de la croisée d'ogives, 
AI. E. Lefèvre-Pontalis expose les systèmes proposés par de nom- 
breux archéologues pour expliquer l'origine de l'arc brisé. Il fait 
observer que l'étude des églises du Beauvaisis et du Soissonnais 
prouve que l'arc en tiers-point apparut tout d'abord autour des 
voûtes d'ogives, vers le début du règne de Louis VI, par suite 
dune véritable nécessité de construction, afin de remplacer le 
plein cintre surhaussé dont quelques architectes avaient fait usage 
notamment à Saint -Etienne de Beauvais et dans le déambula- 
ioire de Morienval. L'arc brisé fit son apparition méthodique au 
xii e siècle , d'abord dans les doubleaux et les grandes arcades des 
nefs, puis dans les portails et les baies des clochers, et en der- 
nier lieu dans les fenêtres et les arcatures. Si l'arc en tiers-point 
fut employé en Orient plusieurs siècles avant d'apparaître en Oc- 
cident, c'est seulement dans l'Ile-de-France que la fusion de la 

W Voir aux Commumcations, n° X (p. ig5). 



— 178 — 

voùle d'ogives et de Tare brisé produisit des conséquences fécondes 
pour l'architecture religieuse pendant la première moitié du 
xn e siècle. 



SEANCE DU 1 1 MAI. 

Le Secrétaire perpétuel communique à l'Académie une lettre 
par laquelle le secrétaire général de la Société nationale des 
beaux-arts informe le Président de l'Institut que, comme les 
années précédentes, les membres de l'Institut pourront entrer à 
l'Exposition du Champ-de-Mars sur la présentation de leur mé- 
daille. 

M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts com- 
munique à l'Académie, avant de le faire publier au Journal officiel, 
le rapport de M. Homolle, directeur de l'Ecole française d'Athènes, 
sur les fouilles de Delphes M. 

M. Helzey, sur l'invitation du Secrétaire perpétuel, donne lec- 
ture du rapport de M. Homolle et accompagne cette lecture de 
quelques remarques sur les photographies qui y sont jointes. 

La nouvelle campagne, engagée ce printemps même, a donné 
dès les premiers mois des résultats importants, et tout annonce 
que cette année sera l'année décisive pour les découvertes. 

En partant du Trésor des Athéniens, où l'on avait trouvé l'an 
dernier tout un ensemble de sculptures et de nombreux docu- 
ments épigraphiques (parmi lesquels le précieux texte, avec 
notation musicale, d'un hymne à Apollon), on a déblayé l'empla- 
cement occupé par le Trésor des Béotiens, dont l'exploration a 
fourni aussi nombre d'inscriptions. Puis on a commencé à ren- 
contrer de nouvelles sculptures d'un très beau style archaïque, 
provenant d'un grand édifice, qui doit être le temple même 
d'Apollon. Le rapport permet de comprendre une dépêche en- 
voyée précédemment par M. Homolle et rendue obscure par une 
erreur dans l'ordre des mots. Ces sculptures appartiennent à doux 

(1) Voir aux Communications, n" XI (p. sof>). 



— 179 — 

séries distinctes : il y a d'abord des caryatides, puis les morceaux 
déjà nombreux d'une frise sculptée. 

Les caryatides, dout M. Homolle" a pu reconstituer le type, à 
l'aide de deux têtes, d'un torse et de plusieurs débris, rap- 
pellent à beaucoup d'égards l'archaïsme élégant et délicat des 
statues de femmes découvertes sur l'Acropole d'Athènes. Ici seule- 
ment les coiffures, très recherchées, sont surmontées d'un haut 
cylindre ou polos, qui porte lui-même un petit bas-relief circu- 
laire. 

La frise n'est pas divisée en métopes; c'est une frise continue, 
comme la frise de la cella du Parthénon, avec laquelle elle offre 
même une remarquable analogie de composition. On y voit éga- 
lement des processions de chars et de cavaliers au galop, dont 
l'allure est pleine de mouvement et de vie, malgré certains détails 
encore primitifs de l'exécution. H y a aussi un groupe de trois 
divinités assises, qui assistent au défilé et au premier rang des- 
quelles est Minerve. Les deux autres, dont l'une touche familière- 
ment le visage de sa compagne, sont d'un sentiment qui donne 
déjà de la grâce même aux draperies parallèles dont elles sont 
vêtues. 

M. Homolle relève le caractère attique de cette frise et aussi 
des caryatides. Il constate que les artistes employés, comme on 
sait, par la grande famille athénienne des Alcméonides à la re- 
construction du sanctuaire de Delphes ont conçu d'avance et 
semblent essayer un plan de décoration qui recevra, un siècle 
plus tard, son parfait développement dans les édifices de l'Acro- 
pole d'Athènes. 

Les photographies annexées au rapport ne donnent qu'une 
partie des sculptures aujourd'hui retrouvées. Un prochain envoi 
fera connaître les découvertes qui se poursuivent et qui déjà 
s'étendent à un côté presque complet de la frise. On peut dire 
que les espérances que l'on avait conçues, et dont M. Homolle 
avait accepté la responsabilité, sont en pleine voie de réalisation. 
Dès maintenant les résultats obtenus justifient la confiance des 
pouvoirs publics et le généreux concours du Parlement. 

Le Secrétaire perpétuel, en remerciant M. le Ministre de la 



— 180 — 

communication de ce rapport, lui dira le vif intérêt qu'inspirent 
à l'Académie ces belles découvertes. 

M. Clermont-Ganneau annonce à l'Académie que M. Duiï- 
ghello a fait don au Musée du Louvre des objets communiqués 
en son nom dans la séance du 20 avril dernier (I ). 

L'Académe se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. Oppert communique 
à l'Académie un petit fragment qui n'aurait pas une grande im- 
portance s'il n'était pas un unicum dans son genre. Pendant un 
séjour en Angleterre, Tannée dernière, M. Bezold communiqua 
à M. Oppert (et il vient de lui en envoyer un dessin exact) un 
fragment de brique couvert d'une très belle écriture en carac- 
tères perses. Il n'existe de cette écriture que les inscriptions 
gravées sur marbre, ou autre pierre dure, sur les rochers de 
Behislun, dans les palais de Persépolis, Suse, Ecbatane et dans 
quelques autres lieux. Mais jamais on n'avait trouvé jusqu'ici un 
texte perse gravé sur brique. Malheureusement le fragment est 
très fruste, il manque le commencement des lignes, et les lignes 
qui subsistent, quoique très lisibles, ne peuvent pas nous ren- 
seigner sur le vrai sens du document. Cette mutilation est d'au- 
tant plus regrettable que l'inscription semblait être une prière, 
relative à la victoire d'Ormazd sur Ahriman. Voici ce qu'on y 
lit : 

. . '.dus [maii | l'ennemi. . . . 

. . .dahyâva . . .les pays 

. . . m aia .... qu'a tué 

â Auramaz . . . . Ormazd 

zanaiy zatâ . . .on tuant lo tueur 

ram 

i) (icliij . . .est 



M Voir plus liant, p. 128. 



— 181 — 

oanà tara 

. . . . >j ar ti/am le 

. . . . iy vimà ... 

khsdyaihi roi 

kartam .... est fait 

On voit que le résultat de la lecture de ce petit fragment d'in- 
scription n'est pas très considérable; mais le fait même de sa dé- 
couverte peut promettre des éclaircissements encore trop clairseme's 
sur la religion des Perses et sur le vieux culte de Zoroastre. 



SÉANCE DU l8 MAI. 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse 
au président de l'Académie des détails sur un nouveau musée 
que l'on vient d'inaugurer près de la basilique de Saint-Grégoire 
cl. sur le temple de Jupiter Anxur, remis au jour par le municipe 
de TerracineO. 

Sur le rapport qui lui est fait par la commission des Ecoles 
françaises d'Athènes et de Rome, l'Académie désigne à la Société 
centrale des architectes, pour la médaille qu'elle décerne tous 
les ans à un membre de ces deux écoles, M. Toutain, ancien 
membre de l'Ecole de Rome, en raison de ses fouilles du temple 
de Saturne, sur le mont Bourkorneïn, auprès de Carthage, et de 
ses fouilles au théâtre de Ghemtou. 

M. Oppert lit un mémoire sur les inscriptions cunéiformes 
trouvées en Arménie et rédigées dans une langue inconnue, que 
M. de Mély a lait parvenir à l'Académie. On n'a pu réussir jus- 
qu'ici à les interpréter d'une façon satisfaisante et ce n'est que 
grâce à de nouvelles études qu'on réussira à trouver la clef de 
ces documents mystérieux. 

O Voir aux Communications, n° XII (p. aii). 



— 182 — 

M. R. de Maulde lit un mémoire sur Y Œuvre historique de Jean 
(VAuton. Cette œuvre tient une place de premier ordre parmi les 
sources de l'histoire de France, car elle est due à un histo- 
riographe officiel, parfaitement renseigné, et s'applique à une 
époque peu connue, pour laquelle il n'y a pas de mémoires. Il est 
donc intéressant d'en déterminer la valeur; mais c'est un problème 
difficile, que seul Paul Lacroix a essayé de résoudre, sans y 
avoir complètement réussi. M. de Maulde établit que Jean d'Au- 
ton s'appelait Auton et non Anton, qu'il était Saintongeais et non 
Dauphinois, religieux bénédictin et non augustin, qu'il naquit 
vers 1A67 et ne fit pas parler de lui avant 1^99, année où il 
arriva à la cour sous les auspices d'Anne de Bretagne. Sa chro- 
nique devint ensuite officielle, et lui-même fut nommé chape- 
lain du roi. Dégoûté par les critiques adressées à son œuvre, 
tombé en défaveur près de la reine, il cessa (quoi qu'en dise 
Paul Lacroix) d'écrire en i5o8, et ne s'occupa plus que de poésie. 
Destitué par François I er , il rentra dans son couvent en 1 5 18 et 
y mourut en 1628 W. 

M. Théodore Reinach fait une communication sur un orfèvre 
célèbre de l'antiquité, mentionné par Pline sous le nom d'Acra- 
gas. M. Reinach montre que cet artiste n'a jamais existé, et que 
les œuvres d'art qui ont fait croire à son existence sont des 
coupes en argent ciselé dans le fond desquelles était encastrée 
une médaille d'Agrigente : les plus belles de ces médailles por- 
tent, en effet, pour toute légende le nom AKRAGAS, c'est-à- 
dire Agrigente. Il existe encore des coupes analogues ornées de 
médailles de Syracuse. 

M. Specht, membre de la Société asiatique, lit une note sur 
les manuscrits de Stanislas Julien. Ce savant avait légué ses pa- 
piers à son élève de prédilection, M. le marquis d'Hcrvey-Saint- 
Denis, qui lui a succédé au Collège de France; une notable par- 
tie de ces papiers sont passés dans les mains de M. Specht, qui 

(1) Voir aux Communicatkiinh, ii° XIII (p. a 1 3). 



— 183 — 

les offre à l'Académie, ainsi qu'un ouvrage chinois 1res rare, sur 
rhisloire de l'écriture clans l'extrême Orient, le Ckou-sse-Kouii- 
yao. 

M. Speclil fait ressortir l'importance des travaux inédits de 
l'illustre sinologue. Il signale en outre la traduction de la chro- 
nique bouddhique Fo-tsou-tong-Jci , que Stanislas Julien avait pré- 
parée pour l'impression et qui n'a pas été publiée M. 

Le Président remercie M. Specht pour le don, qu'il vient de 
faire à l'Académie, de ces précieux documents. 

L'Académie décide, en outre, que la traduction de la chro- 
nique bouddhique Fo-tsou-tong-ki pourra être publiée dans le 
Recueil des notices et extraits des manuscrits, et, selon l'usage, ren- 
voie au préalable ce manuscrit à l'examen de la Commission des 
travaux littéraires. 

L'Académie se forme en comité secret. 



SÉANCE DU 2 5 MAI. 

M. Daumet, membre de l'Institut, président de la Société cen- 
trale des architectes, dans une lettre qu'il adresse au Secrétaire 
perpétuel, annonce que la grande médaille d'argent de la Société 
sera remise à M. Toutain, ancien membre de l'Ecole de France 
à Home, lors de la distribution solennelle des récompenses qui 
aura lieu, pendant le congrès des architectes français, le samedi 
16 juin. 

M. Geokel Saloman, membre de l'Académie royale suédoise 
des Beaux-Arts, adresse à l'Académie, avec une photolithographie 
d'une restauration de la Vénus de Milo, une note dans laquelle 
il fait connaître que le résultat de ses études donne à la statue le 
caractère de Venus Victrix. 

Le Président annonce la mort de M. Hodgson, le plus ancien 
(l) Voir aux Communications, n° XIV (p. 219). 



— \M — 

des correspondants étrangers de l'Académie, à qui Eugène Bur- 
nouf avait dédie' son introduction à l'histoire du bouddhisme in- 
dien et qui a publié différents travaux sur l'Inde, où il avait été 
résident du gouvernement anglais. 

L'Académie se forme en comité secret pour entendre la lecture 
du rapport de la Commission du prix Gobert sur le concours de 
cette année. 

La séance étant redevenue publique, M. Oppert, poursuivant 
ses études sur les inscriptions cunéiformes trouvées en Arménie, 
critique la traduction qui en a été donnée dans un ouvrage russe. 
L'auteur, M. Nikolski, a surtout suivi les savants anglais; M. Op- 
perl. rectifie sa version. Ainsi, une phrase souvent répétée est ainsi 
rendue par ses devanciers : rrJ'ai prié aux dieux de Haldi, aux 
dominateurs puissanls, et j'ai donné à Kuliyani son pays, le 
prince Argistis; je me suis rapproché au dieu de Haldi. Argistis 
dit : La ville de Durabani, de Kuliyani la terre, v 

Il faut traduire : «Aux dieux sont soumis les maîtres et les 
esclaves. J'ai imposé Kuliyani comme roi, moi qui suis Argistis, 
le roi soumis aux dieux! 

« Je suis Argistis. La ville de Durabani a été prise et Kuliyani 
en est le roi. 1 " 

M. Le Blant a la parole pour une communication : 
Si l'Académie veut bien me le permettre, j'aurai l'honneur 
de l'entretenir dans la prochaine séance de deux déclamations 
attribuées à Quinlilien et qui sont intitulées : Le sépulcre en- 
chanté et Le breuvage de haine (Sepulcrum incantatum, Potio odu). 
Pour singuliers qu'ils nous paraissent aujourd'hui, les thèmes 
de ces discours, composés pour servir de modèles dans les écoles, 
n'ont dans le fond, ni par le détail, rien que de conforme à ce 
qui nous est connu des idées répandues dans le vieux monde 
romain. C'est ce que me parait montrer leur examen au point 
de vue archéologique et c'est là ce que je tenterai de faire res- 
sortir. 



— 185 — 

M. H. Oniont achève la lecture du mémoire de M. Robiou sur 
l'Elut religieux de la Grèce et de F Orient au siècle d'Alexandre. 



SEANCE DU 1 er JUIN. 



L'Académie se l'orme en comité secret pour la discussion du 
rapport de la Commission du prix Gobert. 

La séance étant redevenue publique, il est procédé au vote 
pour l'attribution du premier prix Gobert. 

Il y a 36 votants; majorité, îg. 

Au premier tour de scrutin, M. Giry obtient 22 suffrages; 
M. Godefrov, 12; il va 2 bulletins blancs. 

En conséquence, le premier prix Gobert est décerné à M. Giry 
pour son Manuel de diplomatique. 

La Commission se réunira vendredi prochain pour présenter 
le candidat au second prix Gobert. 



SÉANCE DU 8 JUIN. 

MM. A. de Barthélémy et A. Croiset sont élus membres de la 
Commission de vérification des comptes de l'Académie pour l'an- 
née 1893. 

L'Académie se l'orme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Président t'ait connaître 
les résultats des concours pour les prix Saintour et Brunet. 

La Commission du prix Saintour accorde une récompense de 
2,000 francs à M. Hartwig Derenbotirg, pour son autobiographie 
d'Ousàma. De plus, eu égard au mérite exceptionnel des ouvrages 
présentés au concours, la Commission a décidé d'accorder une 
somme de 5oo francs, à titre d'encouragement : i° à M. Casa- 
nova, pour une série de mémoires ayant trait à l'histoire et à 

txii. i3 



— 186 — 

l'archéologie de l'Egypte; 2° à M. Victor Henry, pour sa traduc- 
tion des livres YII el XI 11 de YAtharva Véda. 

La Commission du prix Brunet attribue une récompense de 
9,000 francs à M. Maurice Tourneux, pour les deux premiers vo- 
lumes de sa Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution 
française; une deuxième récompense de 1,000 francs à l'eu 
M. Auguste Gastan, pour son Catalogue des incunables de la biblio- 
thèque publique de Besançon; une troisième récompense de ooo francs 
à M. Philippe Renouard, pour sa Bibliographie des éditions de Si- 
mon de Colines, et enfin une quatrième récompense de 5oo francs 
à M. Julien Vinson, pour son Essai d'une bibliographie de la langue 
basque. 

M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts 
transmet à l'Académie, de la part de M. le Directeur de l'Ecole 
francaisede Rome, deux mémoires de MM. H. Graillot et Ch. Rourcl 
de la [foncière, membres de cette école. Le premier de ces mé- 
moires est intitulé : Essai sur l'histoire du culte de la Magna mater 
dans la ville de Rome; le second : Mémoire sur les marines militaires 
du moyen âge. 

Renvoi à la Commission des Écoles françaises d'Athènes et de 

Rome. 

M. Edm. Le Rlant commence la seconde lecture de son mé- 
moire sur les déclamations de Quintilien intitulées : Le sépulcre 
enchanté et Le breuvage de haine. 

M. Héron de Villefosse communique à l'Académie la copie 
d'une inscription latine trouvée à Gourbata (Tunisie) (1) . Cette 
copie a été relevée par M. Tellier, ingénieur des ponts et chaus- 
sées, chargé du service des oasis. C'est un texte malheureusement 
incomplet qui mentionne la civitas Tigensium; il a été gravé sous 
Domitien et nous fournit en outre le nom d'un légat de Numidie 
qui n'avait pas encore été rencontré dans l'épi graphie africaine, 
mais qui était cité par d'autres docuinenls. Ce personnage est un 

(') Voir aux CoHHtuiiciTioNs, n° W (p. aa8). 



— 187 — 

célèbre jurisconsulte, L. Iavolenus Prisais, le chef de l'école sabi- 
nienne et le maître de Salvius Julianus; il ve'cut sous quatre 
empereurs, Domilien, Nerva, Trajan et Hadrien. Sa carrière était 
déjà connue par une inscription de Dalmatie; l'inscription de 
Gourbata permet cependant de fixer la date de son gouvernement 
de Numidie. Iavolenus commandait l'armée d'Afrique en l'année 83. 
C'est probablement en quittant ces fonctions qu'il parvint au con- 
sulat .La copie de M. Tellieraété transmise à M. Héron de Ville- 
fosse par M. Edouard Blanc, inspecteur des forets, autrefois 
chargé d'une mission en Tunisie. 

M. E. Babelon l'ait une communication sur une trouvaille de 
monnaies primitives en électrum, faite récemment à Samos. Ces 
curieuses pièces , qui viennent d'être acquises pour le Cabinet des 
Médailles, remontent au moins au milieu du vn e siècle avant 
notre ère, et elles doivent compter parmi les plus anciens produits 
de l'art monétaire. Leurs types sont variés : tête de lion, aigle 
volant, aigle dévorant un lièvre, rosace, bélier couché. Elles sont 
taillées suivant le système dit euboïque, dont l'étalon est un statère 
de 17 gr. 52; leur taille est d'une régularité mathématique, de- 
puis le statère jusqu'à l'obole. Cette trouvaille a permis à M. Ba- 
belon de déterminer l'ensemble du monnayage primitif de Samos 
et d'établir que le système pondéral appelé euboïque est d'origine 
samienne : c'est de Samos qu'il fut importé dans l'île d'Eubée, 
d'où il devait se répandre dans tout le monde grec. 



séance du 1 5 J 



U1N. 



M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, par 
une lettre qu'il adresse au Secrétaire perpétuel, transmet à l'Aca- 
démie le désir que lui a exprimé le directeur de l'École française 
d'Athènes de voir prolonger, pendant une k' année, le séjour de 
M. Millet à ladite Kcole. 

La lettre du Ministre est renvoyée à la Commission des Écoles 
françaises d'Athènes et de Borne. 

i3. 



— 188 — 

Le Président annonce la mort de M. William Whitney, corres- 
pondant de l'Académie, savant orientaliste, de New-Haven (Con- 
necticul), et rappelle ses mérites. 

L'Académie se forme en comité' secret. 

La séance étant redevenue publique, l'Académie procède au 
vote pour le second prix Gobert. 

Le prix est attribué par un vote unanime à M. l'abbé Marchand, 
pour sou ouvrage intitulé : Le maréchal François de Scépeaux de 
Vieilleville et ses mémoires. 

M. Edm. Le Blant achève la seconde lecture de son mémoire 
sur les déclamations de Quintilien intitulées : Le Sépulcre enchanté 
et Le breuvage de haine. 

M. Foucart commence une seconde lecture de son mémoire sur 
Les origines et la nature des Mystères d'Eleusis. 

M. Maspéro fait remarquer, au sujet d'un passage de ce mé- 
moire, que les Égyptiens ont toujours circulé par le inonde. 
Seulement, à l'époque grecque, leurs voyages étaient moins fré- 
quents : d'où le préjugé que les Égyptiens ne parcouraient pas les 
mers. 

M. Mïïntz t'ait une seconde lecture de son mémoire sur Les col- 
lections des Médicis au \vi c siècle. 



SEANCE DU ÎÎ2 JUIN. 



Le Ministre de l'instruction publique adresse au Secrétaire 
perpétuel l'ampliation d'un décret présidentiel autorisant l'Aca- 
démie des inscriptions cl belles-lettres à accepter la donation in- 
duise d'une rente de 1,000 francs que M. de Courcel lui a faite, 
en même temps qu'à l'Académie française et à L'Académie des 
sciences morales et politiques. 



— 189 — 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture du décret. 
Après cette lecture, l'Académie, par un vote unanime, accepte 
définitivement la donation qui lui est faite. 

M. le Directeur de renseignement supérieur transmet à l'Aca- 
démie la copie du rapport de M. Gefïroy, directeur de l'Ecole 
française de Rome, sur les travaux des membres de l'Ecole, 
ainsi que deux mémoires de MM. Deloye et G. Goyau, membres 
de ladite École. 

Renvoi à la Commission compétente. 

r 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, dans une 
lettre qu'il adresse au Président, donne des nouvelles archéolo- 
logiquesW. 

M. Longnon, au nom de la Commission des Antiquités de la 
France, communique les résultats du concours. 

La liste des ouvrages récompensés est arrêtée de la manier 
suivante : 

i re médaille. — M. Guilhiermoz, Enquêtes et procès ; étude sur lu 
procédure et le fonctionnement du Parlement au xv e siècle. 

2 e t médaille. — M. Héron, Œuvres de Robert Blondel, historien 
normand du .vv c siècle. 

3 e médaille. — MM. Merlet et Clerval, Un manuscrit charlrain 
du Ai c siècle : Fulbert , évêque de Chartres ; martyrologe à l'usage de 
V église de Chartres, etc. 

i re mention honorable. — M. Gsell, Recherches archéologiques 
en Algérie. 

2 e mention. — M. Isnard, Livre des privilèges de Mannsque. 

3" mention. — M. Bertrand de Broussillon, La maison de Craon 
(io5o-iâ8o); étude historique, accompagnée du cartulaire de Craon. 

h e mention. — Los RR. PP. Belon cl Balme , Jean Bréhal, 
grand inquisiteur de France, et la réhabilitation de Jeanne d'Arc 

5 e mention. — M. Le comte do Beauchesne, Le château do la 
Roche-Talbot et ses seigneurs. 

■ [l Voir aux CoiMI v<:\no\s, n" XVI (p. 33(9). 



— 190 — 

6 e mont ion. — M. do Trémault, Cartulaire de Marrhoutier pour 
le Venddmois. 

M. Sbnart, au nom de la Commission du prix Stanislas Julien, 
fait le rapport suivant : 

La Commission du prix Julien a décidé de partager le prix 
entre : 

M. de Groot, professeur à l'Université de Leyde, pour son ou- 
vrage intitulé : Le Code de Mâhâyanâ en Chine, son influence sur 
la vie monacale et sur le monde laïque; et M. Cha vannes, pour son 
ouvrage intitulé : Mémoire composé à l'époque de la grande dynastie 
Tang sur les religieux éminents qui allèrent chercher la loi dans le 
pays d'Occident par 1-lsing, traduit et commenté. 

M. Ph. Berger, au nom de la Commission du prix Bordin, dont 
le sujet mis au concours était : «• Etudier, d'après les récentes dé- 
couvertes, la géographie et la paléographie égyptiennes et sémi- 
tiques de la péninsule sinaïtique jusqu'au temps de la conquête 
arabe 75, fait connaître que la Commission, à l'unanimité, a décerné 
le prix au seul mémoire adressé au concours et qui a pour épi- 
graphe : ff Le Sinaï est en quelque sorte la montagne de l'Egypte* 
(Renan). 

Le Secrétaire perpétuel ouvre le pli cacheté qui accompagnait 
lo mémoire et y lit, avec la répétition de la devise, le nom de 
M. (leorges Bénédite. 

En conséquence le prix Bordin est décerné à M. Georges Bé- 
nédite. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. Oppert continue la 
lecture de son mémoire sur les textes cunéiformes trouvés on \i- 
méuie. Tl examine et rejette les idées exposées jusqu'ici sur l'un 
des auteurs royaux de ces textes, le roi Argistis, qui vivait vers la 
(in du vm e siècle avant l'ère chrétienne. Il démontre que le con- 
quérant arménien qui grava le récit de ses exploits sur les 



— 191 — 

rochers des montagnes de l'Asie Mineure, est bien celui qui est 
cité dans les documents assyriens. Les rois d'Assyrie n'ont jamais 
osé attaquer les rois d'Arménie défendus par la chaîne du Cau- 
case; ils préféraient avoir avec ces princes des rapports d'amitié. 
Mais M. Oppert insiste à cette occasion sur l'énorme difficulté que 
présente l'interprétation de ces textes, où tout est à chercher et 
où jusqu'ici rien n'a été trouvé. Les textes d'Argistis rendent sur- 
tout compte de ses campagnes dans le Nord de l'Asie Mineure et 
dans le Caucase, et sont d'une grande importance pour la géo- 
graphie antique de ces contrées. 

Le texte d'un fils d'Argistis, qui se trouve parmi les photogra- 
phies remises à l'Iustilul, peut être de Rusos, dont M. Lehmann 
a dernièrement constaté l'existence, ou de Sarduri, dont un des 
textes contient plusieurs caractères assyriens qui peuvent mettre 
sur la voie d'une interprétation partielle. 

L'Académie désigne comme lecteurs : i° pour la prochaine 
séance trimestrielle de l'Institut, M. YIuntz; 2° pour la séance 
publique annuelle des cinq académies, M. Collignon. 

M. de Mas-Latrie présente, pour le prochain concours des An- 
tiquités de la France, les deux ouvrages suivants : 

i° Fouillé historique du diocèse d'Agen pour F année ilSg, par 
M. l'abbé Durengues (Agen, 189/1, in-8°). 

2 Lacrimœ Nicossienses. Recueil d'inscriptions funéraires, la 
plupart françaises, existant encore dans l'ile de Chypre, par le 
major Tankerviile J. Chamberlayne, tome [(Paris, 189/1, in-/i ). 

M. Foucart continue la seconde lecture de son mémoire sur 
Les origines et la nature des mystères d'Eleusis. 



192 



SEANCE DU 29 JUIN. 

Aussitôt après la lecture du procès-verbal, le Président pro- 
nonce les paroles suivantes : 

rcLe malheur qui a frappe, il y a quelques jours, la France 
et une famille respecle'e nous plonge dans un deuil profond dont 
nous irons porter le témoignage dimanche prochain aux funérailles 
de M. Carnot. 

«Dans ces circonstances, suivant l'exemple des académies qui 
ont eu à se réunir cette semaine, je lève la séance en signe de 
deuil. ^ 



193 



COMMUNICATIONS. 



N°IX. 

LETTRE DE M. GEFFROV. DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME. 

Rome, le 1" mai 189/1. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Des fouilles récemment pratiquées dans cette partie de la 
villa Adriana où se trouvait le Canope par M. Sortais, ar- 
chitecte pensionnaire de l'Académie de France à Rome, ont 
complété et corrigé les travaux de Piranesi et de Ganina. Le 
portique, en avant de l'hémicycle au fond ducpie! se trouvait 
le sacrarium, à l'extrémité de la vallée, se composait de quatre 
colonnes, et non de douze groupées par couples de deux. 
Il n'y avait donc que trois entrecolonnements au lieu de sept, 
ce qui change considérahlement le caractère du plan et du 
motif principal. Au lieu d'une grande nappe d'eau, au bas de 
la grande niche du fond, il y avait deux canaux concentriques, 
où se déversaient les fontaines des niches latérales, et un petit 
bassin central. Canaux et bassin alimentaient le grand canal. 
Des dallages en marbre, reliés par de petits ponts, permet- 
taient de circuler entre ces canaux. 

Les nombreux fragments retrouvés c\e bases ou de fûts de 
colonnes et de chapiteaux indiquent clairement que l'ordre du 
portique était ionique et non pas égyptien, comme Canina et 
d'autres l'ont supposé. Seuls les vases et statues, retrouvés en 
si grand nombre à la fin du siècle dernier dans le Canope. 
étaient de style égyptien ou pseudo-égyptien. 

Les dessins représentant l'état actuel et le détail des fouilles 



— 194 — 

figurent à l'exposition de l'Académie de France, en attendant 

la restitution que M. Sortais prépare. 

Un autre pensionnaire de l'Académie de France, M. Pon- 
tremoli, architecte, expose des études sur l'arc de Trajan à 
Ancône. Il a reconnu des rostres dans les prétendues guir- 
landes de bronze qui décoraient, selon Ganina, plusieurs par- 
ties de l'arc. 

Dans la séance finale de l'Institut de correspondance archéo- 
logique allemand, M. Zangemeister a rendu compte des tra- 
vaux entrepris pour reconnaître le Urnes germameus. Il a insisté 
sur une découverte d'un intérêt spécial. Extérieurement au 
mur qui constitue le limes, et parallèlement, on a trouvé un 
fossé dans le fond duquel est une série de pierres debout 
fichées dans le sol. On a conjecturé que ce pouvait être la 
ligne tracée par les géomètres romains avant la construction 
du mur, une ligne de démarcation analogue à ce qu'était le 
siilcus primigeuius, ce sillon de la charrue par où commençait 
la fondation d'une ville antique : on se rappelle le récit de 
Plutarque sur les commencements de la Roma qmirata. 

Il est à souhaiter, a dit M. Zangemeister, que des fouilles 
attentives au pied des murs primitifs soit de Rome, soit des 
autres villes italiques, permettent de constater si quelque pareil 
débris subsiste de leur sulcus primigeuius. Ce serait compléter 
utilement ce qu'on découvre aujourd'hui jusque dans les ter- 
ramares concernant la construction des premières clôtures 
et l'orientation primitive. 

Au Palatin, dans le stade, des fragments d'antiques con- 
duites de plomb retrouvés parmi les débris des récentes 
fouilles attestent par leurs inscriptions l'époque d<> Domition: 
mais il subsiste que diverses époques de l'empire apparaissent 
réellement dans les constructions du stade dit de Domitieiî. 



— 195 — 

On continue à trouver d'assez beaux débris de statues à 
l'angle de la via Firenze et de la rue du Vingt-Septembre, là 
où se construit la nouvelle église épiscopale américaine. C'était 
l'emplacement d'une riche demeure antique : voir mes précé- 
dents lettres. 

Le musée de la villa Papa Giulio, aux portes de Rome, 
vient de s'enrichir d'un très beau sarcophage étrusque en 
terre cuite, provenant de Cervetri, fort habilement restitué, 
et datant sans doute du vi e siècle. 

. La seconde livraison du plan de Rome de M. Rod. Lan- 
ciani vient de paraître. Elle abonde en informations absolu- 
ment nouvelles- sur la via Flaminin , le Pincio, le Castro pretono , 
le Vivarium, etc. 

Agréez, etc. 

A. Geffroy. 

N° X. 

RAPPORT DE M. HERON DE VILLEFOSSE SUR DES DECOUVERTES FAITES À 
CARTIIAGE PAR LE R. P. DELATTRE PENDANT LES PREMIERS MOIS DE 
L'ANNÉE l<So,/l. LU DANS LA SE'ANCE DU k MAI l8()4. 

■ 

Dès les premiers jours de février, le R. P. Delattre a repris 
les fouilles delà nécropole punique; cette exploration, conduite 
avi'c méthode, a donné d'intéressants résultats. Divers objets 
importants ont été recueillis, notamment une nouvelle série 
de dix-sept poids, en plomb ou en étain. Les plus grands seu- 
lement sont bien conservés. L'un d'eux pèse 97 grammes, ce 
qui correspond exactement au poids de la plus grosse monnaie 
punique de la collection de Saint-Louis de Carthage. Un autre, 
pesant 1 1 gr. 5. correspond également au poids d'une autre 
monnaie. 



— 196 — 

Une nouvelle série de scarabées a été aussi découverte; les 
empreintes ont été soumises à l'examen de M. Maspero qui à 
bien voulu en envoyer les traductions au R. P. Delattre. La 
plupart de ces scarabées sont de l'époque grecque, quelques- 
uns remontent à l'époque saïte. 

Des poteries et plusieurs vases peints, décorés de figures 
d'ancien style, sont également sortis de terre : le R. P. Delattre 
se réserve d'en parler ultérieurement. 

Enfin, dans une des fouilles, au sud-ouest de la colline de 
Saint-Louis, notre zélé correspondant a trouvé la partie infé- 
rieure d'une figure en marbre qui mesure en hauteur, avec le 
socle, o m. 5i. La statue devait avoir environ 1 mètre : c'est 
relie d'une femme drapée; le poids du corps repose sur la 
jambe droite. Sur la plinthe à droite on remarque le fragment 
d'un tronc d'arbre autour duquel s'enroulait un serpent. Il est 
certain que ce marbre représentait une Hygie; cela ressort de 
l'arrangement même de la draperie et de la présence du ser- 
pent. Malheureusement la tête, la poitrine et les bras de la 
déesse manquent ainsi que la partie supérieure du tronc d'arbre 
et la tête du serpent. 

Une autre découverte a été faite derrière l'amphithéâtre. 
On y a trouvé un cheval en ronde bosse d'un travail remar- 
quable. La matière dans laquelle il est sculpté est une sorte 
de saouân gris bleuâtre, à grain excessivement lin, qui doit 
provenir des carrières de la province proconsulaire d'Afrique. 
Malheureusement la tête n'a pas été retrouvée; on a recueilli 
seulement de menus fragments des jambes; un morceau de 
queue acheté à un Arabe, il y a plusieurs années, paraît lui 
avoir appartenu, (le cheval mesure encore 1 m. 65 do lon- 
gueur. La photographie envoyée donne l'impression d'un tra- 
vail élégant et soigné. — En passant la main sur le liane. 



— 197 — 

écrit le P. Delattre, on sent tous les détails des muscles et les 
ondulations des côtes; lorsque la matière est échauffée par les 
rayons du soleil on éprouve, en la palpant, l'impression d'un 
corps vivant. — C'est une pièce de choix, qui mériterait d'être 
reproduite par la photogravure, malgré ses mutilations. Ce 
cheval ne portait pas de cavalier; il était représenté seul ou 
groupé avec une figure virile à pied, comme le sont souvent 
les chevaux des Dioscures à l'époque romaine. Les chevaux en 
ronde hosse de cette dimension ne sont pas communs et la 
rareté du sujet ajoute encore un nouveau prix à ce monument. 

Mais ce qui est surtout important a signaler parmi les ré- 
sultats de celte campagne de fouilles, c'est la découverte de plu- 
sieurs grands reliefs d'une dimension peu ordinaire et d'un 
intérêt exceptionnel. Ils ont été trouvés, près de la nouvelle 
cathédrale de Carthage, par déjeunes élèves du séminaire des 
Pères-Blancs, appartenant aux classes de philosophie et de 
théologie. Ces futurs missionnaires consacrent chaque jour 
leur récréation à manier la pioche et à faire des fouilles sous 
la direction du R. P. Delallre. C'est ainsi qu'ils se préparent 
aux rudes travaux des missions de l'Ouganda, du Tanganika, 
du Nyassa et du Haut Congo. 

Les deux premiers de ces reliefs représentent chacun une 
femme ailée, portant une corne d'abondance chargée de 
fruits (raisins, ligues, pommes, etc.), au milieu desquels 
émergent des épis de blé. Ces deux figures étaient destinées à 
se correspondra dans un grand ensemble décoratif. En effet, 
l'une porte la corne d'abondance au bras droit tandis que 
l'autre la porte au bras gauche; toutes deux ont un bras re- 
plié au-dessus de la tête et soutiennent de leur main restée 
libre la masse des fruits débordant de la corne. Les torses 
sont drapés , mais les bras sont entièrement nus. La bouche est 
légèrement entr'ouverte. La chevelure, rejetée en arrière et 



— 198 — 

nouée en chignon sur la nuque, est ondulée au-dessus des 
tempes; elle est serrée par une petite bandelette; sur la partie 
ronde du crâne elle ne parait avoir été indiquée que très som- 
mairement. Les plumes des ailes sont traitées avec une grande 
netteté qui manque parfois de délicatesse. Les cornes d'abon- 
dance sont ornées d'arabesques. Les deux figures tournées 
vers les cornes d'abondance se détachent en haut relief sur un 
fond décoré d'une guirlande de feuillage qui surmonte les télés 
et dont les bandelettes, tombant de chaque côté, encadrent 
la composition. Les parties inférieures de ces grandes figures 
n'ont pas été retrouvées; il est probable qu'elles ont été ré- 
duites en poussière : l'une des figures est cependant intacte 
depuis la ceinture; l'autre est moins complète, la poitrine 
manquant entièrement. Les photographies envoyées par le 
11. P. Delattre permettront de contrôler l'exactitude de ces dé- 
tails. 

Une troisième ligure est encore pius importante. C'est une 
pièce d'une grande allure dont on n'avait primitivement 
trouvé que la partie inférieure. Le relief est large de 1 m. 19: 
la hauteur atteignait à peu près 3 mètres; c'était donc une 
figure colossale. Le buste et la tête, qui manquaient tout 
d'abord, ont été reconstitués à l'aide d'une soixantaine de frag- 
ments épars autour de la partie inférieure. Le visage était à 
peu près intact, mais le buste avait été réduit en miettes comme 
les corps des deux premiers reliefs. Le R. P. Boisselier, con- 
frère du R. P. Delattre, a opéré cette reconstitution : à l'aide 
de quarante et un fragments et d'une infinité de petits éclats 
il a pu compléter la chevelure, rétablir le cou et trouver un 
point de repère certain pour replacer la tête sur le corps; le 
torse est en partie refait. Ce travail minutieux a été accompli 
pendant les mois de février et de mars et terminé au com- 
mencement d'avril. Aujourd'hui cette grande figure est tout 
à l'ait rétablie et on peut facilement en comprendre l'intérêt 



— 199 — 

à l'aide des photographies envoyées par le P. Dclattre. L'une 
de ces photographies donne l'état de la figure au mois de fé- 
vrier, avant la reconstitution de la tête et du torse; une autre 
la fait voir dans son état actuel. 

C'est aussi une grande femme ailée, sans doute une Vic- 
toire, qui de son bras gauche entoure un trophée composé 
d'un casque, d'une cuirasse à lambrequins, d'un glaive avec 
son fourreau, d'un carquois, de lances et de boucliers. Une 
ceinture d'étoffe est nouée autour de la cuirasse, ornée elle- 
même d'une tête de Méduse et de griffons. La Victoire est re- 
présentée au repos, le poids du corps portant sur le pied 
gauche; la tête est tournée vers la droite. Elle est vêtue d'une 
tunique sans manches avec une ceinture en cordelé, nouée 
au milieu du ventre. Une ample draperie, tombant par der- 
rière, laisse la tunique visible; elle n'est retenue que par le 
pan passé sur le bras droit et par un nœud à la naissance des 
jambes. Le bras droit, orné d'une armillc, est presque pen- 
dant le long du corps. La chevelure, très abondante, est nouée 
au-dessus de la tête en un gros et large nœud, comme celui 
de la Vénus du Capitole. On dirait que l'artiste s'est inspiré, 
pour la tête, de la Vénus du Capitole et, pour le corps et la 
draperie, de la Flore du Musée de Naples. 

Une particularité digne d'être notée, c'est que cette statue 
conserve encore des traces fort apparentes de peinture rouge 
et brune. On en remarque autour des paupières pour figurer 
les cils, dans la chevelure, sur le bord du vêlement (large 
bande très visible sur le pan de draperie qui tombe du bras 
droit), sur le cordon qui sert de ceinture et sur les parties 
saillantes des armes composant le trophée. Des traces de do- 
rure sont encore visibles dans les cheveux. 

Cette grande et belle figure n'était pas isolée, car les frag- 
ments d'une seconde sculpture analogue ont été recueillis au 
même endroit. On a trouvé aussi les fragmenta de deux autres 



— 200 — 

figures semblables à celles qui portent les cornes d'abondance. 
Le P. Delattre, qui connaît mieux que personne la topographie 
de Carihage, croit être en plein Capitole et sur l'emplacement 
du temple de Jupiter(?). Il espère que la continuation des 
fouilles fera découvrir d'autres pièces intéressantes. Une in- 
scription pourrait seule permettre de reconnaître avec certitude 
à quel édifice ces grandes sculptures appartenaient, mais jus- 
qu'à présent on n'a trouvé que des débris de textes absolument 
insignifiants. 

A quelle époque faut-il faire remonter ces sculptures? Pro- 
bablement à la (in du premier siècle de notre ère ou au com- 
mencement du second. L'art est imposant dans l'ensemble; 
l'exécution est soignée. On remarque sur le visage et dans les 
cheveux de la Victoire les traces d'une technique qui se re- 
trouve en Gaule sur plusieurs monuments romains des pre- 
miers temps de l'Empire, notamment sur les bas-reliefs du 
célèbre tombeau de saint Remy, sur ceux de l'arc d'Orange et 
sur les monuments funéraires de Narbonne. Le R. P. Delattre 
croit que ces grands reliefs proviennent du temple Capitolin 
qui devait être situé sur le point le plus élevé de la colline, à 
l'endroit même où ils ont été trouvés. 

Si. comme cela est très vraisemblable, l'opinion du P. De- 
lattre vient à être confirmée par de nouveaux faits, sa décou- 
verte prendra, au point de vue de la topographie romaine de 
Cartilage, une importance exceptionnelle. Dès à présent on 
peut dire que ces sculptures comptent parmi les plus intéres- 
santes qui soient sorties du sol antique de Cartilage; elles fai- 
saient partie sans aucun doute de l'ensemble décoratif d'un 
des beaux édifices de la ville. 

Etait-ce le temple de la Victoire? Celte hypothèse n'est pas 
improbable. On sait combien le culte de cette déesse était en 
honneur chez les Romains 111 . En Afrique ce culte avait de 

(1) Cf. A. Baudriltarl, Les divinité* th '« Victoire en Grèce et en Italie, tSfli. 



— 201 — 

nombreux adhérents. Sans parler des collèges locaux qui 
s'étaient donné pour mission spéciale d'honorer la Victoire (1) , 
on voit, au n c et au m c siècle de notre ère, des villes d'Afrique 
faire graver des dédicaces en l'honneur de la déesse (2) , des 
soldats lui ériger des autels (3) . Son culte est associé à celui 
de Saturne et de la Vénus céleste, les plus grandes divinités 
africaines^. Bien plus, des magistrats locaux lui promettent 
et lui élèvent des statues s'ils l'emportent sur leurs concur- 
rents dans les élections municipales^; quelquefois ils unissent 
son nom à celui de la Fortune (6) . Les monuments figurés con- 
firment ce que les inscriptions nous apprennent : la belle Vic- 
toire en bronze du Musée de Gonstantine (7) , le bas-relief 
trouvé à Philippeville (s) , la statue mutilée de la galerie afri- 
caine du Louvre (9) , forment un ensemble de témoignages que 
les découvertes de Carthage sont venues heureusement aug- 
menter' o) . 



(l) En Numidie, à Tubunae, on trouve des cultures numinis Victoriae (Corp. 
inscr. latin., VIII. n. 4483); à Sigus, Victoriae Aug. sacrum, cultures qui Sigus 
consistunt (ibid.,n. 56o,5). 

W Ibid., n. 9 65. 

M Ibid., n. 3465, a48a. 

W Ibid., n. 4 a 86 à 4 2 89. 

M Ibid., n. 4583, 9024; Eph. epigr., V, p. 383, 11. 683. 

M Ibid., ». 79 83. 

'^ Audollent, Bulletin de la Svc. des Antiq. de France, 1890, p. 107; Ilev. 
archéolog. 1890, pi. XIV. 

(8) Delamare, Expl. scient, de l'Algérie, Archéologie, pi. 25, 1. 

W Frohner, Notice de la sculpture antique du Louvre, n. 478. 

(l0) Cf. Comptes rendus de l'Acad. des inscr. pour i8g3, p. 99 à 101. 



\\n. 



1 iiUll.i.ll. RATIUAALSi 



— 202 — 
N°XI. 

11 APPORT AU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, DES BEAUX-ARTS 
ET DES CULTES PAR M. HOMOLLE , AU SUJET DES FOUILLES DE 
DELPHES, LU DANS LA SEANCE DU 1 1 MAI i8q/L 

Athènes, 2 5 avril 1896. 
Monsieur le Ministre, 

En vous informant par mon télégramme de nos dernières 
découvertes de Delphes, j'avais l'honneur de vous annoncer 
l'envoi prochain d'un rapport et de photographies. Un 
voyage à Athènes, où je suis venu pour surveiller l'impression 
du Bulletin, presser l'achèvement des mémoires des memhres 
de l'École et terminer différentes affaires, a retardé l'exécution 
de ma promesse; je puis enfin m'acquitter aujourd'hui. 

Les fouilles ont été reprises le 27 mars au matin, dès que 
la saison a paru le permettre, et nous avons encore eu, pen- 
dant la première quinzaine, un tiers des journées perdu par 
suite de la pluie. Le beau temps s'établit ici plus tard qu'on 
n'est tenté de le croire, surtout à 65o mètres d'altitude. 

Mon programme, pour cette année, était le suivant: 

1" Achever le déblaiement du temple d'Apollon et entamer 
celui de la région supérieure du sanctuaire , qui contenait le 
théâtre et la fameuse Lesché des Cnidiens, ornée des pein- 
tures de Polygnotc; 

i° Mettre à nu tout le terrain compris dans l'enceinte sa- 
crée, depuis le Trésor des Athéniens jusqu'à l'entrée orientale 
du sanctuaire et jusqu'au mur d'enceinte lui-même, sur ses 
trois faces Est, Sud et Ouest; 

3° Fouiller l'espace compris entre le mur d'enceinte méri- 
dional dit Ilcllénico et la route, pour recueillir les morceaux 
de sculpture ou d'architecture qui, dans leur chute, auraient 
pu être projetés au delà. 



— 203 — 

Notre but dans chacune de ces recherches est clair et bien 
nettement défini; c'est, en déterminant la topographie, de 
recueillir en chaque endroit tout ce qui peut subsister de mo- 
numents, d'oeuvres d'art ou de documents historiques. L'énu- 
mération descriptive de Pausanias, les indications résultant 
des découvertes antérieures, les hypothèses fondées sur la 
très rapide déclivité du terrain justifient le choix des empla- 
cements. 

Nous cherchons en particulier les métopes et les frontons 
du temple d'Apollon, décrits par Euripide et Pausanias; les 
morceaux complémentaires du Trésor des Athéniens, qui doit 
subsister en entier, c'est-à-dire : les restes des métopes qui 
nous permettront d'assembler tous les fragments et de recom- 
poser l'ensemble de la décoration; les restes d'inscriptions 
dont cet édifice était couvert et parmi lesquels se trouveront 
peut-être les parties manquantes de l'hymne d'Apollon. 

Dans la région basse du sanctuaire, nous pouvons espérer 
trouver les bases des offrandes sans nombre qui bordaient la 
voie sacrée, — sinon les offrandes elles-mêmes, — et, en 
outre, tout ce qui a pu dévaler sur la pente de la monatgne 
des monuments situés dans la haute région. Qui sait si la 
fortune ne nous réserve pas quelque jour un peu de la pein- 
ture du Polygnote? Ce serait une découverte plus importante 
encore que celle des fragments musicaux de Delphes. 

C'est entre le Trésor des Athéniens et l'Hellénico, en contre- 
bas de l'Hellénico , au pied même de ce mur, que nous avons 
fait jusqu'ici nos trouvailles les meilleures et les plus nom- 
breuses. 

Au dessus du mur, dans le voisinage de l'angle sud-ouest 
du sanctuaire, un peu plus bas et plus à l'ouest que le Trésor 
des Athéniens, se conservent les soubassements du Trésor des 
laotiens, fl avait été consacré en mémoire de la bataille de 
Leuctres: il élail construit en calcaire gris bleu et couvert 

i4. 



— 204 — 

d'inscriptions; nous avons recueilli bon nombre de celles-ci, 
décrets de proxénie en faveur de divers personnages, Thébains 
pour la plupart; la meilleure et la plus longue pièce est un 
règlement de bornage. 

Les documents épigraphiques continuent d'ailleurs à abon- 
der; depuis la précédente campagne, nous en avons plus de 
cent nouveaux; dans le nombre je citerai : deux plaques de 
comptes du quatrième siècle, des années qui suivirent immé- 
diatement la paix de 3 ^ 7 ; une signature de l'artiste Théo- 
propos , d'Egine , qui a la double valeur d'un document histo- 
rique et d'un indice topographique, étant citée dans la 
description de Pausanias; une lettre du Sénat romain aux 
habitants de Delphes, victimes de la violence de quelques 
voisins, qui est une belle page de littérature politique; des 
dédicaces , des décrets en l'honneur des bienfaiteurs de Delphes 
et surtout en faveur des athlètes, musiciens, poètes qui avaient 
remporté les prix dans les concours, etc. 

En atteignant les couches profondes du sol, dans une terre 
jaune ou noire, si compacte qu'elle présente la consistance et 
l'aspect de la terre franche, nous rencontrons de grandes 
quantités de débris de terre cuite et de bronze. Ils apparaissent 
dans les mêmes conditions sur chacun de nos chantiers, mais 
surtout en avant du front ouest du temple. 

Les tessons de terre cuite — car on a jusqu'ici très peu de 
pièces entières, même petites — se répartissent entre les 
styles mycénien, géométrique, protocorinthien et corinthien. 
Le géométrique recueilli à Delphes semble présenter quelques 
particularités dignes d'étude. J'ai recommandé à M. Per- 
drizet d'observer avec grand soin ces fragments et de noter 
exactement la superposition des divers types dans les couches 
déterre; il a déjà fait des remarques intéressantes dont je 
vous rendrai compte plus tard, lorsqu'elles seront complétées. 

Les bronzes appartiennent en majorité à la catégorie des 



— 205 — 

ustensiles sacrés: trépieds, chaudrons, vases, etc.; mais la 
très grande humidité du sol les a généralement oxydés et 
endommagés. Nous avons été cependant assez heureux pour 
retrouver ces jours derniers une pièce intacte et d'une patine 
merveilleuse; l'objet est frais, comme sortant de l'atelier; c'est 
un de ces oiseaux à face humaine et de style oriental comme 
on en a déjà trouvé à Van, à Olympie, au mont Ptoos, etc.; il 
n'existe pas de plus complet et plus beau spécimen du type. 
Un autre oiseau semblable, mais moins bien conservé; un lion 
de type assyrisant, trois têtes de griffons, de celles qui or- 
naient les trépieds, deux petits chevaux et un autre petit ani- 
mal, chien ou loup, composent une première série de bronzes. 
L'un des griffons peut être égalé aux plus beaux que l'on ait 
trouvés à Olympie. 

La figure humaine est représentée par diverses statuettes, 
dont la plus ancienne, tout à fait primitive, rappelle les ma- 
quettes aplaties de terre cuite et le type de visage du Dipylon; 
un autre appartient à la série des « Apollons» archaïques. Une 
Athéna, malheureusement très oxydée, était une œuvre déli- 
cate du quatrième ou de la fin du cinquième siècle. 

Ces trouvailles ne sont pas encore très abondantes, mais 
elles sont faites pour inspirer des espérances que l'on osait à 
peine concevoir. 

Le déblaiement, auquel nous nous livrons en ce moment, 
des hypogées du temple et celui que je compte faire ultérieu- 
rement de la terrasse du temple, en poussant jusqu'au pied 
même du mur pélasgique, nous donneront sans doute beau- 
coup de terres cuites et de bronzes primitifs. 

Je ne vous dis rien encore aujourd'hui du plan et des dis- 
positions des parties supérieures ou souterraines du temple; le 
déblaiement n'est pas assez avancé. 

Les découvertes capitales de ces dernières semaines portent 
sur la sculpture. On m'avait menacé de toutes parts de ne rien 



— 206 — 

trouver et il était pour ainsi dire entendu que les fouilles de 
Delphes ne devaient profiter qu'à l'épigraphie ; tel n'était pas 
mon sentiment, et j'éprouve un plaisir particulier à vous an- 
noncer que ma confiance était plus fondée que le scepticisme 

général. 

La découverte des métopes du" Trésor des Athéniens a été 
un événement archéologique ; ces œuvres précieuses de l'école 
attique, rigoureusement datées comme elles sont, comblent 
une lacune dans l'histoire de l'art grec au v e siècle. Leur va- 
leur propre, les comparaisons qu'elles suggèrent, les conclu- 
sions qu'elles justifient, en font des pièces de premier ordre. 
Elles composent un ensemble comparable pour la vigueur et 
la grâce de l'exécution, pour l'importance artistique et scienti- 
fique à la fois, aux ensembles d'Olympie et de l'Acropole 
d'Athènes. Depuis ces grandes fouilles, il n'a pas été fait de 
découverte égale à la nôtre. 

Elle est aujourd'hui complétée par celle de caryatides el 
d'une frise, qui pourrait être celle du temps d'Apollon lui- 
même. 

Les œuvres nouvelles que nous possédons aujourd'hui et 
dont j'ai l'honneur de vous adresser les photographies sont 
plus anciennes sans doute que celles du Trésor; elles sortent 
aussi des ateliers attiques; elles prolongent ainsi la longueur 
de cette période dont nous reconstituons l'histoire , en grande 
partie nouvelle et entre toutes intéressante. C'est le temps, 
en effet, où l'archaïsme se dégage de ses dernières entraves; 
où, maîtres de toutes les ressources du métier, les artistes 
commencent à poursuivre et atteindre la beauté; où se prépare 
et se devine déjà cet idéal suprême de perfection que Phidias 
a réalisé. 

Il y a trois semaines, on trouvait au pied du mur hellénique 
une tête de femme, haute de cinquante centimètres environ, 
(/était une œuvre archaïque, maria d'une grâce charmante, 



— 207 — 

d'une fraîcheur de jeunesse que n'avaient pu flétrir le temps 
et les accidents. Coiffée en longs bandeaux crêpés et ondulés 
que surmontait et coupait une double ligne de frisons rajustés, 
elle portait un diadème paré d'ornements métalliques et par- 
dessus une sorte de tiare, ou de polos, reposant sur une élé- 
gante couronne de rais de cœur. En observant ce qui restait 
du polos, j'y découvris la trace de pieds; j'en conclus qu'il 
était décoré d'une frise circulaire de personnages. Je me sou- 
vins alors d'une petite colonnette ainsi décorée, que nous avions 
dégagée l'année dernière des ruines d'une maison et qui a été 
autrefois dessinée tant bien que mal et reproduite par Mueller 
dans ses Denkmœler. Les dimensions me parurent concorder, 
et, faisant apporter la colonnette du musée où elle était dé- 
posée, je la plaçai sur la tête; elle s'y adaptait exactement. 
Dès lors, il était possible de donner un nom à cette statue, 
de définir son rôle : c'était une caryatide. 

Le jour même où cette hypothèse était émise, elle était 
confirmée par la découverte d'une seconde tête , de dimension 
égale, et coiffée encore, elle, de son polos intact. C'est bien 
une œuvre du même temps, avec quelque chose déplus sévère, 
de plus sec, de tendances un peu plus archaïques, mais ma- 
nifestement contemporaine de la première et destinée au 
même rôle dans un même monument. Ce sont deux sœurs, de 
beautés un peu différentes , mais charmantes toutes deux et 
gardant, malgré la diversité des traits, un air de famille. 

Si on les compare aux statues de l'Acropole, on verra 
quelles comptent parmi les plus achevées, les plus sereines et 
les plus gracieuses, souriantes avec je ne sais quoi de grave et 
de mélancolique. 

Cette ressemblance nous a pu conduire à une autre décou- 
verte. Lorsque je me rendis à Delphes, en i8(ji , pour déli- 
miter le périmètre des fouilles, j'avais vu dans un jardin, tout 
près du lieu même où les deux têtes viennent d'être décou- 



— 208 — 

vertes, un corps de femme de dimensions colossales et du type 
des figures de l'Acropole (l) . Le style de la figure, la disposi- 
tion de la chevelure, répondaient si bien au style et aux dé- 
tails d'ajustement de la première des deux têtes, que le rap- 
prochement s'imposait. Il a été justifié par les observations 
minutieuses auxquelles nous nous sommes livrés (2) . Comme, 
d'autre part, j'avais déjà rapproché du torse un certain nombre 
de fragments recueillis antérieurement et dispersés dans le 
musée, c'est une statue presque complète. 

Voilà donc, à la fin du sixième siècle, une caryatide exécutée 
par des artistes attiques, un premier essai, un prototype des 
xôpai de la tribune de l'Erechtheion. 

Dans quel monument étaient-elles placées? Dans un édifice 
du sixième siècle, et d'assez grandes dimensions. Serait-ce 
dans le temple d'Apollon? Nous ne répondrons pas, pour le 
moment, à la question, attendant des fouilles des données 
plus précises. Je ferai remarquer seulement que les sujets 
figurés sur le polos des deux figures : scène bachique, scène 
apollinienne, répondent aux deux aspects du culte de Delphes, 
aux deux compositions qui décoraient les frontons du temple. 

De même qu'on avait, à Delphes, donné le modèle des ca- 
ryatides de l'Erechtheion, on semble y avoir fait comme une 
première esquisse de la frise du Parthénon. 

Il existe depuis longtemps au musée un bas-relief archaïque 
qui, bien que publié déjà (;,) , ne me paraît pas avoir été apprécié 
à sa valeur : il représente un quadrige s'avançant à droite vers 
un autel. 

Nous trouvâmes, il y a aujourd'hui quinze jours, un frag- 
ment de bas-relief de même style, de même grandeur, repré- 

O Bull, de corr.lteli, 1891, p. hkq. 

W Notre confrère, M. Perrot, ainsi que M. B. Grœf, de Berlin, étaient à 
Delphes en ce moment; ils ont partagé nos recherches. 

M Annalidi corr. ttrth. di Roma, 1861, p. 64, lav. d'a;^. B, l,él Pomtow, 
Beilrœge, pi. XIIJ, n. 3a. 



— 209 — 

sentant une scène d'enlèvement : un homme qui emporte une 
femme dans ses bras et remonte sur son char pour l'entraîner 
au loin. La conclusion s'offrait aussitôt à l'esprit que les deux 
morceaux provenaient d'un même ensemble , appartenaient à 
une frise. 

Elle fut justifiée par la découverte d'un autre fragment où 
est figuré un cavalier montant un cheval, en tenant un autre 
en main, que plusieurs cavaliers précédaient et suivaient, 
ainsi que l'indiquent les amorces des plaques de droite et de 
gauche. 

Cette frise, où était représenté un défilé de chars et de ca- 
valiers, Pausanias n'en a pas parlé, non plus d'ailleurs que des 
sculptures du Trésor des Athéniens. Elle a 65 centimètres de 
haut environ; elle pourrait convenir à un temple un peu 
moins grand que le Parthénon; or tel était celui d'Apollon 
Delphien. Si c'est bien cet édifice, comme on l'a supposé, qui 
est représenté, avec une certaine liberté de fantaisie, sur un 
bas-relief néo-attique de Rome , la démonstration serait faite : 
il porte en effet une frise de chars (1) . Je ne donne encore toute- 
fois l'hypothèse que pour une hypothèse; elle est du moins 
bien tentante. 

Depuis, les découvertes se sont renouvelées presque de jour 
en jour : je me borne aujourd'hui à vous adresser seulement 
encore une photographie, car nous nous sommes trouvés à 
court de plaques. On y voit un groupe de trois déesses assises, 
dont Athéna : elles conversent et semblent se montrer avec 
curiosité un spectacle auquel elles prennent un vif intérêt. 
C'est un morceau d'une exécution serrée, d'une conception 
gracieuse, et la naïveté du geste par lequel la dernière des 
trois déesses appelle l'attention de sa voisine en lui touchant 
le menton a quelque chose de tout a fait charmant. Peu de 
sculptures archaïques sont aussi aimables que celle-ci. 
M Welcker, Antike Denkm., Il, pi. II, n. 3, et Pomtow, Beitrœge,^. 5a. 



— 210 — 

Si la frise provenait du temple , elle pourrait être attribuée 
à l'école de Galamis; ce sont là questions difficiles, qui de- 
mandent de longues études. Un fait acquis, ce me semble, 
c'est que la composition est celle même de la frise du Par- 
théon : défilé de chars, défdé de cavaliers, assemblée de dieux 
souriant à ces belles processions. 

Ainsi, comme les caryatides, la frise du Parthénon aurait 
eu à Delphes son premier modèle. Ainsi, là même, nous 
trouverions un nouvel exemple de cette permanence des tra- 
ditions et des types qui est un des caractères et une des forces 
de l'art grec. 

Un nouvel envoi de photographies, qui sera prochain, me 
permettra de vous faire connaître les morceaux, au nombre de 
six, qui ont été retrouvés à la fin de la semaine passée et dans 
le courant de celle-ci, de donner à mes idées plus de préci- 
sion, à mes rapprochements plus de rigueur. Il contiendra 
aussi un fronton composé, dans l'état présent, de huit figures 
de divinités et de deux chevaux, et représentant la dispute du 
trépied entre Héraclès et Apollon. Nous avons déjà environ 
douze mètres de frise, dont deux retours d'angle, presque une 
laçade entière, et une composition complète. 

Ce sont là des résultats considérables. J'espère, Monsieur le 
Ministre, qu'ils satisferont les légitimes exigences du Parle- 
ment, qui s'est montré pour nous si libéral, l'attente de votre 
administration et la curiosité impatiente de l'Académie, à la- 
quelle je vous serai reconnaissant de vouloir bien transmettre 
en rapport. Pour moi, qui ai dû prendre toute la responsabilité 
des fouilles, qui ai dû me porter garant du succès, j'éprouve 
à vous annoncer ces découvertes la plus profonde et la plus 
patriotique joie. 

Agréez, etc. 

Le directeur de V Ecole française d'Athènes, 

IIomoli-E. 



— 211 — 
N° XII. 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ÉCOLE FRANÇAISE DE ROME. 

Rome, le 1 5 mai 1 89/1. 
Monsieur le Président et cher confrère, 

Un nouveau musée vient de s'ouvrir à Rome, sur le Caelius, 
dans le nouveau jardin botanique, entre la Meta Sudans et 
Saint-Grégoire. C'est le septième musée que je vois se former 
ici depuis vingt ans. Les six précédents sont : le musée de 
l'Esquilin, dans le palais des Conservateurs; le musée de l'an- 
cien Orto botanico, au Transtévère, organisé temporairement 
jadis pour recevoir les objets trouvés dans le Tibre et les stucs 
et peintures de la maison romaine trouvée en avant de la 
Farnésine; le musée préhistorique, formé par M. le professeur 
Pigorini au Collège romain; le musée artistique-industriel de 
Capo le Case; les musées de la villa di Papa Giulio et des 
Thermes. 

Il y a huit années environ, la Commission archéologique 
municipale de Rome avait institué sur le Caelius un magasin 
où devaient trouver asile les innombrables morceaux antiques 
de toute sorte que les travaux de voirie rendaient à la lumière 
ou déplaçaient. M. Rodolphe Lanciani, chargé de présider à la 
construction et à toute l'ordonnance, établit dès l'origine des 
divisions et des catégories logiques qui, recevant en abondance 
des morceaux d'une réelle valeur, transformèrent prompte- 
ment le magasin en véritable musée, pour l'artiste presque 
autant que pour l'archéologue. 

Le jardin au milieu duquel le bâtiment s'élève contient les 
gros marbres, tels que les sarcophages ou tombeaux qui, dans 
les travaux de voirie de Rome, n'ont pu être conservés à leur 
place, les cippes, les colonnes, les fragments architcctoniqucs. 



919 

Dans le vestibule, outre une série d'inscriptions encastrées 
dans les murs, on voit des piédestaux, des statues ou frag- 
ments de statues, un Génie colossal provenant du mausolée 
d'Adrien, un fragment de Niobide de la villa Ludovisi. 

La première salle renferme — collection unique dans son 
genre — les matériaux de construction et de décoration : 
briques estampillées, marbres rares, tout ce qui intéresse 
l'œuvre du maçon, du marbrier, du modeleur, du forgeron, 
du peintre décorateur. 

Les salles II et III sont réservées aux monuments funéraires 
antérieurs à Servius Tullius, tombeaux archaïques de l'Es- 
quilin et du Quirinal. 

La IV e a les débris des monuments munis d'inscriptions ou 
de sculptures du temps de la République; la V e , ceux de 
l'époque impériale; la VI e , tout ce qui se rapporte aux aque- 
ducs romains, conduites de plomb avec inscriptions, etc. 

De très intéressantes fouilles entreprises par la municipalité 
de Terracine viennent de mettre au jour le temple de Jupiter 
Anxur au sommet du mont Sant' Angelo , qui domine la ville. 
On connaissait en ce lieu les ruines de douze grandes arcades 
sur une longueur de 62 mètres, ruines qui portaient le nom 
de palais de Théodoric. Il est démontré aujourd'hui que ces 
ruines sont les substructions du temple, dont les grandes lignes 
architecturales devaient se détacher sur le ciel et signaler de 
très loin le temple aux navigateurs de la mer T\rrhénienw\ 
(îolonnes, chapiteaux, architrave peuvent être restitués, pa- 
raît-il, avec certitude. On a mis à jour jusqu'à l'escalier qui, de 
la partie basse des arcades de substruction, monte à la partie 
supérieure, où le temple s'élève. Toute une série d'ex-voto en 
plomb a été retrouvée au cours des travaux. 

A. Geffroy. 



— 213 — 



N° XIII. 

L'OEUVRE HISTORIQUE DE JEAN D'AUTON , PAR M. R. DE MAULDE. 
(séance dui8 mai 189/1.) 

L'œuvre historique de Jean d'Auton tient une place de pre- 
mier ordre parmi les sources de l'histoire de France , car son 
auteur fut chroniqueur en titre et officiel du roi Louis XII ; il 
nous a laissé des chroniques des années 1^99 ài5o8 qui sont 
la seule source authentique que nous possédions en France de 
l'histoire de cette époque. 

Cependant, Jean d'Auton n'est aucunement connu, si ce 
n'est par une notice fort sommaire du Bibliophile Jacob. Il a 
caché sa vie, et on n'en trouve que difficilement les traces. On 
n'est même d'accord ni sur sa personne, ni sur l'étendue de la 
mission qu'il remplit. Nous allons brièvement résumer et pré- 
ciser quelles furent sa vie et ses œuvres, d'après les documents 
que nous avons recueillis. 

D'abord, faut- il l'appeler d'Anton ou d'Auton? Je crois 
inutile de me préoccuper de l'apostrophe, que quelques-uns 
suppriment, ni de l'A parfois intercalée après le t. Ce sont 
des variantes sans importance. Mais dans la première syl- 
labe, faut- il lire Au ou Anton'? Cette question elle-même n'a 
qu'une importance secondaire, selon M. Picot, à cette époque 
on confondait même volontiers l'u et l'n. Cependant la leçon 
Anton ne figure que dans des textes secondaires, copies ou 
impressions du commencement du xvi c siècle. Quelquefois le 
même texte donne alternativement Anton et Auton. Dans les 
exemplaires officiels des Chroniques, on lit très clairement Auton. 
M.Richard, archiviste de la Vienne, a, en outre, découvert dans 
ses archives un bail de i5a2, qu'il a bien voulu me communi- 
quer, où noire auteur comparaît sous le nom d'Auton , avec un u. 



— i\u — 

On trouve la même orthographe Anton dans un rôle officiel 
des officiers de l'ostel du roy. En réalité, le nom d'Auton paraît 
acquis d'une manière certaine. 

Ce point élucidé, il reste à fixer l'origine de Jean d'Auton. 
A ce sujet, nous observons : i° que Jean d'Auton commence 
personnellement l'année au a 5 mars; 2° qu'il narre avec une 
faveur très marquée les exploits d'un certain Antoine d'Auton, 
gentilhomme saintongeais; 3 e qu'au témoignage de Bouchet, 
il appartenait à une famille seigneuriale. 

11 en résulte : 

i° Que notre auteur ne se rattachait pas à la seigneurie 
d'Auton (Eure-et-Loir), car cette seigneurie appartenait 
à la maison d'Armagnac, et le pays suivait le style de 
Pâques; 

2° On a prétendu le rattacher au Dauphiné. On pourrait 
alléguer, à l'appui de cette opinion, que Jean d'Auton cite un 
certain Gyprien d'Auton, comme homme d'armes de la com- 
pagnie d'Aubert du Rousset, que nous savons, d'ailleurs, re- 
crutée surtout en Dauphiné. De plus, il dit. comme en Dau- 
phiné, «aller de Lyon en France ». Enfin il appelle Citron le 
poitevin seigneur de Gitain, ce qui ne semble pas d'un Poi- 
tevin. Mais ces indices nous semblent de peu de poids. Jean 
d'Auton a constamment vécu à Lyon, avec la cour, et il a 
pu acquérir ainsi des locutions lyonnaises. Quant au mot ù- 
lain, ce nom a subi, à cette époque, d'innombrables variantes. 
La baronnie à laquelle: on pourrait rattacher Jean d'Auton 
en Dauphiné s'appelait Anton et appartenait au sire de Bou- 
chage. 

Il ne nous reste donc comme origine possihlede Jean d'Auton 
que la seigneurie d'Auton, en Saintonge. Cette seigneurie ap- 
partenait à une famille importante,;) laquelle notre auteur peut 
fort bien se rattacher. Un de ses membres, Loyset d'Auton, 
écuyer, ligure même sur les rôles île la compagnie personnelle 



— 215 — 

du roi Louis XII avant son avènement, et par suite elle n'était 
pas étrangère à la cour. A cette présomption, s'ajoutent des 
preuves plus convaincantes : 

i° Jean d'Auton suit le style florentin, c'est-à-dire le style 
usité en Saintonge. Son parler trahit parfois la même prove- 
nance : il dit cheulz pour « chez » , fayerye pour «féerie»; il 
dira : «Entour la feste saint Hylaire»; 

a" Ses relations sont toutes poitevines. Jean Bouchet le cé- 
lèbre à mainte reprise comme son premier maître et son patron. 
Pierre Gervaise, poète poitevin obscur, se recommande à lui. 
Il est bien vrai que Jean d'Auton fut abbé d'Angle en Poitou 
et aurait pu devenir ainsi Poitevin. Mais, i° il ne résida pas à 
son abbaye, puisqu'il suivait la cour; 2° il fut aussi prieur de 
Clermont-Lodève, et de ce côté-là nous ne lui trouvons aucune 
relation semblable; 3° enfin, il reçut l'abbaye d'Angle de 
Louis XII; or Jean Bouchet, nous le savons par ailleurs, fut 
reçu comme poète à la cour dès le règne de Charles VIII. 
Donc Jean Bouchet ne put être son élève en Poitou qu'avant 
la collation du bénéfice d'Angle. 

Ainsi Jean d'Auton était Saintongeais, et, de plus, il dut 
naître en 1/167, d'après les termes de son épitaphe. 

Religieux de l'ordre de Saint-Benoît (et non pas de Saint- 
Augustin, comme on l'a dit par erreur), doué d'une modestie 
et d'un caractère pacifique qui éclatent partout dans ses œu- 
vres, il ne fit point parler de lui avant 1^99, à moins que, 
contre toute vraisemblance, on ne veuille reporter à cette pé- 
riode de sa carrière une traduction, non datée, des Métamor- 
phoses d'Ovide, qui semble appartenir aux travaux de la fin de 
sa vie. Tout d'un coup, en 1 A99 , il part pour Milan à la suite 
de l'armée française, entonne tin chant solennel et insipide, 
Les alarmes de Mars, et rapporte un récit détaillé encore ano- 
nyme, mais absolument officieux. 

La date de celle brusque entrée en matière et l'origine 



— 216 — 

saintongeoise de Jean d'Auton nous expliquent le i'ail. A ce 
moment-là même, malgré son mariage avec le nouveau roi, la 
reine Anne de Bretagne prit possession, comme veuve de 
Charles VIII, d'un douaire opulent, qui comprenait la Ro- 
chelle et Saint-Jean-d'Angély. Jean d'Auton se trouvait son 
ressortissant, et il ne put entrer à la cour que par l'influence 
de la reine, qui se plaisait, comme on sait, à patronner poètes 
et historiens. Cette constatation présente une grande impor- 
tance pour la critique des chroniques de Jean d'Auton : ces 
chroniques, en effet, sont écrites dans le sens de la politique 
de la reine, qui n'était point celle du roi. Jean d'Auton ne 
se dégage que lentement de cette impression première, et 
seulement après qu'il eut reçu le prieuré de Clermont-Lo- 
dève, situé, lui aussi, à proximité d'une autre partie du do- 
maine de la reine, mais plus directement soumis au cardinal 
d'Amboise, dont une sœur avait épousé le sire de Clermont- 
Lodève. 

Ainsi, la première chronique de Jean d'Auton, simplement 
intitulée : La conqueste de Millan, fut probablement écrite par 
ordre de la reine, et l'auteur reçut en récompense l'abbaye 
d'Angle. La seconde est intitulée : Chronique du roy Loys A II e , 
et la troisième : Chronique de France. A partir de i5oi, l'au- 
teur a adopté le style, officiel, de Pâques. 

Jean d'Auton nous explique en maint endroit comment il 
rédigeait ses chroniques : en suivant la cour et en s'enquérant 
lui-même de tous les faits, avec un grand souci d'impartialité. 
Mais dès 1 5o3 il trahit les déboires que lui cause l'impossibilité 
de satisfaire tout le monde, et ce sentiment de découragement 
ou de dégoût ne fera que s'accentuer. De plus, il ne fut jamais 
renseigné olIiciellement,sauf en 1607, de sorte qu'il ne connaît 
que les événements extérieurs. On remarque dans son récit 
certains lapsus de détail, que c'est affaire à l'éditeur de si- 
gnaler, qui témoignent de la hâte forcée du travail et n'en 



— 217 — 

infirment pas la très haute valeur. L'ensemble est d'une im- 
partialité et d'une exactitude au-dessus de tout éloge. 

D'ailleurs, ces chroniques reçurent la consécration oflicielle : 
elles furent offertes au roi, lues par la cour, placées dans la 
bibliothèque royale. Outre les bénéfices que nous avons indi- 
qués, leur auteur reçut le titre de chapelain de la chapelle du 
roi, aux émoluments de 120 livres par an; nous le trouvons 
inscrit à ce titre dans le rôle de i5o8, le seul que nous pos- 
sédions. 

Jean d'Auton était d'humeur facile et gaie, mais point am- 
bitieux. A la fin de son récit de 1607, il décrit longuement 
certains hauts faits de Cyprien d'Auton, qui déplurent fort à 
la cour; puis, brusquement, il cesse d'écrire. 

Le Bibliophile Jacob a cru que la suite de ses Chroniques 
s'était égarée et n'a jamais désespéré de la retrouver. C'était 
une illusion. La preuve contraire résulte du fait que Jean 
d'Auton quitta la cour en 1 5 1 8 , comme nous le dirons tout à 
l'heure, et que le catalogue de la bibliothèque du roi rédigé 
en cette même année 1 5 1 8 mentionne les chroniques que nous 
possédons et n'en mentionne pas d'autres. 

L'interruption résulte de plusieurs motifs faciles à appré- 
cier : i° de la satisfaction de l'auteur, quant à ses modestes 
ambitions; 2 de son dégoût des difficultés inhérentes à sa 
mission; 3° enfin, et probablement, d'une certaine défaveur 
de la reine, dans le sens de laquelle il avait cessé d'abonder. 
Jean Marot venait de versifier, par ordre de la reine, le récit 
de l'expédition de i5oy : Le Maire de Belges arrivait à la 
cour, y trouvait faveur, signait, le i cr mai 1 5i 2 , son troisième 
livre des Illustration* de France avec la qualité d'historiographe 
de la reine. 

Cependant Jean d'Auton resta toujours en faveur marquée 
près du roi, et se consacra plus spécialement à la poésie: (/est 
alors qu'il traduisit YEpitaphe du chancelier de Rocheforl, qu'il 
mi. 1 r> 



r u 1 . 1 y 1 kit roa Ai.** 



— 218 — 

fit pour le jour de l'an du roi, une petite ballade encore iné- 
dite; en i5oc), il écrivit plusieurs pièces de circonstance, 
notamment les Espttrcs envoyées au Roy très chrestien delà les 
montz par les Eslats de France, imprimées en plaquette l'année 
même. Sur la foi d'un titre hasardeux, le Bibliophile Jacob lui 
a attribué un certain nombre de pièces réunies dans deux ma- 
nuscrits de la bibliothèque de Colbert, aujourd'hui cotés 
fr. 1952 et 1953 à la Bibliothèque nationale. C'est une er- 
reur. Les deux volumes contiennent un choix de pièces, de 
divers auteurs : deux d'entre elles seulement peuvent être at- 
tribuées sûrement à Jean d'Auton, la Ballade du Jour de F An 
(fr. 1953, f° 9 3 ) , et ['Epistre du preux Hector (fr. 1962, f' 1 1 ). 
Cette dernière pièce, inspirée sans doute de ïEpître d'Otlie<i de 
Christine de Pisan , paraît de 1 5 1 1 . Elle obtint un succès sen- 
sible, car Jean Le Maire composa une Epistre responsive. Un ma- 
nuscrit de la bibliothèque de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, 
contient deux autres pièces et une Epistre élégiaque de l'église 
militante, de la même date. Enfin, Jean Bouchet mentionne 
une Ballade des dix vertus, dont il ne nous donne pas la date. 
La popularité que, comme historien, Jean d'Auton n'avait 
pu obtenir, il la gagna plus facilement comme poète. Crétin, 
Bouchet, Le Maire même le portent aux nues. En réalité, 
Jean d'Auton avait fait de notables progrès. Son atroce pédan- 
tisme, son jargon à demi lntin des premiers jours s'étaient 
peu à peu dissipés à l'école de la cour, et avaient fait place à 
une langue plus claire, plus souple, plus française. C'est bien 
à tort que le Bibliophile Jacob le représente comme l'inventeur 
du barbarisme savant, que parlaient beaucoup d'autres lettrés 
de son temps, et dont' il chercha au contraire à se défaire. 
Cependant Jean d'Auton ne put regagner le temps perdu. Tou- 
jours bien vu de Louis XII el en situation, disait-on, d'obtenir 
une haute prélaturc lorsque ce roi mourut, il ne s'obstina 
pas contre la cour nouvelle: i! éprouva d'ailleurs le revirement 



— 219 — 

des choses : il ne fit plus partie de la chapelle royale sous 
François I er ; il eut à soutenir contre ses moines un procès, 
qui lui coûta beaucoup d'argent et d'ennuis. Entouré d'estime 
et d'amitiés fidèles, il se retira en i5i8 dans son abbave, 
où il mena la vie la plus retirée et la plus austère. Jean 
Bouchet, alors triomphant, lui adressa dans sa retraite plu- 
sieurs épîtres, auxquelles il répondit modestement. En i52 5 
encore, après le désastre de Pavie, Bouchet le convie en vain 
à reprendre sa plume des jours meilleurs, pour relever les 
esprits abattus. Jean d'Auton ne la reprit pas, et mourut en 
pieux bénédictin au mois de janvier 1 528. 

N° XIV. 

NOTE SUR LES MANUSCRITS DE STANISLAS JULIEN, 
PAR M. SPECHT. 

(SÉAHCE DU l8 MAI 1896.) 

Comme on le sait, Stanislas Julien avait légué ses papiers 
et une partie de ses livres à son élève de prédilection, M. le 
marquis d'Hervey- Saint-Denis, qui lui a succédé au Collège 
de France. * 

Au mois de mars dernier, on a vendu la bibliothèque de 
l'eu M. le marquis d'Hervey- Saint-Denis, et les manuscrits de 
son célèbre maître ont été ainsi dispersés au hasard des en- 
chères. J'ai réussi à acquérir une notable partie des œuvres 
inédites de l'éminent sinologue. En feuilletant ces manuscrits, 
terminés ou inachevés, en parcourant ces notes au crayon, 
provenant de ses immenses lectures, on se rend compte, une 
fois de plus, du grand savoir de Stanislas Julien; on le suit 
jour par jour, on l'accompagne dans ses recherches. Là, on 
voit l'esquisse des ouvrages qu'il projette; ici, on saisit le pre- 
mier jet d'un travail dont il a doté la science. Ces documents 
sont donc d'un rare intérêt; si tous ne sont pas en état d'être 

i5. 



— 220 — 

publias, ils peuvent être d'un grand secours pour les sinologues 
qui étudient les mêmes questions; car on y trouve des notes 
sur des sujets nombreux et variés, ainsi que des extraits puisés 
aux principales sources avec une érudition sans égale. 

En présence de l'importance de ces papiers et pour en as- 
surer définitivement la possession à notre pays et à la science, 
je viens demander à l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres si elle voudrait bien me permettre de lui offrir ces 
manuscrits d'un de ses plus illustres membres. Je n'ai qu'un 
regret: c'est de n'avoir pas pu obtenir tous les papiers de Sta- 
nislas Julien. Son dictionnaire sur fiches, travail de toute sa 
vie, et un index des ouvrages de Morrison, Thoms et Prémare 
sont passés en d'autres mains, mais au moins ils sont restés 
dans notre pays. Il n'en est malheureusement pas de même 
pour une autre partie des manuscrits, qui est allée à l'étranger- 

J'ai classé soigneusement tous les papiers qui sont entrés 
en ma possession. Je demanderai à l'Académie la permission 
d'en faire une rapide et succincte nomenclature en insistant 
sur ceux qui m'ont paru offrir un intérêt particulier. 

Les dix premiers numéros se rapportent à des ouvrages 
déjà imprimés; je signalerai le manuscrit de la Syntaxe nou- 
velle qui porte simplement pour titre : Essai de grammaire chi- 
noise; et un commentaire, en partie inédit, du premier et du 
deuxième chapitre du roman des Deux jeunes filles lettrées. 

Les manuscrits et papiers inédits sont divisés en trente 
numéros. Le premier de cette série (ou le onzième numéro) 
contient la traduction entière du Chou-king, le plus impor- 
tant des cinq livres canoniques de la Chine. Les numéros 
suivants comprennent la traduction de la première partie du 
Chi-king <de Livre des vers??, les premiers chapitres du Tcluni- 
sieou «la Chronique du royaume de Lou??, patrie de Confu- 
cius, et le commencement du Li-kl «le Mémorial des rites??. 
Cependant le manuscrit de ce dernier ouvrage, non publié jus- 



_ 221 — 

qu'ici, est cité comme étant entièrement terminé clans la Nou- 
velle biographie générale de Firmin Didot, parue en 1 858 (1) . 

Ces travaux font supposer que Stanislas Julien avait l'in- 
tention de publier ces ouvrages et qu'il renonça à son projet, 
lorsque Legge, missionnaire protestant anglais, donna, en 
1861, la traduction des Ktng, œuvre magistrale, imprimée 
avec texte, commentaires et glossaire. Il est à regretter que Sta- 
nislas Julien n'ait pas suivi sa première pensée. Son œuvre 
aurait complété, en bien des points, celle du savant anglais, 
comme on peut s'en convaincre en parcourant les manuscrits 
qu'il a laissés. La traduction française, faite par un tel maître, 
de ces livres regardés par les Chinois comme la loi fondamen- 
tale de leur civilisation et de leur morale, n'eût donc pas fait 
double emploi, sans compter qu'au point de vue pratique elle 
eût été d'une grande utilité pour nos agents et fonctionnaires 
de l'Extrême-Orient. 

Parmi les manuscrits qui mériteraient peut-être d'être pu- 
bliés se trouve la pièce de théâtre : Khan-thsieou-nou , «l'Avare »; 
le rapport sur les progrès des études orientales, à l'occasion de 
l'Exposition universelle de 1 867, mentionne cet ouvrage comme 
terminé, et cependant il est demeuré inédit. Je citerai aussi 
une autre pièce de théâtre : Le chagrin du palais des Han, dont 
la traduction est également achevée. 

Les notes concernant la langue, l'industrie, l'histoire natu- 
relle de la Chine, etc., que j'ai classées par ordre de matières, 
forment six dossiers. 

Je terminerai par la description succincte des manuscrits 
relatifs aux études bouddhiques qui sont, sans contredit, la 
partie la plus importante des papiers de Stanislas Julien. Ils 
sont représentés par onze numéros. 

Je mentionnerai en première ligne les quarante-deux pre- 



U) 



Page 219 du tome XXVII. 



— 222 — 

mièrcs sections du Fan-i-mmg-tsi ; cette œuvre contient soixante- 
quatre chapitres ou sections, les noms sanscrits y sont rendus 
phonétiquement, le sens est expliqué en chinois. Stanislas 
Julien s'est beaucoup servi de cet ouvrage dans sa fameuse 
Méthode pour déchiffrer et transcrire les noms sanscrits. 

Ce travail manuscrit est fait sur une nouvelle édition chinoise 
du Fan-i-ming-lsi , dans laquelle les transcriptions des mots 
sanscrits ont été soigneusement revues par un religieux boud- 
dhiste, très versé dans la langue de l'Inde. Le manuscrit con- 
tient d'un côté la prononciation des caractères chinois, et de 
l'autre les mots sanscrits rétablis par Stanislas Julien : c'est sa 
méthode appliquée a plus de huit cents mots. 11 aurait été fort 
utile que cet ouvrage fût publié et terminé par son auteur, qui, 
en effet, s'exprime ainsi dans l'introduction : « Je ne crains pas 

de dire et de prouver que ce travail sera infiniment plus 

commode et plus utile que ma Méthode. » 

D'autre part, Stanislas Julien avait l'intention de publier 
un second volume sur les pèlerins bouddhistes , et il parle de 
ce projet dans la préface de l'histoire de la Vie de Hiouen- 
thsang : «Je me propose, dit-il, de donner, pour la première 
fois, les itinéraires des cinquante-six religieux des Thang, 
composés par I-tsing (780), ainsi que le routier de Khi-me 

(90/1) Je me propose de donner en outre, dans le 

second volume, une analyse détaillée de la relation de Hiouen- 
thsang, analyse que je viens d'achever et qui servira de sup- 
plément et de contrôle à l'histoire de ses voyages Je 

voudrais ajouter encore aux documents que contiendra le 
second volume tous les renseignements bibliographiques que 
j'ai pu me procurer sur les livres bouddhiques que men- 
tionne le présent ouvrage ainsi que les biographies abrégées 
des religieux éminents qui y figurent avec éclat. Ces dernières 
notices seraient intercalées à leur date, dans une chronologie 
traduite d'un grand recueil du xm c siècle, intitulé : Fo-tsou- 



— 223 — 

tong-ki, qui offre les faits les plus intéressants pour le boud- 
dhisme indien et chinois , et que j'ai extraits , à partir de la 
naissance de Çàkyamouni jusqu'à la mort de Hiouen-thsang 
(664)W.» 

Ce plan fut modifié par la publication intégrale des mé- 
moires de Hiouen-tlisang. Dans les papiers qui nous occupent, 
trois cent cinquante pages environ peuvent se rapporter à ce 
projet et contiennent une partie des documents inédits que 
Stanislas Julien se proposait de faire connaître. 

Seules, les dix-sept premières notices de l'ouvrage d'I-tsing 
sur les cinquante-six pèlerins bouddhistes qui allèrent dans 
l'Inde ont été traduites par lui et préparées pour la publica- 
tion (2) . La chronique bouddhique, traduite de l'Encyclopédie 
Fo-tsou-tong-kl, est tout à fait prête pour l'impression ; elle con- 
tient quatre-vingt-deux pages. Les travaux publiés depuis plus 
de vingt ans sur le même sujet ne diminuent pas l'intérêt que 
présente l'extrait de cette grande histoire du bouddhisme en 
Chine. 

Ce manuscrit mériterait à tous égards d'être imprimé; on 
pourrait y ajouter, en notes, des extraits d'un autre ouvrage, 
le Khai-youen-chi-kiai-lan, qui se trouvent également dans les 
papiers de Stanislas Julien. Depuis plusieurs années, j'avais 
commencé la traduction de la plus ancienne chronique boud- 
dhique, le Li-taï-san-pao-ki , ouvrage qui a été composé en 597 
de notre ère. La chronique traduite par Stanislas Julien est 
bien plus complète, quoiqu'elle soit du xm e siècle. Cependant 
elle place la naissance du Bouddha en 1027 avant notre ère, 
date la plus généralement admise en Chine. Comme le fait 
remarquer justement M. Senart, la date de la naissance de 

W Page lxxix et suiv. 

M M. Chavannes vient de publier la traduction complète de cet ouvrage sous 
le titre : Les religieux éminent» nui allèrent chercher la loi dam les pays d'Occi- 
dent (Paris, 180/», in-8°). 



— 224 — 

Càkyamouni est très controversée, chaque école bouddhique 
a la sienne; les critiques européens ont admis successivement 
celles de 5/«3, 4 7 7 et 38o avant notre ère, chacun se basant 
sur des données plus ou moins exactes. 

L'anachronisme flagrant que présente sur ce point de dé- 
part la chronique chinoise ne diminue pas la valeur générale 
de cet ouvrage qui nous donne, à partir de notre ère, des ren- 
seignements précis et importants sur les rapports entre la Chine 
et l'Inde. 

Peut-être l'Académie estimera-t-elle qu'il y aurait intérêt à 
publier ce dernier manuscrit. 

En offrant à l'Académie les papiers de Stanislas Julien, que 
j'ai classés et distribués dans trois cartons et dont j'ai l'honneur 
de lui présenter ci-joint le relevé détaillé, je lui demanderai 
la permission d'y ajouter un ancien ouvrage chinois sur l'his- 
toire de l'écriture, le Chou-sse-houeï-yao , provenant également 
de la bibliothèque du savant sinologue. Cet ouvrage, aujourd'hui 
introuvable en Chine même, n'existe pas dans nos bibliothèques. 
L'archimandrite russe Palladius, après bien des recherches en 
Chine , avait réussi à découvrir un des exemplaires de ce livre 
rarissime. Il l'avait offert à Stanislas Julien comme témoignage 
de sa grande admiration. Je pense que ce volume ne saurait 
être mieux placé que dans la bibliothèque de l'Institut. 



— 225 — 

ANNEXE. 

LISTE DES PAPIERS DE STANISLAS JULIEN. 



I 
MANUSCRITS D'OUVRAGES PURLIES. 

1 . Manuscrit de la Syntaxe nouvelle, publiée à Paris (1869 , 2 vol. in-8°). 

2. Manuscrit du Livre des trois mots, traduction latine publiée à Paris 

(186/i, in-8°); traduction française publiée à Genève (1874, in-8°). 

— Le manuscrit n'a pas la traduction du commentaire. 

11 y a une traduction latine du Livre des mille mots, qui n'a pas été 
imprimée. 

3. Langue et littérature chinoise, mémoire imprimé dans le Rapport sur 

le progrès des études relatives à l'Egypte et à l'Orient (Paris, 1867, 
grand in-8°). 

h. Commentaire sur le premier ebapitre de la traduction du roman des 
Deux jeunes filles lettrées, notes sur le second ebapitre et brouillon 
du troisième chapitre. 
Dans la traduction publiée, il y a très peu de notes; la plus grande 
partie de ce manuscrit est inédite. 

5. Manuscrit de Y Histoire du pavillon de l'Occident, publiée à Genève 

(1872-1880, in-/i ). 

6. Note sur la vie et les mémoires de Hiouen-thsang , en partie publiés. 

— là feuilles. 

7. Epreuves et manuscrit du commencement des mémoires de Hiouen- 

thsang, publiés à Paris (1867, in-8°). 

8. La petite Boukharie, article publié dans le Magasin pittoresque t. XIII, 

p. 87 et 126. 

9. Observations sur la nature et la valeur des travaux de M. Paravey, à 

propos de sa note sur l'igname de Chine , insérée dans les Comptes 
rendus des séances de l'Académie des sciences (5 février i855). 

10. Manuscrits concernant la polémique avec Pauthier. 

a. Réponse obligée à un prétendu ami de la justice, publiée à Paris 
(i87i,in-8°, 16 p.). 



— 226 — 

b. Notes critiques sur la traduction par Pauthier de l'inscription 
de Si-ngan-fou. — 21 pages. ( Une grande partie de ce manuscrit 
a été imprimée dans la brochure précédente.) 

c. Cinq feuilles des Exercices pratiques, p. i/ii à 171. — La 
rédaction diffère avec celle qui est imprimée. 

à. Observations sur la traduction par Pauthier de l'article sur 
l'Inde de l'encyclopédie de Ma-touan-lin , qui a paru en i836 dans 
YAsiatic Journal de Londres; manuscrit non publié. — /j feuilles. 

II 

MANUSCRITS INEDITS. 
LES RING. 

11. Traduction littérale de Chou-king. — Cinq cahiers; 336 pages. 
Traduction complète avec beaucoup de notes. 

1 2. Traduction des onze premières odes du Chi-king , <r le Livre des vers » , 

avec commentaires. — 32 feuilles. 

13. Commencement du Li-ki, traduit en français, avec des notes. 

— 4 7 feuilles. 

14. Le Tch'un-tsieou, traduit jusqu'à la onzième année Hi-kong. 

— 76 feuilles. 

Suivi des tables généalogiques des empereurs et des rois des prin- 
cipautés de la Chine pendant la durée du Tch'un-tsieou (de 722- 
A81 av. J.-C), avec la description de leur territoire. — 55 feuilles. 

HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE. 

15. Commencement du Thong-kien-kang-mou , traduction du règne de 

Fo-hi. — 9 feuilles. 

16. Notes sur l'inscription de Si-ngan-fou . 

a. Observations sur la traduction do Visdelou. — 2 feuilles. 
I>. Observations sur toute l'inscription. — 7 feuilles. 

17. Notes géographiques. — 3 feuilles. 

ÉTUDES SUR LE BOUDDHISME. 

18. Notes et extraits de livres bouddhiques concernant en grande partie 

les notes du premier volume de la traduction des mémoires de 
Hiouen-thsang. — 1 2 feuilles. 



— 227 — 

1 9. La préface des me'moires de Hiouen-tlisang , en chinois , sur papier 

de Chine. — 2 copies, chacune avec un commentaire différent. 

20. Itinéraire de Hiouen-tksang , d'après le Si-yn-tchouen , cité dans l'en- 

cyclopédie bouddhique Fa-yucn-tcha-lin. — 6 feuilles. 

21. Observations sur la traduction par Rémusat du Fo-koue-ki rrla rela- 

tion de Fa-hien». — 8 feuilles. 

22. Supplément h la Méthode de transcription. 

Le manuscrit ne contient que les quarante-deux premières sections 
du Fan-i-ming-i-tsi , avec la transcription et les mots sanscrits ré- 
tablis. — 36 feuilles. 

23 . Kieoii-fa-kao-seng-tchien. 

Les dix-sept premières notices sont seules traduites de l'ouvrage de 
I-tsing sur les cinquante - six pèlerins bouddhistes qui allèrent 
dans l'Inde. — 11 feuilles. 

'2U. Notes sur les Chinois qui ont été dans l'Inde pour chercher des 
livres bouddhiques. — 3 feuilles. 

25. Les Samanéens qui ont apporté le bouddhisme en Chine, extrait du 

Chin-i-tien. — 3 feuilles. 

26. Chronologie bouddhique, traduite de l'encyclopédie Fo-tsou-long-ki. 

— 8-2 feuilles. 

27. Extrait du Khai-youen-chi-hiao-lan , concernant les prêtres boud- 

dhistes étrangers qui vinrent en Chine. — \h feuilles. 

28. Table alphabétique du deuxième volume des Voyageurs bouddhistes. 

— 112 feuilles. (Ce volume na pas été publié.) 

PIÈGES DE THÉÂTRE. 

29. Traduction d'une pièce de théâtre incomplète. — 10 feuilles. 

30. Traduction du Khan-tlman-mou, rrl'Avare»; copie et brouillon. 

— 96 feuilles. 

31 . Traduction du Ho-lang-tan nrla Chanteuse » , en h actes. — h 9 feuilles. 

NOTES DIVERSES. 

32. Notices bibliographiques. — 9 feuilles. 

33. Dialogues traduits du chinois. — 80 pages. 






— 228 — 

Le texte chinois a été publié sous le titre : Ji-tch'aug-k'eou-l'eou-hoa. 
Dialogues chinois à l'usage de l'École spéciale des langues orientales 
vivantes, publie's avec une traduction et un vocabulaire chinois- 
français de tous les mots. Première partie : texte chinois (Paris, 
i863,in-8°). 

34. Relevés d'expressions composées. — h feuilles. 

35. Notes et extraits sur l'histoire naturelle et l'industrie en Chine. 

— î o feuilles. 
Plus un cahier de 20 feuilles sur les noms des médicaments dont on 
fait usage en Chine et au Japon. 

36. Traduction d'un article de Schiefner sur les vocabulaires boud- 

dhiques. — k feuilles. 
H y a une note de Stanislas Julien réfutant le savant académicien de 
Saint-Pétersbourg. 

37. Pièces envoyées par M. Guillaume-Louis de Slurler. 

38. Lettre de M. le docteur Hoffmann sur les métaux en Chine. 

39. Notes et papiers divers. — 18 feuilles. 

40. Notes sténographiques. — 7 feuilles. 

N° XV. 

INSCRIPTION LATINE TROUVEE À GOURBATA ( TUNISIE ), 

PUBLIE'E PAR M. HE'RON DE VILLEFOSSE. 

(séance nu 8 juin 189/1.) 

L'Académie n'a pas oublié qu'au mois de juillet 1 89 1 (1) j'ai 
eu l'honneur de lui présenter le texte d'une inscription latine 
récemment trouvée entre Tozeur et Gafsa (Tunisie). Celte 
inscription, datée de l'année 97, renfermait deux mentions 
importantes : le nom de Q. Fabius Barbants Valenus Magnus 
Jullamis, légat de Numidie sous Nerva, et un nom géogra- 
phique, celui du castcllus Tliigcnsntm. 

M. Edouard Blanc, inspecteur dos forets, autrefois chargé 
d'une mission en Tunisie, a bien voulu me communiquer deux 

O Comptes rendus des séances pour i8tji, p. aga cl suiv. 



— 229 — 

lettres de M. Tellier, ingénieur des ponts et chaussées, placé 
à la tête du service des oasis, lettres qui se rapportent à la 
découverte de cette première inscription et qui en font con- 
naître une seconde également fort intéressante, trouvée dans 
les mêmes parages. 

Il résulte tout d'abord des renseignements fournis par 
M. Tellier que l'oasis de Griss (ou de Kriz) n'a rien de commun 
avec l'emplacement de l'antique Thiges, ou du moins que la 
découverte de l'inscription ne peut aider en aucune manière à 
cette identification. Je reviendrai tout à l'heure sur cette ques- 
tion. Je me contente pour le moment de dire que la première 
pierre a été recueillie à une distance considérable de Griss, 
beaucoup plus au nord que ce point et sur la route directe de 
Tôzeur à Gafsa, dans la direction de cette dernière localité. 
Elle avait été employée clans une petite construction certaine- 
ment postérieure à l'époque romaine, formée de matériaux des 
différentes époques. Il est donc très probable qu'elle n'était pas 
là à sa place primitive. Cette construction se trouve à à ou 
5 kilomètres au sud d'Aïn-Abdou, dans la plaine de Tarfaoui. 

La seconde inscription a été découverte à 10 kilomètres 
environ au nord de la première, à Gourbata même, dans le 
mamelon qui domine le bordj , par les ouvriers chargés de 
réparer le ravin; elle a été transportée à Gafsa. Elle est mu- 
tilée et difficile à lire. Je donne ici la copie de M. Tellier; les 
restitutions m'appartiennent : 

II • cOs 

viîii' dcSIG-X- P ■ P 

KaVOLENOPRJSCo 

/EG-AVG-PRO-PR 

67VITAS-TI#-ENS 

Il est évident que la première partie du te\le dont il ne 



— 230 — 

reste que quelques lettres contenait une date, le nom de 1 em- 
pereur sous le règne duquel l'inscription avait été gravée, 
accompagné des mentions chronologiques ordinaires. Ce qui 
subsiste [ co(n)s(ul) de] sig(natus) X, p(ater) p{alriae) s'applique à 
l'empereur Domitien et nous reporte à la (in de l'année 83. 

La ligne suivante confirme cette hypothèse. On y lit, en 
effet, le nom d'un légat de Numidie, L. Iavolenus Prisais, qui 
a exercé cette fonction sous le règne de Domitien, mais dont 
le nom n'avait pas encore été rencontré sur une pierre afri- 
caine. 

Iavolenus Priscus est un jurisconsulte très connu. 11 est cité 
datte le Digeste W$ il est question de lui dans une lettre de 
Pline le Jeune (2) et sa biographie a été déjà l'objet de diverses 
études. Je me contenterai de renvoyer à l'article que M. Pallu 
de Lessert lui a consacré dans ses Fastes de la Numidie 1 - 31 . On y 
trouvera tous les renseignements désirables. 

Le cursus honorum de ce personnage nous a été conservé 
par une inscription de Nedinum en Dalmatie (l) . Cette inscrip- 
tion, élevée par un ami dans une province où Iavolenus n'avait 
rempli aucune fonction , a fait supposer qu'il était originaire 
de Nedinum. Elle est ainsi conçue: 

C. Octavio Tidio Tossiano L. I noie no Prisco, 

legato legionis IV Flaviae, 

legato legionis III Augustae, 

juridico provinciae Britanuiae , 

legato consulari provinciae Germamae saperions , 

legato consulavi provinciae Syriae , 

proconsuli provinciae Africae, 

pontifici . . . , etc. 

<» 4o, a, 5. 

M Epist., VI, l5. Cf. Mommsen, lndm PliniaMtt. 

M Mém. de la Suc. archéol. de Constantine , I. XXV, p. .'M ;\ Aç). 

'> Corp. ihscr. latin., vol. (Il, n. ft8fM (— 0,960). 



— 231 — 

Dans l'inscription de Nedimm le consulat de Iavolenus n'est 
pas mentionné, mais un diplôme militaire trouvé à Mayence 
nous apprend qu'il était légat de la Germanie supérieure en 
l'année qo ' ]) . Il avait donc été consul avant cette date et après 
sa légation de Numidie, c'est-à-dire entre les années 83 et qo. 

Son prénom Lucius, sur lequel on a hésité quelque temps, 
est aujourd'hui certain, grâce à une revision des textes de Ne- 
dinum et de Mayence (2) . Ce dernier document nous apprend 
même qu'il était officiellement désigné en Germanie sous les 
seuls noms de L. Iavolenus Prisais, ce qui s'accorde avec la 
mention inscrite sur la pierre de Gourbata. 

Iavolenus fut le chef de l'école sabinienne et le maître de 
Salvius Julianus qui parle de ses séjours en Afrique et en 
Syrie ( 3 ). H vécut au moins sous quatre empereurs, Domitien, 
Nerva, Trajan et Hadrien. Il est donc très intéressant de pou- 
voir ajouter à sa biographie un nouveau document qui permet 
de préciser l'époque de son gouvernement de Numidie. 

La dernière ligne semble devoir être lue civitas Ti\g\ens(iumy 
Nous aurions donc là une nouvelle mention de cette station 
de la Table de Peutinger, située entre Tozeur et Gafsa, et qui 
portait le nom de Thigcs. Comment expliquer que ce nom géo- 
graphique soit précédé dans la première inscription du mot 
castellus et dans la seconde du mot civitas? Les deux inscriptions 
sont presque contemporaines et c'est la plus ancienne qui 
mentionne la civitas. Elles se rapportent probablement à deux 
emplacements différents : la civitas, placée en dehors de la 
roule, et le castellus, placé sur la route même, à l'endroit où 
s'embranchait le chemin conduisant à Tkiges. 



(1> Corp. inscr. latin., vol. Ht, p. to,65. 

(" 2) IbiiL, a. iyG6. Mommsen a élucidé cette question. Cf. Epliem. epigr., V, 
p. 653-656. 

(s) Dig, , loe. cit. : cum meminisseni Iavolenuiit preeceptorem meum et in Africa 

et in Syria servait s aux nianumisisse. 



— 232 — 

J'ai parlé plus haut de l'impossibilité de placer Thàgès à 
l'oasis de Griss ou d'El-Oudian. Deux raisons s'y opposent. Il 
est d'abord tout à fait invraisemblable que nos deux pierres 
aient été amenées d'un point aussi éloigné des endroits où elles 
ont été découvertes; en second lieu si la voie romaine de Gafsa à 
Tkuzuros passait à El-Oudian, elle aurait fait un détour consi- 
dérable et dont la nécessité ne parait pas du tout démontrée. 

Les deux évêques Aplus et Honoratus, cités, le premier dans 
un texte de l'année ki 1 et le second en 484, tous deux avec 
le titre à'episcopus Tiziensis (l) , doivent être des évêques de 
Thiges. Il faut sans doute corriger Tiziensis en Tigiensis. Ces 
mentions prouveraient que la localité existait encore au v c siècle. 

On voit que l'inscription relevée par M. Tellier a une im- 
portance particulière et qu'elle était digne d'être présentée à 
l'Académie. 

N° XVI. 

i 

LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME. 

Rome, le 19 juin 189&. 

Monsieur le Président et cher confrère, 

Un nouveau musée vient de s'ouvrir à Rome. La galerie de 
moulages que M. le professeur Lœwy a formée, avec l'aide 
du Ministère de l'instruction publique, comme annexe à la 
chaire d'archéologie de l'Université romaine, a été inaugurée 
ces jours-ci avec quelque solennité et sera désormais ouverte 
régulièrement à l'étude. 

Nous avons pu voir, à la dernière séance de l'Académie des 
Lincei, envoyés de Terracine, où ont eu lieu les fouilles du 
temple d'Anxur, les ex-voto de plomb recueillis. Ce sont des 



tu 



Morcelli, Ajrica christiana, [, v" Tizienxi*. 



— 233 — 

jouets d'enfants, les jouets offerts à Jupiter d'Anxur qui était 
le Jupiter bambino. Il y a une petite chaise, un petit fauteuil, 

une petite table, un petit candélabre ; chacun de ces 

objets n'a pas plus de o m. o3 à o m. oà de hauteur. 

On a remarqué , au cours de ces travaux de Terracine , l'ori- 
fice d'une crevasse ou d'un conduit naturel qui prend son ou- 
verture première à travers le rocher assez loin du temple. 
Naturellement un courant d'air très prononcé y est fort sen- 
sibfe. En considérant à quelle place se trouve cet orifice, dans 
l'intérieur du monument, on a conjecturé que c'était là un 
de ces lieux où les feuilles pareilles à celles de la Sybille, agi- 
tées par le vent, annonçaient les réponses des oracles. 

Un nouveau temple commence d'être relevé à Sélinunte 
par les soins de M. le professeur Salinas. On y a trouvé en 
nombre inouï des figurines et vases de terre cuite, des lampes, 
des fragments de verre ou de bronze. Il suffit de dire que la 
quantité des lampes laissées comme rebut dans les magasins 
monte au chiffre de 1 1,089. 

Agréez, etc. 

A. Geffroy. 



«11 i(> 



1 1 1 1 1 111 



— 234 — 



LIVRES OFFERTS. 



SÉANCE DU k MAI. 

M. le chanoine Ulysse Chevalier, correspondant de l'institut, adresse 
en hommage à l'Académie les publications suivantes dont il est l'au- 
teur : 

Bibliothèque liturgique, tome II : Poésie liturgique traditionnelle de 
l'Église catholique en Occident ou Recueil d'hymnes et de proses usitées au 
moyen âge et distribuées suivant l'ordre du bréviaire et du misse! ( Tour- 
nai , 1894, in-8°); — et cinq tirages à part des articles : Allemagne, 
Amérique, Angleterre, Belgique et Bretagne, du Répertoire des sources 
historiques du moyen âge, Topobibliographie (Montbéliard, 1898, in-8°). 

Sont encore offerts : 

La traversée des Alpes par Annibal, à propos du livre du colonel Hetuie- 
bert, par M. J. Roman (Gap, 1896 , in-8°; extrait du Bulletin de la 
Société d'études des Hautes-Alpes , année 189 &); 

Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique du déparle- 
ment de Constantine, 7 e volume de la 3 e série, année 1898 (Constan- 
line, Alger et Paris, 1 8 9 4 , in-8°); 

Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts du département de la 
Haute-Saône, 3 e série, n° 2 4 (Vesoul, 1893, in-8°). 

M. l'abbé Dochesne a la parole pour un hommage : 
cr J'ai l'honneur de présenter à l'Académie le troisième fascicule des 
Prokgomena de la grande et célèbre édition du Nouveau Testament de 
Tischendorf (Novum Testamentum graece , editio VIII critica major, t. III, 
fasc. 3, Leipzig, 189/1, in-8°). Je n'ai pas besoin d'insister sur les ser- 
vices que Tischendorf a rendus à la paléographie et à l'étude de la Bible. 
Ce savant est mort sans avoir pu rédiger les Prolégomènes de son édi- 
tion critique. Un jeune Américain , d'origine française, M. G.-R. Gregory, 
connu de l'Académie par l'intéressante communication qu'il lui a sou- 
mise sur les Cahiers des manuscrits grecs, a été chargé de les rédiger. 
Tout était à faire, car Tischendorf, sûr de sa mémoire, n'avait pas laissé 
une page de notes pour cet objet. M. Gregory mesura rapidement la 



— 235 — 

lâche immense qu'il avait à accomplir et aussitôt il entreprit la série des 
longs et fructueux voyages qui lui ont permis de voir, d'étudier de près, 
et de décrire presque tous les manuscrits grecs du Nouveau Testament. 
Leur nombre est légion, car l'auteur ne s'est pas borné aux textes con- 
nus et a été rechercher, dans les recoins les plus cachés de l'Orient, 
les moindres fragments de lectionnaires et de livres liturgiques, conte- 
nant des portions de l'Ecriture sainte. Dans ces études, M. Gregory 
n'est pas un maître, mais le maître, et son autorité est incontestée. Le 
fascicule que je présente à l'Académie est le dernier de cette œuvre im- 
mense. Il est consacré en grande partie aux traductions du Nouveau 
Testament dans les diverses langues anciennes, en syriaque, en latin, en 
copte, etc. Ce sujet doit intéresser particulièrement, les savants d'un 
pays dont la Vulgate a été de tout temps la nourriture spirituelle. Ici 
encore il y a des trésors d'érudition accumulés. Je dirais même que nous 
trouvons, dans l'abondance des énumérations du savant bibliographe, 
une sorte d'embarras de richesses. J'aurais préféré qu'au lieu d'inscrire 
dans ses pages les numéros de 2,000 et quelques manuscrits de la Vulgate , 
M. Gregory nous eût donné le choix des 200 ou 3oo meilleurs, et qu'il 
nous eût dit quelques mots de leur caractère. Notre érudition en aurait 
été mieux dirigée et mieux éclairée. Mais il ne faut pas reprocher à un 
auteur de ce mérite l'excessive abondance de renseignements qu'il nous 
donne. Il nous faut nous réjouir de voir la science dotée désormais d'un 
précieux instrument de travail, dont les théologiens ne seront pas seuls à 
tirer profit. » 

M. P. Meyer présente deux nouvelles livraisons de A new english 
Dictionary ou historical Principles, par M. J. A. H. Murray (Oxford, 
1893-189/1, in-4°). 

rr L'une de ces livraisons (part. VIII, sect. 1) termine la lettre C. 
L'autre appartient au tome III, contenant la lettre E, portion du diction- 
naire qui est rédigée, sous la direction de M. Murray, par son collabora- 
teur M. H. Bradley. Ces deux livraisons donnent une fois de plus la 
preuve de l'excellence de la méthode avec laquelle les résultats d'im- 
menses dépouillements ont été mis en œuvre. La lettre C maintenant 
publiée en entier contient i,3o8 pages. C'est, comme en français, l'une 
des lettres les plus chargées, et pour la même raison, c'est-à-dire à cause 
du grand nombre de mots d'origine latine formés avec la préposition 
cura. Dans le dictionnaire de M. Littré, cette même lettre a 5oi pages et 
des pages contenant moins de matière que celles du Dictionary. Cette 

16. 



— 236 — 

comparaison donne une idée des proportions énormes de l'œuvre qui se 
poursuit avec autant de science que d'activité par les soins et sous la 
direction du D r Murray. » 

SÉANCE DU 1 1 MAI. 

M. L. Delisle offre, au nom des auteurs, les publications suivantes : 

i° Les Fables de Phèdre, édition paléographique publiée d'après le 
manuscrit Rosanbo, par M. Ulysse Robert (Paris, i8q3, gr. in-8°); 

2° Tliann à la fin du xv e siècle (i46g-iâjâ), d'après des documents 
i nédits, par M. Gh. Nerlinger (Paris, 1893, in-8°); 

3° La seigneurie et le château d'Orlemberg au val de Ville sous la do- 
mination bourguignonne (iù6g- lûjâ), par le même (Paris, 189/i, 
in-8°). 

Sont encore offerts : 

Jean de Saint-Avit, évêque d'Avranches , dix ans captif pour la cause de 
la France et celle de Jeanne d'Arc, par M. l'abbé Marquis (Chartres. 
1896,111-8°); 

Le vase gallo-belge de Jupille, par M. F. de Villenoisy (Liège, 189^ , 
in-8°; extrait du Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. XX11I); 

Origine des premières races ariennes d'Europe, par le même (Lou- 
vain, 1896, in-8°; extrait du Muséon); 

Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences, belles-lettres 
et arts de Rouen, pendant Tannée 1892-1893 (Rouen, 189&, in-8°); 

Archaeologiit, or miscellaneous Tracts relating to Antiquity, published 
by the Society of Antiquaries of London , volume LUI , 2 d séries (London , 
i893,in-4 ). 

SÉANCE DU l8 MAI. 

Sont offerts : 

Rig-Veda-Samhitâ , the sacred Hymns ofthe Brâhmans , together ivith the 
Cmnmentary of Sâyanâhârya , ediled by F. Max Millier. a d édition. Vol. I- 
IV, Mandala l-IV, published trader the patronage of His Highness llie 
Mahârâjah of Vijayanagara (London, 1890-1892, h vol. in-'r); 

Bulletin des religions de l'Inde : Bouddhisme , Jainisme , Hindouisme , par 
M. A. Bartii, membre de l'Institut (Paris, 1896., in-8°; extrait de la 
Bévue de l'histoire des religions, années 1890 et 189/1); 



— 237 — 

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. XVI, année 1893 
(Poitiers, 189/1, in-8°). 

M. Barbier de Meynard a la parole pour divers hommages : 

i° Epigraphische Denkmdler ans Abessinicn, nach Abklatschen von 
J. Theodor Bent Esq., von Prof. D r D.-H. Muller, III (Wien, 189/i, m- 
4°; extrait des Denlcschriften de l'Académie de Vienne). 

2 Egyptisch-Minàischer Sarkophag im Muséum von Gizeh; — Pal- 
myrcnica aus dem British Muséum ,11; — Ueber die von Prof. Julius in 
Nord-Arabien entdeckten und gesammelten proto - arabischen Inschriflen, 
von D.-H. Minier (tirage à part de la Wiener Zeitschrift fur die Kunde 
des Morgenl, t. VIII). 

ffM. D.-H. Muller, professeur à l'Institut oriental de Vienne, me 
charge d'offrir en son nom à l'Acade'mie différentes publications dont il 
est l'auteur et cpui ont trait à l'épigraphie sémitique. Le plus important 
renferme une étude développée des principales inscriptions d'Abyssinie, 
celles qui se rapportent à l'ancien royaume et en éclairent ses origines. 
La découverte en est récente et nous en sommes redevables à l'intrépide 
explorateur M. Théodore Bent. Des recherches auxquelles s'est livré 
M. Muller il paraît résulter que la langue et l'écriture ghez sont sorties 
l'une et l'autre du sabéen. Quelle que soit d'ailleurs la solution définitive 
de ce problème que l'auteur a soumis à un examen rigoureux, on est 
heureux de constater combien le cercle de l'épigraphie abyssinienne s'est 
élargi depuis le temps où notre confrère de l'Académie des sciences, 
M. Antoine d'Abbadie rapportait d'Ethiopie et faisait connaître au monde 
savant la célèbre inscription d'Axoum. 

ffDans le mémoire suivant, le savant professeur de Vienne aborde à 
son tour le déchiffrement d'un sarcophage conservé au Musée de Ghizeh. 
Ce monument appartient à l'époque ptolémaïque et porte une inscription 
en caractères himyarites qui met à l'épreuve en ce moment la persévé- 
rance et la sagacité des épigraphistes. L'interprétation proposée par 
M. Muller, sans avoir la prétention de résoudre toutes les difficultés d'un 
texte particulièrement obscur, présente un sens général très acceptable 
et qui se rapproche du déchiffrement publié par M. J. Halévy. La diffé- 
rence principale est dans les conclusions qu'en tire le savant viennois : 
d'après lui la langue du monument de Ghizeh serait d'un âge plus reculé 
que celles des inscriptions araméennes et même des monuments lihya- 
niles. 

fLes deux dernières brochures sont consacrées, l'une à l'étude des 



— 238 — 

inscriptions palmyréniennes du British Muséum, l'autre aux anciens noms 
arabes qui se trouvent dans les inscriptions du Nord de l'Arabie, re- 
cueillies par M. Euting et données dans la relation du malheureux voya- 
geur G. Hubet, que la Société asiatique a publiée , il y a quelques années. 
rrPar cet ensemble de recherches on peut juger de l'érudition étendue 
et de l'activité d'esprit du savant épigraphiste de l'Université de Vienne. 
Je ne doute pas que les travaux dont je dois me borner à faire ici l'énu- 
méralion ne soient bien accueillis de nos confrères de la Commission du 
Corpus , plus autorisés que moi à en apprécier la valeur, r, 

3° Dictionnaire français-touareg (dialecte taïtoq), suivi d'observations 
grammaticales, par E. Masqueray, fasc. II (Paris, 189&, in-8°. Publi- 
cations de l'Ecole des lettres d'Alger). 

ffj'ai l'honneur de déposer aussi sur le bureau de l'Académie, de la 
part de M. Masqueray, directeur de l'Ecole des lettres d'Alger, la seconde 
livraison de son Dictionnaire français-touareg. Je n'ai pas à revenir au- 
jourd'hui sur ce travail dont j'ai déjà signalé les mérites. Qu'il me soit 
permis seulement de rappeler que c'est à M. Masqueray, bien secondé 
d'ailleurs par son collègue de l'Ecole des lettres M. René Basset, que 
nous devrons un jour une connaissance plus complète et plus scientifique 
de ces curieux dialectes berbères dont, dès le v° siècle, saint Augustin 
constatait l'unité linguistique à travers la diversité de leurs divisions géo- 
graphiques [barbaras génies in una lingua plurimas novimus). En félicitant 
M. Masqueray des services qu'il rend à l'œuvre civilisatrice de la France, 
en même temps qu'aux progrès de la philologie africaine, je renouvelle 
le vœu que son travail puisse paraître à des intervalles un peu plus rap- 
prochés, puisqu'il ne pourra être utilement consulté que lorsqu'il sera 
achevé. ■» 

SÉANCE DU 2 5 MAI. 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le 2 e fascicule des 
Comptes rendus des séances de l'Académie pour l'année 1 89/i. Bulletin de 
mars-avril (Paris, 189/1, i'i-8°). 

Sont encore offerts : 

(lartulaire lyonnais, documents inédits pour servir à l'histoire des an- 
ciennes provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais, Dombcs , Bresse et 
Bugey, comprises jadis dans le Pagus major Lugdunensis, recueillis cl 



— 239 — 

publiés par M. M.-C. Guigue; t. II : Documents de l'année 12 55 à l'année 
i3oo (Lyon, 1893, in-4°); 

Epigraphia indica of the Archaeohgical Survey of India, edited by 
J. Burgess, vol. II, part XIV (Calcutta, i8g3, in-4°). 

M. Ravaisson présente à l'Académie une Histoire générale des beaux- 
arts, par M. Roger Peyre (Paris, 189/i , in- 12). 

«Cet ouvrage ne contient pas moins de 786 pages et plus de 3oo illus- 
trations. Il embrasse l'histoire des arts du dessin et même de la musique 
en Egypte, en Asie, en Grèce, à Rome, au moyen âge, à la Renaissance 
et dans les temps modernes jusqu'à nos jours. L'auteur y fait preuve 
d'un vaste savoir et d'une critique très éclairée; son style aussi est digne 
de tout éloge. » 

M. L. Delisle offre à l'Académie, au nom de l'auteur, le tome V des 
Lettres de Peiresc, publiées par M. Ph. Tamizey de Larroque, corres- 
pondant de l'Institut (Paris, 189/i, in-4 ), et fait ressortir l'intérêt ar- 
chéologique de ce volume qui comprend les lettres de Peiresc à Guillemin , 
à Holstenius et à Menestrier (1610-1637). 

SÉANCE DU 1 er JUIN. 

M. Ci.ermont-Ganneau a la parole pour un hommage : 
rrj'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de M. Robert de Bon- 
nières, un volume dont elle appréciera certainement la valeur exception- 
nelle. C'est un exemplaire du Foe-koue-ki , ou Relation des royaumes 
bouddhiques, traduit du chinois par Abel Rémusat. Cet exemplaire a 
appartenu à Stanislas Julien; l'éniinent sinologue en a couvert les pages 
d'annotations marginales extrêmement importantes, qui sont comme les 
préliminaires de sa mémorable traduction des voyages de Hiouen-thsang. 
Je signalerai, entre autres, les transcriptions sanscrites et chinoises des 
nombreux noms de lieux énumérés dans l'Appendice, qui nous montrent 
comment Stanislas Julien a procédé pour arriver à l'identification de ces 
noms. Nous avons là, prises sur le vif, la genèse et les premières appli- 
cations de cette méthode magistrale qui a fait époque dans les études 
orientales et a contribué à jeter tant de lumière sur l'bistoire du boud- 
dhisme par la confrontation rigoureuse des documents indiens et chinois. 
Ce volume, ainsi enrichi de commentaires autographes qui en l'ont une 
sorte de relique scientifique, n sa place marquée auprès des papiers de 



— 240 — 

Stanislas Julien récemment offerts à l'Académie par M. Spechl. Comme 
ceux-ci, il avait été livré aux hasards des enchères, avec toute la biblio- 
thèque de Stanislas Julien , léguée par lui à son disciple et successeur, 
notre regretté confrère M. le marcpjis d'Hervey-Saint-Denis. L'on ne 
peut que féliciter M. R. de Bonnières de la bonne fortune qu'il a eue de 
recueillir celte précieuse épave, et du sentiment auquel il a obéi en dé- 
sirant ainsi la placer sous la sauvegarde, désormais inviolable, d'une com- 
pagnie à laquelle elle rappellera un souvenir cher et glorieux. S'il est 
permis de regretter que l'événement ait pu lui donner l'occasion de 
s'exercer, il est à souhaiter que l'intelligente et généreuse initiative de 
MM. R. de Bonnières et Spechl trouve, le cas échéant, des imitateurs.» 

SEAISCE du 8 JUIX. 

Sont offerts : 

The sacred Books of the East, translated by varions oriental Scholars 
and ediled by F. Max Muller, vol. XLIX (Oxford, i8 9 4, in-8°). 

Ett/mologicum magnum Romaniœ Diclionarul limhei istorice si poporane 
a RomdnUor, par M. Pétriceicu Hasdeu, tome 111, fasc. n (Bucarest. 
1894, in-4°). 

An Introduction to the popular Religion and Folklore of Northern India , 
Dy W. Grooke, B. A. (Allahabad, 189A , in-8°). 

Archœological Survey of lndia. The Hower transcript. Facsimile Leaves, 
nayari transcript, romanised Translitération and english Translation with 
notes, edited by A. F. Rudolf Hoernle, Ph. D. , part. II, fasc. 1 (Calcutta, 
1894, in-h°). 

M. G. Perrot présente, au nom de l'auteur : Lessing et l'antiquité. 
Etude sur l'hellénisme et la critique dogmatique en Allemagne au xvm r siècle, 
par I. Kont, agrégé de l'Université, tome I (Paris, 1896, in-12). 

* Depuis la thèse de M. Crouslé (1 8G3) il n'a pas paru en Fiance 
d'étude aussi détaillée sur Lessing que celle qui vient d'être offerte au 
public français par M. Kont, cl l'Allemagne même ne possède pas de tra- 
vail d'ensemble où le sujet soit traité aussi à fond qu'il l'est ici, avec une 
connaissance aussi approfondie de toutes les questions auxquelles Lessing 
a touché et où il a laissé la marque de sa curiosité universelle et de sa 
critique pénétrante. Il a fallu comparer l'étal où en étaient alors toutes 
ces disciplines à celui OÙ les a portées à présent le progrès de la re- 
chercne. \1. Kont s'est acquitté de celte lâche avec une compétence qui 



— u\ — 

témoigne de l'étendue de ses connaissances. Dans un second volume, 
dont un extrait a déjà été donné par la Revue archéologique , il étudiera 
Lessing archéologue, a 

M. Héron de Villefosse présente à l'Académie les numéros 2 12-21 3 
de la Revue africaine, Rulleiin des travaux de la Société historique algé- 
rienne, 38 e année, 1" et 2 e trimestres 189/i (Alger, Jourdan, 1896, 
in-8°). 

ffLa Revue africaine est l'organe de la Société historique algérienne 
fondée en i856; le président de cette Société en est le directeur. Elle 
compte trente-huit années d'existence; ce n'est donc pas à titre de revue 
nouvelle que j'ai l'honneur de la présenter à l'Académie. Avec le Recueil 
de la Société archéologique de Constantine elle représente en Algérie le plus 
ancien journal scientifique. Un des hommes qui, par leur zèle et leur ac- 
tivité, ont rendu à la cause des antiquités africaines les services les plus 
importants, Adrien Berhrugger, en a été pendant treize années le direc- 
teur. Tant qu'il a vécu toutes les découvertes faites en Algérie et en Tu- 
nisie y étaient signalées et enregistrées avec soin. On y retrouve à chaque 
page pendant ces premières années les noms des vieux explorateurs afri- 
cains, Rehoud, de Lhotellerie, Féraud, Gherbonneau, Boissonnet, etc., 
et celui de notre regretté confrère, CL Tissot. 

et Après la mort de Berhrugger, la Revue africaine entra dans une pé- 
riode plus calme, mais non moins attachante; c'est surtout au point de 
vue de l'histoire moderne qu'elle offre alors un grand intérêt. MM. de Gram- 
mont, Rhin, Arnaud, secondés par des collaborateurs dévoués, appar- 
tenant pour la plupart à l'armée ou à l'administration, y publièrent de 
nombreux articles qui forment comme la hase essentielle de l'histoire de 
la domination espagnole en Afrique ou de celle des tribus soumises par 
nos soldats. 

«Une nouvelle phase vient de s'ouvrir pour cette revue. Rattachée 
dans une certaine mesure à l'Ecole des lettres d'Alger par la nomination 
de M. Masqueray comme président de la Société historique algérienne , 
elle semble appelée à remplacer aujourd'hui le Rulletin de correspondance 
africaine dont l'existence a été si courte. Grâce au concours des profes- 
seurs de l'Ecole des lettres, grâce au dévouement de son secrétaire, 
M. G. Jacqueton, conservateur adjoint de la Bibliothèque-Musée, auquel 
l'Académie a décerné l'an dernier la première médaille au concours des 
Antiquités nationales, < Ile a subi une transformation heureuse qui parait 
devoir être très profitable aux études archéologiques. 



— 242 — 

rr Le présent fascicule qui correspond aux deux premiers trimestres de 
l'année 1894 contient les travaux suivants : 

cri Documents marocains. M. Jacquetou publie sept pièces importantes 
de l'époque de Henri IV relatives aux événements qui se passaient alors 
au Maroc. La première est une relation écrite par un négociant français 
nommé P. Treillault; les autres font partie de la correspondance d'un 
médecin français, le sieur de Lisle, qui paraît avoir été chargé au moins 
de deux missions au Maroc. 

rra° Antiquités récemment découvertes à Alger. M. Gavault, architecte du 
Gouvernement, fait connaître de nouvelles trouvailles. 11 faut surtout 
mentionner une stèle votive en l'honneur de Saturne, qui constitue le 
premier ex-voto de ce genre découvert à Alger et prouve l'existence dans 
cette ville, à l'époque romaine, d'un sanctuaire du dieu. Une planche 
reproduit les objets découverts. 

fr3° Notes sur l'histoire de Laghouat. M. le lieutenant Mangin, du 3 e ti- 
railleurs indigènes , continue , à l'aide des récits contemporains de la con- 
quête et avec le secours des documents conservés dans les archives du 
Gouvernement général, l'histoire d'une des villes les plus importantes 
du Sud de l'Algérie. 

«h° Chronique africaine, archéologie ancienne; année i8g3. Sous ce 
titre, M. Stéphane Gsell a entrepris de mettre les lecteurs de la Revue au 
courant de tous les travaux récents sur l'Afrique ancienne. 11 ne les entre- 
tient pas seulement des découvertes faites sur place ou des mémoires 
publiés en Algérie, mais tout ce qui s'imprime en France, en Allemagne 
ou ailleurs est signalé. Une première division est consacrée aux travaux 
relatifs à la géographie générale, à l'ethnographie et aux découvertes 
préhistoriques. Dans le chapitre suivant l'auteur a réuni ce qui concerne 
la Cyrénaïque depuis les origines de la colonisation grecque jusqu'à la 
fin des temps antiques; un bon compte rendu du travail de M. 0. Seeck 
sur Synésius y est inséré. Viennent ensuite de nombreux renseignements 
classés sous trois grandes rubriques : époque carthaginoise , époque ro- 
maine, époque chrétienne. Ces renseignements se rapportent à la géogra- 
phie , à l'histoire , à l'exploration et à la description des ruines , à la religion , 
à l'administration, à la littérature, aux monuments figurés, etc. Les 
moindres notes insérées dans les renies spéciales, toutes les communi- 
cations faites aux sociétés savantes sont l'objet d'une mention, plus ou 
moins longue suivant leur importance, de sorte qu'on trouve dans cette 
chronique un résumé exact de tout ce qui a été écrit sur l'Afrique dans 
le courant de l'année. L'auteur ne se borne pas à exposer l'opinion des 



— 243 — 

autres, il exprime souvent ia sienne; il le fait avec mesure. Ses remarques 
et ses critiques pleines de justesse et d a-propos donnent à son travail une 
physionomie très personnelle. Enfin un dernier chapitre est consacré aux 
musées et aux collections de l'Algérie et de la Tunisie. Le Musée du Bardo , 
créé par M. de la Blanchère, ne cesse de s'accroître sous l'habile direc- 
tion de M. Gauckler; ceux d'Alger, de Philippeville et de Sétif se réor- 
ganisent; celui d'Oran , qui est l'œuvre du commandant Demaeght, s'en- 
richit tous les jours. Dans un pays où l'activité des archéologues est sans 
cesse excitée par de nouvelles découvertes, une chronique de ce genre 
est particulièrement utile. Elle est également précieuse à ceux qui, vivant 
loin de ce champ d'études, s'intéressent aux antiquités africaines; elle 
leur évitera de grandes pertes de temps. J'ajoute qu'elle donnera un 
nouvel élan au zèle de nos officiers qui, aujourd'hui comme au début de 
la conquête, comptent parmi les meilleurs et les plus utiles auxiliaires 
de nos travaux. 

tf Félicitons donc la Revue africaine d'être entrée dans cette voie nou- 
velle et faisons des vœux pour qu'elle ne s'en écarte pas. » 

M. Héron de Villefosse offre ensuite à l'Académie, au nom de l'au- 
teur, un ouvrage intitulé ; L'art au moyen âge, choix de lectures sur 
l'histoire de l'art, l'esthétique et l'archéologie, accompagné de notes expli- 
catives, historiques et bibliographiques , par Gaston Gougny (Paris, Firmin- 
Didot, 189/1, in-8°). 

«Ce volume, illustré de soixante-seize gravures, est le troisième de la 
collection publiée par M. Gaston Cougny. Les deux premiers sont con- 
sacrés à l'art antique; celui-ci a pour but de faire connaître l'art du 
moyen âge et ses diverses manifestations. Comme dans ses précédents 
volumes l'auteur a réuni et réédité un certain nombre de mémoires écrits 
par des auteurs différents, mais dont l'ensemble constitue néanmoins 
une suite intéressante. Ces lectures sont destinées aux élèves des écoles 
municipales de Paris; elles seront goûtées et comprises en dehors de ces 
écoles par toutes les personnes qui ont le désir de s'instruire. C'est aux 
ouvrages de MM. G. Boissier, Vitet, Jules Quicherat, J. Spencer North- 
cole et W. R. Brownlow que sont empruntées les pages consacrées aux 
origines de l'art chrétien. L histoire de la civilisation byzantine et d^s 
arts qui s'y rattachent est présentée par MM. Zeller, Jules Labarte et 
Gh. Bayet. Enfin l'art roman et l'art gothique sont étudiés, expliqués et 
commentés par MM. F. de Verneilh, Jules Quicherat, Mérimée, Dïdron, 
F. de Lasleyrie, Viollet-le-[)uc, Louis Courajod, Lecoy de la Marche, etc. 



— 2M — 

Avec de tels collaborateurs M. G. Cougny avait tous les moyens de com- 
poser un livre utile et attachant, mais il fallait encore savoir choisir, chez 
quelques-uns du moins , des pages où la doctrine n'avait pas vieilli et où 
la critique la plus sévère ne trouverait rien à reprendre. C'est ce qu'il a 
l'ait avec un vrai discernement. Ces morceaux détachés, signés de noms 
différents, forment un tout bien coordonné et qui se lit avec profit. En 
vulgarisant ces éludes et ces travaux, en les enrichissant de notes et de 
gravures, M. G. Cougny a rendu à l'histoire de l'art un nouveau et im- 
portant service. » 

M. Brkal fait hommage à l'Académie, au nom de l'auteur, M. Ch. Ca- 
sali de Casalis, d'un ouvrage intitulé : Jus antiquum (Paris et Milan, 

i8a4,in-8°). 

M. l'abbé Duchesne a la parole pour un hommage : 
ff J'ai l'honneur de présenter à l'Académie une brochure intitulée : 
Die Acten der heiligen Ncreus und Achillcus, par M. F. Schaefer (Rome, 
1894, in-8°; extrait de Rômische Quartalschrift). M. Schaefer est un 
jeune prêtre, allemand de naissance, agrégé actuellement au diocèse de 
Saint-Paul de Minnesota, en Amérique. L'étude qu'il vient de consacrer 
à la légende des saints INérée et Achillée a pour but de montrer que celte 
légende a été rédigée primitivement en latin, à Rome, au V e siècle en- 
core peu avancé. Ce texte légendaire est d'une importance considérable. 
Il se rattache, d'une part, aux apocryphes relatifs à Simon le Magicien, 
d'autre part, au culte de saint Césaire, lequel finit par acquérir à Rome 
une situation officielle, saint Césaire ayant été choisi comme patron de 
la chapelle impériale du Palatin. D'autre part, on y a incorporé un 
certain nombre de traditions locales, de Rome, de Terracine, de la 
Sabine, de l'Abruzze et des Marches, toutes vérifiées par des documents 
épigraphiques ou liturgiques d'une antiquité fort respectable. 

rcNous en avons un texte grec et un texte latin. Le premier a été, ces 
derniers temps, édité deux fois en Allemagne. Les éditeurs ont cru de- 
voir lui accorder la situation d'original par rapport au latin. M. Schaefer 
renverse ce rapport. Il établit en outre que l'origine de ce pieux roman 
s'explique par la préoccupation de répondre aux objections soulevées à 
Rome, vers la lin du iv e siècle, contre la profession virginale. 11 replace 
donc, avec succès, je crois, cette pièce intéressante dans son milieu local, 
chronologique et religieux." 

M. Croiskt offre à l'Académie, au nom de l'auteur, M. A. Baudriilart, 



— 245 — 

Les divinités de la victoire en Grèce et en Italie (Paris, 189/1, in-8°-, fasci- 
cule 68 e de la Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome). 

"L'ouvrage de M. Baudrillart a été déjà soumis à l'Académie en ma- 
nuscrit lorsque l'auteur était membre de l'Ecole de Rome. C'était un 
travail de seconde année, et la Commission en avait apprécié les qualités 
solides et élégantes. Depuis l'auteur l'a repris et complété. Sous cette nou- 
velle forme, c'est un excellent mémoire qui étudie un chapitre intéres- 
sant des idées religieuses de l'antiquité. On y voit avec précision com- 
ment une idée abstraite est devenue une divinité, quelle place elle a 
prise dans la religion de la cité, quel culte lui fut rendu, comment ce 
culte s'unit à celui de l'empereur et de Rome, comment il s'associa aussi 
à celui de plusieurs grandes divinités, et quels liens étroits rattachent 
l'histoire du culte de la Victoire à l'histoire de la cité elle-même. Le style 
de M. Baudrillart, net et simple, a toute l'élégance sobre qui convient à 
un travail de ce genre. » 

M. Lorgnon présente, au nom de M me Ernest Desjardins, le 6 e et der- 
nier volume de la Géographie historique et administrative de la Gaule ro- 
maine, par feu M. Ernest Desjardins, membre de l'Institut (Paris, 1893 , 
in-8°). 

ff Ce volume , moins considérable que les précédents , a pour unique 
objet les sources de la topographie comparée, c'est-à-dire les monuments 
itinéraires de toute nature ainsi que Y Anonyme de Ravenne , et il est ac- 
compagné de nombreuses planches reproduisant les monuments, ou les 
résumant d'une façon véritablement saisissante. Il se termine par une 
table alphabétique très détaillée, de l'ouvrage entier, que M ,ue Desjardins, 
par un sentiment de piété qui l'honore, a tenu à composer elle-même. 

rDans la pensée de mon savant maître et excellent ami , qui, dans les 
derniers temps de sa vie, m'avait associé à son œuvre, celle-ci devait 
avoir pour complément une description topographique de la Gaule à 
l'époque romaine. La librairie Hachette n'en a point abandonné la pen- 
sée; mais, estimant qu'il était impossible de donner à cette partie du 
travail toute l'étendue souhaitable en la plaçant dans le quatrième vo- 
lume, elle a décidé de publier l'œuvre de M. Desjardins au point précis 
où l'avait amenée sou auteur, et il a été entendu que la description to- 
pograpliique de la Gaule romaine ferait l'objet d'un ouvrage indépendant 
qui dans quelques années, je l'espère du moins, prendra place à côté 
du présent volume." 



— 240 — 



SÉANCE DU l5 JUIN. 

L'Académie des sciences de Cracovie adresse les publications sui- 
vantes : 

Andrzeja z Kobylina : Gadki o Skladnos'ci cztonkôw czlowieczych z Arys- 
lotelesa i tez inszych Medrcôw Wybrane i535 , par Jozef Rostafiriski (Cra- 
covie, 1893, in-8°); 

Sebastyana Grabowieckiego : Rymy duchowne i5qo , par Dr. Jozef kor- 
zeniowski (Cracovie, 189.3, in-8°); 

Andrzeja Zbylitowskiego : Epitalamium 11a wcsele Zygmunta 111 i5g:>. , 
par Jean Los (Cracovie, 1893, in-8°); 

Mikolaja z Vilkowiecka : Historya chwalelmym Zmartivychwstaniu Paii- 
skim, par le Dr. Stanislaw Windakiewioz (Cracovie, 189.8, in-8°); 

Acta rectoralia ahnae Universilatis sludii Cracovieiisis inde ab anno 
mccglxix . editionem caravit Dr. Wladislaus Wisîocki. Tome I er , fasc. -j. 
(Cracovie, 1893, in-8°); 

Rozprawy Akademii Umiejetnosci : Wydzial filologkzny. Série H, t. V 
et VI (Cracovie, 189&, in-8°); 

Sprawozdania Komisyi do badania fiistoryi Sztuki m Polsce. Tome V, 
fasc. 3 (Cracovie, 1893, in-4°). 

Est encore offert : 

L époque éburnéenne et les races humaines de la période glyptique, par 
M. Ed. Piette (Saint-Quentin, 189/1, in-8°). 

M. Jules Girard présente au nom de l'auteur: Héiodolc historien des 
guerres mèdiques, par M. Amédée Hauvette, maître de conférences à la 
Faculté des lettres de Paris (Paris, 1894, in-8°). 

«L'Académie avait mis au concours, pour le Prix ordinaire de 1891, 
le sujet suivant : «• Etudier la tradition des guerres mèdiques; déterminer 
«les éléments dont elle s'est formée, en examinant le récit d'Hérodote 
fret les données fournies par d'autres écrivains." C'est le mémoire cou- 
ronné que M. Hauvette publie , après l'avoir retravaillé et en avoir mo- 
difié la composition dans le sens indiqué par le titre que je viens de 
lire. Hérodote y est mis directement à la place qui lui appartient, au 
centre de tout le Iravail. 

r-Il n'est pas besoin d'insister sur L'importance d'un pareil sujet pour 
l'élude de la critique Historique en Grèce et même de la critique bisto_ 



— 247 — 

rique en général. L'œuvre d'Hérodote fait véritablement assister à la 
naissance de la critique historique dans des conditions particulièrement 
intéressantes, dont beaucoup semblaient faites pour la rendre plus diffi- 
cile. L'émotion causée par la victoire de la Grèce, l'exaltation du senti- 
ment patriotique, le mouvement de l'imagination chez un peuple nourri 
de poésie et de légendes, les rivalités et les querelles des divers Etats 
amenant les altérations des faits et les divergences des récits, une dispo- 
sition religieuse qui substitue l'action divine aux causes humaines : telles 
sont les circonstances générales au milieu desquelles le premier historien 
digne de ce nom conçoit le projet de fixer un souvenir exact des grands 
événements qui arrivaient à peu près à leur conclusion vers le moment 
de sa naissance et y consacre sa vie. Dans sa pensée, c'est aux guerres 
médiques qu'aboutit toute l'histoire antérieure du monde, et, s'il s'arrête 
volontiers en chemin, il ne perd pas de vue le but où il tend; c'est aux 
guerres médiques que tout se rattache par des liens plus ou moins di- 
rects. 11 en résulte que M. Hauvette, en examinant particulièrement le 
récit des guerres médiques, est obligé de traiter les principales questions 
qui concernent Hérodote. Plus d'un tiers du livre considérable qu'il a 
écrit est donné à ces questions. Des discussions sur la vie et les voyages 
de l'historien, sur la formation et la composition de sou ouvrage rem- 
plissent un chapitre préliminaire où , comme dans tout le reste , l'auteur 
se montre parfaitement au courant des travaux qui se rapportent à son 
sujet. 

rfll examine ensuite les critiques qui ont été adressées à Hérodote par 
les anciens et par les modernes. Thucydide et les interprétations qui ont 
été données des courts passages qui concernent son prédécesseur, Clé- 
sias, qui le traite de menteur et de conteur de fables, Plutarque, qui re- 
produit en partie les attaques de la période alexandrine, fournissent la 
matière de chapitres fort intéressants. Je ne recommanderai pas moins 
les chapitres où sont discutées les critiques des modernes. Ces critiques se 
sont multipliées dans ces dernières années et ont pris une importance 
qui a déterminé l'Académie à mettre au concours un sujet sur Hérodote. 
Je ne crois pas que dans son examen M. Hauvette en ait négligé une 
seule qui ait quelque valeur. Il soumet d'abord à une discussion appro- 
fondie les systèmes de Niebuhr, de MM. Nitzsch et Wecklein, qui pré- 
tendent reconnaître les sources d'Hérodote dans des traditions orales, 
formées sous l'influence de l'imagination populaire, des intérêts et des 
mœurs. Il expose et discute ensuite les théories de ceux qui, comme 
M. Sayce, supposent au contraire que l'historien a puisé dans des sources 



— 248 — 

écrites, en dissimulant plus ou inoins ses emprunts. Toile est la matière 
de la première partie du livre de M. Hauvette. Dans la si coude, qui est 
fort étendue, il prend à son tour le récit d'Hérodote et le suit pas à pas, 
en examinant attentivement tous les points sur lesquels s'est portée la 
critique. Ce qui donne un prix particulier à cette partie de son ouvrage, 
c'est que dans un second voyage en Grèce, il est allé la préparer sur les 
lieux, lisant Hérodote et. ses critiques sur le terrain même où les batailles 
s'étaient livrées. 

fEn résumé, le livre de M. Hauvette est excellent. 11 se recommande 
par une information complète, une méthode sévère, une discussion re- 
marquablement attentive et serrée, à laquelle ne résistent guère les hypo- 
Ihèses et les affirmations absolues. Sans se faire illusion sur la justesse 
de tous les jugements d'Hérodote, ni sur la réalité de tous les faits qu'il 
raconte, il soutient en somme par de bons arguments l'opinion qui a si 
longtemps prévalu sur sa véracité et sur la valeur de son esprit. Cette 
publication justifie complètement le jugement de l'Académie, qui avait 
décerné le prix au mémoire de M. Hauvette, et fait grand honneur à la 
science française. « 

M. Edm. Le Blant a la parole pour un hommage : 

rrM me la comtesse Lovalelli a l'honneur d'offrir à l'Académie un troisième 
volume de ses Miscellanca archeologica (Rome, 189/1, m-8°). Ce gracieux 
volume contient dix notices nouvelles écrites avec la sûreté d'érudition 
qui distingue les œuvres de la savante romaine. La première offre pour 
nous un intérêt tout particulier, car elle traite d'une petite plaque de 
bronze mentionnant l'accomplissement d'un vœu fait au Génie de la ville 
d'Orange. D'autres mémoires suivent, consacrés à la représentation d'un 
auriga du cirque et à celle de deux mmistri mithriaci, aux apparitions 
des fantômes, aux jardins d'Adonis, au cidte antique de l'eau. Dans ces 
études, comme dans les précédentes, M'" e la comtesse Lovalelli est aidée 
par sa pratique des monuments, par son exacte connaissance des langues 
classiques et modernes, n 

M. Paul Meyek offre, de la part de L'auteur : Deux allocutions au sujet 
de Peiresc, par M. Ph. Tamizey de Larroque, correspondant de l'Institut 
(Aix-en-Provence, 1896, in- 12). 



2A9 — 



SEANCE DU 2 2 JUIN. 



Sont offerts à l'Académie : 

Problèmes bibliques, dédiés à M. Joseph Derenbourg, par M. J. Op- 
përt, membre de l'Institut (Versailles, 1 89^» , in-8" ; extrait de la Revue 
des études juives). 

Storia délie lingue e lelterature romanze, par M. J.-G. Isola. Parte III, 
dispensa 1* (Gènes, 189'!, in-8°); 

Die alttûrkîschen Inschriften der Mongolci, von W. Radloff. — Zweile 
Lieferung : Die Denkmâlèr von Koscho-Zaidain , Glossar, Index und die 
chinesisclien Inschriften, ùbersetzt von W. P. Wassiljevv (Saint-Péters- 
bourg, 189/1 , in-i°). 

M. G. Paris présente, au nom des auteurs, les deux ouvrages sui- 
vants : 

1 ° Vermischte Beitràge zurfranzôsischen Grammatik, gesammelt , durch- 
geschen und vermehrt von Adolf Tobler. Zweite Reihe (Leipzig, 189'j. 
in-8°). 

ff Notre savant correspondant, M. le professeur Ad. Tobler. m'a chargé 
de présenter à l'Académie une nouvelle série, qui vient de paraître, de 
ses Contributions à la grammaire française. La plupart des articles dont se 
compose ce volume avaient déjà paru dans différents recueils; ils sont 
ici revus et corrigés avec soin, souvent notablement augmentés, enrichis 
de citations et d'explications nouvelles. On remarquera surtout le mé- 
moire sur les expressions figurées et les jeux de mots en ancien fran- 
çais, qui est ici très accru : c'est un vrai petit trésor de faits curieux et 
difficiles, expliqués avec une ingénieuse et heureuse sagacité. L'étude sur 
L'adjectif faisant fonction de substantif, qui ne remplit pas moins de 
3a pages, n'avait pas encore été imprimée; elle est d'un très grand in- 
térêt . 11 n'y a plus à faire l'éloge des travaux de M. Tobler sur la gram- 
maire française : on sait assez crue l'érudition la plus profonde et la plus 
précise y est mise au service d'une rare pénétration , d'un sentiment 
exquis des phénomènes du langage, d'une intelligence vraiment philo- 
sophique des rapports de ces phénomènes avec ceux de la pensée. Nous 
ne pouvons que souhaiter que M. Tobler continue des études si fruc- 
tueuses et nous donne bientôt une troisième série de ses admirables 
Contributions. « 

-2" Histoire littéraire du peuple anglais, par J.-J. Jussernnd. Des Ori- 
gines à la Renaissance (Paris, Didot, l8ofi, in-8°). 



XXII. 



"7 



liTIOJALI . 



— 250 — 

fr J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de l'auteur, le premier 
volume «lu grand ouvrage de M. Jusserand, que j'avais eu plus d'une 
l'ois l'occasion de lui annoncer, et auquel il travaille sans relâche depuis 
1 1 uinze ans , Y Histoire littéraire du peuple anglais. Ce volume comprend trois 
livres : Les Origines (Brilannia, L'invasion germanique , La poésie natio- 
nale des Anglo-Saxons , La littérature nationale des Anglo-Saxons) ; L in 
vasion française (La bataille, Les lettres françaises sous les rois normands 
et angevins, Les lettres latines, Les lettres anglaises); L'Angleterre aux 
Anglais (Le nouveau peuple , Chauccr, Le groupe des poètes, William 
Langland et ses visions, La prose au xiv' siècle, Le théâtre, La fin du 
moyen âge). 11 s'arrête aux approches de la Renaissance, au moment où 
va s'accomplir dans toute la vie de la nation anglaise une transformation 
profonde, dont le tableau remplira le volume suivant. 

ff Je n'insisterai pas sur les qualités d'écrivain et de savant de M. Jusse- 
rand : elles sont connues par ses précédents ouvrages. On retrouvé dans 
celui-ci, avec plus de variété et d'étendue, le fonds solide d'érudition que 
recouvre une forme brillante et souple, qu'anime un sentiment constant 
de la vie, qu'éclaire une rare intelligence des choses du passé; on y ad- 
mire une composition habile, qui sait grouper avec un relief puissant les 
masses fondamentales et y faire saillir vivement les détails caractéristiques , 
un dessin toujours sur et net et une couleur toujours riche et nuancée. 
Un nombre extraordinaire de petits faits choisis avec discernement excit> 
perpétuellement la curiosité et l'intérêt, en même temps que les grandes 
lignes de l'histoire y sont toujours mises en évidence et guident avec 
sûreté l'attention du lecteur. 

«Ces mérites du nouveau livre lui assureraient déjà une place hors 
ligne dans la série des ouvrages consacrés de notre temps à l'histoire 
littéraire des peuples modernes, mais ils n'en font pas la principale ori- 
ginalité. Cette originalité consiste surtout dans la fusion intime de l'his- 
toire politique, sociale, morale, artistique avec l'histoire littéraire. La 
littérature, au lieu d'être considérée en soi et isolément, apparaît comme 
une des manifestations de l'activité multiple du génie d'un peuple 
comme une des formes sous lesquelles se révèle son âme et s'accomplit 
son évolution, indissolublement liée à toutes les autres, conditionne 
par elles et influant à son tour sur elles, les expliquant et en recevant 
en grande partie son explication. C'est là dans la façon d'écrire l'histoire 
d'une littérature une innovation capitale. M. Jusserand en a lui-même 
marque' l'importance en intitulant son livre : Histoire littéraire du petiph 
anglais; s'il trouvait des émules qui écrivissent dans le même esprit Une 



— 251 — 

Histoire sociale, une Histoire morale, une Histoire religieuse , une His- 
toire artistique du peuple anglais , donnant dans chacun de ces ouvrages 
la prépondérance à l'objet de leur étude particulière , mais la rattachant 
toujours aux études parallèles, on obtiendrait un ensemble magnifique 
qui nous déroulerait toute l'histoire, dans son sens le plus général et 
dans son fonds le plus intime , d'un des facteurs principaux de la grande 
œuvre de la civilisation moderne. Et ce que je souhaite ici à l'Angleterre, 
combien ne le souhaité-je pas plus vivement à la France ! H est très ho- 
norable pour nous que ce soit un Français qui ait donné à nos voisins 
la première histoire de leur activité littéraire conçue dans l'esprit que j'ai 
indiqué : ils nous doivent ainsi pour la seconde fois la reconnaissance 
que nous a déjà méritée l'œuvre grandiose de Taine , construite sur un 
autre plan et dirigée par un autre esprit. 11 est certain que l'initiative 
de M. Jusserand suscitera bientôt dans d'autres domaines des tentatives 
analogues à la sienne; je voudrais que le premier de ces domaines fut le 
nôtre, et pouvoir bientôt présenter à l'Académie une Histoire littéraire 
du peuple français, r. 

Ont encore été offerts : 

Analecta Bollandiana, tome XIII , fasc. a (Bruxelles, 1894, in-8°). 

Annales du commerce extérieur, année i8p,4, 3 e et 4 e fascicules (Paris, 
189/i, in-8°) 

Atli délia R. Accademia dei Lincei, anno GGXG, 1893, série quinta; 
classe di scienze morali, storiche e lilologiche, vol. I, part. 11; Notizie 
d egli scavi ( décembre 1 8 9 3 ) et Indice topografico per l'anno i8gS{ Roma , 
1893, a vol. in-8°). 

Atti délia Société di archeologia e belle arti per la provincia di Torino 
(Rome, Turin, Florence, 18 9 4, in-8°). 

Bibliothèque de l'École des chartes, tome LV, i " et 2 e livraisons (Paris , 
i894,in-8°). 

Biblioteca nazionale centrale di Firenze. Bollettino délie pubblicazioni ita- 
liane ricevute per diritto distampa, 1896, n os 200-202. (Florence, 1894 , 
in-8°). 

Bulletin de l'Académie d'Hippone, 1893, n° 26 (Bône, 1896, in-8°). 

Bulletin de l'Institut égyptien, 3" série, n ' 3 à 8 (Le Caire, 1893, 

in-8°). 

Bulletin international de l' Académie des sciences de Cracooie , avril 189^ 
(Cracovie, 1894,111-8°). 

Histoire de l'art dons l'antiquité, par MM. G. Perrot, membre de r In- 



— 252 — 

stitut, et Gh. Chipiez, livraisons 3/ii-3/i5 (Paris, 1893 et 189/», iu-8°). 

Histoire de l'art pendant la Renaissance, par M. Eugène Muntz, membre 
de l'Institul, livraisons 102-10/i (Paris, in-8"). 

Journal asiatique , 9 e série, tome III, n° 2 (Paris, 189/1, in-8°). 

Proceedings oj the Society of Antiquaries of London , 2 d séries, vol. XIV, 
n" 2, 3 et h (Londres, in-8°). 

Proceedings of the Society of-hiblical archaeology, vol. XVI, part vu 
(Londres, 189/i, in-8°). 

Rendiconti délia reale Accademia dei Lincei, classe di scienze niorali , 
storiche e filologiche, série quinta, vol. III, fasc. 3 et h (Roma, 189/1, 
in-8°). 

Revue archéologique, publiée sous la direction de MM. Alexandre Ber- 
trand et Georges Perrot, membres de l'Institut, mars-avril 189/i (Paris. 
189/1, in-8°). 

Revue épigraphique du Midi de la France, n° 73, janvier-mars 189/1 
(Vienne, in-8 n ). 

Revue des Pyrénées et de la France méridionale , année 189/i, 2 e fasci- 
cule (Toulouse, 189/i, in-8°). 

Revue de la Société des études historiques, tome XI, 1898 (Paris. 
1893, in-8°). 

Revue de la science nouvelle, n os 79 et 80 (Paris, 189/1, in-/i°). 

Wcstdeutsche Zeitschrift fur Geschichte und Kunst, herausgegeben von 
prof. F. Hettner und D r J. Hansen, i3 c année, fasc. 1 (Trêves, 189/1, 
in-8°). 

SÉANCE DU 29 JUIN. 

(La séance a élé levée en signe de deuil de la mort 
du Président de la République.) 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 1894. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
JUILLET-AOÛT. 



PRESIDENCE DE M. P. MEYER. 



SÉANCE DU 6 JUILLET. 

M. Oppert expose ses nouvelles découvertes sur la métrologie 
antique. Il reprend les données fournies par les fouilles de Ninive 
entreprises par Botta et Fiandin il y a cinquante ans; il démontre 
quel a été le poids énorme des huit lions en bronze aux portes 
de la ville et interprète le texte relatif à la superficie de Khor- 
sabad comme signifiant 32,523 7 cannes carrées. Les murs de 
la ville formaient un rectangle de i,6Zi5 et de 1,760 mètres de 
côté; de là on peut évaluer la canne à 7 aunes, soit à 9 m. ko, 
l'aune à 1 m. 3/i3 et le pouce à om. o56. 

Jamais une surface ne présentait un carré, mais un rectangle 
s'en rapprochant, à cause d'une superstition qui attachait aux 
figures régulières une idée funeste. 

M. Foucart continue la seconde lecture de son mémoire sur 
L'origine et la nature des mystères d'Eleusis. 

Cetle lecture provoque des observations de la part de MM. Mas- 
pero, Weil, Bréal, Perrot et l'abbé Duchesne. 

,xxn. 18 



ivrniMrtiiK !iatioxjUk. 



254 



SÉANCE DU l3 JUILLET. 



M. le Minisire de l'instruction publique transmet à l'Académie 
le rapport de M. le Directeur de l'Ecole française d'Athènes sur 
les travaux des membres de cette Ecole ainsi que les mémoires sui- 
vants, qui l'ont l'objet de ce rapport : 

Etude sur les ports grecs de X antiquité, par M. Ardaillon ; 
Recherches sur les églises et les peintures murales de Trébizonde, 
par M. Millet; 

Deux comptes de Noopcs de Delphes, par M. Bourguet. 

Renvoi à la commission compétente. 

M. Naville, correspondant de l'Académie, donne quelques dé- 
tails sur ses fouilles dans le temple de Deir-el-Bahari. La moitié 
méridionale de ce temple construit par le roi Hatshepsoà avait 
été déblayée par Mariette. M. Naville s'est attaché au côté nord 
et a commencé par la terrasse supérieure. Ce côté diffère consi- 
dérablement de la partie que Mariette avait mise à découvert. Il 
y a là une grande cour ouverte, au -milieu de laquelle se trouve 
un grand autel en pierre blanche dédié au dieu Hasnachis. C'est 
le seul autel de ce genre qui ait été conservé dans un temple 
égyptien. Sur cette cour ouvre une petite chapelle creusée dans 
le roc, qui paraît avoir été la chapelle funéraire du roi Thou- 
thmosèsI er , le père de la reine. Le mur de soutènement sur lequel 
s'appuie cette terrasse est couvert d'inscriptions relatives à la nais- 
sance et à l'intronisation de la reine Hatshepsoà. M. Naville a 
déblayé entièrement le spéos du Nord dans lequel Mariette avait 
pénétré. Le spéos est supporté par trois rangées de quatre co- 
lonnes dites protodoriques ; une colonnade de même style s'ap- 
puyait à la montagne du côté du nord. Elle n'a jamais été ache- 
vée; M. Naville espère que le déblaiement du temple sera terminé 
l'hiver prochain. 

M. Cuïrivioint-Ganneai! communique et commente un bas-relief 



— 255 — 

en basalte découvert sur la place principale de Soueîdà dans le 
Hàurân M. 



M. Foucart continue et termine la seconde lecture de son mé- 
moire sur L'origine et la nature des mystères d'Eleusis. 

M. Muntz continue la seconde lecture de son me'moire sur Les 

collections des Médicis au xvi e siècle. ' 

L'Académie se forme en comité' secret. 



SEANCE DU 2 JUILLET. 



Le Président annonce en ces termes la mort de sir Austen 
Henry Layard : 

tf J'ai le regret d'annoncer à l'Académie la mort d'un de ses asso- 
ciés étrangers, sir Austen Henry Layard, décédé le 5 juillet dernier 
à l'âge de soixante-dix-sept ans. Né à Paris, élevé en Italie, ayant 
passé en Orient une grande partie de sa vie, retiré à Venise depuis 
une douzaine d'années, voyageur, explorateur, homme politique, 
diplomate, sir Henry Layard eut une carrière très mouvementée 
et, en toute circonstance, il donna la preuve d'une curiosité tou- 
jours en éveil, d'une parfaite indépendance d'idées et d'une in- 
domptable ténacité. C'était un polyglotte plutôt qu'un linguiste, 
un amateur plutôt qu'un archéologue; mais ses découvertes à 
Birs Nimroud, contemporaines de celles que faisait près de là, 
à Khorsabad, notre Botta, ont ouvert un champ nouveau et im- 
mense à l'archéologie, à l'histoire et à la philologie. En Angle- 
terre, l'histoire des temps contemporains de la Bible a l'intérêt 
de l'actualité. Lorsque Henry Layard eut publié en i8£8 et i84o, 
le récit documenté de ses fouilles, sous le titre de Ninevek and ils 

\oir;mv CoMtfONItiAftORS, 11° XVII (p. 3#o). 

18. 



— 256 — 

remains (1869, 2 vol. in-8° ) , il arriva subitement à la renommée. 
Son livre eut assez de succès pour qu'on dût en faire une édition 
abre'gc'e, et ce succès fut confirmé par ses ouvrages subse'quents : 
27te monuments 0/ Nineveh ( i85o, in-fol.); Discoveries in the ruins qf 
Nineveh and Babylon ( 1 853 , in-8°). 

«Dès lors les honneurs scientifiques lui arrivèrent de toutes 
paris. Il fut D. C. L. d'Oxford, recteur de l'Université d'Aber- 
deen, et notre Académie l'inscrivit, en i85£, au nombre de ses 
correspondants. H devint membre de la Chambre des communes, 
puis ministre à Madrid, enfin, en 1877, ambassadeur à Con- 
stantinople. Retiré des affaires en 1880, il passa les dernières an- 
nées de sa vie à Venise, s'intéressant surtout à l'histoire de la 
peinture italienne et à celle du protestantisme. Il publia en 1887 
une édition revisée du Manuel des écoles italiennes de Kugler; plus 
récemment, il fit pour la Huguenot Society, dont il était président, 
des publications relatives à la Saint-Barthélémy, dont les maté- 
riaux lui furent fournis par les archives de Venise. Dans les der- 
niers mois de sa vie, il s'occupait de la description des galeries 
de peinture de Rome pour une nouvelle édition du guide Murray. 
Ii avait remplacé en 1889 l'orientaliste A mari comme associé 
étranger de l'Académie. » 

Le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, par 
une lettre qu'il adresse au Président de l'Institut, annonce que la 
distribution des prix du Concours général entre les lycées et col- 
lèges de la Seine et de Versailles aura lieu sous sa présidence, le 
3o juillet, à midi, à la Sorbonne, et il exprime le désir que 
l'Institut soit représenté à cette cérémonie par une députatiou 
officielle. 

L'Académie désigne pour la représenter M. Paul Meyer, prési- 
dent, M. Maspcro, vice-président, et M. Wallon, secrétaire per- 
pétuel. 

M. J. J. Budd, de Fort-Twayne, Indiana (Etats-Unis), adresse 

à l'Académie l'estampage d'une médaille du président au parle- 

icnt de Paris, Guillaume de Nesmond, mort en 1693. Cette 

médaille, trouvée dans la tombe d'un Indien, offre, sur la face, 



— 257 — 

le buste du président, à droite, avec la légende : GUILDE- 
NESMOND SENATUS PRINC; et au revers un mausolée, avec 
la légende : PIETATE JUSTI- INSUPER ET AMORE Coniugis, à 
l'exergue : ob : m.dc.xciii. 

M. A. de Boislisle présente sur cette médaille les remarques 
suivantes : 

k Guillaume de Nesmond appartenait à une très bonne famille 
parlementaire, qui avait la prétention de tirer son origine d'une 
vieille maison d'Irlande, mais ne pouvait, en réalité, remonter 
plus haut qu'à un bourgeois de la ville d'Angoulême anobli 
comme échevin. Son père, qui joua un certain rôle pendant la 
Fronde, était devenu président à mortier au parlement de Paris 
par un procédé que les contemporains trouvèrent peu délicat. 
Comme gendre du président de Lamoignon, il avait été revêtu 
de la charge à la mort de celui-ci, mais par fîdéicommis et pour 
la rendre au fils du défunt, lorsqu'il serait en âge de l'exercer. 
On ne put lui persuader que cet engagement devait êire tenu, et il 
garda la charge : ce qui n'empêcha pas d'ailleurs son beau-frère 
d'être promu à la première présidence du parlement n'étant en- 
core que maître des requêtes, et il profita de cette promotion pour 
faire donner sa propre survivance à son fils. 

ffNé le 21 septembre 1627, Guillaume de Nesmond avait acheté 
une charge de conseiller au parlement en 16/19. Il s'y fit consi- 
dérer non seulement pour sa proche parenté avec le premier pré- 
sident, mais aussi pour sa prudence, son intégrité, son habi- 
leté, sa connaissance du droit. Aussi obtint-il, le 5 décembre 
1659, une charge de maître des requêtes, ayant déjà, depuis le 
16 no\embre iG58, la survivance de la présidence de son père. 
Celui-ci étant mort le 29 novembre 166/i, au cours du procès 
Foucquet, il entra immédiatement en charge, et était encore 
en exercice lorsqu'il mourut à Paris, le 19 mars 1 Gf)3 , âgé de 
soixante-six ans. Son corps fut inhumé à coté de celui de son 
père dans une chapelle de l'église de la Conception, rue Saint- 
Honoré. 

ffLe 22 juin 1660, il avait épousé Marguerite de Beauharnais 
de Miramion, lille de la dame de Miramion célèbre et vénérée 



— 258 — 

pour ses fondations charitables. Saint-Simon a l'ait de celle-ci le 
portrait qui suit : «La fille de M mc de Miramion, dont la maison 
«était contiguë à la sienne (1) , se fit un titre de prendre soin de 
rr la communauté' des Mirainionnes après la mort de sa mère (en 
r 1696), et, devenue veuve, se fit dévote en titre d'office et d'or- 
rgueil, sans quitter le monde qu'autant qu'il fallut pour se re- 
cr lever sans s'ennuyer. Elle s'étoit ménagé les accès de sa mère 
rrde son vivant, et les sut bien cultiver après, surtout M me de 
«Maintenon, dont elle se vantoit modestement. Ce fut la pre- 
rrmière femme de son état qui ait fait inscrire sur sa porte : 
cr Hôtel de Nesmond. On en rit, on s'en scandalisa; mais l'écri- 
er teau demeura, et est devenu l'exemple et le père de ceux qui, 
tfde toute espèce, ont peu à peu inondé Paris. C'étoit une créa- 
Hure suffisante, aigre, altière, en un mot une franche dévote, 
tret dont le maintien la découvrait pleinement (?).w 

rr Je ne connais pas de portrait du président Guillaume, tandis 
que nous possédons une belle gravure de celui de son père, 
faite par Lenfant, d'après la peinture de Dieu (1661). Mais le 
Cabinet des médailles possède un exemplaire, en bronze, de la 
médaille communiquée par M. Budd, exemplaire très médiocre, 
signé des initiales A. R. Il a été décrit dans le Trésor de numisma- 
tique ( 3 ). 

«Je ne saurais dire au juste comment cette médaille a pu être 
transportée en Amérique. Cependant les Nesmond et les Beau- 
harnais ont figuré dans l'histoire de nos expéditions d'outre-mer 
à la fin du xvn e siècle. Un neveu du président Guillaume, marin 
très distingué, battit plusieurs fois les Anglais dans l'Atlantique, 
aux Antilles. D'autre part, un cousin de M m0 de Nesmond, l'in- 
tendant général de Beauharnais, gouverna la Nouvelle-France de 
1702 à 1706, et obtint en 1707 l'érection du pays de Port-Mal- 
tais (Acadie) en baronnie de Beauville. ■» 



(1 > L'hôlcl do Nesmond existe encore à l'angle du quai Je la Tournelle el de 
la rue des IJernardins, en face du pont de l'Archevêché. 

( 2) Mémoires, éd. 1 88 1 , t. III, p. 75-77- Cf. Ecrits inédits de Saint-Simon . 
t. III, p. i30 et 1/17. 

(ri) Médailles françaises (1837), %' partie, p. 29 el pi. XXXII, n° 7. 



— 259 — 

Le Secrétaire pekpétuel donne lecture de son rapport sur les 
travaux des Commissions de publication de l'Académie pendant le 
premier semestre de îSo,^ 1 '. 

M. Muntz achève la seconde lecture de son me'moire sur Les 
collections des Médicis au xvi c siècle, 

M. Clermont-Ganneau revient sur l'interprétation du bas-relief 
de Soueidà (Syrie) qu'il a communiqué à la dernière séance. La 
scène représente incontestablement un épisode de la Giganto- 
machie : Hercule tuant à coups de flèches un des géants, et Jupiter 
retenant le soleil pour favoriser la victoire du héros, conformé- 
ment aux indications de la légende grecque. Dans Hercule à 
cheval, en costume romain, M. Clermont-Ganneau avait proposé 
de reconnaître l'empereur Maximien, qui portait officiellement le 
surnom d'Herculius; dans Jupiter, l'empereur Dioclétien, son col- 
lègue, qui portait celui de Jovius. Celte dernière conjecture pouvait 
sembler hardie. M. Clermont-Ganneau apporte à l'appui de sa 
thèse un argument nouveau : c'est l'existence dans la province 
d'Arabie, à laquelle appartenait Soueidà, d'une ville Maximianou- 
polis, appelée ainsi du nom même de l'empereur. Il est tout na- 
turel qu'on ait élevé dans cette ville un monument faisant allusion 
aux exploits guerriers de Maximien. La localité d'où provient le 
bas-relief, que ce soit Soueidà elle-même ou une localité voisine, 
doit représenter Maximianoupolis, dont on n'avait pas jusqu'à ce 
jour réussi à déterminer exactement l'emplacement. 

M. Clermont-Ganneau communique ensuite à l'Académie la 
photographie, que lui a envoyée également M. van Berchcm, 
d'une inscription arabe du i er siècle de l'hégire, provenant des 
environs de Jérusalem; c'est une pierre milliaire du calife c Abd- 
el-Melik, tout à fait semblable à celle du même calife qu'il a 
publiée et expliquée il y a dix ans &). En dehors de sa valeur 
historique et géographique, cette nouvelle inscription, dont M. de 
Vogué a entretenu l'Académie dans une des séances précédentes, 

M Voir I'Api-emuce n" III (p. 3i4). 

£) Clermonl-Gaimeau , liecueil d'archéologie orientale, t. I, p. aoi-3l3 l . 



— 260 — 

csl d'un rare intérêt pour l'histoire de l'écriture arabe, parce 
qu'elle nous offre la première apparition des points diacritiques 
qui sont plus tard devenus un des éléments essentiels de celte 
écriture. 

Les photographies de M. van Berchem et un excellent estam- 
page, envoyé récemment à M. Clermont-Ganneau par le l*r. Liévin, 
montrent, en effet, nettement l'existence de ces signes dans le 
nom de nombre ».+L*2, huit: deux petites barres obliques paral- 
lèles sur le tha, une barre oblique sur le noûn, deux barres 
obliques sous le yâ. La position et le nombre de ces barres 
prouvent, à n'en pas douter, qu'elles jouent bien le rôle des 
points. D'après ces conventions on s'attendrait à voir le tha sur- 
monté de trois barres au lieu de deux; le mot thamania est donc 
écrit comme s'il était prononcé tamania, *xi^>; peut-être était-il 
réellement prononcé ainsi, comme il l'est encore aujourd'hui 
dans le dialecte arabe syrien; à cet état il est identique aux 
formes araméenues ^Dn, X">:un temanet, temania. Il est à remar- 
quer que ce mot est le seul de l'inscription dont les lettres soient 
distinguées par ces signes diacritiques; on voulait ainsi éviter 
toute équivoque sur la lecture du nom de nombre, auquel s'at- 
tachait ici une importance particulière; on voit que c'est peu à 
peu que l'usage des signes diacritiques a dû s'introduire dans 
l'écriture arabe, à mesure qu'on sentait le besoin de remédier 
aux confusions auxquelles elle prêtait par la similitude de ses 
éléments graphiques. C'est de la même façon qu'on voit appa- 
raître sporadiquement dans l'écriture palmyrénienne l'emploi du 
point diacritique pour distinguer le resch du daleth, emploi qui 
deviendra la règle dans l'écriture syriaque. 

M. Clermont-Ganneau communique enlin deux inscriptions 
romaines de Palestine dont il vient de recevoir les estampages ou 
les copies. 

La première, qui provient de la Samarie, est une magnifique 
dédicace faite à l'empereur Hadrien par la x e légion Fretensis, 
une de celles qui avaient coopéré au siège et à la destruction de 
Jérusalem sous les ordres de Titus, et plus tard, sous Trajan 
et Hadrien, à la répression de la dernière insurrection juive 



— 261 — 

dirigée par le fameux Barcochebas. En voici la transcription 
d'après l'estampage sommaire et la copie envoyés à M. Glermont- 
Ganneau par un Arabe indigène: 

IMP-CAES-TRAIANO 
HADRIANO AVG- 
P-P-LEG-X-FRETCOH-T 

lmp(eratori) Cœs(ari) Traiano Hadriano Aug{iislo) , p(atri) p(atriœ) , 
leg(io) X Fret(ensis) j 1 ) coh(ors) 1. 

Les lettres mesurent o m. 09 de hauteur. C'est donc une in- 
scription vraiment monumentale. Elle est accompagnée de sculp- 
tures, probablement en bas-relief, dont il est difficile de déter- 
miner exactement la nature d'après la description insuffisante 
contenue dans la lettre arabe reçue par M. Clermont-Ganneau, 
description dont voici la substance. L'inscription est gravée sur 
une dalle épaisse de marbre, de plus d'un mètre de longueur. 
A gauche est sculptée une figure d'homme nu, tenant de la main 
droite une sorte de trident et de la main gauche un poisson, 
debout sur une proue de navire; à ce signalement, il semble bien 
qu'on doive reconnaître un Neptune, faisant allusion à l'origine 
maritime du surnom de la x e légion Fretensis. De l'autre côté est 
sculptée une femme vêtue (quelque figure emblématique faisant 
pendant au Neptune). Le tout est encadre dans une large bor- 
dure très délicatement travaillée. 

La seconde inscription est gravée sur une borne milliaire de 
'Adjloûn, de l'autre côté du Jourdain, que M. Clermont-Ganneau 
avait publiée autrefois'-' d'après une copie très défectueuse. De 
savants épigraphistes avaient cru y lire le nom d'un légat im- 
périal de la province de Syrie, A. Larcins Lepidus; la nouvelle 
copie, plus correcte, dont M. Clermont-Ganneau est redevable à 
Dom Luigi Grammatica, du Patriarcat latin de Jérusalem, permet 



(1; L'estampage est trop grossier pour permettre de distinguer les points dis- 
jonrlil's et de savoir si l'on poul lire : ['ï[etensis] el cohers I. 
( -> Recueil d'archéologie orientale, t. t. p. :u>7 et suiv. 



— 262 — 

de reconnaître à la fin de l'inscription le nom d'un tout autre per- 
sonnage, P. Julius Geminius Marcianus, qui gouvernait non la 
province de Syrie, mais la province d'Arabie, sous Marc-Aurèlc 
et Lucius Verus, en Tan 1G2. 

Voici, pour les lignes 9-13, qui contiennent cette mention im- 
portante pour l'histoire orientale, ce que porte la copie de l'abbé 
Grammatica : 



PARTH1C 9 

POTESDIVINERV 10 

TESREFECERVN .1 

IVIVMMARCIA la 

S PR i3 



En comparant ces deux copies on voit qu'il faut lire et resti- 
tuer, après le long protocole impérial inutile à reproduire ici : 

...Traiani Parthic? pronepoles, divi Nervrte abnepotes, refecerun(l) 
per P. /m/(/«w) (1) Gemimum Marcianum, leg(alum) Aug(ustorum) pr . . . 
pr(aetore). 

La carrière de ce le'gat d'Arabie a été l'objet de savants com- 
mentaires de la part de MM. Léon Renier, Waddington et Gagnât. 
On inclinait à croire dans ces derniers temps que sa légation 
devait être postérieure à l'an 1 08 et avait fait suite à celle de 
Q. Antistius Adventus. Si les chiffres des puissances tribunices 
de Marc-Aurèlc et L. Verus ont été correctement copiés — et les 
deux copies prises indépendamment à vingt ans d'intervalle sont 
d'accord sur ce point — Geminius Marcianus, contrairement à ce 
que l'on croyait, aurait été légat d'Arabie dès l'an 162. Il l'était 
certainement encore en 169. Je laisse aux spécialistes le soin de 
voir comment on peut l'aire concorder cette donnée avec les dates, 
en partie conjecturales, d'ailleurs, admises jusqu'ici pour les 

"' li y avait peut-être simplement : per (leniiiiiitm Marcianwn (r( l'inâtrîp- 
lion grecque d'Aphrodeièe, GA.G., n" 37/13). Les lignes avaient de dix-huit 
à vingt lettres. 



— 263 — 

diverses e'tapes de la carrière de Q. Antistius Advcntus. Qu'on 
place sa légation d'Arabie avant ou après celle de Geminius Mar- 
cianus, il devient désormais difficile d'admettre qu'elle ait appar- 
tenu à la période comprise entre les années 162 à 169W. 

M. Héron de Villefosse communique une note de M. Victor 
Waille, professeur à l'Ecole des lettres d'Alger, sur des peintures 
murales trouvées à Cherchel ( ' 2 '. C'est dans un terrain voisin de 
la mer, entre l'Esplanade et le mur d'enceinte actuel , que ces dé- 
couvertes ont été faites. Ces peintures décoraient plusieurs salles 
dans l'ornementation desquelles entraient également les marbres 
les plus précieux et les plus variés provenant de différentes régions 
de l'empire romain. Un grand nombre de ces peintures repré- 
sentent des fleurs, des feuillages, des arbustes chargés de fruits, 
au milieu desquels voltigent des oiseaux, particulièrement des 
colombes et des perdrix. Plusieurs panneaux rectangulaires lais- 
sent voir des personnages de petite dimension, des sphinx 
affrontés, séparés par une tête de femme dont le corps est figuré 
par un fleuron, des personnages ailés, des figures grimaçantes, etc. 



(1) M. Cagnat, à qui j'avais soumis cette difficulté, s'était demandé s'il ne 
faudrait pas corriger dans les deux copies les chiffres des puissances trihunices 
de Marc-Aurèle, xvi, en xxi, ce qui nous reporterait de l'an 162 à l'an 167. 
Mais cette correction , séduisante au premier abord, entraînerait pour les chiffres 
des puissances trihunices de L. Verus à corriger les deux copies concordantes : 1 . . . 
(= i[i]), en v(ii), ce qui n'est pas, il me semble, paléographiquement très 
satisfaisant. De plus, les empereurs n'ont encore dans notre inscription aucun 
des titres qu'ils commencent à prendre à partir de l'an iC3. Quant à admettre 
qu'ici Geminius Marcianus apparaît comme légat de Syrie et non d'Arabie, il 
n'y faut pas songer; 'Adjloùn, où existe l'inscription, était certainement en pleine 
province d'Arabie, et, d'ailleurs, nous ne voyons pas que Geminius Marcianus, 
dont la carrière nous est assez bien connue, ait jamais été légat de Syrie. Je rap- 
pellerai pour mémoire que dans une inscription grecque du Hauràn , que j'ai 
publiée autrefois (Rec. d'urch. or. , t. I, p. 221, à Bosra) , figure un certain Julius 
Marcianus , ■zspoeSpevovTos , qui pourrait bien , à en juger d'après son nom , avoir 
appartenu à la clientèle de notre légat d'Arabie; c'est une dédicace à Marc-Aurèle 
Antonin, faite sous le consularu Aelianus (?) Modestus, dont le nom est à ajouter 
à la liste de von Holulo, entre les années 1G9 à 180. 

M Voir aux Communications, n° XVIII (p. 289). 



— 264 — 

Outre ces peintures, on a recueilli des fragments de reliefs mo- 
delés en plâtre sur fond bleu. Toute cette décoration paraît re- 
monter au i cr siècle de notre ère. M. V.Waille a e'te' particulièrement 
secondé dans ses fouilles par M. le capitaine Sordes. 

M. HÉnoN de Villefosse annonce qu'il a reçu aussi de M. Ga- 
vault, architecte de la préfecture d'Alger, chargé par h; Ministre de 
l'instruction publique dune mission à Tigzirt, près de Dellys, 
des renseignements intéressants W. 

Les fouilles conduites par M. Gavault ont eu pour premier ré- 
sultat de dégager la nef, les bas-côtés et l'abside de la basilique 
chrétienne de Tigzirt, dont il reste encore à reconnaître les dé- 
pendances et annexes, ainsi que le pourtour. L'ornementation 
révèle des tendances architecturales nouvelles contrastant complè- 
tement avec la tradition classique. Les sculptures découvertes sont 
d'un style absolument dur et grossier, d'une barbarie frappante. 
M. Héron de Villefosse donne lecture d'une note rédigée par 
M. Gavault sur l'état actuel des fouilles. Cinq grandes photogra- 
phies et des croquis accompagnent cette note qui renferme le 
texte d'une inscription chrétienne en mosaïque, malheureusement 
très mutilée, relevée dans le bas-côté droit de la basilique. 

M. Gavault a estampe à Tigzirt quelques inscriptions païennes 
inédites. Elles viennent s'ajouter à celles qui ont été déjà publiées 
dans le Corpus latin (->, et à celles que M. C. Fallu de Lessert 
avait recueillies sur le même point en 1886 et en 1888 (3) . 

Le plus important de ces textes se rapporte à un sanctuaire de 
Saturne. Comme sur d'autres pierres africaines le dieu est qua- 
lifié invictus elfrugifer : 

PRO ORNAM 

ENTOTEMPLI 

DEI INVICTI-FRV 

(') Voir aux Communications, n° XIX (p. 39a). 
M T. VIII, p. 766-767, a ' 8995 à 9001. 

M Sur l'exploration de M. Palln de Lesserl à Tigzirt, \oir le Bulletin delà 
Société nationale des Antiquaires de Friture, 1889, p. 17/i k 181. 



— 265 — 

GIFERIATSVPLE(.s/c) 
NDAMRORTICV (sic) 
NOVAMSACERDO 

La fin de l'inscription manque; la forme des lettres indique 
une Lasse époque. A la ligne 5 il faut lire PORTICV : cela est 
e'vident. 

Une autre inscription, simple épitaphe, contient l'ethnique 
Rusufcurritanus). L'emplacement de Tigzirt correspond en effet à 
celui de l'antique Rusucurru. 

D M 

L-1VLIVS 

BONIC 

R.VSV-V-A... 

Enfin un estampage permet de rectifier une petite erreur dans 
une inscription funéraire donnée par le Corpus (VIII, n° 8996), 
dont il faut lire ainsi la dernière ligne : 

DIES VXVIV 

M. Salomon Reinach fait une communication sur la cateia, 
arme que Virgile qualifie de germanique et qui avait, disait-on, 
la propriété de revenir vers celui qui l'avait lancée. Il fait ob- 
server que les armes des barbares qui envahirent l'empire ro- 
main au v e siècle ressemblent beaucoup aux armes celtiques de 
dix siècles antérieures : ainsi , Yangon mérovingien dérive dugaesum, 
le sax de la matara, la grande épée franque de l'épée gauloise. 
Une partie de la civilisation celtique s'est conservée en Germanie 
pendant qu'elle était remplacée, en Gaule même, par la civili- 
sation romaine. La cateia a également son équivalent à l'époque 
des invasions : c'est l'arme par excellence des Francs, la hache 
de jet ou* francisque. On disait que le marteau du dieu Thor re- 



— 2G6 — 

venait après chaque coup se placer dans sa main; c'est cette 
croyance qui a donné naissance à l'assertion des anciens sur la 
cateia. L'arme du guerrier franc était assimilée à celle du dieu 
qu'il servait. 

MM. Delocbe et Perrot présentent quelques observations sur 
cette communication. 



SEANCE DU 27 JUILLET. 

M. P. de Nolhac, conservateur du Musée de Versailles, t'ait 
part à l'Académie de la méthode qu'il a employée pour une res- 
titution idéale du célèbre Virgile du Vatican. Ce manuscrit ex- 
trêmement fragmentaire, qu'on suppose du iv e ouduv c siècle, con- 
tient à peine le sixième de l'œuvre de Virgile, en morceaux répartis 
entre Géorg. lll, 1 et Énéid.Xl, 3o,5, et se compose de 76 feuillets 
détachés les uns des autres, illustrés de 5o miniatures d'une 
grande importance archéologique. Après avoir démontré que les 
peintres qui ont travaillé aux miniatures sont au nombre de trois, 
s'appuyant surtout sur les empreintes laissées par des peintures 
perdues sur les feuillets conservés, M. de Nolhac propose la res- 
titution presque certaine du contenu de 1 1 5 feuillets, illustrés 
de 80 peintures, dont il peut désigner presque toujours les sujets. 

Des calculs que permettent d'établir ces restitutions laissent 
penser que le Virgile du Vatican, quand il est sorti de la bou- 
tique du libraire, comptait environ A90 feuillets et 2^5 peintures. 
Ces détails ne sont pas sans intérêt pour l'histoire de la librairie 
dans l'antiquité. De plus, on peut voir, dans celte beauté excep- 
tionnelle du manuscrit, un argument nouveau en faveur de l'opi- 
nion qui se refuse à attribuer la conception d'une œuvre d'arl 
aussi considérable aux bas temps de l'empire romain, et qui 
voit dans les miniatures des reproductions d'originaux peut-êlro 
de heaucoup antérieurs. 

M. Gauckler, directeur du Service <\c* antiquités de Tunisie 



— 267 — 

présente à l'Académie des photographies et un dessin d'un vase 
précieux, récemment découvert à Bizerte, dans les travaux de dra- 
gage dirigés par M. Gallut, ingénieur de la Compagnie du port. 

C'est une patère en argent massif, incrusté et plaqué d'or; 
elle est ovale, légèrement concave, et munie de deux oreilles 
plates. Sa longueur atteint o m. 90; elle pèse* 9 kilogrammes de 
métal fin. 

L'ornementation de la patère est très riche : le motif central, 
gravé sur incrustations d'or, représente la lutte d'Apollon et de 
Marsyas. Le satyre joue de la flûte double devant la Muse, ar- 
bitre du combat; autour de lui sont groupés, suivant leurs sym- 
pathies, ses partisans et ses adversaires : Apollon et Athena d'une 
part, de l'autre Cybèle, un satyre et le jeune berger Olympos. 

Le pourtour du plat est occupé par une frise en relief où se 
succèdent divers tableaux idylliques et champêtres, de style 
alexandrin. 

Sur les oreilles sont figurés, au milieu d'ornements accessoires, 
un sacrifice rustique à Dionysos et une scène bachique. 

Tous ces ornements, ciselés en plein métal, sont exécutés 
avec un art consommé. La patère de Bizerte est une œuvre hellé- 
nistique qui semble dater des premières années de notre ère. 
C'est la pièce d'orfèvrerie la plus précieuse qui ait encore été 
découverte en Afrique. 

M. Gauckler a réussi à en assurer la possession au Musée du 
Bardo, grâce au concours empressé des directeurs de la Compa- 
gnie du port, MM. Couvreur et Hersent, et de l'administrateur 
délégué à Bizerte, M. Odent, qui ont rendu en cette occasion un 
service éclatant à la science. 

M. Maspero a la parole pour une communication : 
tf J'ai l'honneur de présenter à l'Académie une statuette en bois 
dur représentant une prêtresse de Mînou, nommée Toui. Ce petit 
monument, qui est d'origine thébaine, est d'une finesse de travail 
et d'une conservation telles qu'il faut remonter jusqu'au com- 
mencement du siècle pour signaler la découverte d'une pièce 
aussi parfaite. Le Louvre vient d'en faire l'acquisition, cl l'on ne 



— 268 — 

peut que le féliciter d'avoir enrichi ses collections d'une œuvre 
aussi rare." 



SÉANCE DU 3 AOUT. 

M. Mùntz, au nom de la Commission du prix Fould, donne 
lecture du rapport suivant: 

«f Le prix Fould a été décerné à M. Gustave Gruyer pour son 
travail, en partie imprime' et en partie manuscrit, sur L'art fer- 
rarais à l'époque des princes d'Esté, et pour l'ensemble de ses pu- 
blications antérieures. 

«Dans l'ouvrage qui a été soumis à la Commission, l'auteur 
s'est proposé de mettre en lumière un des centres les plus impor- 
tants et les moins connus de la Renaissance italienne, et il l'a fait 
de manière à épuiser le sujet; à l'histoire des œuvres d'art, qu'il 
a considérées dans leurs manifestations les plus diverses, il a joint 
une étude sur l'esprit même de cette cour de Ferrare , si raffinée 
et si corrompue. 

pLa Commission a été unanime à rendre hommage à l'érudi- 
tion, aux principes de scrupuleuse investigation, qui ont présidé 
à la composition du travail de M. Gruyer. Seule, la mise en 
œuvre lui a paru devoir soulever quelques réserves : l'exposition 
aurait parfois gagné à être plus condensée. Ces taches disparaîtront 
certainement au moment où l'auteur refondra son travail pour le 
livrer à l'impression.» 

L'Académie donne acte à la Commission des conclusions de 
son rapport. 

M. Geffroy, membre de l'Académie des sciences morales et po- 
litiques, directeur de l'École française de Rome, communique un 
dessin inédit représentant, en élévation, la colonne d*Arcadius à 
Constantinoplc. On sait que la capitale de l'empire d'Orient avait 
deux colonnes de marbre avec sculptures autour du fût, d'après 
le modèle de la colonne Trajane à Rome. L'une avait été érigée 
en 386, par Théodose le Grand, l'autre par son fils Arcadius. 
en 6o3. Des bas-reliefs qui ornaient le fut de la première nous 



— 269 — 

croyons avoir une représentation dans les deux copies du dessin 
attribué à Gentile Bellini , qui sont conservées au Louvre et à l'École 
des beaux-arts. Des bas-reliefs qui décoraient le fût de la seconde 
nous ne savions rien. Le dessin inédit présenté par M. GefFroy 
nous rend une représentation de ces sculptures. M. Geffroy dis- 
cute le degré d'authenticité, groupe les arguments et les preuves, 
signale beaucoup d'incertitudes qui subsistent sur l'interprétation 
de ces images, mais non pas sur leur caractère incontestable de 
sincérité. Il signale la confusion si souvent commise, mais au- 
jourd'hui inadmissible, entre Tune ou l'autre colonne, d'une part, 
et, d'autre part, la bizarre représentation publiée par Ducange, 
en 1680, dans sa Constantinopolis christiana. 

M. Muntz, au sujet de cette communication, provoque quelques 
explications complémentaires de M. Geffroy. 



SEANCE DU 10 AOUT. 

Le Président annonce un douloureux événement, la mort de 
M. Dutreuil de Rhins, assassiné récemment au Thibet. pendant 
qu'il accomplissait la mission scientifique aux frais de laquelle 
l'Académie contribuait. Bien qu'elle n'en ait pas été directement 
informée, on ne peut malheureusement pas douter de la réalité 
du fait, puisqu'il a été l'objet d'une communication officielle du 
représentant de la Chine à notre gouvernement. Il est permis 
d'espérer que les papiers et notes de voyage de M. Dutreuil de 
Rhins et les documents par lui recueillis ne seront pas perdus 
pour la science. 

M. le Président rappelle ensuite les savants et utiles travaux 
de notre courageux et infortuné compatriote sur la géographie de 
l'Asie centrale; et, sur sa proposition, l'Académie décide qu'il 
sera fait mention au procès-verbal des regrets que sa mort tra- 
gique lui inspire. 

M. G. Boissier communique, au nom de M. Philippe Fabia, 
professeur à la Faculté des lettres de Lyon, un mémoire intitulé : 

XXII. lu 



iMraiitz&iE BtTttmir. 



— l>70 — 

Le* ouvrages de Tacite rcussireul-iis auprès des contemporain»? On 
croit communément que les Histoires et tes Annales excitèrent dans 
leur nouveauté toute l'admiration dont elles étaient dignes, et on 
a raison de le croire. Mais on a tort de n'en pas chercher d'autre 
preuve que les témoignages peu décisifs de Pline le Jeune. 
M. Kabia insiste sur la persévérance de Tacite, qui n'aurait pas 
consacré jusqu'à la fin sa vie à l'histoire, si le succès ne l'y avait 
encouragé dès le début; sur les bonnes dispositions où le public 
lettré devait être nécessairement, l'histoire n'étant pour les Ro- 
mains qu'une province de l'éloquence, à l'égard d'un historien 
déjà illustre comme orateur; enfin, sur les qualités par lesquelles 
les deux chefs-d'œuvre s'imposaient à l'admiration des contem- 
porains, principalement sur les qualités relatives : avec la marque 
d'une personnalité géniale, ils y trouvaient l'expression la plus 
parfaite de leur propre tournure d'esprit. En terminant, M. Fabia 
répond aux objections qui se sont produites ou pourraient se pro- 
duire contre l'opinion traditionnelle. 

M. Héron de Villefosse présente à l'Académie une boucle de 
ceinturon de fabrication barbare trouvée dans un tombeau aux 
environs de La Calle (Algérie). Celte boucle, qui offre une res- 
semblance absolue de forme avec les boucles du même genre 
trouvées en France et remontant à l'époque mérovingienne, est 
entièrement ornée de petits carrés de verre rouge cloisonné; l'ar- 
dillon lui-même est recouvert de verroterie. On a déjà signalé 
dans les environs d'Hippone une découverte analogue. Il est très 
probable que ces boucles proviennent de sépultures remontant à 
l'époque de la domination des Vandales. 



SÉANCE DU 1 7 AOÛT. 

Il est donné lecture d'une lettre du directeur de l'École fran- 
çaise d'Athènes, annonçant l'envoi, par l'intermédiaire du Minis- 
tère de l'instruction publique, de photographies et de notices 
descriptives des résultats des fouilles exécutées à Delphes dans 
les campagnes de i8o,3 el 189a. 



— 271 — 

M. Homolle envoie directement un numéro du Bulletin de cor- 
respondance hellénique contenant une notice qu'il a consacrée à ces 
fouilles et il exprime le désir qu'il soit lu en entier ou résumé à 
l'Académie. 

M. Collignon est chargé de faire ce résumé dans la prochaine 
séance. 

M. Menant a la parole pour une communication : 

rr Messieurs, 

«J'ai reçu de M. Chantre, le i5 de ce mois, un télégramme 
daté de Péra. Je m'empresse de vous en donner connaissance. 
Vous vous rappelez que , le 6 avril dernier, j'ai eu l'honneur de 
remettre à l'Académie un pli cacheté au nom de M. Chantre; 
ce pli renferme l'indication du résultat de ses fouilles en Asie 
Mineure, pendant une première campagne d'exploration ac- 
complie au cours de l'année 1893. M. Chantre partait alors 
avec M mc Chantre pour continuer ses recherches; je vous en 
ai fait pressentir l'importance dans la séance du 1 1 mai der- 
nier M. 

tf Cette seconde campagne vient de prendre fin. Je ne vous par- 
lerai pas des difficultés de toute nature que les explorateurs ont 
rencontrées. Par suite de l'épidémie de choléra qui sévissait avec 
violence, M. et M ,uc Chantre se sont quelquefois trouvés enfermés 
par des quarantaines rigoureuses, et souvent ont été privés du 
concours des ouvriers, qui les fuyaient, parce qu'ils arrivaient des 
pays contaminés. Je suis resté constamment en relation avec les 
explorateurs, mais il serait indiscret d'anticiper sur le récit de 
leurs découvertes; je ne puis que me conformer aux intentions de 
M. Chantre et vous donner connaissance de son télégramme; il 
est ainsi conçu : 

Veuillez foire ouvrir mon dépôt Académie. Dernière campagne com- 
M En rouille secret. 



— 272 — 

plèle et confirme mes découvertes i8g3. Quoique expulsés de Kara 
Euyuk , rapportons belles collections et riches documents. Rentrons dans 
quinzaine. 

E. Chantre. * 

ce Je vous prie de vouloir bien me donner acte de cette commu- 
nication et ouvrir le pli cacheté que j'ai de'posé à l'Académie pour 
qu'il en soit fait mention dans le procès-verbal. » 

Le pli cacheté est ouvert par le Président, et le mémoire qui 
y est contenu remis à M. Menant, qui en donne lecture à l' Aca- 
démie. Ce mémoire contient un exposé sommaire des résultats 
des 'fouilles opérées par M. Chantre en Asie Mineure, et au cours 
desquelles il a découvert des inscriptions cunéiformes M. 

M. Philippe Berger signale à l'Académie un important mau- 
solée, avec inscription bilingue, latine et néo-punique, qui existe 
à Remada, en Tripolitaine. L'inscription de ce monument lui 
avait été communiquée par M. Fourcau, au retour de sa mission 
chez les Touaregs; depuis lors, M. Gauekler lui a donné les pho- 
tographies et tous les documents recueillis pour le service des 
antiquités par M. de la Marche. 

Ce mausolée était à deux étages, surmontés dune pyramide 
et reposant sur un soubassement à quatre assises, avec caveau 
voûté. Les deux inscriptions surmontaient un grand bas-relief re- 
présentant le défunt et sa femme. Mais ce motif était accompa- 
gné d'une série d'autres bas-reliefs, disposés sur les quatre faces 
de l'édifice, et qui en font le principal intérêt. On y trouve re- 
présenté Orphée charmant les animaux, Orphée enlevant Eury- 
dice aux enfers, Hercule enlevant Alcesle, et encore une ou deux 
autres scènes ayant trait à la vie d'outre-tombe. 

M. Berger étudie ensuite les deux inscriptions, et il n'a pas 
de peine à démontrer qu'elles sont |a traduction l'une de l'autre. 
L'inscription néo-punique suit même presque littéralement l'in- 
scription latine. Elle nous apprend que ce monument a été élevé 

(1 > Voir aux Communications , n° XX (p. 296). 



— 273 — 

à un personnage nommé Apuleius Maximus Ridens, par sa 
femme Thanubra et par ses enfants. 

M. Berger remarque que, tandis que le défunt porte un double 
nom, latin et punique, ses ancêtres portent des noms purement 
puniques, ses enfants des noms purement latins. Celte inscrip- 
tion nous fait donc assister au passage des mœurs puniques aux 
mœurs latines. Jamais encore on n'avait trouvé d'inscription pu- 
nique si loin dans le Sud. 

M. Alexandre Bertrand met sous les yeux de l'Académie une 
tête en ivoire de travail gallo-romain, ayant servi de coffret à bi- 
joux, restaurée au Musée de Saint-Germain, par M. Abel Maître, 
sur la demande de la direction du Musée de Vienne (Isère), au- 
quel celte tête appartient. Cette sculpture passait pour être en 
bois. Elle avait été une première fois très maladroitement res- 
taurée et même mutilée, puis volée et brisée à nouveau en un 
grand nombre de morceaux. M. Abel Maître a reconnu non seu- 
lement qu'elle était en ivoire et non en bois, mais a pu, par un 
travail des plus ingénieux, la rendre à son état primitif. 
M. Alexandre Bertrand analyse le rapport de M. Abel Maître et 
en fait valoir le mérite. La tête est certainement une réplique 
gallo-romaine d'une tête grecque qui devait être célèbre; mais 
M. Bertrand n'a pu retrouver ce modèle. Il espère que d'autres 
seront plus heureux W. 

M. Collignon signale quelques détails de style qui permettent 
de croire à l'imitation d'un original hellénistique, notamment 
l'exécution des cheveux et des boucles qui flottent sur le front, 
au bas des tempes et sur le cou. 



SÉANCE DU 2U AOÛT. 

Le Président annonce à l'Académie que M. Ewans. l'éminent 
numismatiste, correspondant de l'Académie, est présent à la 
séance. Il lui souhaite la bienvenue et exprime la salisfaction que 

(| ) Voir aux Communications, n" XXI (p. 298). 



— 274 — 
la compagnie éprouve de voir ce savant assister momentanément 
à ses travaux. 

Le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, par 
une lettre qu'il adresse au Secrétaire perpétuel, annonce qu'il a 
fait la commande des bustes du général Faidherbe, de M. Ad. 
Régnier et de M. de Saulcy; il invite l'Académie à désigner 
deux de ses membres pour l'examen de chacun de ces bustes. 

L'Académie désigne, pour le buste de M. Adolphe Régnier, 
MM. Bréal et Senart, et pour celui de M. de Saulcy, MM. Ber- 
trand et de Barthélémy. En ce qui concerne le buste du général 
Faidherbe, il sera fait observer à M. le Ministre que, suivant le 
vœu exprimé antérieurement par l'Académie et accueilli par lui, 
on devait se borner à la reproduction du buste exécuté par 
M. Crauck pour le Sénat, buste qui est d'une ressemblance frap- 
pante. 



M. Collignon rend compte du rapport adressé à l'Académie 
par M. Homolle, directeur de l'École française d'Athènes, sur 
les résultats des fouilles de Delphes depuis la fin de mars i8o,4; 
il présente en même temps, au nom de M. Homolle, une série de 
cent photographies représentant, avec les vues des différents 
chantiers, les principales œuvres d'art découvertes dans les quatre 
derniers mois* 1 ). 

M. MiïNTz étudie les représentations de l'Ancien Testament 
dans l'art chrétien primitif. 11 montre comment, pendant l'ère 
des persécutions, l'élément symbolique régna seul; comment, au 
iv c siècle, l'élément historique entra en scène et prit possession 
des sanctuaires. On a cru à tort que la préférence longtemps ac- 
cordée aux symboles avait pour mobile le désir de dérober aux 
païens les manifestations de la foi nouvelle; la vérité est que 
l'art chrétien suivit une évolution parallèle à celle de l'ait païen; 
comme celui-ci, il résuma d'abord ses aspirations dans quelques 
figures ou épisodes plus ou moins conventionnels, sauf à aborder 

Voir aux Communications n" XXII (p. 3oj)! 



— 275 — 

ensuite le récit des événements considérés en eux-mêmes, à un 
point de vue rigoureusement objectif, et rangés dans l'ordre chro- 
nologique. 

Il résulte des recherches de M. Mûntz que, dès le règne de 
Constantin, les scènes de l'Ancien Testament se développèrent, 
concurremment avec celles des Evangiles, non seulement sur les 
façades ou les parois des basiliques, mais encore dans les bap- 
tistères et les mausolées; seule l'abside était réservée aux com- 
positions chrétiennes proprement dites. Dès cette époque égale- 
ment, on plaçait certains épisodes de l'histoire du peuple 
d'Israël en regard d'épisodes de la vie du Christ, offrant avec 
eux des analogies plus ou moins fortuites; tel est le point de 
départ des. cycles connus sous le nom de Bible des pauvres, aux- 
quels on avait jusqu'ici attribué une antiquité beaucoup moins 
reculée. 

Dans une prochaine communication, M. Mùntz se pro- 
pose de passer en revue les nombreuses illustrations, encore 
subsistantes, de l'Ancien Testament exécutées au cours des v e et 
vi e siècles. 



SÉANCE DU 3l AOÛT. 

JM. Clermont-Ganneau communique à l'Académie divers mo- 
numents des Croisades qu'il vient de recevoir, avec d'autres an- 
tiquités, de ses correspondants arabes de Syrie. Deux d'entre eux 
sont en langue française. H émet le vœu, auquel s'associe l'Aca- 
démie, que ces monuments soient acquis par nos musées pour 
y être ajoutés à la série encore si peu nombreuse des monuments 
français de Terre-Saiute, et placés à côté de ceux qu'il a déjà 
rapportés de ses précédentes missions; ce sont là de véritables 
pages de notre histoire nationale. 

Bien que ces monuments lui aient été envoyés par un indi- 
gène résidant à Tyr, il est très probable qu'ils proviennent de 
Saint-Jean-d'Acre. 



— 276 — 
i° Dalle de marbre, brise'e en plusieurs morceaux ci incom- 



plète : 



* ICI [GIS]T : FRGRG : RIO 
I>[HRT> : Ben] OIT : GI>HPE 
RÔ : PRIOR : <PUinCIHL 
TDGS : FRGROS : TJGPQIIH H : 
08 : I^IS : ORIST : T)GLH 
TGRG : SHIRTQ : [ClUI] .... 
TR[6PHSSH] 



L'ordre des Frères de la Pénitence de Je'sus-Christ, qui n'a 
joue' qu'un rôle assez obscur au milieu de ces ordres qui pullu- 
laient à cette époque, est mentionne' dans divers documents des 
Croisades, notamment dans des lettres du pape Nicolas IV, de 
1288 et 1290W. Il parait avoir été établi à Saint-Jean-d'Acre 
où il possédait une maison qu'il avait abandonnée avant 1288, 
voyant peut-être la mauvaise tournure que prenaient les affaires 
des Croisés en Syrie. 

La date de l'épitaphe a malbeureusement disparu , mais elle 
était certainement antérieure à 1291, Acre ayant été définitive- 
ment repris par les Musulmans en cette année; d'après la forme 
des caractères qui ressemblent tout à fait à ceux de l'inscription 
suivante elle doit, comme celle-ci, appartenir à la seconde moitié 
du xm e siècle. 

2 Dalle de marbre, intacte : 

* 101 : GIST : FRORG : TO 

COHS : OOiUSXU : TRGSORI 

GR : T>' : LOSPITHL : S : IOIjH(n) 

ai : TRQPHSSH : LG : I : IOR : 

T> 7 : SQPTG(0))B(RQ) : L'H(n) : T>' : LI(n)CHRn(HCIOn) 

\flj 00 o 

IVylS : ORIST : 07 : CC : LXXV : 
PRIG2 : TUIT : P(OUR) : SHR07G : 

(1) Langlois, Les Registres de Nicolas IV, n ' ia3, a/i5, 35o8;cf. Roliriclit, 
Reftesta, p. 891. 



— 277 — 

Ce frère, Thomas Mauzu, trésorier des Hospitaliers de Saint- 
Jean, mort le i er septembre 127.5, me paraît être identique au 
Thomas Mausus, « praeceptor de la volta S. Johannis Hierosolymi- 
tanir», qui figure dans un acte daté d'Acre, le 16 septembre 126M 1 ). 
Notre inscription nous apprend que dans l'intervalle il avait été 
promu du grade de précepteur à celui de trésorier; il est probable 
qu'il n'était que prœceplor parvus ou minor, le grade de trésorier étant 
inférieur à celui de prœceplor magnus®. Le nom de Mauzu est 
singulier; il est confirmé par l'acte publié par Paoli, qui a lu 
Mausu, simple variante orthographique ou peut-être même mau- 
vaise lecture de l'éditeur. 

Notre personnage me semble, en outre, être identique à un 
certain trésorier des Hospitaliers d'Acre, qui figure en cette qua- 
lité, sous le nom tout court de frère Thomas, dans deux actes 
datés d'Acre, 9 août et 25 août 1273 &\ deux ans par conséquent 
avant la mort de notre trésorier Thomas Mauzu. 

3° Un tout petit fragment de marbre; caractères paraissant 
être d'une époque plus ancienne que ceux des deux inscriptions 
précédentes : 

. . . hic es 'TS G?VLT\ (us). . . . 

. . . /SVIDOS9 

Itl. . . . •. 



h° Une petite matrice de sceau en cuivre, plaque mince de 
forme ogivale, munie à sa partie supérieure d'une bel ière fixe de 
suspension; au centre est ciselé, avec assez d'art, autant que 
permet d'en juger l'empâtement d'oxyde, un buste déjeune homme 
imberbe; autour est gravée à l'envers la légende : 

S' SHLQOOniS T)G PISTQO. 

l1 ' Paoli, Codice diplomalico, p. 263; cf. p. 5ig. 

(2 ' Dans tes listes établies par la critique moderne, on donne le pas môme 
aux précepteurs de second ordre sur les trésoriers; peut-être conviendrait-il 
maintenant de transposer ces deux grades. 

(3) Paoli, op. cil, p. 19.5-197. 



— '278 — 

M. Edm. Le Blant expose à rAcade'mie ses recherches sur 
l'usage ancien de réciter, dans les orages, pour conjurer les effets 
de la foudre, le premier chapitre de l'Evangile selon saint Jean. 
La croyance superstitieuse aux vertus prophylactiques de cet 
évangile remonte aux temps anciens. Saint Augustin parle de 
malades, qui, pour obtenir leur gue'rison, se l'appliquaient sur la 
tête. Au xvn e siècle, on trouve plusieurs exemples de talismans, 
auxquels on espérait donner une vertu plus grande par l'inscrip- 
tion de certains passages de ce texte tout-puissant, selon la 
légende, pour mettre en fuite le démon. 

M. Oppert communique à l'Académie ses nouvelles décou- 
vertes au sujet des dates les plus reculées de l'histoire de l'hu- 
manité. Déjà, en 1871, il avait démontré que les deux cycles 
sothiaque de 1&60 ans, après lequel les dates de l'année de 
365 jours reviennent dans le même ordre, et lunaire de i8o5 ans, 
après lequel les éclipses se reproduisent remontaient à une 
commune origine, à la date de 11 5^2 avant Jésus-Christ. Une 
des périodes sothiaques finit en i3o,, le cycle lunaire en 712 
avant Jésus-Christ. Si l'on remonte de i3o,, avant Jésus-Christ, 
on a: i322, 2782, Zi2Û2 , 5702, 71G2, 8622, 10082, 1 15&2 , 
et de 712 avant Jésus-Christ, 2017, Zi322,Gi27, 7932, 9737, 

1 l5&2. 

Douze périodes sothiaques font 1 7620 ans, ou 292 soixantaines 
d'années, et douze périodes lunaires, 216G0. ou 36 1 soixan- 
taines, en tout 39180 ans, formant la période posldiluvicnne 
mythique, qui répondait aux 292 ans que la Genèse compte de- 
puis' le déluge jusqu'à la naissance d'Abraham, et aux 3Gi ans 
depuis cotte date jusqu'à la fin de la Genèse. 

La période sothiaque se rapporte à l'étoile de Sirius, ou So- 
this, qui fut vue en même temps qu'une éclipse solaire. M. Op- 
pert a calculé que la date précise du début de celle période est 
le jeudi, 29 avril julien, le 3o janvier grégorien 11.V12 avanl 
Jésus-Christ, ou A907, 3 2(6 ans avanl la date du 3i aoûl 1896. 

Mais, à celle époque reculée, Sirius ne fut visible que dans 
les pays situés au delà <ln 26" degré de latitude boréale, et dans 



— 279 — 

un pays où il n'était ordinairement pas visible. C'est lors d'une 
éclipse de soleil que cet astre brillant a été vu, et il s'agit de 
savoir quel est ce pays situé sur le 26 e degré de latitude. 

M. Oppert pensait d'abord à Thèbes d'Egypte, mais il y a un 
pays qui se recommande bien mieux comme lieu primordial de 
la civilisation chaldéenne. C'est l'île de Tylos, le Bahrëm d'au- 
jourd'hui, dans le golfe Persique, l'île '?au cotonnier», le Tiloun 
des Assyriens, qui passe pour le siège cle la plus ancienne civilisa- 
tion. C'est de là que se sont échappés les monstres marins qui, 
selon Bérose, ont donné aux Chaldéens les premières notions 
des sciences et qui eurent pour élèves les prêtres d'Ea, le dieu 
de l'abîme. 



— 280 



COMMUNICATIONS. 



N° XVII. 

NOTE SUR UN BAS-RELIEF DE SOUEIDÂ (iIAURÂn), REPRESENTANT UN 
ÉPISODE DE LA G1GANTOMACHIE , ET SUR LA VILLE DE MAXIMIANOU- 
POLIS D'ARABIE, PAR M. CLERMONT-GANNEAU. 

1(1) 

M. Max van Berchem^ vient de me transmettre la photo- 
graphie d'un bas-relief en basalte gisant actuellement sur la 
place principale de Soueîdâ. Soueîdâ est une petite ville du 
Haurân, devenue le chef-lieu du district nouvellement créé 
sous le nom de district de la Montagne-Druze du Haurân et 
gouverné par un de mes vieux amis de Jérusalem, Yousef Ziâ 
Pacha, de l'illustre famille El-Khâledy, descendant de Khâled, 
un des généraux musulmans qui ont conquis la Palestine sur 
les .Byzantins. Le monument a dû être découvert à une époque 
relativement récente, soit à Soueîdâ même, soit dans quelque 
localité voisine d'où il aura été transporté à Soueîdâ, car je ne 
l'ai vu mentionné par aucun des voyageurs qui ont exploré 
cette région, et dont j'ai pu consulter les relations; s'il avait 
été visible à l'époque de leur passage, il n'aurait pas manqué 
d'attirer leur attention. On comprendra tout à l'heure l'im- 
portance qu'il y aurait, pour la géographie historique, à établir 
la provenance exacte de ce monument. 

Le bloc mesure environ a mètres de long sur o m. 80 de 
large. Sa forme générale et ses proportions semblent indiquer 

(,) Séance du 1 3 juillet. 

(2) Lettre du 23 juin 189/1. La photographie a été exécutée par M. Lultikr. 
consul d'Allemagne à Damas. 



— 281 — 
qu'il était destiné à servir de linteau de porte. La sculpture, 
d'un art grossier, d'une exécution lourde et molle , est évidem- 
ment d'une basse époque gréco-romaine; mais la scène est 
des plus intéressantes pour la mythologie figurée. Elle me 
parait représenter un épisode de la Gigantomachie , avec quel- 
ques détails particulièrement curieux. 

A droite, un Géant, caractérisé par ses jambes anguipèdes, 
ses longs cheveux incultes, les deux pierres (?) qu'il brandit de 
chaque main pour les lancer contre son adversaire, vient de 
recevoir une flèche dans le flanc droit. Cette flèche lui a été 
décochée par un cavalier galopant contre lui, à l'extrémité 
gauche. Le cavalier, nu-tête, avec son paludamentum flottant, 



s-sssi 




ses bottes, le harnachement de son cheval, a tout à fait l'as- 
pect d'un officier supérieur de l'armée romaine. Penché sur 
l'encolure de sa monture, une flèche posée sur son arc tendu, 
il se prépare à frapper de nouveau le Géant; à moins que l'ar- 
tiste, employant un procédé bien connu, n'ait décomposé les 
deux mouvements de l'acte, et n'ait voulu nous montrer suc- 
cessivement la même flèche d'abord décochée par le cavalier, 
puis transperçant le Géant. 

Entre les deux adversaires, en haut du champ, une pro- 
tomé d'homme imberbe, aux cheveux courts, tient entre ses 
deux mains, appliqué sur sa poitrine, un grand disque orné 
de douze pétales étroits formant deux couches de six etsixpé- 



— 282 — 

talcs superposés. Dans le champ , derrière le cavalier, autre 
rosace épanouie, formée de dix larges pétales. 

Ce dernier personnage, planant dans les airs, me paraît 
représenter Zeus, qui, d'après la légende grecque, offrant sur 
ce point une frappante coïncidence avec l'épisode célèbre de 
Josué, aurait retenu et empêché de briller Hélios, Sélènè et 
Eôs, afin de favoriser Héraklès dans son combat contre les 
Géants. Le disque fleuri en forme de pâquerette qu'il tient 
entre ses bras est l'image même du soleil arrêté par lui, image 
conventionnelle (l) qui apparaît sur une foule de monuments 
antiques de diverses époques comme élément en apparence 
purement décoratif, et qui reçoit ici, de sa fonction même, 
une signification bien précise. L'autre rosace décapétale est 
peut-être le symbole de la lune ou de quelque étoile. 

Du moment où l'on admet cette interprétation générale de 
la scène — et il me semble qu'elle n'est pas douteuse — il 
est difficile de ne pas reconnaître dans le cavalier Héraklès 
lui-même qui, selon le mythe grec, tue, en effet, à coups de 
flèches, assisté par Zeus, les Géants Alkyoneus et Porphyriôn. 

L'introduction du cheval dans cette figuration est assuré- 
ment singulière; elle pourrait cependant s'expliquer, au moins 
en partie, par le fait qu'Héraklès, le héros mortel dont l'inter- 
vention pouvait seule assurer la victoire aux dieux de l'Olympe 
aux prises avec les Géants, se sert quelquefois, dans cette 
lutte, du char de Zeus, comme l'attestent les textes et le mon- 
trent les monuments figurés' 21 . Mais les chevaux du char ne 
suffisent pas tout à fait pour rendre compte de l'apparition sur 
notre bas-relief du cheval de selle. Il est certain qu'un Héra- 
klès cavalier déroute passablement les idées reçues. 

(1 ' D'origine probablement assyrienne. 

(2) Il est à noter, en outre, que Atbena reçoit quelquefois le surnom caracté- 
ristique de Hippia, parce que, comme Héraklès, elle s'était servie du char de 
guerre dans la Giganlomachie, particulièrement contre son adversaire Enceiade. 



— 283 — 

Il y a là, je crois, un fait rigoureusement comparable à 
celui que j'ai signalé autrefois à propos d'un bas-relief égyptien 
du Louvre, représentant le combat de Horus contre Set ou 
Typhon; on y voit le dieu égyptien, également à cheval, éga- 
lement en uniforme d'officier de cavalerie romain, perçant de sa 
lance son ennemi traditionnel sous la forme d'un crocodile (1) . 

O Je me suis même demandé depuis — et les observations que m'a sug- 
gérées le bas-relief de Soueîdà ne font que me confirmer dans celte idée — si 
cet Horus à cheval, en uniforme romain, tuant le crocodiie, ne serait pas à 
l'origine une représentation , probablement alexandrine, de Dioclétien-Jupiter, 
faisant l'exact pendant de celle de son collègue Maximien-Hercule qui, sur le 
monument de Soueîdà, tue le Géant dans des conditions identiques. Ainsi s'ex- 
pliqueraient certains traits caractéristiques de la légende de saint Georges, qui tous 
nous reportent plus ou moins directement à Dioclétien. Je rappellerai, en outre, 
que Typhon (Set-crocodile) est considéré par la mythologie classique comme l'ad- 
versaire spécifique de Jupiter, et que le centre du culte de saint Georges était Dios- 
polis en Palestine. Saint, Georges, dans son rôle de vainqueur du dragon , ne serait 
donc, au fond , qu'une transformation iconologique de l'empereur même à l'époque 
duquel la légende rapporte l'existence du saint et à qui, dans certaines ver- 
sions, elle attribue son martyre. Constantin aurait repris le type popularisé par 
Dioclétien et l'aurait répandu en le christianisant. Le processus serait : Horus= 
Zeus=Dioclétien=Constantin=saint Georges. A travers ces substitutions d'ordre 
purement onomastique, trois éléments essentiels persistent d'un bout à l'autre et 
assurent l'identité de la scène : le cheval — l'uniforme romain — la forme carac- 
téristique du monstre percé par la lance du cavalier. 

Si nous arrivons à l'aboutissement de la légende chez les musulmans, nous 
y trouvons un trait qui nous ramène encore, et d'une façon bien frappante, à la 
personnalité de Dioclétien. Au moment où les musulmans conquirent la Pales- 
tine, ils trouvèrent à Lydda-Diospolis, appelée à l'époque byzantine la ville de 
Georges (Teoûpytovitohs), le culte de saint Georges dans tout son éclat. Comme 
ils firent toujours, ils s'en assimilèrent la substance, en faisant subir à leur tour 
à la légende de curieuses altérations. Saint Georges à cheval tuant le dragon 
devint pour eux Jésus a cheval perçant de sa lance le monstrueux Dedjdjâl (l'An- 
téchrist) à la porte de Lydda, ou même de l'église de Lijdda. Ici, l'identité 
du lieu, indépendamment des autres détails significatifs, nous garantit l'identité 
de la scène. Ils ajoutent — et c'est là ce qui est d'un rare intérêt pour nous — 
que Jésus tuera, dans les mêmes conditions, non seulement le Dedjdjâl à la 
porte de Lydda, mais aussi le sanglier (le cochon sauvage, el-khanzir el-berry) 
à la porte- de Jérusalem. On se rappelle immédiatement la fameuse pseudo- 
prophétie relative à Dioclétien, tuant le sanglier dont la mort devait lui assurer 
l'empire, c'est-à-dire le préfet du prétoire Aper («Imperator eris, cum Aprum 



— 284 — 

J'ai montré que cette dernière scène était, jusque dans ses 
moindres détails, le prototype immédiat du combat de saint 
Georges et du dragon , et j'ai indiqué les raisons pour lesquelles 
le dieu égyptien y apparaît sous les traits d'un officier romain 
— très probablement un empereur — dans un rôle qui, popu- 
larisé ensuite par les représentations officielles de Constantin 
et de ses successeurs, sera adopté par l'imagerie chrétienne, 
et donnera naissance, par voie iconologique, à l'une des plus 
importantes légendes du christianisme. Ici, pareillement, je 
ne serais pas surpris que l'officier romain jouant le rôle d'Hé- 
raklès, et lui ayant prêté son uniforme et sa monture, fût une 
personnification de l'empereur, assimilé au demi-dieu victo- 
rieux et triomphant d'un de ses ennemis. 

En s'engageant dans cette voie, on pourrait serrer la ques- 
tion de plus près et songer à l'empereur Maximianus, qui, en 
286, reçut le surnom de Herculius, en même temps que Dio- 
clétien prenait celui de Jovius. Si l'on se rappelle l'importance 
attachée à cette assimilation mythologique par les panégyristes 
et par les monuments de l'époque (1) , on est bien tenté de se 

occiderisfl). Il a pu, du reste, y avoir sur ce point une interférence dans la 
légende avec la tradition relative au bas-relief du sanglier, placé par ies Romains 
vainqueurs sur la porte de Jérusalem, pour en écarter les Juifs (cf. l'enseigne de 
la x° légion Fretensis laissée en garnison sur les ruines de la ville conquise). Ce 
qui achève de donner à ce rapprochement de Dioclélien et du sanglier, si bizar- 
rement interprété par les Musulmans, sa véritable valeur, c'est que nous avons , 
«l'autre part, la preuve que ce fait avait frappé l'imagination populaire en Pales- 
tine comme ailleurs; le Talmud, en effet, accole plusieurs fois au nom de Dio- 
rlétien le sobriquet de Khozîra, «le cochon ou le sangliers. 

(l) Dioclétien en Jupiter est considéré par les contemporains comme incar- 
nant la haute sagesse directrice du maître de l'Olympe; son collègue Maximien 
en Hercule, la force du pouvoir evécutif — la tète et le bras. Le Panegyricus 
genethliantis Mcucimiano Augusto dictus contient même un passage faisant allusion, 
d'une façon frappante, à la scène mythologique que je crois justement reconnaître 
sur notre monument : trille siquidem Diocletiani auctor deus post depulsos quon- 
dani caeli possessione Tilanas et inox biformium hella monstrorum perpoti cura 
quamvis compositum gubernat imperium.» Et plus loin : rr et in adversa niten- 
tem impelu caeli rapilsolcni. . . » (XII Pancgijrici latini, éd. Baehrens, p. io3). 



— 285 — 

demander si l'artiste n'a pas voulu représenter sur notre bas- 
relief les empereurs associés Dioclétien et Maximianus, les 
âvt'xriTot, sous les traits respectifs de Jupiter et d'Hercule, vic- 
torieux d'un ennemi commun grâce à leurs efforts réunis (1) . 
La photographie n'est malheureusement pas assez claire 
pour permettre de distinguer si les têtes nues d'Hercule et de 
Jupiter sont laurées ou non. L'existence de ce détail deman- 
derait à être vérifiée sur l'original; si elle était dûment con- 
statée, elle donnerait une grande vraisemblance à la conjecture 
que je propose. Je me bornerai pour aujourd'hui à l'indiquer, 
en ajoutant qu'il ne faut pas oublier que l'empereur Maximien 
avait certaines attaches avec la Syrie, ayant épousé Eutropia qui 
était d'origine syrienne. 

L'attribution à l'empereur Maximien, Maximianus Her- 
culius, du rôle d'Hercule sur le bas-relief précédemment décrit 
a pu paraître peut-être une conjecture quelque peu hardie. 
Depuis la communication que j'ai faite à ce sujet à la dernière 
séance j'ai relevé un fait matériel qui me semble lui prêter un 
appui d'autant plus sérieux qu'elle avait été faite sans ce se- 
cours, d'après des inductions purement intrinsèques tirées de 
l'examen critique du monument lui-même. Ce fait, c'est l'exis- 
tence, dans les parages mêmes de Soueîdà, d'une ville de 
Maximianoupolis , c'est-à-dire d'une ville ainsi dénommée en 
l'honneur de l'empereur Maximien. On s'explique dès lors par- 

(1) Peut-être quelque peuplade barbare, du nombre de celles vaincues par 
Maximilien? — Sur la figuration des barbares par les géants, notamment dans 
la numismatique, cf. les différents mémoires de M. de Witte : Le géant Valens, 
le géant Ascus; Médailles inédites de Postume; De quelques empereurs romains qui 
ont pris les attributs d'Hercule. Le monnayage de Maximien offre de nombreux 
exemples de l'assimilation de cet empereur à Hercule, en même temps que de 
Dioclétien à Jupiter. 

' 2) Séance du ao juillet. 

x\ii. ao 

KVMIinil nitoiiLi, 



— 286 — 

failement l'apparition en ce lieu d'un monument figuré con- 
sacré à la glorification mythologique de cet empereur, dans le 
sens de ses propres prétentions officielles. 

Nous connaissons jusqu'à cinq villes antiques qui ont porté 
le nom de Maximianoupolis : dans le Rhodope, en Pamphylie, 
dans la Thébaïde supérieure, en Palestine (1) (ces deux der- 
nières faisant pendant à des Dioclétianoupolis) , et enfin en 
Arabie. L'existence de la Maximianoupolis de la province 
d'Arabie — celle qui nous intéresse, et qu'il ne faut pas con- 
fondre, comme on l'a fait quelquefois, avec la Maximianou- 
polis de Palestine — est surabondamment démontrée par les 
témoignages concordants de l'histoire et de l'épigraphie. 

Dans les souscriptions des actes du concile de Chalcédoine 
figure un évêque suffragant du métropolite de Bostra, appelé 
Sévère, de Maximianoupolis® . La ville épiscopale de Maximia- 

W La position de la Maximianoupolis de Palestine est parfaitement déter- 
minée, comme l'on sait, par divers passages des anciens itinéraires de Palestine 
et des commentaires bibliques de saint Jérôme; c'était l'antique Hadad-Rimmon, 
dans la large vallée ou la plaine de Megiddo, non loin de Jezreel; elle semble 
être représentée de nos jours par la localité arabe de Roummâné, qui a peut- 
être retenu, comme on l'a pensé, la dernière partie du vieux nom hébreu. Il 
n'en est pas de même de la position de la Dioclétianoupolis de Palestine, ré- 
plique officielle de Maximianoupolis, dont on ignore complètement l'identité et 
la position. 

A en juger par les autres villes connues auxquelles elle se trouve associée 
dans les listes et autres documents ecclésiastiques, Dioclétianoupolis devait être 
dans le sud de la Palestine. Ici encore , c'est sûrement une ville ancienne qui a 
pris le nom de l'empereur collègue de Maximien. J'hésite entre deux conjec- 
tures : ou bien c'est Hebron, dont le nom, chose assez surprenante, ne figure 
dans aucune des listes des évêchés palestiniens de l'époque byzantine, bien que 
cette ville méritât , il semble , autant et plus que bien d'autres , d'être érigée 
en évêché; ou bien c'est Anthedon (vers Gaza). Dans ce dernier cas, la chose 
pourrait s'expliquer ainsi : dans les listes en question, qui, en général, se co- 
pient l'une l'autre, Dioclétianoupolis vient constamment après Anthedon; je 
me demande s'il n'y aurait pas eu primitivement un tïjtoi, trou, autrement dit » . 
supprimé : hvOyècov (tÙtoi) AtoxXyTiavovTtofos; c'est cette particule qui est em- 
ployée pour établir dans ces listes les synonymies de ce genre. 

M Mansi, VII. 168. 



— 287 — 

noupolis devait être naturellement dans le rayon de Bostra, 
capitale civile et religieuse de la province d'Arabie. Or, 
Soueîdâ, d'où provient notre bas-relief, n'est qu'à 2 3 kilo- 
mètres environ de Bostra dans le N. N. E. Il y a plus : à Ka- 
nawàt, l'ancienne Kanatha, située tout près de Soueîdâ (à 
5 kilomètres dans le N. 0.), il existe une incription grecque 
ainsi conçue u} : Uérpos AtO[xy%vs, ènfoxonos Ma&fuavau- 
7r6Xeco5, êvOdSs xenou. Tout nous prouve donc que Maximia- 
noupolis ne devait être guère loin de Soueîdâ. C'est apparem- 
ment quelque ville de la re'gion qui, comme tant d'autres, 
avait échangé selon la mode du temps, pour faire sa cour au 
prince, son nom indigène contre celui de l'empereur ou d'un 
des empereurs régnants. Quelle ville ce peut-il être au juste? 
C'est là une autre question à laquelle il est plus difficile de 
répondre®. Il est peu probable, comme le croyaient autrefois 
certains savants, que ce soit Kanatha, d'où provient l'épitaphe 
de Pierre qualifié évêque de Maximianoupolis; cette spéci- 
fication même tend plutôt à indiquer au contraire que Pierre 
n'avait pas été enseveli dans la ville dont il était titulaire; 
peut-être Kanatha était-elle simplement sa ville natale (3) . Il y 
a une idée qui se présente tout naturellement, surtout après 
les diverses observations que m'a suggérées l'interprétation de 
notre bas-relief : Maximianoupolis ne serait-elle pas Soueîdâ? 
Mais il y a une difficulté; c'est que Soueîdâ, anciennement 
Soacla, paraît avoir reçu, à l'époque païenne vraisemblable- 
ment, et conservé à l'époque chrétienne le nom de Dionysias (4) . 

(') Waddington, Insc. gi\ et lat. de la Syrie, n° a36i. 

W M. Waddington (op. c , n° 24i3) avait pensé un instant à mettre Maxi- 
mianoupolis à Cheikh Miskîn; mais c'est là une conjecture toute gratuite, comme 
il le reconnaît implicitement, puisqu'il pense aussi à cette localité disponible pour 
Néapolis et pour Hiérapolis d'Arabie, dont on ignore également l'emplacement. 

(3) D'ailleurs, Kanatha figure sous son nom indigène dans les documents 
ecclésiastiques. 

(4) Waddington, Insc. gr. et lat. de la Syrie, n" 2807, 9809. 

ao . 



— -288 — 

La chose cependant n'est pas démontrée et, même en admet- 
tant que Soueîdâ ait réellement changé son nom de Soada 
contre celui de Dionysias, il se peut toujours qu'elle ait changé 
ce dernier nom lui-même, au moins pour quelque temps, 
contre celui de Maximianoupolis. Quoi qu'il en soit, je suis 
frappé de voir apparaître dans une inscription de Soueîdâ (1) , 
relative à la dédicace d'un hospice placé sous le vocable de 
Saint-Théodore, le nom d'un évêque Pierre, qualifié d'évêque 
tout court, sans indication de lieu, cette fois, comme il con- 
vient lorsqu'il s'agit d'un personnage faisant acte officiel dans 
la propre ville où il exerce son autorité spirituelle ou tempo- 
relle. Je me demande si ce Pierre, évêque de Soueîdâ, homo- 
nyme de Pierre, évêque de Maximianoupolis, enseveli à 5 kilo- 
mètres de là, à Kanatha, ne serait pas identique avec lui. 
Autant qu'on en peut juger par les seules transcriptions typo- 
graphiques que nous avons de ces deux inscriptions, elles 
peuvent être considérées comme sensiblement contemporaines. 
Il résulterait nécessairement de là que Maximianoupolis, qu'on 
n'a pas encore réussi à localiser exactement, bien qu'on sache 
à quelle région elle appartenait, devrait être placée à Soueîdâ. 
Si notre bas-relief provient de Soueîdâ même, cette conclusion 
prendrait une grande force, car il me paraît désormais plus 
que probable que la sorte d'apothéose de Maximien qui y est 
représenté sous les traits d'Hercule, et la fondation de Maxi- 
mianoupolis, sinon à Soueîdâ même, du moins dans une loca- 
lité à coup sûr très voisine, sont deux faits étroitement con- 
nexes et qui s'éclairent l'un l'autre. Il serait d'un intérêt 
considérable de savoir positivement la provenance du bas-relief 
qu'on voit aujourd'hui à Soueîdâ, car je crois qu'on peut dé- 
sormais dire sans témérité que là où il a été déterré, là se trou- 
vait l'introuvable Maximianoupolis. La solution définitive dé- 

(1) Wacldinffton, op. c, n" 2827. 



— 289 — 

pend maintenant de ce simple renseignement qu'une petite 
enquête sur les lieux pourrait facilement faire obtenir. J'ai fait 
appel à ce sujet à l'obligeance de Yousef Zià Pacha qui est 
mieux que tout autre à même de tirer la chose au clair. 

N° XVIII. 

NOTE SUR DES PEINTURES MURALES TROUVEES À CHERCHEL (l8o/l) 
PAR M. VICTOR WAILLE, LUE PAR M. HERON DE VILLEFOSSE À LA 
SEANCE DU 2 JUILLET lStyk. 

Le coin que nous explorons en ce moment — à l'aide de 
détenus militaires placés sous la direction de M. le capitaine 
Sordes — est un terrain surplombant la mer, entre l'Espla- 
nade et le mur d'enceinte actuel. 

A 3 mètres de profondeur, nous sommes tombés sur des 
chambres, dont l'une, la plus vaste, est pavée en béton in- 
crusté de morceaux de marbre. Les autres étaient carrelées de 
marbre blanc et d'ardoise. 

Sept murs parallèles orientés du sud au nord, et non tous 
du même temps, sont déjà dégagés (l'un d'eux n'est séparé de 
son voisin, qui est peint en noir, que par quelques centimètres, 
et a été visiblement apposé sur le béton lui-même à une époque 
postérieure). 

Quand le travail de déblaiement sera terminé, il sera facile 
de lever un plan d'ensemble. Ce qui apparaît dès à présent, 
c'est une grande salle (ou cour) flanquée de chambres laté- 
rales plus petites. 

Aux deux angles de la grande salle, nous avons recueilli, 
d'une part dans un couloir, d'autre part parmi les décombres 
et sous un lit de béton, de nombreux quartiers de mortier 
coloriés d'un côté et quelquefois cannelés de l'autre (ces stries 
semi-cylindriques et verticales étant dues au treillis de roseaux 
contre lequel s'appuyait l'enduit). 



— 290 — 
Les couleurs obtenues avec des substances minérales sont 
encore tenaces et vives, surtout les tons rouges (hématite 
rouge), les violets-porphyre (hématite brune), les tons jaunes 
(ocre jaune), les tons bleu tendre (vert coloré avec du cuivre), 
les blancs (craie). 

Quelques-unes de ces peintures présentent une couche pri- 
mitive rouge, lisse et fine, sur laquelle le bleu, le blanc, etc. , 
ont ensuite été appliqués. 

Parmi les fragments de plaques de marbre recueillis au 
même endroit (et que j'ai déposés à titre d'échantillons au 
laboratoire de minéralogie de l'Ecole des sciences d'Alger), se 
trouvent quelques marbres du pays, comme par exemple le 
marbre bréchoïde du Chénoua (couleur lie de vin), le marbre 
jaune (sutulle) de Djebel-Orousse (près d'Arzeu), du marbre 
onyx provenant peut-être d'Aïn-Tekbalet (province d'Oran). Il 
y a aussi des marbres italiens : marbres serpentineux de Tos- 
cane, teintés de vert, du Carrare surtout, dont les balancelles 
devaient apporter de grosses cargaisons. On a ramassé aussi 
des fragments de porphyre vert antique venant de l'Archipel. 
La variété et la beauté des marbres employés à la décoration 
de l'appartement et les tons chauds des enluminures murales 
(le jaune et le rouge dominent) donnent l'idée d'une demeure 
riante. 

Les fragments de peinture recueillis en grand nombre per- 
mettent de se figurer l'ornementation des parois. A la partie 
inférieure du mur court une bande monochrome, rouge ou 
noire, d'environ o m. 3o de hauteur. Puis viennent des dessins 
géométriques, où s'égare, en des combinaisons généralement 
agréables à l'œil et harmonieuses, la fantaisie de l'ouvrier or- 
nemaniste : juxtaposition de bandes colorées, carrés alternant 
avec des losanges , triangles jaunes enfermant des fleurs bleues , 
ornements en forme de cœur entrecroisés, cordon de cercles 
tangents l'un à l'autre, tige servant d'axe à des boules super- 



— '2\)i — 

posées, rosaces variées, palmettes, sorte de grecque brisée 
formée d'un motif rouge alternant avec un motif vert, etc. 

Plus loin, sur fond rouge, des plantes vertes jettent à droite 
et à gauche leurs feuillages et leurs fruits (poires, pommes , etc.), 
et des oiseaux s'approchent pour les picorer (pigeons au corps 
blanc, aux ailes éployées, sur fond vert; perdrix violettes 
marchant sur fond rouge; d'autres oiseaux, crayonnés avec 
beaucoup de vérité, sont sur fond jaune, etc.). 

Des panneaux rectangulaires laissent voir des personnages 
de petite dimension. 

Ce sont, sur fond noir, des sphinx affrontés séparés par une 
tête de femme dont le cou se termine , à droite et à gauche , 
en fleurons. 

Un des panneaux ne contient plus qu'une tête de femme 
vue de face, avec des yeux bleus et l'indication des boucles 
d'oreilles en blanc (hauteur, o m. i3), tête grossièrement des- 
sinée, si l'on veut, mais non sans caractère. 

Le sphinx de gauche a disparu ; celui de droite , dont il ne 
reste qu'une portion , a le poitrail rouge et les pattes bleues. 

Un autre panneau présente un motif analogue , et j'ai pu le 
reconstituer presque en entier (destiné au Louvre). Au centre, 
tête de femme, ayant pour cou une fleur (hauteur, o m. 2 3) 
qui s'épanouit à droite et à gauche en une sorte de volute. Les 
sphinx affrontés que cette tête présentée de face , coiffée d'un 
voile jaune, sépare, sont des sphinx grecs, à buste de vierge, 
à corps de lion, et ailés. . . : volucris permis, pedibus fera, 
fronte puella, comme les décrit Ausone dans ce badinage de 
rhéteur sur le chiffre fatidique trois. 

Ici ils ont la même allure (tous les deux en marche, symé- 
triquement, une patte levée); même costume (tunique verte 
affleurant au cou); même chevelure jaune à chignon striée de 
rouge, et même visage couleur chair; mêmes ornements jaunes 
sur la tête (urœus et modius?). La queue est allongée presque 



— 292 — 

horizontalement. La poitrine de l'un est plate; le sexe de 
l'autre est plus accentué. 

D'autres fragments laissent deviner un personnage ailé, le 
bras gauche lancé en avant, ainsi qu'une figure grimaçante, à 
la tunique violette entr'ouverte , qui tourne la tête à sa droite. 

Outre ces peintures , nous avons recueilli des fragments de 
décoration en relief : fleurs et palmettes, personnage casqué, 
au vaste cimier tombant en arrière, modelés en plâtre sur fond 
jaune; femme drapée tenant à la main droite un bout d'étoffe 
de sa robe; personnage ailé; jambe (appartenant peut-être à 
ce personnage ailé), ces derniers fragments modelés en plâtre 
sur fond bleu (Mars et Vénus?). 

Les figures en relief paraissent dessinées d'une main plus 
élégante que les personnages des peintures. Ceux-ci sont comme 
tracés à la hâte , par des ouvriers ornemanistes d'ailleurs très 
exercés et habiles , qui répètent librement des motifs inventés 
par des Grecs. 

Ainsi le motif décoratif, constitué par des monstres ailés et 
affrontés que sépare une tête se terminant en volute, se ren- 
contre plus d'une fois à Pompéi (voir notamment un des pan- 
neaux de la maison d'Ariane'^). 

Nous avons précédemment recueilli à Cherchel des bronzes 
(supports formés de personnages ailés) qui accusaient l'in- 
fluence de ce même art gréco-alexandrin, et je n'ai pas besoin 
de rappeler qu'il y avait à Césarée de Maurétanie une colonie 
grecque assez importante , comme en font foi les inscriptions 
grecques trouvées à Cherchel (une des plus récemment dé- 
couvertes mentionne un spécialiste pour les maladies d'yeux 

''> Outre les fragments de peinture, nous avons recueilli au même endroit 
des monnaies du i cr siècle , et notamment deux médailles pesant Tune 33 grammes 
et l'autre 23 grammes, qui montrent une tète d'Afrique coiffée de la dépouille 
d'un éléphant avec le nom du roi Juba en exergue (REX IVBA) et l'aigle au 

revers. 



— 293 — 

qui s'appelait Terentius Asthenes). C'est aux membres de cette 
colonie grecque qu'on peut attribuer l'exécution des peintures 
murales que nous rencontrons ici pour la première fois. 

N° XIX. 

RAPPORT DE M. P. GAVAULT SUR LES FOUILLES DE TIGZIRT (rUSUCURRu), 
LU PAR M. HÉRON DE VILLEFOSSE À LA SEANCE DU 2 JUIL- 
LET 189/1. 

En continuant nos fouilles dans la basilique, nous avons 
découvert deux nouvelles inscriptions, malheureusement bien 
mutilées : 

...SANIMO 

. . . LOSMERJT 

EVOTS O... 

E-V NLA 

Cette inscription fait partie de la mosaïque du bas-côté 
droit, dont il subsiste quelques fragments; les lettres sont 
blanches sur fond noir, de o m. 1 3 de hauteur. A la troisième 
ligne c'est peut-être EVCITS qu'il faut lire. L'épigraphe semble 
avoir été en vers; on remarquera la façon bizarre dont elle se 
termine; il est possible qu'elle reprit ailleurs, malgré le cadre 
qui la limite. Au-dessous sont représentés un bœuf, en cou- 
leur rouge, et un lion, en couleur jaune, tous deux passant; à' 
gauche, à droite, le long du mur, une bordure de o m. 35 
encadre le tout. Les deux animaux symbolisent sans doute les 
évangélistes saint Marc et saint Luc. Ce qui semble le con- 
firmer, c'est que la décoration sculpturale de cette même travée 
comportait un aigle et un homme (ce dernier étant, il est vrai, 
le prophète Daniel). 



— 28g — 

La seconde inscription était gravée sur une pierre faisant 
partie du mur sud, près de l'abside. C'est évidemment un 
remploi. Le mot «aram» est seul lisible. 



îC 

AJIII r y fRIP 

VC i I I ... 

...Ain.. ..H Ail. 

.ARAM VCIC. . 



(Lettres de o m. o5.) 

Nous avons trouvé au cours des fouilles un grand nombre 
de sculptures, presque toutes assez bien conservées. Les cha- 
piteaux et les bases sont en grande partie empruntés à des 
édifices antérieurs et disparates; mais, en revanche, les con- 
soles ou corbeaux qui surmontaient les colonnes, ainsi que les 
frontons ou linteaux brisés qui formaient décharge au-dessus 
des arcades, ont été taillés en vue de leur destination, et sont 
contemporains du monument, dont ils caractérisent le style 
de la façon la plus nette. 

Il devait exister vingt frontons et cinquante consoles. 

La décoration des frontons se compose de couronnes, de 
chrismes, de palmes, de cercles, de rosaces, de spirales, de 
colonnettes, de cordes, de boules, de grecques, etc. Elle rap- 
pelle d'une façon frappante les linteaux de portes retrouvés 
dans les édifices de la Syrie centrale par MM. de Vogué et 
Duthoit. 

L'ornementation des consoles comprend des chrismes (dont 
un d'une forme tout à fait insolite), des couronnes, volutes, 
tourniquets, soleils; des rosaces hexagones et octogones; des 
treillages, entrelacs, chevrons, feuilles, pois, cordes, oves. 



— 295 — 

perles, etc.; enfin des figurations animales, qui sont les sui- 
vantes : 

i° Un aigle; — 2° un quadrupède ailé (lion ou bœuf); 
— 3° un autre quadrupède indéterminé; — à° deux poissons 
inversement placés; — 5° un lion entre les pattes duquel court 
un lièvre (dans le champ est une couronne); — 6° Daniel 
entre deux; lions; — 7 une colombe dans un édicule. 

Cette dernière console, très intéressante, représente peut- 
être un peristerium; elle fait songer à un passage de Tertullien 
( Contra Valent. , III) , où l'église est appelée « columbaî domus ». 
L'abside a été complètement dégagée; on peut voir mainte- 
nant qu'elle était séparée de la nef par trois arcades reposant 
sur quatre colonnes et quatre demi-colonnes; l'autel était placé 
dans le fond du demi-cercle absidal, et surmonté d'un cibo- 
rium porté par quatre colonnes disposées , non en carré , mais 
en rectangle. A droite et à gauche, l'abside communiquait, 
par deux belles portes encore en place, avec deux sacristies 
(diaconicum , gazophylacium) placées aux extrémités des bas- 
côtés. 

Dans le bas-côté gauche, nous avons trouvé un groupe de 
sarcophages en place. 

Autour et à l'intérieur de l'abside se sont rencontrées un 
certain nombre de stèles, presques toutes brisées. Ce fait, 
rapproché du mot «aram» de notre inscription n° 2, semble- 
rait montrer que l'église a été construite sur l'emplacement 
d'un temple. Les stèles découvertes sont toutes an épi graphes; 
elles représentent des personnages debout, tenant dans leurs 
mains des objets variés, qu'il n'est pas toujours facile de dé- 
finir. Les deux seules dont le haut soit conservé sont sur- 
montées d'un croissant. La stèle n° 3 , où se voient deux qua- 
drupèdes, semblerait indiquer que ces monuments étaient 
dédiés à Baâl-Saturne (cf. inscr. Pro ornamento, etc.). 



— 296 — 



N°XX. 



FOUILLES EN ASIE MINEURE PAR M. CHANTRE; 
RÉSUMÉ DU MÉMOIRE LU PAR M. MENANT À LA SÉANCE DU 1 7 AOUT 1 89 k. 

Lorsque, le 6 avril dernier, j'ai déposé à l'Académie , au nom 
de M. Chantre, sous pli cacheté, un mémoire sur les résultats 
de l'exploration à laquelle il s'était livré l'année dernière en 
Asie Mineure, il se disposait à partir pour une nouvelle expé- 
dition dans les mômes régions; ce pli ne devait être ouvert 
qu'à son retour. Je n'ai pas à pénétrer les raisons qui ont 
amené M. Chantre à me prier d'en demander aujourd'hui l'ou- 
verture; je me conforme au désir formel qu'il m'a exprimé par 
son télégramme daté de Péra. 

Ce mémoire, dont vous avez compris l'importance, présente 
deux ordres de faits, ceux qui ont trait : i° aux explorations 
qui ont abouti à des résultats satisfaisants; 2° à celles qui, 
commencées, puis interrompues faute de temps et de moyens 
suffisants, avaient donné l'espoir légitime de nouvelles décou- 
vertes à la reprise des travaux. 

Dans la première partie , il faut comprendre les études que 
M. Chantre a poursuivies au sujet de ses observations anthro- 
pologiques et préhistoriques , puis celles des monuments hétéens 
de l'Asie Mineure à Euyuk, à Boghaz-Keui, à Yasili-Kaya et à 
Fraktin, où il a fait des fouilles, pris de nombreux estampages 
et recueilli une grande quantité de fragments de poteries, même 
des vases entiers d'un aspect mycénien du plus haut intérêt, à 
cause de la localité où ils ont été trouvés. Enfin le hasard lui 
a fait rencontrer quelques inscriptions grecques et une belle 
inscription phrygienne plus longue que celle du tombeau de 
Midas. 

La seconde partie do ses recherches, la plus importante. 



— 297 — 

bien que les résultats aient été incomplets, concerne les fouilles 
qu'il a entreprises au moment de son départ dans les ruines 
de la forteresse appelée Beuyuk-Kaleh qui domine le palais 
de Boghaz-Keui, et ensuite dans les tumulus de Yuzgat. 

L'importance des ruines de la forteresse de Beuyuk-Kaleh 
est telle qu'elle exigeait des recherches méthodiques longues 
et minutieuses; mais le temps avait passé rapidement, et les 
explorateurs devaient songer au retour; aussi M. Chantre s'est-il 
borné à quelques travaux qui lui ont permis de se rendre 
compte de ce que ces ruines pouvaient contenir. Parmi une 
énorme quantité de débris de toutes sortes qui jonchaient le 
sol, briques, poteries peintes genre mycénien, poteries fines 
et vernissées, les explorateurs ont recueilli des fragments de 
tablettes couvertes d'écritures cunéiformes, les unes grandes 
et épaisses écrites sur les deux faces, d'autres plus fines écrites 
d'un seul côté. La fréquence de ces débris permet de supposer 
que les tablettes de ce genre doivent être nombreuses sur ce 
point, et cette découverte inattendue est de nature à jeter un 
nouveau jour sur l'histoire de l'Asie Mineure. 

Un peu plus loin, M. Chantre signalait une série de tumulus. 
L'un d'eux, appelé Orta-Euyuk, situé à six heures au sud de 
Yuzgat, gigantesque amas de cendres et d'argile, est le plus 
important d'un groupe de sept tertres analogues, échelonnés 
de 2 kilomètres en 2 kilomètres. M. Chantre s'est arrêté quel- 
que temps dans ces parages et a mis au jour, dans le tumulus 
principal, une série de murailles ruinées en pierre et en 
briques, ainsi qu'une grande quantité de débris de poteries. 
Ce tertre a été entamé et exploité depuis longtemps par les 
habitants du village voisin, afin d'en recueillir les cendres qui 
constituent un excellent amendement pour leurs terres. Dans 
leur exploitation, ils avaient recueilli un certain nombre de 
tablettes qu'ils ont cédées à M. Chantre, et parmi lesquelles il 
s'en trouve en écriture cunéiforme du genre perse achéménide. 



— 298 — 

Je vous en donnerai la traduction, dès que M. Chantre voudra 
bien en permettre la communication. 

Ces découvertes vous expliquent naturellement le silence que 
M. Chantre devait garder sur cette partie de son exploration 
pour s'en assurer la priorité, et la nécessité d'une nouvelle 
mission , avec le temps et les instruments indispensables pour 
une grande entreprise. 

C'est dans ces conditions que vous a été confié le récit de ces 
premières découvertes, et que M. et M rac Chantre sont partis 
au printemps. 

Cette seconde campagne a-t-elle répondu aux espérances 

de M. Chantre et de ses amis? Ce que je puis vous dire, 

c'est que les voyageurs, après avoir bravé les fatigues de la 
route, les fièvres, le choléra qui sévissait avec violence autour 
d'eux sont arrivés à destination; ils avaient même déjà recueilli 
de nombreux documents nouveaux, qui prouvaient que leurs 
prévisions étaient fondées, lorsqu'ils furent brutalement ex- 
pulsés du théâtre des fouilles, ainsi que l'indique leur télé- 
gramme. — Du reste, M. Chantre vous mettra bientôt lui- 
même au courant des péripéties et des résultats de cette 
dernière campagne. 

N°XXI. 

LA TÈTE D'IVOIRE DU MUSEE DE VIENNE (iSERe); 
NOTE LUE PAR M. ALEX. BERTRAND DANS LA SÉANCE DU t 7 AOUT l8o/|. 

A la A G session du Congrès archéologique de France réuni 
à Vienne, en 1879, M. de Laurière faisait la communication 
suivante, dont nous donnerons seulement quelques extraits. 

« L'extrême rareté des œuvres de sculpture en bois de l'époque 
romaine, disait-il, s'explique suffisamment par la nature de 
leur matière, qui est loin d'avoir la résistance du marbre et 
du bronze. Aussi cette rareté donnc-l-elle un intérêt tout par-. 






— 299 — 

ticulier à la découverte récente que M. Leblanc vient de faire 
à Vienne d'une tête de femme en bois, dont nous donnons une 
photogravure. » 

Après avoir énuméré les sculptures artistiques en bois dé- 
couvertes en Egypte et en Crimée, dont quelques-unes sont 
merveilleusement conservées, M. de Laurière ajoutait : «Tous 
les objets gallo-romains en bois découverts en France, d'un 
intérêt fort considérable à un autre point de vue, sont au con- 
traire très grossiers et l'art n'a rien à y voir. Il n'en est pas de 
même de la tête de femme trouvée à Vienne. A l'intérêt de la 
rareté que lui donne sa matière se joint celui d'une exécution 
habilement conçue et traitée. L'expression de la physionomie, 
empreinte d'une beauté juvénile ferme et gracieuse, est encore 
rehaussée par l'élégance de la chevelure , ornée d'un triple 
bandeau. Sa hauteur mesure om. i5; son aspect est presque 
noir d'ébène poli, un peu brillant. Un creux de forme carrée 
est pratiqué dans l'intérieur, avec une ouverture ménagée dans 
le haut au milieu de la chevelure. Cette disposition permet de 
supposer que cette tête devait former une cassette destinée aux 
usages d'une personne élégante. 

«Nous recommandons aux archéologues cette pièce tout à 
fait digne d'attention. » 

La tête était alors déposée à la mairie de Vienne. Elle ap- 
partient aujourd'hui au Musée de la ville. 

On doit savoir gré à M. de Laurière d'avoir attiré l'atten- 
tion sur cette sculpture intéressante, bien que la valeur vénale 
qui lui fut alors attribuée lui ait porté malheur. Peu de temps 
après, elle fut volée, puis mutilée dans un but de restauration. 
Le Musée ne l'a recouvrée qu'au bout de plusieurs années , 
à la mort du fonctionnaire qui l'avait dérobée et n'avait pu 
s'en défaire. Toutefois, à quelque chose malheur est bon. Elle 
était rentrée au Musée dans un pileux état; le conservateur, 
M. Cornillon. vient de la confier au Musée de Saint-Germain 



— 300 — 

pour qu'elle y soit restaurée. Je l'ai donnée à notre habile restau- 
rateur M. Abel Maître. Elle est sortie de ses mains transfigurée. 

Et d'abord cette sculpture n'est pas en bois, mais en ivoire; 
secondement, il s'agit bien d'un colfret; mais ce coffret ne 
s'ouvre pas par le haut de la tête, au milieu de la chevelure, 
mais à l'aide d'une plaquette à coulisse ménagée derrière la 
tête. Enfin cette tête, dans l'état où elle nous a été confiée, 
était complètement déformée par la maladresse des restaura- 
teurs qui, non seulement n'avaient pas remis en place les 
fragments nombreux dont elle se compose, mais en avaient 
mutilé plusieurs, coupé, raclé à tort et à travers pour masquer 
leur maladresse. Le rapport de M. Abel Maître est, à ce point 
de vue, d'une éloquence saisissante. M. Abel Maître aurait 
bien voulu pouvoir réparer complètement ces maladresses, 
mais les fragments avaient été soudés si solidement les uns 
aux autres à l'aide d'un mastic résineux, qu'il était impossible 
de les décoller sans compromettre l'ivoire, qui, à la chaleur 
nécessaire pour l'opération, s'effritait et s'effeuillait, quelque 
soin que l'on y apportât. Il a donc fallu laisser à l'original une 
partie de ses imperfections. 

Je n'en puis pas moins, grâce à l'ingéniosité de M. Abel 
Maître, vous présenter de cette tête une excellente restaura- 
tion, où aucune trace n'existe plus des mutilations de l'original. 

«Voyant, dit M. Maître dans son rapport, que je ne pou- 
vais agir directement, je me décidai à mouler la tête avec tous 
ses défauts, puis, à l'aide d'une scie très mince fabriquée ad 
hoc, suivant avec soin les coutures de la restauration, je dé- 
tachai un à un les divers fragments dont la figure se compo- 
sait avant le collage maladroit des diverses parties. Il m'a été 
possible, par ce procédé, non seulement de remettre chaque 
fragment à sa place, mais de compléter les parties qui avaient 
été si malheureusement mutilées. 55 La tête ainsi restaurée est 
sous vos yeux avec son tiroir vertical. 



— 301 — 

Le irou que M. de Laurière signalait au sommet de la tète 
était une défectuosité masquée par une rondelle d'ivoire pla- 
cée là après coup. 

La couleur brune très foncée de l'ivoire, qui avait induit en 
erreur les premiers observateurs et leur avait fait croire qu'ils 
étaient en présence d'une sculpture en bois, provenait de l'ac- 
tion des matières tourbeuses au milieu desquelles la tête avait 
reposé si longtemps. Cette teinte est, en effet, celle que re- 
vêtent les os qui sortent des tourbières; nous en avons de 
nombreux spécimens au Musée de Saint-Germain, dans la col- 
lection léguée au Musée par Bouclier dé Perthes. 

Nous devons des remerciements à M. Abel Maître pour cet 
ingénieux travail. Je compte publier son rapport dans la Revue 
arcl)éologi(j(((\ 

La tête d'ivoire du Musée de Vienne est certainement une 
réplique d'une œuvre grecque plus parfaite. Je n'ai pu mettre 
la main sur ce modèle. Je sais que M. Salomon Reinach, bien 
plus compétent que moi à cet égard, fait des recherches a ce 
sujet. J'espère qu'il pourra résoudre ce 'petit problème et en 
faire part à l'Académie. Je lui abandonne ce soin. 

1\" XXII. 

LES I'OlilLLES DE DELPHES; RAPPORT LU PAR M. COLLIGNON 
DANS LA SÉANCE DU ï U AOUT l8o4. 

Le rapport adressé à l'Académie par noire confrère M. Ilo- 
molle. directeur de l'Ecole française d'Athènes (1) , donne le dé- 
tail complet des résultats des fouilles entreprises à Delphes 
pendant quatre mois, depuis la lin de mars jusqu'au mois 
d'août i tt<) A. 

Trois chantiers ont été en activité : celui du temple d'Apol- 

^ Ce râpporl a été inséré «Iain lé Bulletin du correspondance hellémaue, 

f. WIN, 189/1, !'• '7 r> "' Slln - 

wii. ai 



. .' , 1 



— 302 — 

Ion, celui du Trésor des Athéniens, et celui de YHellenivo, dans 
la partie sud-est de l'enceinte sacrée. M. Convert, MM. Bour- 
guct et Pcrdrizet, membres de l'École française, ont partagé 
avec M. Homolle la conduite des travaux; M. Tournaire, ar- 
chitecte, a fait les relevés d'architecture. 

Toute la terrasse supérieure, celle où s'élevait le temple 
d'Apollon, et qui était circonscrite par le mur polygonal, a 
été déblayée. Le terre-plein qui environnait le temple a été 
dégagé sur les faces est, sud et ouest, et du côté nord on a 
touché les deux angles du temple, sans toutefois atteindre en- 
core le bord extérieur. En dehors de la terrasse, toute la lar- 
geur de la Voie sacrée a été déblayée en avant du front est. 
Du côté du front ouest, la colline a été fouillée jusqu'au sol 
vierge, entre le retour d'angle du mur polygonal, et un autre 
mur polygonal, à peu près parallèle, dont les amorces sont in- 
diquées sur le plan de M. Pomtovv (Beitraege zur Topographie 
von Delphi, pi. II, de la maison i36 à la maison 201). 

On n'a retrouvé aucune trace des sculptures des frontons, 
ni du reste de la décoration sculpturale du temple. Les débris 
d'architecture sont eux-mêmes très rares, et jusqu'ici insuffi- 
sants pour apporter des indications précises. Les chapiteaux sont 
en petit nombre, mutilés, et leurs formes maigres, leurs lignes 
presque droites, ne rappellent en aucune façon les types du 
vi e siècle. Comme rien ne subsiste au-dessus des soubasse- 
ments, il est difficile de restituer le plan du temple avec une 
précision absolue; il faut encore attendre le déblaiement du 
quatrième côté , qui apportera peut-être de nouveaux éléments 
d'information. Toutefois on reconnaît dès maintenant que le 
temple était périptère, avec six colonnes à la façade. L'intérieur 
ne renfermait pas de colonnade , et le dallage était coupé vers 
le milieu par une dépression qui rappelle la disposition 
adoptée pour les temples-oracles, par exemple pour le temple 
d'Apollon Didyméen. D'un bout à l'autre du monument, on a 



— 303 — 

déblayé des galeries souterraines, hautes de plus de deux 
mètres, cjui formaient sous le dallage du temple un réseau 
compliqué. Mais, comme l'a reconnu M. Homolle, ces galeries 
ne paraissent avoir servi à aucun usage; elles sont simplement 
formées par les intervalles des murs d'appui et des piles qui 
supportaient l'édifice. Les fouilles seront poursuivies entre les 
soubassements du temple et le mur polygonal; elles permet- 
tront sans doute de recueillir des objets antérieurs à l'incendie 
du vi c siècle. Si, de ce côté, plusieurs questions, comme celle 
du niveau du sol antique, restent à l'étude, on a acquis la cer- 
titude que la destruction du temple a été totale, et que les 
offrandes voisines de l'édifice ont disparu. «L'enlèvement des 
statues à Delphes, écrit M. Homolle, semble avoir eu quelqup 
chose de méthodique et d'administratif; il a été complet, bases 
comprises. » 

Dans cette région du téménos, les fouilles ont permis de 
déterminer avec une précision absolue la direction de la Voie 
sacrée. On possédait un point de repère, l'autel de Chios, qui 
se dressait sur une haute base, au niveau du temple, au point 
où la Voie sacrée atteint le sommet du mur polygonal, des- 
sine un tournant, et s'élargit pour se diriger vers l'ouest, le 
long du front nord du temple d'Apollon. Elle est conservée 
presque intacte sur tout son parcours, à partir de l'autel de 
Chios. Au tournant de la route, les fouilles ont mis au jour une 
énorme base, avec une dédicace de Gélon, fils de Deinoménès; 
c'est la base de l'ex-voto dédié par Gélon à l'occasion de la 
victoire d'Himéra, et consistant en un trépied d'or avec une 
statue de iNiké. Deux autres bases de mêmes dimensions ap- 
partiennent soit au même ex-voto, soit à des offrandes faites 
par les autres fils de Deinoménès. Une longue série de pho- 
tographies permet d'apprécier l'intérêt des sculptures trouvées 
sur ce même point; il y a là des œuvres qui se répartissent 
entre les différentes périodos do l'art grec : deux chevaux de 



■i i 



— 30/i — 

grandeur naturelle, avec leur harnachement, traités dans le 
style que nous ont rendu familier les chevaux de marbre trou- 
vés sur ■l'Acropole d'Athènes : crinières droites, entaillées de 
lignes en zigzag, figurant les ondulations des crins. Ils pro- 
viennent sans doute d'un char votif, peut-être d'un des deux, 
ex-voto des pyrénéens (Pausanias, X, i3, 5; 1 G , G). Trois 
ligures de femmes dansant, se tenant par la main, et entou- 
rant une colonne en forme de tige de plante, soutenaient, sui- 
vaut foute vraisemblance, un trépied. M. Homolle attribue au 
Trésor des Cyrénéens des fragments de colonnes en forme de 
tige de silphium. Une métope représentant une femme cou- 
rant, un omphalos de marbre avec le filet de laine, des torses 
de statues viriles s'ajoutent à la série des marbres découverts 
dans cet le région. 

En avant du front ouest, des dépôts de terres cuites et de 
bronzes, provenant peut-être d'offrandes mises au rebut, ont 
récompensé les recherches. La récolte épi graphique n'a pas 
été moins abondante. Parmi les inscriptions recueillies en ce 
lien, il faut citer surtout un décret de Delphes, accordant, en 
'i ■■'•■onse à une lettre du roi Séleucus, Yào-uh'a à la ville de 
Smyrne et au temple d'Aphrodite Stratonikis; des fragments 
des comptes du sanctuaire, pour les années qui suivent la paix 
de 366; une base avec 'la signature du sculpteur Crésilas de 
Kydonia; des décrets de proxénie et de politie datant de l'é- 
poque romaine. 

Ijes fouilles poursuivies au niveau inférieur, entre la terrasse 
du temple et l'Hcllenico. ont eu un plein succès. La topographie 
do toute cette partie du sanctuaire est aujourd'hui très claire. 
el le plan drossé par M. Convert permet de suivre sans interrup- 
tion le parcours de la Voie sacrée depuis l'entrée du téménos, 
fféjà Éfîafquëè sur le plan de M. Pomtovv, jusqu'à l'autel de 
Chios. Elle laisse d'abord sur la droite un socle à plusieurs 
gradins où l'on reconnaît la base du monument d'^gos-Po- 



— 305 — 

tamoi. Elle s'engage ensuite entre deux hémicycles sur les- 
quels se dressaient les offrandes des Argiens. C'étaient, sur 
celui du nord, les statues des rois d'Argos, signalées par Pau- 
sanias (X, 10, 5); plusieurs noms se lisent encore sur la 
base, avec la signature du sculpteur, Antiphanès d'Argos. En 
face et au sud, une autre exèdre avait supporté un second 
groupe de statues, celles des Epigones. Continuant à suivre la 
direction de l'est à l'ouest, la Voie sacrée longe, du coté sud, 
les Trésors, récemment découverts, des Sicyoniens et des 
Siphniens, et, s'élargissant, forme une sorte de carrefour entre 
les Trésors des Siplmiens, celui des Béotiens et celui des 
Athéniens. Delà se détachent des voies secondaires, dont l'une 
conduit à un escalier permettant de gagner un raccourci pour 
atteindre le mur pélasgique. Quant à la voie principale, après 
avoir fait un coude brusque en avant du Trésor des Athéniens, 
elle s'infléchit vers l'est, pour aboutir à la pente raide qui en 
quelques mètres la met au niveau de l'autel de Chios. Ainsi 
la Voie sacrée est retrouvée sur tout son parcours, avec les 
principaux édifices qui la bordaient, et. de ce côté les résul- 
tats des fouilles ont justifié toutes les espérances. 

Mais l'intérêt capital consiste dans la découverte d'une 
riche série de sculptures provenant de trois Trésors : celui des 
Athéniens, déjà dégagé dans les fouilles de 18 9 3, ceux des 
Sicyoniens et des Siphniens, récemment, explorés. Dès le mois 
de juin de l'année dernière, les restes d'architecture apparte- 
nant au Trésor des Athéniens étaient assez complets pour que 
M. Tournaire put entreprendre une restauration d\ l'édifice. 
On possédait aussi plusieurs métopes, dont M. Honiolle avait 
étudié les sujets et la disposition dans la séance du 26 février 
de l'Institut de correspondance hellénique' 11 . Eu modifiant la 
direction de la voie Dccauville qui passe en contre-bas du 

(,) Bulletin de correspondance helléiique, 1 8y'i, [>. -169-171 . ■-- 



— 306 — 

Trésor, on a pu fouiller le terrain situé en avant du Iront sud, 
et dégager de nouvelles pièces de la décoration sculpturale, 
qui complètent les métopes déjà connues, ou forment des sé- 
ries nouvelles. Le nombre des plaques conservées en entier 
ou par fragments n'est guère inférieur à trente. Or si l'on tient 
compte des dimensions de l'édifice, ce chiffre de trente corres- 
pond bien au nombre des métopes , à savoir : six sur chacune 
des façades, neuf sur chacune des faces latérales. Contraire- 
ment aux premières prévisions, on peut affirmer aujourd'hui 
que les quatre faces du Trésor possédaient des métopes sculp- 
tées. Il est même possible de proposer dès maintenant une 
répartition des sujets qui présente de très grandes vraisem- 
blances. La série de YHéracléidc, à laquelle appartient la belle 
métope du lion de Némée, trouve sa place sur l'une des fa- 
çades principales. Une série nouvelle, la Tldséide, comprend 
six sujets : i° Thésée et le Minotaure; 2° Thésée et Athéna; 
3° la lutte contre Kerkyon; h° Thésée et Périphétès; 5° le 
combat contre Skiron; 6° un sujet représenté par un seul 
fragment, où il est possible de reconnaître le pin de Sinis. 
Ces six métopes conviennent à la seconde façade. Dès lors il 
y a lieu d'attribuer à l'une des faces latérales la Géryonie et 
l'Amazonomachie, complément des exploits d'Hercule et de 
Thésée; à l'autre une suite de combats singuliers dont l'inter- 
prétation reste encore à trouver. Si l'on ajoute aux métopes 
les deux Amazones à cheval qui formaient le couronnement 
des acrotères, la décoration du Trésor des Athéniens est com- 
plète. Les métopes suggèrent des rapprochements très instruc- 
tifs avec la peinture céramique, en particulier avec les œuvres 
du cycle d'Euphronios (1) ; telle scène, comme la Géryonie, 
dérive de la même conception que la Géryonie peinte sur 
une des coupes d'Euphronios. Mais il est surtout intéressant 

(1) Ces rapprochements ont déjà été indiqués par M. Homolle, Bulletin do 
correspondance hellénique, i8ç»A,p. 171.. 



— 30? — 

d'y retrouver des procédés de composition qui survivront en- 
core dans des œuvres plus récentes, comme les métopes du 
Théséion. Les sculptures du Trésor des Athéniens, rigoureu- 
sement datées, appartenant à cette période de 48© à kno où 
l'art altique se dégage de l'archaïsme, seront le point de dé- 
part d'études toutes nouvelles pour l'histoire de la sculpture 
monumentale à Athènes pendant le v e siècle. 

Le Trésor des Sicyoniens a été découvert en face du mur de 
soutènement ; c'est le premier édifice en forme de Trésor que 
l'on rencontre après les offrandes des Argiens, et, comme le 
premier Trésor signalé par Pausanias est précisément celui 
des Sicyoniens, l'identification paraît certaine. Il avait la forme 
d'un temple in anus, reposant sur un soubassement en tuf. 
Les métopes, sculptées dans des dalles de tuf, ont tous les 
caractères du style archaïque primitif du vi° siècle. L'une 
d'elles, presque intacte, montre Idas et les Dioscures rame- 
nant de Messénie les troupeaux de bœufs qu'ils y ont enlevés. 
S'avançant en file régulière, tenant de la main gauche les 
deux lances qu'ils portent sur l'épaule, ils contiennent à l'aide 
de perches ou de lances tenues horizontalement les bœufs 
qui marchent quatre par quatre, les premiers de chaque file 
butant du front contre la barrière improvisée qui les em- 
pêche de s'enfuir. Les figures sont complètement peintes, et 
l'on distingue des traces de bistre, de rouge et de noir. Le 
fond gardant la couleur naturelle, les figures s'y enlèvent on 
sombre, et les conventions de la polvchromie se rapprochent 
ainsi de celles de la peinture de vases à ligures noires. Un 
détail curieux rend l'analogie encore plus étroite : les noms 
sont peints en noir à côté des personnages. Il y a certaine- 
ment là des éléments tout nouveaux pour l'étude de la poly- 
chromie à l'époque archaïque. D'autres métopes, moins com- 
plètes, reproduiraient encore des scènes de la légende des 
Dioscures; un sanglier semble provenir d'une scène figurant h 



— 308 — 

chasse de Calydom Trois fragments permettent de reconsti- 
tuer le départ de la nef Argo, portant des guerriers armés 
de boucliers, et, au milieu, trois joueurs de cithares. Les 
Dioscures se tiennent à cheval, à l'avant et à l'arrière, et les 
chevaux sont représentés de face, comme dans la métope cen- 
trale du temple C de Sélinonte. Une plaque représentant Eu- 
rope, les bras étendus, le buste incliné sur le col du taureau 
qui l'enlève, est une œuvre de l'archaïsme le pins naïf, et 
compte parmi les plus dignes d'attention. Les sculptures du 
Trésor des Sicyoniens apportent des documents très précieux 
pour l'étude de l'ancien art péloponésien, et, dans l'histoire 
de l'art grec primitif, elles tiendront une place importante, à 
côté des métopes de Sélinonte et des frontons de tuf de l'A- 
cropole d'Athènes. 

Plusieurs textes font allusion au Trésor des Siphniens.Pau- 
sanias (X, 1 1,2) raconte à quelle occasion il fut élevé, et Hé- 
rodote (III, 67) le signale comme l'un des plus beaux et des 
plus riches de Delphes. La découverte de ce monument con- 
stitue à elle seule un événement archéologique, en même 
temps que la perfection du décor architectural, l'abondance 
des sculptures expliquent le jugement d'Hérodote. L'édifice, 
en forme de temple prostyle, se dressait sur une haute con- 
struction carrée, qui dominait à la fois la Voie sacrée et XHcl- 
lenico. A en juger par la (inesse et l'élégance du décor de l'ar- 
chitecture, oves, rangs de perles, rais de cœur, patinettes et 
rinceaux courant sur les épislyles, les frises, les corniches et 
encadrant la porte, le Trésor des Siphniens avait été édifié à 
grands frais, et avec un lu\e extrême. C!est, suivant l'expres- 
sion de M. Homolle, la «perfection même de l'archaïsme finis- 
sante. 

La décoration sculpturale comprenait une frise, haute de 
o ni. (i/i, courant sur les quatre faces du monument, el 
un fronton. Les fouilles antérieures avaient déjà l'ail cohr 






— 309 — 

naître quelques morceaux de cette frise, une scène d'enlève- 
ment, un cavalier tenant en main un second cheval, un groupe 
de trois déesses assises, et les dimensions des plaques concor- 
daient avec celles d'un bas-relief du Musée de Delphes, repré- 
sentant un quadrige s'avançant vers un autel (Pomtow, Bei- 
tracgc, pi. XII, n° 32). Avant cpie le Trésor des Siphniens fût 
déblayé, on pouvait songer à attribuer au temple d'Apollon ces 
fragments de frise, et M. Homolle a'indiqué cette hypothèse 
dans son rapport du 9 5 avril 189a (1) . Aucun doute ne sub- 
siste aujourd'hui sur la provenance des morceaux antérieure- 
ment connus; ils appartiennent aux Trésors des Siphniens, et 
concordent exactement pour le style et les dimensions avec les ' 
bas-reliefs retrouvés depuis sur les quatre faces du monument. 

Grâce à la répartition des dalles de frise autour du Trésor 
et à la découverte d'un certain nombre de plaques formant 
retour d'angle, l'identification des sujets, pour chacune des 
faces, ne paraît pas douteuse. Il est même facile d'apprécier 
rigoureusement les lacunes, puisqu'on connaît la longueur de 
la frise pour chaque façade : 8 m. 90 pour les faces nord et 
sud, 6 m. 35 pour les faces est et ouest. 

Du côté sud, des défilés de chars et de cavaliers, une scène 
d'enlèvement, paraissent faire allusion à un épisode de la lé- 
gende troyenne; c'est là que prennent place le quadrige du 
Musée de Delphes et le cavalier signalé plus haut. Pour la face 
ouest, le morceau principal est une scène de l'apothéose d'Her- 
cule. Athéna adée monte sur son char attelé de quatre che- 
vaux ailés, que maintient Hermès, reconnaissable à ses talon- 
nières et à son caducée; Hercule est figuré à droite. A la même 
face appartient une déesse descendant de son char. Pour le 
côté nord, on possède 8 mètres de frise: c'est un combat des 
dieux et des géants, composé suivant les mêmes principes que 

W Journal officiel du i% mai iSyfi. 



— 310 — 
les scènes analogues si fréquentes dans la peinture de vases du 
vi e siècle; le sculpteur a sans doute suivi de très près les modèles 
dont s'inspire la peinture céramique. Ainsi s'expliquent le ca- 
ractère serré de la composition, la place faite aux figures de 
second plan, les files d'hoplites dont les boucliers sont vus en 
perspective. Certains groupes sont d'une grande beauté: Athéna 
luttant contre Enkelados, Cybèle lançant contre les géants son 
attelage de lions, Éole prenant part au combat en déchaînant 
les vents renfermés dans des outres de cuir, tandis que les 
Éolides marchent à la rencontre d'un ennemi, ce sont là des 
épisodes traités avec un mouvement qui s'allie à une singulière 
précision de facture. 

La composition de la frise orientale, moins bien enchaînée, 
comprend deux parties. A droite, une scène homérique, un 
combat autour du corps d'un guerrier mort, pour lequel M. Ho- 
molle propose avec beaucoup de vraisemblance le nom de Pa- 
trocle. De chaque côté du cadavre, deux guerriers sont aux 
prises; deux chars, symétriquement tournés vers le dehors, sont 
prêts à s'éloigner et à emporter loin du lieu du combat les vain- 
queurs et les vaincus. Dans la partie gauche, les dieux, assis, 
délibèrent, et suivent avec curiosité les péripéties de la lutte. 
C'est à cette scène qu'appartient le charmant morceau décrit 
par M. Homolle dans son rapport du 2 5 avril : le groupe des 
trois déesses assises, comprenant Athéna, et deux autres déesses 
dont l'une attire l'attention de sa voisine en lui touchant le 
menton. Cette partie de la frise orientale se complète par un 
nouveau morceau qui ne le cède en rien au précédent , pour 
la grâce familière de la conception et la délicatesse de l'exécu- 
tion. Symétrique au premier, ce groupe comprend les divinités 
favorables à Troie, Ares assis à l'écart, Aphrodite, Apollon , 
Zeus et une divinité féminine , sans doute Héra. Rien de gra- 
cieux comme le groupe central, Aphrodite se penchant vers 
Ar'témis, Apollon se retournant pour sourire à sa sœur divine. 



— 311 — 

qui d'un geste naïf lui touche le menton, lui caresse la tête, 
comme pour solliciter son intervention en faveur des Troyens. 
L'analogie avec la frise orientale, déjà pressentie après la dé- 
couverte du premier morceau, devient ainsi plus étroite, et le 
Trésor des Siphniens nous livre comme une esquisse archaïque 
du groupe des dieux qui, dans la frise de Phidias, assiste à la 
procession des Panathénées. 

Le fronton, d'un style plus sec, représente Hercule et Apol- 
lon se disputant le trépied de Delphes. Au centre Athéna a 
saisi les tiges du trépied et essaie d'apaiser les combattants: 
Latone, derrière Apollon, tente de le retirer du combat; à 
droite et à gauche, deux autres figures accessoires sont tour- 
nées vers les ailes du fronton et s'éloignent du théâtre de la 
lutte; chacun de ces groupes est accompagné de deux chevaux, 
répétés symétriquement clans les parties basses du fronton. Le 
style est très inférieur à celui de la frise; les contours sont secs 
et anguleux, les proportions lourdes. Mais on observe ici 
une particularité curieuse : tandis que la partie inférieure des 
figures est traitée en bas-relief, la partie supérieure se détache 
du fond, rigoureusement ravalé, et prend la saillie d'une 
ronde bosse. « C'est, remarque M. Homolle, comme une ten- 
tative intermédiaire entre le fronton en bas-relief (Héraclès et 
l'Hydre de l'Acropole) et le fronton à figures détachées.?? 

La frise présente des inégalités de style, avec des carac- 
tères généraux qui défendent de l'attribuer à l'école attique. 
Procède-t-elle d'une école iono-insulaire, ou d'une école pélo- 
ponésienne? M. Gollignon se prononce en faveur de la pre- 
mière hypothèse. Il relève les particularités de style qui lui 
semblent justifier cette opinion : l'analogie delà composition, 
dans certaines scènes, avec celle des peintures des vases chal- 
cidiens ou attiques, dérivant des modèles ioniens (1) ; les types 

'" Il faut en particulier comparer à la scène de la Gigantomachie celle qui 
décore une amphore du Musée du Louvre trouvée à Cervetri. (Mont/menti inerbh . 



— 312 — 

des chevaux, au poitrail bombé, à l'encolure renflée en cou 
de cygne, rappelant ceux des sarcophages de Clazomènes; la 
forme de la coiffure et du costume dans les figures féminines; 
les proportions ramassées qui se retrouvent dans les bas-reliefs 
du tombeau des Harpyies, et surtout l'exécution fine et pré- 
cise, le travail soigné des draperies, qui révèlent une école 
très familière avec le travail du marbre. Une «tu de plus appro- 
fondie du monument permettra de déterminer avec plus de 
précision à quelle école appartiennent les sculpteurs; mais dès 
à présent, c'est du côté de l'Ionie et des îles qu'il convient 
sans doute de la chercher. Si l'on songe à la rareté des monu- 
ments de l'école iono-insulaire pour la fin du vi e siècle et le 
début du v c , on appréciera facilement quelle place est réservée, 
dans l'histoire de l'art archaïque, aux sculptures du Trésor 
des Siphniens. 

Dans la région des Trésors, d'autres découvertes doivent 
encore être signalées : un Apollon archaïque en marbre, de 
grandes dimensions, trouvé entre le Trésor des Athéniens et 
celui des Siphniens, et rappelant de très près un autre Apollon, 
œuvre d'un maître argien, découvert au même endroit en 
1893; une base de statue, en forme de chapiteau dorique et 
ornée de reliefs archaïques. Dans le chantier de YHclknico, les 
fouilles ont livré de nouveaux morceaux des Caryatides trou- 
vées antérieurement, et qui semblent, comme celles de l'Erech- 
théion, avoir décoré une tribune. En dehors du mur d'en- 

VI-V1I, pi. 78; Pollier, dans Dumont et Chaplain, Les Céramiques de là Grèce, 
-propre, I, p. 280.) Le vase du Louvre est rangé, au moins provisoirement; par 
M. PoUier, dans la série chulcidienne. M. Klein lui attribue une origine eubéenne, 
et pense à Érétrïe comme lieu de provenance. Récemment M. I*. Kretschmer 
(Die griech. Vaseninschriftcn , p. 5y) a proposé de l'attribuer à l'île de Céos. 
Les caractères des inscriptions sont ioniens. Il faut ajouter <pie dans la Giganto- 
machic de la frise du Trésor, le bouclier de l'un des Géauls porte une inscription 
de remplissage, évidemment contemporaine de l'exécution des sculptures. On y 
relève des lettres de forme ionienne, ® I Z M , qui se retrouvent également dans 
l'alphabet des vases clialcidiens. 



— 313 — 

ceinte, on a recueilli un lot important de poteries et de 
bronzes, des têtes de griffons du même type que ceux d'Olym- 
pie, une anse de vase en forme d'oiseau à tête humaine, une 
statuette de bronze du type du Doryphore, des vases de style 
mycénien. Le Trésor des Béotiens a fourni une abondante 
récolte épigraphique. Au Trésor des Athéniens, on a dégagé 
de nouvelles assises couvertes d'inscriptions, et aux séries 
épigraphiques déjà constituées s'ajoutent des actes relatifs à 
l'association des ts^vîtoh, des catalogues d'Athéniens envoyés 
à Delphes pour la célébration des Pythiades, des décrets del- 
phiens conférant la proxénie, le droit de cité, le titre de /Sou- 
Xevry's à des Athéniens ou à des étrangers, enfin deux nou- 
veaux fragments musicaux, dont l'un comprend plus de vingt 
vers, et qui complètent des morceaux déjà publiés dans le 
Bulletin de correspondance hellénique. 

Telles sont, brièvement résumées, les découvertes des der- 
niers mois. Par l'importance des résultats, par la richesse et 
l'intérêt de ces séries de sculptures qui renouvellent l'histoire 
de l'art grec, si peu de temps après les trouvailles de l'Acro- 
pole d'Athènes, elles consacrent d'une façon décisive le succès 
des fouilles de Delphes; elles répondent à la légitime curiosité 
du monde savant, et récompensent dignement les efforts de 
la mission française. 



3U 



APPENDICE N° III. 



RAPPORT DO SECRÉTAIRE PERPETUEL DE L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES- 
LETTRES SDR LES TRAVAUX DES COMMISSIONS DE PUBLICATION DE CETTE ACA- 
DEMIE PENDANT LE PREMIER SEMESTRE DE 1896, LU DANS LA SEANCE DU 
30 JUILLET 189Û. 

Messieurs , 

L'Académie, dans le dernier semestre, a fait paraître, avec la première 
partie du tome X, 2 e série, des Mémoires des savants étrangers, la troi- 
sième partie du tome IX des OEuvres de Borghesi, contenant la table des 
lettres , et une première livraison qui inaugure dignement une collection 
nouvelle, la Collection Eugène Piol, ainsi nommée du généreux fondateur 
dont le legs fait tous les frais de la publication : Monuments et Mémoires , 
publiés sous la direction de deux de nos confrères, MM. Georges Perrot 
et Robert de Lasteyrie, avec la collaboration de M. Jamot. 

Le travail se poursuit régulièrement dans nos grandes collections, 
dont plusieurs sont à la veille de nous donner un nouveau volume. 

Historiens de France, tome XXIV, entièrement imprimé, quant au 
texte. On avance dans la préparation des tables et de l'introduction. 

Historiens des Croisades : i° Occidentaux, tome V, 2 e partie. Tout le 
texte et la table des matières sont tirés. La préface est entièrement ter- 
minée et composée en placards ; 

2° Orientaux, tome IV. Trente et une feuilles sont tirées et la trente- 
deuxième bonne à tirer. La matière de plusieurs feuilles de texte arabe 
va être livrée à l'imprimerie ; 

3° Arméniens, tome II. Tout le texte est tiré et la table des matières 
bonne à tirer. Reste à faire l'introduction. 

Dans la collection des Mémoires de V Académie, la deuxième partie du 
tome XXXIV sera probablement achevée avec un nouveau mémoire de 
M. Ravaisson sur Quelques monuments relatifs h Achille, et un mémoire de 
M. Foucart sur L'origine et le caractère des mystères d'Eleusis. 

Pour la section ouverte aux savants étrangers, l'Académie a décidé que 
les deux séries à l'avenir seraient continuées en une seule. Avant d'ap- 
pliquer cette décision , il reste à compléter la deuxième série par une se- 



'— 315 — 

conde partie du tome X. Nous commençons cette deuxième partie par un 
dernier mémoire de notre regretté correspondant M. Robiou sur Y Etat 
religieux de la Grèce et de l'Orient au siècle d'Alexandre. 

Notices et extraits des manuscrits. Le tome XXXIV, 2 e partie, sera bien 
près de sa fin quand on aura imprimé un article de M. Spiegelberg in- 
titulé : Correspondance du temps des rois-prêtres, et deux nouvelles notices 
de M. Hauréau sur des manuscrits latins de la Bibliothèque nationale. 

Histoire littéraire de la France- Le tome XXXI n'était pas plutôt fini que 
le tome XXXII était commencé avec trois articles de M. Paul Meyer : 
Gaillem Anelier et Matfre Ermengaut , et les Troubadours de la fin du 
xiu' siècle, et un article de M. Gaston Paris : Le roman de FauveL 

Le Corpus inscriptionum semiticarum est à peu près dans la même si- 
tuation pour la partie hymiarite et araméenne ; mais le deuxième fascicule 
du tome 11 des inscriptions phéniciennes touche à sa fin. 

OEuvres de Borghesi. L'impression continue activement. On en est à 
la trentième feuille du tome X qui terminera cette collection d'un si grand 
prix pour le monde savant. 



— 316 — • 



LIVRES OFFERTS. 



SÉANCE DU 6 JUILLET. 

Sont offerts à l'Académie : 

Les inscriptions du camée dit rde Jupiter du trésor de Chartres », par 
M. Edmond Le Blant, membre de l'Institut (Paris, 1 S 9 4 , in-8°; ex- 
trait de la Revue numismatique); 

Bulles d'or byzantines conservées aux Archives vaticanes , par M. Schlum- 
berger, membre de l'Institut (Paris, 1896, in-8°; extrait de la Revue 
numismatique); 

Annales du Musée Guimet. — Résumé de l'histoire de l'Egypte, par 
M. E. Amélineau (Paris, 189&, in-ia); 

Documente privitôrc la istoria Românilor, par M! Eudoxîn de Hurmu- 
zaki, vol. II, part, k : i53i-i55a, et vol. VIII : i3j6-i65o (Bucarest, 
189/i, 2 vol. in-li"); 

Notes pour servir à l'histoire de l'art primitif, par M. Ed. Piette (Paris. 
189/1, uî ~8°; extrait de L'Anthropologie, n° a). 

M. G. Perrot présente, de la part de l'auteur, un ouvrage intitulé : 
— De l'origine des cultes arcadiens. Essai de méthode en mythologie grecque , 
par V. Bérard, ancien membre de l'Ecole français" d'Athènes (Paris, 
189/1, in-8°). 

f VI. Bérard n'est pas le premier à affirmer que la Grèce, à ses débuts, 
a emprunté au monde sémitique et particulièrement à la Phénicie plu- 
sieurs de ses dieux et de ses déesses, beaucoup de ses mythes. Avant lui, 
Ernest Gurtius, Glermont-fianneau , Gruppe avaient frayé la voie, mais 
M. Bérard a eu le mérite de relever et de signaler de nouveaux indices 
qui confirment cette hypothèse. Il a retrouvé et restitué, en pleines mon- 
tagnes arcadiennes, à une certaine distance de la mer. un sanctuaire el 
un culte, le sanctuaire et le culte de Zeus Lykœos, qui ont toujours con- 
servé un caractère syrien 1res marqué; mais il ne s'en lient pas là, il 
montre que les cultes arcadiens ont* gardé bien d'autres traces des rela- 
tions que les Péîasges <le cette contrée ont entretenues avec les Phéniciens 
et de l'influence que les trafiquants syriens oui exercée sur ces tribus de 



— 317 — 

patres, de bâcherons et d'agriculteurs-. On pourra ne pas souscrire à 
toutes ses assertions; mais il y a là une ardeur de curiosité, mie subtilité 
d'analyse, un entrain dans la recherche qui rendent singulièrement at- 
tachante la lecture de cet essai, où nous voyons une promesse, une pro- 
messe cpù sera tenue. » 

M. Héron de Villefosse offre à l'Académie, au nom de M. Eugène Le- 
fèvre-Pontalis, ancien élève de l'École des chartes, la première partie 
d'un ouvrage intitulé : L'architecture religieuse dans l'ancien diocèse de 
Baissons au u e et au xn' siècle (Paris, 1896, in-fol., 17 planches). 

ff L'auteur de cet ouvrage n'a pas voulu se borner à publier une simple 
étude d'archéologie locale; il s'est efforcé de donner à son texte assez 
d'ampleur pour résumer le résultat de ses recherches sur les églises ro- 
manes du bassin de l'Oise et de ses affluents : depuis près de dix ans 
c'est le but constant de ses travaux et de ses efforts. 

tr Après avoir réservé une place importante à l'étude des documents 
historiques et à la bibliographie critique qu'il possède à merveille, 
M. E. Lefèvre-Pontalis a jndiqué tous les caractères généraux de l'archi- 
tecture du xi e siècle dans la région. Ce chapitre suffit à faire comprendre 
l'état de l'école romane de l'Ile-de-France au moment où la découverte 
de la croisée d'ogives allait provoquer l'apparition du style gothique. On 
manquait jusqu'ici de renseignements précis sur l'art du xi e siècle dans 
le bassin de l'Oise, parce que les derniers débris de celte architecture 
se trouvent dans des paroisses rurales. Ces paroisses conservèrent leurs 
églises primitives à cause de la pénurie de leurs ressources. H est en- 
core possible d'étudier le système de construction en usage au xi e siècle 
dans le Soissonnais, où M. Lefèvre-Pontalis signale plus de trente églises 
qui appartiennent en grande partie à cette époque. Tous ces monuments 
ont été étudiés sur place par l'auteur; tout ce dont il a parlé, il l'a vu, 
il l'a mesuré et dessiné. Son travail est fait de première main et il \ a 
lieu d'en louer l'ordonnance et surtout les résultats. 

et M. E. Lefèvre-Pontalis a consacré deux longs chapitres à l'étude des 
origines de l'architecture gothique en traitant successivement de la voûte 
sur croisée d'ogives et de l'arc brisé. 11 revendique l'art gothique comme 
un art essentiellement français en montrant comment l'Ile-de-France fut le 
berceau de notre architecture nationale dès le premier quart du xn c siècle. 
C'est à Sentis qu'il fixe le centre géographique d'où l'influence du nou- 
veau style rayonna sur le Valois, le Beauvaisis, le Soissonnais. le Laon- 
hais{ la Champagne, la P>rie. le Parisis et le Vexin. Les causes qui firent 

XXII, 23 

i'.irxiurr.!i HAÏ I OSAI ■ 



— 318 — 

< ; clore ce mouvement architectural dans l'Ile-de-France peuvent s'expli- 
quer par l'abondance des carrières et par la faiblesse des traditions ro- 
manes qui laissaient le champ libre aux premières expériences faites par 
les architectes du xu e siècle pour voûter les églises. 

rrLa croisée d'ogives fut le seul principe générateur de l'art gothique 
tandis que l'application systématique de l'arc brisé ne fut que la consé- 
quence de cette découverte. Telle est la conclusion que M. E. Lefèvre-Pon- 
talis a voulu faire prévaloir en étudiant les plus anciennes voûtes d'ogives 
du Valois, comme celles de l'église de Morienval, près de Pierrefonds. 
11 a pu expliquer les progrès continuels de l'architecture gothique à 
l'aide d'ingénieuses comparaisons et en s'appuyant sur un petit monu- 
ment a date certaine, la chapelle de Bellefontaine, près de Vic-sur-Aisne , 
construite en ii25. 11 a donc établi tout ce que Suger devait à ses de- 
vanciers quand il jeta les fondations de l'église abbatiale de Saint-Denis 
en 1 107. 

trLa question de l'arc brisé a fourni à M. E. Lefèvre-Pontalis la ma- 
tière d'un chapitre dont il a donné lecture à l'Académie et que l'on peut 
résumer en ces termes. L'arc en tiers- point était connu en Orient plu- 
sieurs siècles avant d'apparaître en Occident, mais c'est par une raison 
de nécessité que cette forme d'arc fut adoptée dans les églises de l'Ile-de- 
France au commencement du xn e siècle, afin d'élever au même niveau 
la clef des croisées d'ogives et le sommet des arcs doubleaux. Les archi- 
tectes cherchèrent d'abord à résoudre ce problème au moyen des arcs 
en plein cintre surhaussé, puis ils appliquèrent successivement l'arc brisé 
aux doubleaux, aux formerets, aux arcades des nefs, aux portails, aux 
baies des clochers, aux arcades des tribunes, aux fenêtres, aux arcatures. 
Tel fut l'ordre d'apparition de l'arc brisé dans les différentes ouvertures 
des églises sous les règnes de Louis VI et de Louis VII. 

rM. E. Lefèvre-Pontalis a terminé la première partie de son ouvrage 
en consacrant deux chapitres aux caractères généraux de l'architecture 
religieuse du Soissonnais pendant le xn c siècle. Il nous fait assister ainsi 
à l'épanouissement de l'art gothique qui devait produire tant de chefs- 
d'œuvre d'élégance et de légèreté sous le règne de Philippe Auguste. Il 
annonce que la seconde partie paraîtra l'an prochain et qu'il complétera 
cette étude d'ensemble par la description de nombreuses églises et par 
une importante série de planches destinées à fournir aux archéologues 
des documents utiles et sûrs. 

rrDès à présent nous avons plaisir à faire ressortir la valeur et les côtés 
originaux de ce travail qui fera époque dans l'ordre des études auxquelles 



— 319 — 

il appartient. C'est un architecte, c'est un artiste qui parle, mais cet 
artiste est doublé d'un archéologue éprouvé qui n'a abdiqué aucun des 
droits de l'archéologie. Félicitons-le d'avoir appliqué jusqu'au bout l'ex- 
cellente méthode de l'Ecole des chartes et d'avoir, pour expliquer les ori- 
gines de notre architecture nationale, élargi les bases du raisonnement 
en tenant compte non seulement des procédés de construction mais aussi 
de la décoration architectonique, qui occupe à cette époque une place si 
importante. 

ff Dix-sept planches en héliogravure, jointes à cette première partie, re- 
produisent d'excellents dessins exécutés par M. L. Guellier, d'après des 
relevés et des photographies de M. E. Lefèvre-Pontalis. Il convient de si- 
gnaler dans cette première série les beaux dessins de l'église de Morienval 
qui faciliteront singulièrement l'étude du monument. » 

SÉANCE DU l3 JUILLET. 

Le Secrétaire perpétuel offre, au nom des auteurs, les publications 
suivantes : 

Dictionnaire français-arabe , par M. Joseph J. Habeiche, sous-chef du 
bureau de traduction de l'Administration des domaines de l'État égyp- 
tien, tome I (Le Caire, 1890, in-/i ); 

Pierre de Cessac, étude biographique par M. G. Gallier (Châteauroux, 
1890, in-8°; extrait de la Revue du Centre); 

L'empereur Héraclius, par M. Ludovic Drapeyron (Paris, 189^, 
in-8°; extrait de la Grande Encyclopédie). 

Est encore offert : 

Annuaire universel. — Revue illustrée de l'année i8g3 (Paris, i8q/i, 
in-4°). 

M. Delisle a la parole pour un hommage : 

*M. l'abbé Dlchesne m'a chargé de déposer sur le bureau, en son 
nom et au nom de notre associé étranger M. de Rossi, l'édition qu'ils ont 
préparée du Martyrologium Hieronymianum (Bruxelles, [1896], in-fol.) 
et qui fera partie du prochain volume des Acta Sanctorum des Bollan- 
distes. 

ffLa note que M. Duchesne m'a adressée pour être communiquée à 
l'Académie indique simplement la nature du texte sur lequel ont travaillé 
nos confrères. Elle laisse suffisamment entrevoir la difficulté du travail 
qu'ils ont accompli et l'importance des résultats auxquelsils sont arrivés. 

•3 2 . 



rrLe martyrologe «lit de saint Jérôme est, dans sa première" forme, an- 
térieUr à cet auteur. 11 ci été constitué d'abord à Nicomédie, vers le mi- 
lieu du rv e siècle, à l'aide des écrits d'Eusèbe, (le calendriers d'églises 
et de traditions encore fraîches sur les persécutions. Dans la première 
moitié du v" siècle , ce premier texle, écrit en grec, fut traduit en latin par 
un clerc de la haute Italie et combiné avec des documents occidentaux de 
même nature, notamment un calendrier romain el une série de listes mar- 
tyrologiques provenant d'Afrique. C'est alors que, pour le mieux recom- 
mander, on l'attribua à saint Jérôme, lequel, du reste, n'aurait l'ait ici 
qu'on travail de traducteur et d'ahréviateur, car l'œuvre primitive est 
censée remonter à Eusèbe. 

f-Vers la fin du vi e siècle, ce texte italien parvint à Auxerre, où il fut 
complété par l'accession d'un grand nombre de saints des Gaules, mar- 
tyrs ou autres. C'est de cette recension d'Auxcrre que dérivent tous les 
manuscrits existants. Ceux-ci ne sont pas moins intéressants par leurs 
variantes, où l'on peut suivre les progrès de l'hagiographie dans ces 
contrées depuis le temps de Grégoire de Tours, que par les renseigne- 
ments qu'ils donnent sur le texte primitif. 

c Restituer ce texte primitif n'est pas encore possible, vu l'extrême 
corruption qu'il a subie et dont témoignent les manuscrits. On a pu, du 
moins, distinguer ceux-ci en familles, publier intégralement les plus an- 
ciens et noter les variantes des autres. Il est résulté de là une édition en 
trois colonnes, précédée d'une longue introduction où se trouvent expo- 
sées l'histoire du texte et la manière de l'étudier. 

trCe document pseudo-hiéronymien présente un double intérêt; d'abord 
un intérêt universel, puis un intérêt spécialement français. La plupart des 
souvenirs martyrologiques importants des contrées autrefois comprises 
dans l'empire romain y ont laissé des traces anciennes et authentiques. 
D'autre part, dans sa recension auxerroise, il nous offre d'importants 
renseignements sur les faits de notre pays. C'est le livre fondamental 
de l'hagiographie dans son ensemble et de l'hagiographie gallicane en 
particulier . i 

SÉAPsCE DU 20 JUILLET. 

Esl offerte l'Académie : 

Annàh ofthe American Academy ofpolitical and social Science, vol. V, 
n° 1 , juillet i 8o/i. Avec un supplément contenant : The Tkeory ofSociology. 
by Franklin H. Giddings (Philadelphie, 1894, 2 vol. in-8"). 



— 321 — 

M. Maspero présente, de la part de l'auteur, M. Edouard Naville, c n'- 
respondant de l'Institut, un volume intitulé: Aimas cl Medineh (flera- 
cleopolis magna), Londres, 180,4, in-d". 

ffLe nouvel ouvrage de M. Naville expose le résultat des fouilles exé- 
cutées en 1891-189-2 sur le site d'une des anciennes capitales de l'Egypte, 
Héracléopolis la Grande. On espérait y retrouver des restes considérables 
des ix°, x e et xn e dynasties dont elle fut la résidence, mais les travaux ont 
fait connaître surtout des monuments de Ramsès II. Le vieux temple, 
détruit ou du moins fort endommagé vers le temps de l'invasion des Pas- 
teurs, avait été rebâti par ce Pharaon. M. Naville a mis au jour les restes 
d'un portique élevé et décoré par lui de colonnes élégantes. Des re- 
cherches dans la nécropole ont abouti à la découverte de tombeaux d'époque 
romaine. 

«La seconde partie du volume renferme une reproduction intégrale de 
la tombe de Pihiri à El-Kab. Les planches ont été dessinées par M. Tylor 
et sont fort convenables; M. Griffith y a joint un (exle détaillé et des tra- 
ductions qui font bien valoir l'importance du monument.» 

M. Deloche offre à l'Académie, de la part de l'auteur, M. Ludovic Dra- 
peyron, directeur de la Revue de géographie , une brochure intitulée : 
Jean Fayen et la première carie du Limousin, i5f)4 (Paris et Limoges, 
1 8y/i , in-8°). M. Drapeyron avait publié, en 1 889 , une élude ayant pour 
titre : L'image de la France sous les derniers Valois et les premiers Hourhom ; 
c'était une très intéressante histoire des premiers ess:iis de cartographie 
de notre pays. Cette fois, le savant écrivain a voulu faire connaîlre la 
première figuration de sa province, le Limousin, et la carrière de sou 
auteur, le docteur Jean Fayen ou Fayan. Celui-ci, après avoir collaboré', 
en 1 5g3 , au premier atlas national, s'occup:i de la composition de la carte 
du Limousin; cette carte fut éditée, en i5ç)^ , chez Bouguereau à Tours, 
et parut avec un plan très curieux de la ville de Limoges et une pompeuse 
dédicace à Annet de Lévy, duc de Ventadour. 

trM. Drapeyron reste dans le doute sur les sources auxquelles Fayen 
puisa les éléments de sa carte; il suppose une vaste enquête, ou bien 
l'emprunt de renseignements au Bureau des finances de Limoges. Je ne 
crois pas à une enquête quelconque : peut-être Fayen eut-il recours au 
Bureau des finances; mais il me paraît plus vraisemblable qu'il se servit 
principalement d'un pouillé du diocèse, et cela est rendu probable par 
le titre même de la carte : «Totius Lemocici et confinium proviuciarum 
«quantum ad dioccesin Lcmoticensem spectant . . . descriptio.» Quel que soit 



— 322 — 

d'ailleurs le procédé ou les sources utilisées, le résultat est très impar- 
fait. L'auteur, en effet, a porté sur sa carte des noms de lieux appartenant 
au diocèse et des noms qui y sont étrangers, sans marquer aucune limite 
qui les sépare; il y a, dans la région ouest et sud-ouest, un« ligne de poin- 
tillé qui, partant de la rive gauche de la Vienne à Bellac, va s'abaissant 
vers le sud, où elle s'arrête sans que rien indique sa signification et la 
raison de son point de départ et de son point d'arrêt : en tout cas, cette 
limitation partielle de la province est absolument fautive, soit qu'on y 
voie celle du diocèse ou celle de la province. Au nord-est une portion 
considérable du diocèse, en dépit du titre, manque absolument. H est 
presque inutile d'ajouter que les positions respectives des localités sont 
inexactes ainsi que les tracés des quelques cours d'eau marqués sur la 
carte. Enfin beaucoup de noms sont altérés et même défigurés; et non 
pas, comme l'a pensé M. Drapeyron,, sous l'influence de la prononciation 
vulgaire en patois limousin, mais le plus souvent par ignorance, ou par 
suite de la mauvaise rédaction ou de mauvaises copies des documents 
.employés. 

ff La carte de Fayen n'est donc , en réalité , qu'une ébauche assez mé- 
diocre. Il faut descendre jusqu'au xvm e siècle et aux géographes Nolin, 
Delisle , Robert de Vaugondy, Denis , Jaillot et Dezauche , pour trouver 
des cartes plus sérieuses des diocèses de Limoges et de Tulle et de la 
province du Limousin. 

"M. Drapeyron a pris la peine de relever les 660 vocables inscrits sur la 
carte de Fayen et d'en dresser une table alphabétique, avec la désignation 
des positions actuelles; c'est un travail de patience très méritoire, mais il 
présente le même inconvénient que la carte elle-même : celui de ne point 
distinguer les lieux dépendant de l'ancien diocèse de Limoges de ceux 
qui y étaient étrangers; il risque ainsi de tromper le lecteur qui croirait 
y trouver une nomenclature purement limousine. 

«■Notre auteur a remarqué que la carte porte les noms de 187 loca- 
lités qui sont aujourd'hui de simples hameaux, et que, par contre, beau- 
coup de chefs-lieux actuels de commune en sont absents : il attribue ce 
double fait a rrdes modifications considérables qui seraient survenues dans 
«•la répartition de la population, n Je crois que M. Drapeyron a donné aux 
omissions de Fayen une signification qu'elles n'ont pas : elles ont, à mes 
yeux, pour cause principale, le défaut d'informations ou la négligence de 
l'auteur et de ses auxiliaires. Sans doute, il y a eu quelques' changements 
dans l'importance relative de certains centres d'habitations; mais ils se 
réduisent à un assez petit nombre : la comparaison des dénombrements 



— 323 — 

faits depuis le xiv e siècle jusqu'à la fin du xvm\ avec les listes modernes, 
montre que généralement les chefs-lieux d'archiprêtrés et de paroisses, 
les lieux en possession d'abbayes, de prieurés ou même de simples cha- 
pelles, ont conservé de l'importance et sont presque tous aujourd'hui 
chefs-lieux d'arrondissement , de canton ou de commune. 

rrSous le bénéfice de ces observations, j'estime qu'on doit savoir beau- 
coup de gré à M. Drapeyron des études qu'il poursuit avec autant de talent 
que de persévérance sur nos plus anciens géographes , sur leurs travaux 
et les progrès qu'ils ont réalisés. J'ajoute que , car la forme de ses produc- 
tions, par la publicité qu'elles empruntent h la Revue de géographie et au 
Bulletin de la Société de topographie de la France, que M. Drapeyron dirige 
avec tant de distinction, le savant écrivain réussit à vulgariser un ordre 
de connaissances longtemps réservé à un petit nombre d'esprits, et rend 
à la science des services qu'il est juste de signaler à l'attention de l'Aca- 
démie. 7> 

M. Paul Viollet a la parole pour un hommage : 

frM. A.-H. Blumenstok, privat-docent à l'Université de Gracovie, m'a 
chargé d'offrir à la bibliothèque de l'Institut le premier volume d'un 
ouvrage qu'il vient de publier sous ce titre : Entstelmng des dcutschen 
Immobiliareigenthums. I, Grundlagen (Innsbruck, t8o4, in-8°). 

ff C'est, à ma connaissance, l'étude la plus complète que nous possé- 
dions sur les origines de la propriété immobilière dans le monde germa- 
nique. Je dis les origines, car ce premier volume est entièrement consacré 
aux temps les plus anciens : il ne dépasse pas l'année 819. Tous les textes 
saliens y sont fouillés avec un soin extrême et une critique déliée et fine : 
les solides raisonnements de l'auteur emportent le plus souvent la convic- 
tion. Telles erreurs d'interprétation déjà anciennes sont réfutées; telles 
tentatives nouvelles, qui ont obtenu un crédit très immérité, sont défini- 
tivement rejelées. On lira avec un intérêt tout particulier les pages con- 
sacrées à l'interprétation du titre de la loi salique, De chrenecruda, du 
fameux titre 45, De migrantibus, et du capitulaire additionnel de l'an- 
née 819. Nous souhaitons que l'auteur achève promplement un ouvrage 
aussi utile et aussi important. » 

SÉANCE DU 27 JUILLET. 

Le Seckét.uue perpétuel dépose sur le bureau le 3 e fascicule des 
Comptes rendus des séances de l'Académie pour l'année 1896 , bulletin de 
mai-juin (Paris, 189/i, in-8°). 



— tu — 

Sont encore offerts : 

Description générale des monnaies mérovingiennes par ordre alphabétique 
des ateliers, publiée d'après les notes manuscrites de M. le vicomte de 
Ponton d'Amécourt, par M. A. de Belfort. Tome IV, Monnaies indéter- 
minées. Supplément (Paris, 1894, gr. in-8°); 

Notes sur Laval, son comté, ses Jiefs et leurs titulaires, la ville et la jus- 
tice en îfjSi, par M. Le Blanc de la Vignolle, annotées par M. Bertrand 
de Broussillon (Paris, 1896, in-8°); 

Atti délia 11. Accademiaflei Lincei , Bendiconto dell' adunanza solenne 
del 3 giugno 189/i (Borne, 1896, in-4°); 

Sull' origine e fondazione di Tlomn, dissertazione dell' avv. Gio-Batt. 
Lugari. Parle III ed ultima (Borne, 1892, in-&°); 

S. Boni/a zio e S. Alcssio sull' Avcntino, dissertazione, par le même 
(Borne, 189/1, in-4°); 

S Siro, primo vescovo di Pavia, par le même (Borne, 189/1, in-8°); 

Disserlatio ad legem unicam Codicis de Thesauris, lib. X., Ut. XV, par 
le même (Borne, 189/i, in-8°); 

Stalistics of public Libraries in the United States and Canada, by Weston 
Flint , Statistician of tbe Bureau of Education (Washington , 1 893 , in-8°). 

M. Mïintz a la parole pour un hommage : 

n-J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de M. de la Tour, 
6ous-hibliothécaire au Cabinet des médailles, un mémoire sur Matteo del 
Nassaro, le peintre et médailleur attitré de François I er (Paris, 1893, 
in-8°; extrait de la Revue numismatique). 

«Dans ce travail, M. de la Tour résume ou discute, avec autant d'éru- 
dition que de sagacité, les témoignages relatifs au célèbre artiste véronais. 
Il admet que Matleo travailla dès i5i5 pour François I" (en i5ai il 
était définitivement fixé dans notre pays). En iBûb il retourna à Vérone, 
mais l'année suivante, sur les instances de François I er sorti de captivité, 
il franchit de nouveau les monts. Il obtint alors le titre de rrpeintre gra- 
rrveur et va rie t de chambre du Roi», mais non pas, comme on l'a pré- 
tendu, celui de maître de la monnaie. Selon toute vraisemblance, il 
cumulait ces fonctions avec celles d'ingénieur-mécanicien. Nous savons 
en effet qu'il lit établir, sur un bateau de la Seine, un moulin contenant 
une machine destinée à polir les diamants, émeraudes, agates et autres 
pierres dures. Il collabora eu outre à la décoration picturale de la.grande 
galerie et de la chambre de la Reine à Fontainebleau; il composa des 
cartons de tapisseries, entre autres ceux de Y Histoire à' [ctéptt et del'//**- 



— 325 — 

toire d'Orphée. A partir de 1 539 on perd les traces de l'artiste italien, 
qui semble être mort en 10/17 ou en 1 0^18. 

"On ne connaissait aucun ouvrage dont la paternité' pût être attribuée 
à Malteo del Nassaro avec une certitude absolue, ni dessin, ni pierre 
gravée, ni médaille. (Test à combler cette lacune que M. de la Tour s'est 
appliqué. L'essai de catalogue qu'il nous donne forme la partie la plus 
importante de son travail. 

«D'après ses recherches, Malteo peut revendiquer les pièces suivantes : 
une petite médaille commémorative de la Bataille de Matignon, ainsi que 
l'inlaille de la Bibliothèque nationale représentant François 1 er de profil; 
un double ducalon de Milan; un essai de leston frappé à Paris; enfin une 
médaille, non datée, portant le buste de François 1 er . 

ffPar contre, M. de la Tour se refuse à reconnaître la main' de Matteo 
dans la médaille de la Bataille de Cérisoles et dans le camée à l'effigie de 
François I er conservé à la Bibliothèque nationale. Les arguments sur les- 
quels il s'appuie sont des plus probants. 

«Le travail de M. de la Tour forme une nouvelle contribution des plus 
intéressantes à l'histoire des médailleurs tant de la Renaissance italienne 
que de la Renaissance française.» 

SÉANCE DU 3 AOÛT. 

W Elias Houayeck, archevêque maronite d'Arca et vicaire patriar- 
cal, offre à l'Académie une Histoire des Maronites, par M sr Istifan Ud- 
Dwayhi L-lhdini, patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, publiée et 
annotée par M. Racliid Al-Kouri Al-Charlouni, professeur de belles- 
lellivs à l'Université Saint-Joseph (Beyrouth, 1890, in 8°). 

Le Président invite M sr Houayeck aux honneurs de la séance, et, en 
le remerciant de son hommage, il rappelle les antiques liens d'amitié 
qui unissent les Maronites à la France. 

M. le baron Halna du Fretay adresse à l'Académie trois brochures 
dont il est l'auteur, en annonçant sa candidature a une place de corres- 
pondant. Ces brochures sont intitulées : 

Les cimetières préhistoriques ; sépultures sous les roches brutes (Quim- 
per, i8(j4, in-8°; extrait du Bulletin delà Société archéologique du Fi- 
nistère, année 1 896) ; 

Temples romains dans le Finistère (Quimper, 1 8 9 ^1 , in-8"; extrait du 
même Bulletin); 



— 326 — 

Début de l'âge néolithique, 3 e partie (Quirnper, 1896 , in-8 c ; extrait 
du même Bulletin). 

Sont encore offerts : 

Géographie politique du sud-ouest de la Gaule pendant la domination ro- 
maine, par M. J.-F. Bladé, correspondant de l'Institut (Toulouse, 1893, 
in-8°; extrait des Annales du Midi, t. V, année 1898); 

Augnax, notice historique sur la commune d'Augnax (Gers), par le 
docteur Edouard Du pou y (Paris, 189/1,^-8°); 

A kannada-english Dictionary, par le R. F. Kiltel (Mangalore, 189/1, 
in-/. ); 

Vedische Beitrâge, von Albr. Weber (Berlin, 189 4, in-8°; extrait des 
Sitzungsb'erichtc der kôniglich. preussischen Alcadcmie der Wissenschaften 
zu Berlin, t. XXX\ ); 

Bemerkungen zur Geschichte Altabessiniens und zu einer sabaischen Ver- 
tragsin.schrifl , von D r Eduard Glaser (Saaz, 189/1, m_ 8°). 

M. Sagijo présente à l'Académie le 19' fascicule du Dictionnaire 
des antiquités grecques et romaines publié sous sa direction (Paris, 189/1, 
in- II"). Il y signale quelques articles importants de ses collaborateurs: 
Flamen, par M. Camille Jullian; Fœnus, par M. Caillemer; Fœdus, que 
se sont partagé M. Lécrivain pour la Grèce, et M. Humbert pour les Ho- 
mains; l'article Forum, de M. l'abbé Thédenat, qu'il signale particuliè- 
rement à l'attention de ses confrères comme le résumé le plus complet h 
l'heure actuelle des travaux faits tant sur le Forum romain que sur les 
forums provinciaux; du même auteur, l'article Forma , où le mot est ex- 
pliqué dans ses diverses acceptions de moule à l'usage des fondeurs, 
des potiers, des pâtissiers, de forme de cordonnier, de plan ou carte, etc.; 
un article sur la construction des voûtes, Forui.v; d'autres encore de 
MM. Ilild, Michon, Salomon Beinach, delà Blanchère, etc. 



SEANCK DU 10 AOUT. 

La Société royale de Naples adresse à l'Académie deux de ses publi- 
cations intitulées : 

Alli délia realc Accademia di urcheo/ogia , letteré c belle arti , vol. \\ I . 
1891-1893 (Napoli, 189/i, in-4°); 

BpihIîcohIo délie tomate e dei lavori dell' Accademia. nuo-\a seiip. 






— 327 — 

anno Vil, gennaio a dicembre i8g3; anno VIII , gennaio e febbraio 
189/i (Napoli, 1893 et 1894, 2 vol. in-8°). 

Sont encore offerts : 

Paul Scarron et Françoise d'Aubigné, d'après des documents nouveaux, 
par M. A. de Boislisle, membre de l'Institut (Paris, 189/i, m-8°); 

Bibliothèque nationale. Nouvelles acquisitions du département des ma- 
nuscrits pendant les années i8g2~i8g3 , inventaire sommaire, par M. Henri 
Omont (Paris, 1894, in-8"; extrait de la Bibliothèque de l'Ecole des 
chartes ) ; 

Inventaire des manuscrits grecs et latins donnés à Saint-Marc de Venise 
par le cardinal Bessariou en 1 hû8 ; publié par M. H. Omont (Paris , 1 8g4 , 
in-8°; extrait de la Revue des bibliothèques) ; 

Annales du Musée Guimct, t. IV; 

Recherches sur le bouddhisme, par M. J.-P. Minayeff, traduit du russe 
par M. R.-H. Assier de Pompignan (Paris, 189/1, in-8°); 

La Guadeloupe. Benseignements sur l'histoire , la flore, la faune, la 
géologie, la minéralogie, etc., par M. Jules Ballet, t. I, 1625-1715 
(Basse-Terre, 189/1, in-8°). 

M. de Barthélémy offre à l'Académie les Actes de la Société philolo- 
gique (organe de l'œuvre de Saint-Jérôme), t. XXlll (Paris, 189/i, 
in-8°). 

«•Il y a quelques mois, je faisais hommage a l'Académie du tome XXII 
de ce recueil et j'attirais son attention sur le but que s'était imposé 
l'œuvre de Saint-Jérôme en vulgarisant les ouvrages destinés aux mis- 
sions étrangères. 

rfLe tome XXIII est tout entier consacré à la publication des recher- 
ches faites par le comte de Gharencey sur les contes et les légendes qui 
se retrouvent chez les peuples de l'ancien et du nouveau monde. L'ana- 
logie, constatée dans cette littérature, sur des points très éloignés résulte, 
suivant l'auteur, de la transmission. 11 ne pense pas que certains senti- 
ments identiques qui prennent naissance dans l'esprit humain aient pu 
former, sans influence extérieure, les mômes contes chez des popula- 
tions complètement étrangères les unes aux autres. 

rr Appliquant ces réflexions au Folk-lore de l'Amérique, M. de Cha- 
rencey établit d'une manière assez probable qu'il a dû être apporté de 
la côte orientale du Pacifique, à une époque très reculée, qu'il n'est pas 
permis, avec nos connaissances actuelles, de fixer même approximative- 
ment. Le Folk-lore viendrait ainsi en aide à l'ethnologie. 



— 328 — 

ffUne observation que je soumets à M. de Charencey, c'est qu'il me 
semble n'avoir pas assez insisté sur la valeur des nombreuses publica- 
tions où il a puisé les éléments de son étude. En pareille matière, on ne 
saurait trop rassurer le lecteur sur l'authenticité des contes et des légen- 
des et soumettre à une sévère critique ceux qui courent le monde depuis 
nombre de siècles et ceux qui sont des œuvres d'imagination modernes. 
Pendant un long séjour en Bretagne, par exemple, j'ai pu constater le 
talent avec lequel certaines personnes mettent en circulation des légendes 
de leur invention. J'avoue même qu'il m'est arrivé de le constater un peu 
tard, alors que, convaincu de leur authenticité, je m'en étais servi 
comme de documents sérieux. » 

SÉANCE DU 17 AOLT. 

(Il n'y a pas eu de présentation d'ouvrages dans cette séance.) 

SÉANCE DU %k AOÛT. 

La Société royale des sciences de Bohême adresse à l'Académie les pu- 
blications suivantes : 

Silzungsberichte der konigl. bôhmischen Gesellschaft der !l issensekaften , 
Classe fur Philosophie, Geschichle und Philologie, 1892 und 1898 
(Prague, 1893 et 189/1, 2 vol. in-8°); 

Jahrcsbcrichl der konigl. bôhm. Gesellschaft der Wissenschaftcn fur das 
Jahr 1892 und i8g3 (Prague, 1893 et 189/i, 2 vol. in-S"); 

Anliquae Bocmiac usque ad exiium sacculi ru topographia htslorica, 
auxilianle reg. Socictate scientiarum bobemica edidil Hermenegildus 
Jirecek (Vienne et Prague, 1890, in-8°j. 

SÉANCE DU 3l AOÛT. 

Sont offerts : 

Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de llézicr; 
(Hérault), 2 e série, t. XVI, -2° livr. (Béziers, 1894, in-8°); 

Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1893, cxi.iv' année, .V série, 
t. XI (Nancy, 189 A, in-8°); 

Bulletin do la Commission archéologique de Narbounr, année 189/i, 
2 e semestre (Narbonne, 1896, in-8°); 

Discurso dcl J) Ezequiel-Maria Gonzalez, leiilo en el Aleneo de Caracas 
on la sesinu splemne v publies «loi au de julio de 189/1 (Caracas, 189/i , 
in-8°); 



— 3:>9 — 

Les dates préhistoriques, par le marquis de Nadaillac (Paris, i8g3, 
in-8°; extrait du Correspondant). 

Ont encore été oiFerts : 

Annales du commerce extérieur, année 189/1, 6 e , 7 e et 8 e fascicules 
(Paris, 189 A, in-8°); 

Archivio délia R. Società Romana di Storia patria, vol. XVII, fasc. 1-11 
(Ke-ma, 189/1, i»- 8 "); 

Archivo do districto fédéral. Revista de documentas para a historia da 
cidade do Rio de Janeiro. Prefecto : D l Henrique Valladres; Redactor : 
M. Mello Morales Filho; n° 7, juillet 189/i (Rio de Janeiro, 189/i, 
in-8°); 

Hiblioteca nationale centrale di Firenze. Rollettino délie pubblicazioni ita- 
liane ricevutc per diritto di stampa, 189/i, n° 20/i (Firenze, 189/1, m_ 8°); 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie, compte 
rendu des séances de Tannée 189/i, avril-juillet 189/i (Cracovie, 189/1, 
in-8°); 

Aîti délia R. Accademia dei Lincei ; anno ccxci, 189/i , vol. H, parte 2 , 
janvier-mars (Rome, 189&, in-8°); . 

Rullettino di archeologia cristiana del comm. G. -R. de Rossi. Série 
quinta, anno quarto, n° 3 (Roma, 189/1, in-8°); 

Ecole française de Rotne. Mélanges d' archéologie et d'histoire , 1/1" année, 
fasc. 1— 11 , mai 189/i (Paris et Rome, 189/1, in-8°); 

Epigraphia Indica, edited by E. Hultzsch, vol. III, part ni, may 189/i 
(Calcutta, 189/i, in-/i°); 

Histoire de l'art pendant la Renaissance , par M. Eugène Mïintz, membre 
de l'Institut, livr. io5-n4 (Paris, 189/1,^1-8°); 

Instructor (El), periodico cientifico y literario. Editor y director 
D r Jésus Diaz de Léon. 11 e année, n 03 1 et 2 (Aguas-Calientes, 189/1, 
in-8°); 

Journal asiatique, n° 3, mai-juin 1893 (Paris, 189/», in-8°); 

Korrespondenzblatt der westdeutschen Zeitschrifl fur Geschichte und Kunst , 
i3 e année, q" 4-6 (Trêves, 189/1, in-8°); 

Oriente (L'), rivista trimestrale, pubblicata a cura dei professori del 
R. Istituto orientale in Mapoli, n° 3, 1" juillet 189/i (Rome, 189/1,111-8°); 

Procecdings qf the Society of biblical Archaeology , vol. XVI, part 3 
(Londres, 189/4,^-8°); 

Publications de la Société archéologique de Montpellier, 2 e série, n° 1 
(Montpellier, 189/i, in-8°); 



— 330 — 

Rendiconti délia Heale Accademia dei Lincei. Classe di scienze momli, 
storiche e filologiche , vol. NI, fasc. 5 et 6 (Rome, 1896, in-8°); 

Bévue archéologique , publiée sous la direction de MM. Alex. Bertrand 
et G. Perrot, membres de l'Institut, 3' série, t. XXIV, mai-juin 189/i 
(Paris, 1894, in-8°); 

Revue de l'histoire des religions, publiée sous la direction de M. Jean 
Réville, t. XXIX, n" 2 et 3, mars-juin 189/i (Paris, 189/i, in-8°); 

Revue épigraphique du midi de la France, n° y/j, avril -juin 189 k 
(Vienne [Isère], 189/i, in-8°); 

Revue de philologie , de littérature et d'histoire anciennes; nouvelle série, 
continuée sous la direction de MM. Em. Châtelain, L. Duvau et B. Haus- 
soullier, 3 e livr. , juillet 189/i (Paris, 189/1, in-8°); 

Revue de la science nouvelle , n os 81 et 8a, juillet-août 189/i (Paris, 
189/1, in-8°); 

Société des antiquaires de l'Ouest. Bulletin du t" trimestre 189/i (Poi- 
tiers, 189/i, in-8°); 

Studien und Mittheilungen ans dem Benedictiner- und déni Cistercienser- 
Orden, i5 e année, fasc. 11, 189A (Brùnn, 189/1, in-8°); 

Westdeutsche Zeitschrift fur Geschichte und Kunst, i3 année, fasc. 11 
(Trêves, 189/i, in-8°). 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 1894. 

COMPTES RENDUS DES SÉANCES. 
SEPTEMBRE-OCTOBRE. 



PRESIDENCE DE M. P. MEYER. 



SEANCE DU n SEPTEMBRE. 



M. Muntz continue la lecture de son travail sur l'illustration 
de l'Ancien Testament dans les œuvres d'art appartenant aux 
premiers temps de l'Eglise. Le v e siècle peut être appelé l'âge 
d'or de la peinture biblique. Grâce aux nombreux poèmes qui 
lurent consacrés vers cette époque à la Genèse, une foule d'épi- 
sodes , auparavant inconnus aux Romains, devinrent populaires 
aussi bien en Italie qu'en Gaule. 

Plusieurs cycles importants font connaître l'attitude prise par 
les artistes vis-à-vis des souvenirs du peuple d'Israël : telles sont, 
entre autres, les mosaïques de la basilique de Sainte- Marie - 
Majeure, à Rome, exécutées entre les années 432 et klio. 

M. Mùntz constate que ces compositions sont absolument indé- 
pendantes, contrairement à l'opinion reçue, du célèbre poème 
de Prudence, le Dittochaeon. Leurs auteurs ont puisé directement 
dans la Bible : de là vient qu'ils ont mal pris leurs mesures et 
que quarante compartiments leur ont à peine sufli pour retracer 
l'histoire des Hébreux depuis Abraham jusqu'à Josué, alors que 
Prudence avait résumé en vingt- quatre inscriptions métriques 

Mil. a3 



— 332 — 

tout l'Ancien Testament, depuis le péché originel jusqu'à la cap- 
tivité de Babylone. En outre, un certain nombre d'événements 
représentés par les artistes du v c siècle manquaient de portée et 
n'ont pas tardé à être bannis du domaine de l'art : tels sont 
Hémor et Sichem demandant en mariage la fille de Jacob, Jacob 
adressant des reproches à Lévi et à Siméon. 

Dès le v e siècle également, les enlumineurs se sont emparés 
des récits de l'Ancien Testament. Quoique les manuscrits à mi- 
niatures s'adressent à une élite et non à la communauté des 
fidèles, comme les peintures murales, on peut citer des cas où 
ces productions, en quelque sorte microscopiques, ont servi de 
base à des fresques ou à des mosaïques monumentales; il est dé- 
montré depuis peu que plusieurs des miniatures de la célèbre 
Bible de Cotton (v° ou vi e siècle) ont été textuellement copiées 
dans les mosaïques de la basilique de Saint-Marc, de Venise 
(xm e siècle). 

Une publication récente, dont M. Mùntz communique des 
spécimens à l'Académie, permet d'étudier aujourd'hui, dans ses 
moindres délails, le plus ancien probablement des manuscrits 
illustrés de la Bible : la Genèse grecque de la Bibliothèque impé- 
riale de Vienne. Ces miniatures, dont le style offre de nom- 
breuses analogies avec les peintures des Catacombes, sont tour 
à tour conventionnelles et réalistes; l'auteur n'a même pas reculé 
devant la crudité de certaines représentations. Il fait, d'ailleurs, 
preuve de la même indépendance que tes mosaïstes de Sainte- 
Marie-Majeure, sacrifiant des scènes importantes et mettant en 
lumière des épisodes qui, depuis, n'ont plus guère trouvé d'inter- 
prètes. Aussi bien s'agissait-ii de souvenirs historiques et non pas 
d'articles de foi. C'est ce qui explique la liberté accordée à un 
ordre de compositions qui a tenu une si large place dans l'art 
religieux, depuis l'antiquité chrétienne jusqu'à nos jours. 






333 — 



SÉANCE DU l/l SEPTEMBRE. 

M. Edmond Le Blant donne lecture d'une note sur une accep- 
tion du mot trprincipium». 

te Dans son grand recueil e'pigraphique,Fabretti enregistre sans 
commentaire cette inscription tire'e, dit-il, de la catacombe de 
Calliste : 

AVRELIA COSTANIA (sic) QVE VIXIT 
ANNOS XXXIV ET MENSES III DORMIT 
~<§^~ IN PACE -^gsfi- 
$ ET PRINCIPIO (,) . 

«A ma connaissance, ce petit texte n'a été reproduit par aucun 
; utre auteur et je ne sais s'il existe encore. Quoi qu'il en soit, 
la mention qui le termine me paraît devoir être remarquée. C'est, 
me semble-t-il, l'équivalent d'une formule que nous trouvons 
sur d'autres marbres : 

MANET IN PACE ET IN CHEUSTO <*> 

IN PACE ET IN % <»> 
MANET IN PACE ET IN CRITO(«Vr)<*>. 

ce Comment, si ma supposition ne semble pas trop hasardée, 
les mots IN PACE ET PRINCIPIO peuvent- ils représenter la 
formule IN PACE ET IN CHRISTO; en d'autres termes, 
comment in principio peut-il être tenu pour l'équivalent de in 
Christo? C'est ce qu'un coup d'oeil jeté sur l'Évangile et les ex- 

M P. 553, n° ht. 

W Ibid.,ï>. 579, n° 72. 

M Boldetti, p. 018. 

'*' Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, 1 8<S8, p. 1&1; voit* encore 
Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n° 879 : IN CHRISTO ET IN PACE: 
BoluVtli, p. 5a : IN PACEM IN %, etc. 

•j3. 



— 334 — 

plications qu'en donnent les docteurs de l'Eglise permettent de 
rechercher. 

« On lit, dans saint Jean, que les Juifs, s'adressanl au Seigneur, 
lui dirent : «Tu quis es?» Je'sus leur répondit : fr Principiura qui 
et loquor vobis' 1 '.» Telle est la traduction donne'e par saint 
Je'rôme des mots : 2ù lis si; Trjv âp%yv 6 ti xoà laXû vyiïv. Nul 
des passages de l'Évangile n'a paru plus obscur. La forme nomi- 
native attribuée par la Vulgate au mot 'principium s'accorde mal 
avec l'accusatif Trjv àpyrjv ' 2 ', et, parmi les anciens, les uns ont 
voulu voir dans le grec 6 ri, qu'ils ont rendu par qui ou quod, 
d'autres ort, c'est-à-dire quia. 

s Je n'ai point à chercber la solution de ces problèmes philo- 
logiques. Ce qu'il m'importe de noter ici, c'est que, selon le sen- 
timent des Pères, le Christ a répondu : et Je suis le principium. w 
Ainsi pensent saint Augustin' 3 ', saint Ambroise'' 1 ', saint Gré- 
goire le Grande, Fulgence' 6 '. Le Seigneur n'avait-il pas dit de 
lui-même : trEgo sum alpha et oméga, principium et finis»' 7 )? 

«Pour les fidèles, le Verbe éternel, qui est le Christ' 8 ', avait 
existé avant le temps. Il avait créé le monde' 9 ', puni par lo de'- 
luge l'humanité' coupable' 10 '. A xMoïse, il avait donné la loi' 11 ', 
parlé dans le buisson ardent' 1 -'; il avait annoncé aux prophètes 
sa venue' 13 '; apparu à Abraham sous le chêne de Mambré' 14 ', 

W VIII, 3 5. 

(2) Voir sur ce point, sans compter ce qu'en ont dit les modernes, une dis- 
cussion de saint Augustin (Tract. XXXVIII in Johannem, c. il). 

(1) De Genesi ad iitteram, I. I, c. 5; Confis»,, 1. XI, c. 8 et y; Tractât. 
XXXVIII in Joh., en. 

(4) Hexaem., \. I, c. a et 4; De jide, III, 7. 

' 5 ' Homil. in Ezechiel., \. II; Hotnil. Il, S 10. 

W Ad Trasimundum , I. II, c. 5. 

« Apocal., I, 8; XXI, 6; XXII, i3, cf. /. Colons., i5. 

( 8 > S. Justin. Apolog., I, c. 5.; s. Iren., III, 16, ele 

« S. Iren., IV, 90. 

0°) S. Hilar. Tractât. inPsalm. LXIII, S 10. 
W Ibid.; s. Iren., IV, 20. 

< u) S. Justin. Apolog., I, S 63; s. Iren., IV, 20 ; Terlull. Adv. Jndœos, S 9. 
( ,:, > S. Hilar., loc. cil. 
' l4) Euseb. Hist. eccl., I, 2; s. Aiigusl. (Jiv. ùei, XVI, 20. 






— 335 — 

introduit le peuple juif dans la terre promise! 1 ), assisté les trois 
jeunes Hébreux dans la fournaise ardente ( ' 2 ). 

ffLes artistes chrétiens propageaient cette doctrine. Peintres et 
sculpteurs représentaient le Christ dans des faits antérieurs à sa 
naissance humaine : sous la forme du Verbe , quand fut créée la 
femme ( 3 ); dans son type habituel avec Adam et Eve' 1 ', près des 
jeunes Hébreux livrés aux flammes ( 5 ), avec Daniel empoisonnant 
le dragon des Babyloniens (°l 

* Ainsi s'affirmait, par les écrits comme par les œuvres d'art, 
la croyance à l'éternité de celui que nos pères nommaient en 
même temps le Christ et le Principium, ainsi que le montrent 
ces deux passages de saint Augustin et de saint Ambroise : «-Te- 
nebam jam Patrem in Dei nomine et Filium in principii no- 
mine» < 7 >; «In hoc principio, id est in Christo, fecit Deus caelum 
et terrains ( 8 >. 

«A côté de ces textes me semble devoir être classée l'épitaphe 
transcrite au début de celte note, et dans laquelle les mots in 
principio figurent, si je ne m'abuse, comme un équivalent de la 
formule in Christo placée de même sur d'autres marbres, u 

M. Henri Weil l'ait connaître à l'Académie que les fouilles de 
notre École d'Athènes ont mis au jour un fragment considérable 

(1) S. Aiigust. Contra Faustum manicli., 1. XII, c. El, 3a, etc. 

(â) S. Hieron. Comment, in Daniel., c. 3; Prudent. Apotheos., v. i3o-i3q; 
cf. Daniel., III, 92. 

t:,) De Rossi, Biillett. di archeol. crist., 1 865, p. 69. 

< 4 > lbid. 

(5) Garrucci, Vepfi omati di figure in oro , a édil., pi. I , n° 1 . 

fo lbid., pi. III, n° i3. 

' 7 ' Confess., XIII, 5. 

(8 > Hexaem., I. I, c. h , S 10. Le texte de eainl Grégoire le Grand, auquel 
j'ai déjà renvoyé plus haut (p. 33/4 , note 5), montre également que le mot pnnci- 
jtium désigne le Christ : trLia intcrprelatur laboriosa; Rachel vero ovis vel 
visum principium. Activa auletn vila laboriosa est quia desudal in opère; r.on- 
templaliva vero simplex ad solum videndum principium anhelat, videlicel ipsum 
qui ait : « Ego principium quod et loquor vobisi (Joli., VIII, 2. r )).i II est bien 
entendu que je ne garantis pas l'exactitude de la seconde interprétation du nom 
de Rachel. 



— 336 — 

d'un nouvel hymne à Apollon, accompagné, comme le précédent, 
d'une nota lion musicale. H se compose de vingt-huit lignes, dont 
le commencement est assez bien conservé, mais qui sont toutes 
mutilées à la fin. M. Henri Weil, auquel M. Homolle avait envoyé 
une photographie, est arrivé à combler presque toutes les lacunes 
avec évidence ou, tout au moins, avec grande probabilité. Il a 
donné lecture d'une traduction française, qui ne pouvait rendre 
l'éclat du lyrisme grec, mais donnait une idée suffisante de l'ori- 
ginal. Tout le monde s'accordait à reconnaître à cet hymne une 
haute valeur poétique. M. Théodore Reinach étudiera les signes 
interlinéaires qui notaient le chant de ce morceau. 

M. Weil est désigné pour lire cette communication dans la pro- 
chaine séance trimestrielle de l'Institut. 

M. Léon Dorez communique une note sur la correspondance 
du célèbre Jean Pic de la Mirandole. Il constate que les bio- 
graphes de Pic n'ont jamais pensé à établir le texte et la chrono- 
logie de ses lettres et de celles de ses amis, qui sont cependant 
une des sources les plus sûres et les plus abondantes pour l'his- 
toire littéraire de la fin du xv c siècle; seul Christophorus Cella- 
rius avait tenté, en 1682, de donner de cette correspondance 
une édition plus correcte que les précédentes; malheureusement, 
il ne put utiliser que trois éditions du commencement du 
xvi c siècle. M. Dorez a repris ce travail sur des bases plus larges, 
et ses recherches dans les grands dépôts italiens et français ont 
été fructueuses. Il a trouvé notamment le post-scripliun auto- 
graphe d'une très importante lettre en italien adressée par Pic 
à Laurent de Médicis, le 27 août i A89 , et cinq lettres latines, 
dont quatre sont adressées à divers savants, et dont la cinquième, 
adressée à Alexandre VI peu de jours après son avènement au 
trône pontifical, offre dans sa teneur une analogie frappante 
avec le jugement porté sur le nouveau pape par Jean Hurchard, 
le maître des cérémonies du Vatican. — En outre, à l'aide de 
divers manuscrits de Florence et de Rome, M. Dorez a amélioré 
le texte de plusieurs lettres; il a aussi retrouvé les dates exactes 
de certaines d'entre elles. — Enfin, il a pu ajouter aux quelques 



— 337 — 

lettres adressées à Pic de la Mirandole et déjà publiées une 
vingtaine d'autres lettres, dont les plus curieuses émanent de la 
poétesse vénitienne Cassandra Fedele; de Tommaso de' Mezzi, 
l'auteur de la comédie latine intitulée Epirota; du savant pa- 
triarche d'Aquilée, Ermolao Barbaro et d'Ange Politien. 



SEANCE DU 2 1 SEPTEMBRE. 

m. Paul Meyer, président, dans une lettre qu'il adresse au 
Secrétaire perpétuel, s'excuse de ne pouvoir assister aux séances 
du ai et du 28 de ce mois. Il regrette de ne pouvoir rappeler en 
quelques mots les services rendus à la science par M. Fabretti, 
l'émiiient épigraphiste, correspondant de l'Académie, décédé le 
i5 septembre. 

M. Edmond Le Blant, remplissant les fonctions de président 
en l'absence de M. Paul Meyer, président, et de M. Maspero, 
vice-président, annonce dans les termes suivants la mort de 
M. le commandeur J.-B. de Rossi, associé étranger de l'Aca- 
démie : 

te L'agence Havas et des dépêches particulières nous apprennent 
la mort de notre illustre associé M. le commandeur de Rossi. Il ne 
m'appartient pas de rappeler ici ce que lut ce beau génie, qui 
créa toute une science et qui découvrit tout un monde. Ée que 
je dois dire, c'est ce que perdent, avec cet homme si grand, si 
bienveillant et si simple, les jeunes érudits de notre École fran- 
çaise de Rome, dont il s'est toujours fait le protecteur, et qui ont 
reçu de lui tant d'indications précieuses. » 

L'Académie, sur la proposition du président, décide de lever 
la séance en signe de deuil. 



338 — 



SEANCE DU 9 8 SEPTEMBRE. 

Une lettre de faire-part annonce officiellement la mort de 
M. le commandeur de Rossi, associe' étranger, auquel M. Edm. 
Le Blant, présidant l'Académie, a rendu, dans la dernière séance, 
un premier hommage. 

Le Ministre de l'Instruction publique, dans une lettre qu'il 
adresse au Secrétaire perpétuel, annonce l'envoi d'un certain 
nombre de manuscrits et de documents provenant de la mission 
de M. Dutreuil de Rhins et destinés à l'Académie. 

Ces documents seront communiqués à la Commission de la 
fondation Benoît Garnier. 

M. Homolle, directeur de l'Ecole française d'Athènes, adresse 
à l'Académie la copie de nouveaux fragments poétiques et musi- 
caux découverts dans les fouilles de Delphes W. 

Cette copie est remise à M. Weil qui en fera l'objet d'une 
communication à l'Académie. 

M. F. Foureau adresse à l'Académie le rapport et les itinéraires 
concernant la partie saharienne de sa dernière mission. 
Renvoi à la Commission de la fondation Garnier. 

M. John Evans, correspondant de l'Institut, dans une lettre 
qu'il Adresse au Président, appelle l'attention de l'Académie sur 
les mauvaises conditions dans lesquelles se trouve en ce moment 
la tapisserie de Bayeux, exposée aux effets désastreux de la 
lumière et même de l'action directe des rayons du soleil, et il 
indique les moyens de remédier à ce fâcheux état de choses. 

Copie de la lettre de M. John Evans sera adressée au Maire de 
la ville de Bayeux. 

M. Menant présente à l'Académie trois statuettes hétéennes on 

M Voir aux Communications, n° WIff (p. 35a). 



— 339 — 

bronze, qui ont été, d'après le récit d'un pécheur, rapporte'es dans 
son filet qu'il jetait dans l'Oronte. L'une de ces statuettes parait 
porter un signe divin, et donne ainsi à cette trouvaille un intérêt 
particulier. M. Menant espère se procurer un certain nombre de 
statuettes analogues et en faire l'objet d'une communication plus 
étendue dans une prochaine se'ance. 

M. Deloche commence la seconde lecture de son mémoire sur 
Le Port des anneaux dans F antiquité romaine et les premiers sièeles du 
moyen âge. 



SÉANCE DU 5 OCTOBRE. 

Le Président annonce que plus d'un mois s'est écoulé depuis 
la mort de M. Layard, associé étranger, et, aux termes du règle- 
ment, il consulte l'Académie pour savoir s'il y a lieu de le rem- 
placer. 

L'Académie décide au scrutin qu'il y a lieu, et ajourne la fixa- 
tion du jour de l'élection. 

M. Homolle donne connaissance à l'Académie des inscriptions 
qu'il a découvertes et déchiffrées d'abord sur des métopes du 
Trésor de Sicyone, plus récemment sur la frise du Trésor do 
Siphuos et sur les métopes du Trésor des Athéniens. Ce sont des 
inscriptions très superficiellement tracées et peintes sur le tuf ou 
le marbre, en couleur noire ou en couleur rouge. 

Il signale l'importance de ces inscriptions qui, par les noms 
des personnages, indiquent clairement le sens de chacune des 
scènes représentées; qui permettent de grouper les métopes et 
de les répartir avec une presque certitude sur les quatre laces du 
Trésor des Athéniens; qui démontrent enfin les relations étroites 
qui existaient au vi e et au \ e siècle entre la sculpture et la pein- 
ture des vases. 

Il signale en outre une inscription gravée sur le bouclier d'un 
des géants, dans la frise du Trésor de Siphnos, et qui contient 
la signature de l'artiste. La forme caractéristique du lambda 



— nm — 

paraît à M. Homolle révéler l'origine argienne de cet ouvrage, 
que, d'après le style, il avait déjà mi pouvoir attribuer à une 
école péloponnésienne, et dont plusieurs représentations sont 
empruntées aux légendes du Péloponnèse M. 

M. Pli. Berger communique à l'Académie une pierre gravée 
archaïque, en sa possession, qui provient du nord de la Syrie. 

Elle représente un personnage nu, barbu, à longue chevelure, 
un genou en terre, les deux mains levées dans la posture de 
l'adoration. Devant lui se voit un lion également accroupi sur 
une fleur de lotus. 

La partie inférieure est occupée par un scarabée ailé, séparé 
par un trait de la scène supérieure. Entre l'homme et le scarabée, 
la pierre porte deux trous ronds qui sont peut-être accidentels; 
peut-être aussi marquaient-ils l'extrémité des pattes antérieures 
du scarabée. 

Derrière le dos du personnage se trouvent des caractères phé- 
niciens archaïques : °W]4<)C qui doivent se lire : îffiwng = 
tfAdonischa», c'est-à-dire « celui qu'Àdôn regarde d'un œil favo- 
rahlew ou tt celui qu'Adôn secourt». 

Ces caractères ne présentent aucune différence avec des carac- 
tères hébraïques anciens. Le nom lui-même pourrait être un nom 
hébreu et ne manquerait pas d'analogues. Les représentations 
figurées et le lieu de la provenance sont plutôt favorables à une 
origine phénicienne. 

M. Berger présente aussi une monnaie du satrape Maraios qui 
offre une nouvelle variante des monnaies de ce satrape. 

M. Menant communique une nouvelle série de figurines trou- 
vées dans l'Oronte et appelle particulièrement l'attention sur 
Tune d'elles qui porte au cou un torques en argent. Il ajourne 
ses observations jusqu'au moment où il sera fixe' sur l'origine 
exacte de ces figurines étranges, dont il n'a pas encore trouvé 
d'analogues dans nos musées ni dans les ouvrages qu'il a con- 
sultés. 

W Voir aux Communicatioîvs, n" XXIV (p. 355). 



— 3/j 1 — 

M. Deloche continue la seconde lecture de son mémoire sur Le 
port des anneaux dans l'antiquité et aux premiers siècles du moyen âge. 

M. Oppert communique à l'Académie deux textes qui ont trait 
à l'administration militaire des Assyriens et des Perses. Le pre- 
mier, qui peut remonter au x e siècle avant l'ère chrétienne» a 
trait à la distribution des soldats d'Ellasas aux différentes portes 
de la ville. Les trente-neuf hommes dont dispose le commandant 
sont envoyés à douze endroits différents, sous Tordre d'un chef 
général. L'année de l'éponymie, dont parle le texte, est malheu- 
reusement inconnue. 

Le second document est daté du 8 JNisan de Tan 8 de Cyrus 
(le mardi, 11 avril 53 1 avant J.-C). C'est une liste de sept dé- 
serteurs et de quatre morts qui manquaient à l'appel du sur- 
veillant. Les noms des manquants sont mentionnés avec ceux 
des capitaines de leurs compagnies. Le texte est daté de la ville 
de Sippara, au nord-ouest de Babylone, et qui avait été' prise 
par les Perses au mois de juillet 53g avant Jésus-Christ. Il est à 
remarquer que tous les noms sont assyriens, ce qui prouve que 
Cyrus, qui se disait roi de Babylone, avait conservé les soldats 
chaldéeus dans leurs anciennes garnisons. 

Voici la traduction des deux textes : 

« Distribution des gardes aux portes du Kal'ah-Scherghat : 

ff Six soldats à la porte du dieu Martu; un soldat à la porte de 
la déesse Gula; un soldat à la porte de Marduk; quatre soldats 
à la porte de Bel; cinq soldats à la porte de Suanna (Babylone); 

deux soldats à la porte des pays; deux soldats qui gardent 

; quatre soldats postés auprès du maître inspecteur; deux 

soldats qui gardent le «■ Soleils; trois soldats de la porte de 

Sisoé; cinq soldats ; 

quatre soldats 

«En tout, trente-neuf soldats, sous Latebi, homme de Martu, 
pour les douze portes, Balasi-Savi pour la porte de Martu , Tak- 
kil-ana-Samas pour la porte de Gola. 

«Au mois du Tribut aux Dieux, le vingt-sixième jour de l'épo- 
nymic de Nu-isi-Adad.» 



— 3.42 — 

Texte do Cyrus. — Liste d'hommes do la garnison do Sipp.ua. 
manquant à l'appel au commencement de ( Tannée (Strassmaier, 
Cyrus n° 29'?) : 

tr Liste des soldats déserteurs ou morts qui n'ont pas paru à 
la revision de l'inspecteur, le 8 Nisan de l'an 8 de Cyrus, roi de 
Babylone, roi des pays (mardi, 11 avril 53 1 avant J.-C). 

frSamas-Nadin-Sum, homme de la compagnie de Samas-ana- 
Betisu, déserteur; Mussaib-Samas, homme d'Ussaï, déserteur; 
ltti-Samas-Essiya, le second de la caserne de Samas-Kin-Abal, 
déserteur; Itti-Samas-Lalot , homme de Samas-Inib, déserteur; 
Taddanna, homme de Rimât, déserteur: Samas-Ballit, son frère, 
déserteur; Kalbà, homme de Samas-Kin-Ahal , déserteur. 

«En tout, sept soldats déserteurs. 

rLublut, homme de Samas-Edir, mort; Nabu-Tukte-Tirri, 
mort; Samas-Rim-Anni, mort; Samas-Akhè-Inib, homme de Sa- 
mas-ana-Belisu, mort. 

r En tout , quatre soldats morts. 

?r Somme toute, onze soldats déserteurs ou morts.'» 

M. Salomon Heinach communique la photographie d'un bas- 
relief découvert à Panticapée, dans la Russie méridionale, et 
conservé au musée d'Odessa. Ce bas-relief représente Artémis, 
Apollon , Hermès et Peitho. C'est une œuvre considérable de 
l'école archaïque ionienne (vers Z170 avant J.-C). Par différents 
rapprochements avec d'autres objets d'art découverts en Crimée 
et ailleurs, M. Reinach essaie d'établir que c'est bien véritable- 
ment un travail archaïque et non pas, comme on Ta prétendu, 
celui d'un imitateur de l'ancien style qui aurait vécu à l'époque 
romaine. Il pense que nos musées contiennent beaucoup de 
sculptures qui ont été attribuées à tort aux écoles arehaïsanles 
et qui doivent être restituées à l'époque qui précéda immédiate- 
ment celle de Phidias. L'erreur courante est analogue à celle qu'on 
commettrait dans un siècle en faisant bonneur des tableaux de 
Botticelli aux préraphaélites anglais. 



M 3 



SEANCE DU 1 2 OCTOBRE. 



L'Académie procède à la nomination d'une commission de 
six membres qui sera charge'e de donner les sujets des prix Or- 
dinaire, Bordin et Delalande-Gue'rineau à décerner, tous les trois, 
en 1897, dans Tordre des études orientales. 

Sont désignés : MM. Derenbourg, Barbier de Meynard, Opperl, 
Senart, Germon t-Ganneau et Bartli. 

M. Perrot lit une communication de M. W. Helbig, correspon- 
dant de l'Académie, sur une lampe romaine qui appartient à 
M. Martinelli, de Borne, et dont le bas-relief offre un sujet nou- 
veau. Le style du bas-relief et les caractères de l'inscription in- 
diquent le commencement de l'époque impériale. On voit sur 
cette lampe deux gladiateurs pesamment armés qui s'élancent 
l'un contre l'autre et sont séparés par un lanista, tenant dans la 
main droite un bàlon, dans la gauche, semble-t-il, une palme. 
Derrière chaque gladiateur est représentée une couronne. L'ar- 
mement du gladiateur de gauche correspond, à peu de chose 
près, à celui des gladiateurs appelés anciennement Samnites et à 
l'époque impériale hoplomachi ou secutores; pourtant l'épée courbée 
(sica) a la forme de celle des Thraeces. Le gladiateur de droite 
est armé de la même façon, sauf que son bouclier carré est plus 
long et que sa jambe gauche, au lieu d'être protégée par une 
ocrea, l'est par une espèce de guêtre; on ne voit pas son épée. 
— Au-dessous du bas-relief se trouve un titulus portant l'in- 
scription : 

SABINVS 

POPILLIVS 

Ces deux noms ne peuvent se rapporter aux gladiateurs; il est 
tout à fait contraire à l'usage romain de désigner un personnage 
par le cognomen (Sabinus), l'autre par le nomen gentilc (Popilius). 
En outre, ces noms sont des noms de citoyens romains et paraî- 
traient étranges, appliqués à des gladiateurs. Le titulus indique 



— 6Mx — 

plutôt le nom du fabricant de la lampe, Popilius Sabinus; celte 
interversion du nomen gcutile et du cogtiomcn e'tait déjà en usage 
au temps de Cicéron. De plus, on possède plusieurs coupes en 
terre cuite qui portent le nom d'un fabricant appelé Gaius Po- 
pilius; sur Tune d'elles se lit aussi le nom de la ville, Me- 
rania, en Ombrie, où ce Popilius avait son atelier. Ces coupes 
appartiennent à la fin du 111 e ou à la première moitié' du se- 
cond siècle avant Jésus-Christ. On peut se demander si Po- 
pilius Sabinus n'est pas un descendant de Gaius Popilius. 
Au-dessous de la couronne de droite, se lit un S; au-dessus 
de la tète du lanista, les lettres MIS que M. Helbig renonce à 
expliquer. 

M. Heuzey entretient l'Académie de la huitième campagne des 
fouilles que M. de Sarzec, correspondant de l'Institut, vient 
de diriger à Tello, dans l'ancienne Chaldée. Au premier rang 
des résultats obtenus, il faut placer la découverte de tout un 
gisement de (ablettes d'argile couvertes d'inscriptions cunéi- 
formes. M. de Sarzec n'estime pas à moins de trente mille le 
nombre de ces documents, intacts ou fragmentés, qu'il a re- 
mis entre les mains du délégué olliciel. C'est un véritable 
dépôt d'archives remontant à la haute antiquité asiatique, 
comptes, inventaires (par exemple les inventaires des trou- 
peaux royaux ou sacrés), contrats, actes en double exemplaire 
portant les noms des princes de Sirpourla et aussi ceux des 
rois d'Our, qui ont plus tard étendu leur domination sur la 
contrée. 

En dehors de ces découvertes, M. de Sarzec a poursuivi lYx- 
ploration des couches primitives qui répondent au quatrième 
millénium avant notre ère. D'un autre côté, il a dégagé, sous le 
palais de Tello, le massif d'Our-Baou, prédécesseur de Goudéa. 
En troisième lieu, l'exploration a été poussée jusque sur les tells 
éloignés du sud. De nombreux monuments, galets sacrés, frag- 
ments de la stèle des Vautours, inscriptions, statuettes, dont plu- 
sieurs ont la tète et le profil même parfaitement conservés, ont 
encore récompensé, l'intelligente initiative de notre explorateur et 



— 3A5 — 

fournissent à la science assyriologique une mine nouvelle d'infor- 
mations et de recherches. M. 

M. Deloghe continue la seconde lecture de son mémoire sur Le 
port des anneaux: dans T antiquité et aux premiers siècles du moyen âge. 

M. Derenbourg pre'sente à la suite de cette lecture quelques 
observations. 



SEANCE DU 19 OCTOBRE. 

L'Académie fixe au 16 novembre le jour de sa prochaine 
séance publique annuelle. 

M. Edm. Le Blant a la parole pour une communication : 

«Dans des terrains récemment acquis près de la commune 
d'Aïn-Smara, province de Constantine, MM. Cantini , de Marseille, 
ont eu la bonne fortune de rencontrer, sur une étendue d'en- 
viron Goo mètres, sept carrières de marbre qu'avaient exploi- 
tées les anciens. Complètement remblayées, soit par la main des 
hommes, soit par des terres qu'ont entraînées les pluies, elles 
contiennent des blocs prêts à être détachés, sur lesquels appa- 
raissent encore des coups d'outils et d'autres marques d'un tra- 
vail préparatoire. Telles sont de longues entailles faites pour 
recevoir les coins de bois qui, gonflés par l'eau, devaient faire 
séparer les blocs. A l'intérieur des carrières, de larges vides 
marquent la place de ceux qu'ont extraits les anciens. Des photo- 
graphies que je dépose sur le bureau donnent l'aspect des lieux 
que l'on vient de découvrir. 

et Quelques-uns des types des marbres tirés de ces carrières 
ont été soumis par moi à l'examen de notre savant confrère 
M. Daubrée. Ce sont : 

te i° Un marbre d'un rouge vif, concrétionné, à zones concen- 
triques de couleurs diverses; 

ty Voir aux Giumumovtions, n" XAY (p. &5o). 



— 340 — 

•• 2" Un marbre du même rouge, concrétiouné et bivchiforme; 

rr3° Un marbre onyx jaune blond concrétionné, ressemblant 
beaucoup à celui que les Romains ont exploite' dans la province 
d'Oran et dont l'extraction a été assez récemment reprise. 

«J'ai, pour ma part, pu constater que l'un de ces marbres 
pre'sente exactement un type que j'ai recueilli à Rome dans les 
ruines du Stade du Palatin et qu'on appelle en Italie alabastro 
ondato. 

ffLes galeries ainsi remises au jour doivent être, selon toute 
apparence, au nombre de celles où ont e'té détenus, avec des 
criminels, les cbre'tiens de la Numidie condamne's par les persé- 
cuteurs ad metallum, mot qui, comme on le sait, désigne en 
même temps les carrières des marbres et les mines des métaux. 
Là, ont dû souffrir des troupes de ces fidèles souvent mentionnés 
par Tertullien, par saint Cyprien, et auxquels la mort dans leurs 
pénibles travaux conférait le titre de martyrs. » 

M. Alexandre Bertrand communique le fac-similé de deux 
vases d'or, ornés de reliefs représentant une chasse au taureau 
sauvage, découverts, il y a cinq ans, à Vaphio, pelit village des 
environs de Sparte (Laconie), dans une sépulture à coupole du 
tvpe des sépultures connues sous le nom de Trésor d'Alréc. près 
Mycènes, de Trésor de Mimjas, près Thèbes (Béotie). Auprès de 
ces vases gisaient deux épées de bronze, avec incrustations de 
feuilles d'or, semblables aux épées découvertes par Schliemann 
dans les tombeaux royaux de l'acropole de Mycènes; un grand 
nombre de minces plaques d'or ayant servi d'appliques sur des 
vêtements; quatorze pierres gravées ou gemmes, sur lesquelles 
sont gravées des représentations d'animaux (taureaux, lions, cerfs, 
sangliers), comme on en trouve un grand nombre dans les îles 
de la mer Egée, et quantité d'autres petits objets relevant de cette 
même civilisation mycénienne ou, si l'on veut, achéenne, qui 
nous donne une idée plus précise encore que les poèmes d'Homère 
de la puissance et de la richesse de ces chefs dont Agamemnon 
est le tvpe. Il v a là une résurrection des plus intéressantes de 
la préhistoire grecque, dont l'industrie et l'art commencent à 



— 347 — 

nous être matériellement connus. On peut placer iage de ces 
vases entre ihoo et 1200 avant Jésus-Christ. 11 est question de 
vases semblables dans Homère. Ajoutons que les taureaux sont 
d'un admirable dessin et d'un merveilleux réalisme ; ces vases sont 
de véritables bijoux, ils ne seraient déplacés dans aucune col- 
lection d'art. 

Ces fac-similés, dont les originaux appartiennent au Musée 
d'Athènes, vont être déposés dans la vitrine du Musée de Saint- 
Germain réservée aux antiquités primitives de la Grèce, où tout 
le monde pourra les admirer à loisir M. 

L'Académie se forme en comité secret. La séance étant rede- 
venue publique, le Président annonce que, conformément aux 
conclusions de la Commission de la fondation Benoît Garnier, 
l'Académie a attribué : i° à M. Foureau la somme de 7,5oo francs, 
formant le second semestre des revenus de la fondation en 1893, 
pour la continuation de sa mission dans le Sahara occidental; 
2 à Ms r Le Roy, évêque du Gabon, une somme de 6,700 francs 
à prendre sur les arrérages de la même fondation, pour étudier 
l'ethnographie et la linguistique des pygmées qui habitent les 
montagnes, à l'est de la rivière Ngounié. 

Le Président fait connaître ensuite que l'Académie propose, 
pour les prix Ordinaire et Bordin à décerner en 1897, les sujets 
suivants : 

i° Pour le prix Ordinaire : 

Etudier, d'après les inscriptions cunéiformes et les monuments figurés , 
les divinités et les cultes de la Chaldée et de V Assyrie. 

2 Pour le prix Bordin : 

Etudier dans ses traits généraux le recueil de traditions arabes inti- 
tulé «Kilab-cl-Aghànin (le livre des chansons); signaler, au moi/en 
de citations, l'importance de ce livre pour ï histoire politique, littéraire 
et sociale des Arabes. 

(I > Voir aux Communications, n° XXVI (p. 363). 

«h. ai 



Hftlir. HATIiHALR, 



— us — 

\j Académie décide, en outre, que le prix Delalande-Guéri- 
neau, à décerner, en 1896, au meilleur ouvrage concernant les 
études orientales, sera, de préférence, attribué à un ouvrage re- 
latif à Tlnde. 

M. Ernest Chantre, qui rentre d'un nouveau voyage en Asie 
Mineure, où il avait été accomplir la seconde partie de la mission 
dont l'avait chargé M. le Ministre de l'instruction publique, pré- 
sente à l'Académie les résultats de sa dernière campagne (voir 
séance du 1 7 août). 

C'est en Cappadoce et en Cilicie que M. Chantre devait diriger 
cette nouvelle exploration. À Ptérium (Boghaz-keui), M. Chantre 
a fait de nouvelles fouilles dans le palais et la forteresse, et, 
comme en 1893, il a eu la chance d'y trouver, parmi des vestiges 
nombreux de la civilisation dite mycénienne, des textes cunéiformes 
du plus haut intérêt. L'étude de ces textes a été confiée à M. Al- 
fred Boissier, l'un*de ses compagnons de voyage. 

Dans le voisinage de Césarée, M. Chantre a repris l'explora- 
tion des ruines de la cité pélasgique de Kara-Euyuk (et non 
Orta-Euvuk), qu'il avait découvertes en juin 1893. Les fouilles, 
pratiquées dans le vaste tertre de Kara-Euyuk, appelé aussi Kul- 
Tepe (montagne de cendres), ont mis au jour de nombreux ves- 
tiges d'industrie, qui rappellent les types de Mycènes et d'His- 
sarlik. En outre, ce tell, qui a été bouleversé par une éruption 
volcanique, a donné, dans certaines parties que l'on n'a pu 
malheureusement déterminer scientifiquement, une série de ta- 
blettes couvertes de textes cunéiformes, les uns achéménides, 
dont il a confié l'étude à M. Menant, les autres en langue in- 
connue. 

Le célèbre site de Comana, ainsi que toute la région du Tanins 
cilicien parcourue par M. Chantre, ont donné à la mission des 
collections d'objets de l'âge de la pierre, des séries d'idoles ar- 
chaïques en bronze, quelques antiquités égyptiennes, des inscrip- 
tions grecques et des monnaies d'époques dilférentes. 

La rencontre inattendue de texles cunéiformes en Ptérie, où 
Ton n'en avait jamais trouvé, modifie considérablement l'aire 



— 349 — 

de l'expansion assyro-babylonienne. Quant à la découverte de la 
cite' de Kara-Euyuk, elle fait entrer dans une phase toute nou- 
velle la question de la culture dite mycénienne, dont on avait 
jusque-là pressenti, tout au plus, l'existence au centre de l'Ana- 
tolie. 

M. A. Leclère, résident de France au Cambodge, communique 
à rAcade'mie les résultats des fouilles qu'il a exécutées à Kompong- 
Soay (Cambodge) C. 



SÉANCE DU 26 OCTOBRE. 

M. le Maire de la ville de Baycux, en réponse à la lettre de 
M. John Evans, correspondant de l'Institut, qui lui a été com- 
muniquée, annonce au Secrétaire perpétuel que des précautions 
sont prises déjà et vont être prises pour protéger contre l'action 
du soleil la tapisserie de Bayeux. 

Le Président rappelle à l'Académie qu'un mois s'est écoulé 
depuis la mort de notre regretté associé étranger, le commandeur 
de Rossi. Il consulte l'Académie pour savoir s'il y a lieu de le 
remplacer. 

L'Académie décide au scrutin qu'il y a lieu. 

Le Président rappelle, en outre, qu'il y aura deux associés 
étrangers à remplacer. Il propose de nommer dans la prochaine 
séance la Commission qui doit présenter une double liste de trois 
candidats. 

L'Académie adopte cette proposition et décide que, en raison 
de cette double vacance, la Commission sera composée de six 
membres. 

L'Académie procédera dans la même séance au renouvellement 
de la Commission des impressions. 

M. Alexandre Blrtrand, qui mettait, à la dernière séance, sous 

W Voir aux Communications, n° XXVII, (p. 3O7). 

3/1 « 



— 350 — 

les yeux de ses confrères le fac-similé de deux coupes d'or, ornées 
de reliefs du plus beau travail, remontant au xin e ou xiv e siècle 
avant notre ère, expose aujourd'hui devant eux un autre fac-similé 
qui, bien que d'une époque plus récente et d'un travail beaucoup 
plus grossier, a, à ses yeux, une importance considérable et est 
d'un intérêt au moins égal à celui des coupes de Vaphio. Il s'agit 
du grand vase ou chaudron d'argent doré, de dimensions tout à 
fait inusitées (o m. 69 de diamètre sur o m. 21 de profondeur), 
orné de nombreux tableaux mythologiques, découvert, il y a 
deux ans, dans le nord-est du Jutland (presqu'île cimbrique), près 
le village de Gundestrup. Du rapprochement fait par M. Alexandre 
Bertrand des scènes qui ornent ce chaudron avec certaines re- 
présentations figurées de monuments gaulois connus et datés, 
comme l'arc d'Orange, l'autel de Reims, etc., M. A. Bertrand, 
conclut que le vase hiératique de Gundestrup a été fabriqué, à 
une époque voisine de notre ère, chez les Cimbres de la presqu'île 
du Jutland, cl constitue un précieux sujet d'études pour les ar- 
chéologues de tous les pays. Le fac-similé du vase de Gundestrup, 
comme celui des vases de Vaphio, est déposé au Musée de Saint- 
Germain' 1 ). 

M. d'Arbois de Jubainville, à propos de cette communication, 
fait des réserves sur la parenté qu'on veut établir entre les Gimbres 
et les Celtes. 

M. Charles Diehl, professeur à la Faculté des lettres de Nancy, 
communique une inscription latine découverte à Kairouan et si- 
gnalée par M. Hannezo, capitaine au k° tirailleurs. Ce document, 
qui date probablement du vi° siècle, parait être un fragment 
d'une charte accordée par un empereur d'Orient à un monastère 
africain de Saint-Etienne. Il présente cette particularité curieuse 
que, dans le corps du texte épigraphique, le graveur a inséré, 
en caractères cursifs, un véritable fac-similé des mots sancimus, 
conJirmamuS) inscrits à l'encre rouge de la propre main de Pem- 

(l) Voir aux Communications, 11" XXVIII (pi ^78). 



— 351 — 

pereur dans la charte originale; par là, cette inscription est un 
monument remarquable et le seul en ce genre qui nous soit par- 
venu des actes e'manant de la chancellerie de l'empire d'Orient M. 

M. Delisle et M. l'abbe' Dlcuesne présentent quelques observa- 
tions sur cette communication. 

M. Deloche achève la seconde lecture de son mémoire sur 
Le Port des anneaux dans l'antiquité' et aux premiers siècles du 
moyen âge. 

M. Oppert communique à l'Académie le texte d'un contrat 
daté du dimanche 2& septembre 537 avant Jésus-Christ, mettant 
eu cause une riche Babylonienne, qui a prêté l'esclave de son 
mari, sans l'autorisation de celui-ci, à un tiers, pour lui enseigner 
l'art du tissage. 

W Voir au* Commutations, o" XXIX (p. 383). 



— 352 — 



COMMUNICATIONS. 



N WIII. 

LETTRE DE M. HOMOLLE. DIRECTEUR DE L'ECOLE FIAHÇAISI D'ATHÈNES. 

Delphes, le 8 septembre 1896. 

Monsieur le Secrétaire perpétuel , 

Ainsi que j'ai eu l'honneur d'en aviser l'Académie dans ma 
lettre précédente, nous avons découvert cette année de nou- 
veaux textes poétiques et musicaux d'une grande importan 
j'avais compté vous les communiquer plus tùt. en les recom- 
mandant à la sagacité de notre confrère M. H. Weil. mais j'ai 
dû d'abord en rassembler les morceaux et attendre ensuite 
jusqu'au moment où je ne pouvais plus espérer d'en trouver 
d'autres. Cette attente a malheureusement été vaine et quel- 
ques lacunes subsistent. 

Les deux inscriptions ont été copiées d'abord, à mesure 
que les fragments sortaient de terre, par M. Bourguet, membre 
de l'École: je les ai ensuite soumises à une revision, qui m'a 
surtout montré l'excellence de la copie, et je les ai recom- 
posées en rapprochant les morceaux et l^s remettant chacun à 
sa place. 

1" L'inscription musicale provient du Trésor des Athéniens, 
comme l'hvmne dont nous avions adressé, l'an passé, la copi<* 
à M. Weil, et qu'il a restitué avec le concours de M. Th. R^inach. 
A la différence de l'h\mne. elle porte les signes de la notation 
instrumentale. Elle est gravée en deux colonnes sur une plaque 
de marbre haute de m. 6 1 et large de plus de m. 80. Gr 
à cette disposition la gravité des lacunes, qui se trouvent ré- 
duites à quelques lettres par ligne, est de beaucoup diminu 



— 353 — 

elle est encore atténuée par ce fait qu'on a parfois le commence- 
ment et ia fia lies lig-i . enfin par cette particularité que 
les divisions de la poésie sont ««arquées par des- traits de sépa- 
ration on par des alinéas. Je crois donc que les restitutions 
pourront approcher de très près ia certitude . du moins en 
qui concerne ta poésie. Pour la musique, au contraire 
S : aindre que des lacunes . courtes mais multipliées, n'en ren- 
dent l'exécution très difficile . ou même impossible. 

La poésie- comme celle qui oubliée fan passé, n'a 

pas grande originalité : c'est le développement d'un tbème 
connu, la naissance d' Apollon dans l'île de Delos. sa venue à 
Delphes, sa victoire sur ie serpent: Dionysos, patron des 
- . ■ . ."- 1 . est associé à Apollon. 

Le morceau finit par un couplet de circonstance . une prî 
pour la ville d'Athènes et pour les Romains . nouvelle preu 
après celles qu'avait données M. Couve que l'hymne à Apollon . 
œuvre du même auteur, n'est pas du ni* siècle, comme l'avaient 
. -. :•- :.•••: -'v .-. ': •:::•:_•- il- - ;-. -- - \ : est d'ailleurs ei 
ce temps nue lurent gravées sur les parois du Trésor des Athé- 
niens la grande majorité des inscriptions qu'il porte. 

La copie des signes musicaux est difficile à cause de la I 
grande ressemblance qu'ils ont entre eux : f en* ai fait . après la 

-.ure de M. Bourgnet. plusieurs copies et plusieur 
lations; j'espère ainsi avoir évité de mon mieux les erreur- 
Les confusions. 

«• Le Ame», qui a été retrouvé près du temple d'Apollon, 
sur un marbre employé comme plaque de dallage, est plus 
étendu: il est aussi d'une antiquité plus respectable. 

Le nom du poète, qui était originaire de Scarphée. en Lo- 
crîde. nous échappe milnaummc m<nt , mais la date est bien 
établie par récriture, qui • r' : mieux 

encore par le nom de i archonte, qui figure dans des inscrip- 
tions voisines de 34o avant J 



— 35/i — 

La poésie occupe deux colonnes de 69 lignes chacune, à 
3o lettres au moins par ligne. Dix-huit lignes manquent abso- 
lument; pour le reste, la conservation ordinaire des deux 
bouts des lignes, le nombre fixe des lettres, les refrains qui 
marquent la clôture de chaque membre poétique, faciliteront 
les restitutions ou du moins leur donneront un caractère mieux 
assuré de certitude. 

Nous avons été favorisés clans ces derniers temps en ce qui 
concerne la poésie et nous avons recueilli plusieurs inscriptions 
métricpies assez longues et intéressantes, qui nous font con- 
naître des œuvres d'art consacrées en l'honneur de person- 
nages historiques. 

J'attends, pour adresser au Ministère et à l'Académie un 
nouveau rapport accompagné de photographies, que le dé- 
blaiement du temple soit achevé et m'ait permis d'arrêter le 
plan de cet édifice, de concert avec M. Tournaire, architecte 
des fouilles. Je suis heureux de vous annoncer dès à présent quo 
le succès continue à répondre à nos vœux et que nous avons 
recueilli dans ces derniers temps, avec plusieurs sculptures 
hellénistiques et romaines, quatre statues archaïques : une 
d'homme nu (type dit d'Apollon), deux de femmes drapées 
(type des xopou de l'Acropole), une femme ailée (type de la 
Niké d'Archermos); des débris de bronze intéressants, avec 
des ornements au repoussé ou en gralïite, et un casque corin- 
thien intact. Parmi les inscriptions, des comptes du iv c siècle, 
divers décrets de la même date, et un décret en faveur de 
Cotys, roi de Thrace. 

J'éprouve un plaisir tout particulier à vous annoncer que 
les fouilles de Délos, auxquelles l'Académie a bien voulu ac- 
corder une allocation sur les fonds du legs Piot, donnent à 
M. Couve des résultats très satisfaisants. Elles lui permettront 



— 355 — 

de faire la description exacte et complète de la maison grecque 
au 11 e siècle avant notre ère, d'en donner des plans nombreux 
et variés, d'en faire connaître les aménagements et la déco- 
ration; elles l'ont mis en possession de diverses œuvres de 
sculpture intéressantes et presque absolument intactes. Je l'ai 
prié de rédiger un rapport, pour vous être transmis, et je lui 
ai envoyé M. Convert, qui fera pour lui tous les plans, croquis, 
dessins, relevés et photographies nécessaires. Je me félicite de 
voir votre libéralité porter de si bons fruits et je saisis avec 
empressement l'occasion de remercier à nouveau l'Académie. 

Les fouilles de M. Ardaillon, pour déterminer la topo- 
graphie du port et des docks de Délos, ont été fort bien con- 
duites et ont donné d'excellents résultats. 

Enfin M. Ardaillon, de concert avec M. Convert, achève 
cette année le levé topographique de l'île de Délos. Cette 
œuvre considérable sera le complément nécessaire de notre 
exploration; la carte, dressée à 1 millimètre pour mèlre, sera 
un document archéologique de première importance, un guide 
indispensable pour les recherches ultérieures. 

Agréez, etc. 

Théophile Homolle. 

N° XXIV. 

NOTE DE M. HOMOLLE, MEMBRE DE L'ACADEMIE, 
SUR LES INSCRIPTIONS DES TRESORS DE SICYONE. DE SIPHNOS 

ET D'ATHÈNES. 

(SÉANCE DU 5 OCTOBRE l8p,ft.) 

La frise du Trésor de Siphnos et les métopes du Trésor 
des Athéniens, comme celles du Trésor deSicyone, présentent 
des inscriptions peintes, dont je suis parvenu à déchiffrer le 
plus grand nombre. 



— 356 — 

Ces inscriptions étaient d'abord tracées très légèrement à 
fleur de marbre d'un trait de ciseau à peine marqué; on les 
peignait ensuite de couleur noire (Trésor de Sicyone), ou 
rouge (Trésors d'Athènes et de Siphnos). La couleur s'est con- 
servée assez vigoureuse sur le tuf du premier Trésor; elle a 
disparu sur le marbre des autres, ce qui rend le déchiffrement 
très difficile. Il faut reconnaître que l'interprétation des sujets 
a partout précédé et suggéré la lecture; cependant elle a été 
tant de fois recommencée et contrôlée qu'on peut la tenir 
pour certaine et les explications proposées comme démon- 
trées. 

Les inscriptions sont placées dans le champ des bas-reliefs , 
au-dessus, en avant ou en arrière des figures auxquelles elles 
se rapportent, toutes les fois que l'espace l'a permis. Dans la 
frise de Siphnos, elles se partagent entre le champ et la 
plinthe; pour les métopes, elles semblent s'être répétées deux 
fois, dans le champ et sur le listel supérieur. 

Voici l'énumération des sujets et l'indication des person- 
nages, dont les noms subsistent ou ont pu être déchiffrés : 

i ° Trésor de Sicyone. 

A. Le taureau enlevant Europe. 

B. Le bélier portant Hellé. 

C. Le sanglier de Calydon. 

D. L'expédition de Castor, Pollux et Idas en Messénie. 

E. Le navire Argo monté par des guerriers, au milieu 

desquels chante Orphée, et accosté de deux cavaliers, les 

Dioscures. 

2° Trésor de Siphnos. 

A. Côté ouest, façade principale. Apothéose d'Hercule. — 
Normes, le cheval Pégasos, Athéna, Héraclès, Hébé, et l'oi- 



— 357 — 

seau, emblème de la victoire (N/xa), sont accompagnes de 
leurs noms. 

B.Gôté nord. Gigantomachie. — Les inscriptions déchiffrées, 
en allant de droite à gauche, désignent Eole, Héraclès, Cy- 
bèle l'a Grande mère, Alkyoneus, Apollon, Artémis, Dionysos, 
Ephialtès, Palléneus, Héra, Athéna, Enkélados, Héphaistos, 

Ares. 

C. Côté est. Combat autour du corps de Sarpédon (Iliade, XVI), 
et assemblée des Dieux qui y assistent du haut de l'Olympe. — 

De droite à gauche : estor, les chevaux Hélisoménos 

et Xanthos, Automédon (?), Patrocle, revêtu des armes 
d'Achille (À.yiXkéos , sur le bouclier), Ménélas, Hector, Enée, 
Kébrionès (?); — dieux des Grecs : Némésis, Héra, Athéna, 
Thétis, Zeus; dieux des Troyens ($etv rais Tpoéov TgôXrSjos) : 
Apollon, Artémis, Aphrodite, enfin Ares. 

D. Côté sud. Course de Pélops et d'OEnomaos. La frise, fort 
incomplète, contient cependant les personnages importants et 
les noms caractéristiques : Myrtilos, Pélops, Hippodamie, et, 
sur le fragment publié par MM. Conze et Michaelis, et repro- 
duit par M. Pomtovv, OEnomaos. L'autel porte l'inscription : 
Zavos ÙXvixttiov. 

3° Trésor d'Athènes. 

A. Façade principale, Est. Gigantomachie. — Métopes de 
droite (-*-) : Héraclès et Alkyoneus, Athéna et Enkélados, 
Héra et Porphyrion; métopes de gauche (-*-) : Dionysos et 
Clytios (?), Apollon et Ephialtès [Zeus et . . .]. 

B. Façade ouest. Travaux d'Héraclès. — Le lion de Né- 
mée, Eurystheus, Pholos, Kyknos, Hippolyte (?), Antée. 

G. Façade sud(?). Exploits de Thésée. — Le Minotaure, 
Kerkyon, Périphétès, Skiron, Sinis (?), le taureau de Mara- 
thon, Thésée et Athéna. 



— 358 — 

D. Facude nord. Suite des travaux d'Hercule. — Pas d'in- 
scriptions retrouvées. 

M. Homolle espère compléter encore ces listes par une 
nouvelle étude des monuments; dès à présent, il indique les 
conclusions intéressantes de la découverte : données certaines 
pour l'interprétation des sujets et la désignation des person- 
nages; indications précises pour la répartition des métopes 
sur les quatre côtés du Trésor des Athéniens. 

Une conséquence d'une portée plus générale, c'est le rap- 
port tout extérieur, mais frappant, entre les habitudes de la 
sculpture et celles de la peinture. On avait déjà observé l'iden- 
tité des sujets, des procédés de composition, la ressemblance 
singulière des types et des formes. 

La frise des Siphniens présente une autre inscription, gra- 
vée, celle-là, en caractères profonds sur le bouclier d'un des 
géants. La bizarrerie des caractères avait d'abord donné l'idée 
d'un assemblage fortuit de lettres dépourvues de sens, comme 
on en voit parfois sur les vases; un examen plus attentif a 
démontré que l'inscription contenait la signature de l'artiste. 
On avait déjà supposé, d'après certains détails de style que les 
sculptures pouvaient appartenir à une école péloponnésienne 
ou insulaire et non à une école attique. Les sujets traités 
dans la frise, la course de Pélops et d'OEnomaos, le combat de 
Ménélas contre Hector et Enée, ne seraient pas pour démentir 
l'attribution au Péloponnèse. Elle semble aujourd'hui confir- 
mée, en l'absence d'ethnique, par l'alphabet de l'inscription. 
Il présente, en effet, le lambda caractéristique de l'écriture 
argienne h, et exclut d'autre part l'hypothèse d'une origine 
parienne, proposée par M. Furtwaengler, car il n'intervertit pas 
les signes O (--eu) et O (=^o) Si cependant la forme è-noUi est 
bien lue, tout doute n'est pas encore levé. 



— 359 — 
N° XXV. 

MISSION DE CHALDÉE, 

HUITIÈME CAMPAGNE DE FOUILLES DE M. DE SARZEC, 

RAPPORT LU PAR M. HEUZEY. MEMBRE DE L'ACADEMIE (1) . 

(SÉANCE. DU 13 OCTOBRE l8p/l.) 

M. de Sarzec, consul général, chargé d'une mission scienti- 
fique, correspondant de l'Institut, au cours de la huitième cam- 
pagne de fouilles qu'il vient de diriger à Tello , en Chaldée , a fait 
une découverte considérable, qui mérite d'être signalée à l'at- 
tention du public savant, avant même qu'il soit possible d'en 
apprécier complètement les détails. Sur ce même terrain de 
Tello qu'il a conquis à la science et d'où il a tiré déjà tant de 
précieux monuments, il a rencontré tout un gisement de ta- 
blettes d'argile, couvertes d'inscriptions cunéiformes. Il n'estime 
pas à moins de trente mille le nombre de ces documents écrits. 
C'est un véritable dépôt d'archives et d'actes authentiques, 
analogue aux dépôts qui ont été trouvés sur les emplacements 
de Ninive, de Sippara, de Niffer. Celui-ci présente l'intérêt 
particulier d'appartenir à la très antique cité sumérienne de 
Sirpourla (ou LagWi), qui ne nous est connue que par les mo- 
numents, mais qui n'en a pas moins été un centre de civilisa- 
tion primitive, où l'écriture et les arts avaient commencé de 
fleurir dès le quarantième siècle avant notre ère. 

Les tablettes de Tello étaient enfouies sous un monticule, 
situé à 200 mètres de celui où M. de Sarzec avait exhumé 
antérieurement les constructions des plus anciens rois du pays. 
Ces plaquettes de terre cuite, régulièrement superposées sur 
cinq ou six rangs, remplissaient des galeries étroites, se cou- 
pant à angle droit, construites en briques crues et garnies des 

W Extrait d'un rapport à M. le Ministre de l'instruction publique et des 
beaux-arts. 



— 360 — 

deux côtés de banquettes, sur lesquelles s'étendaient d'autres 
couches de semblables documents. Les galeries formaient deux 
groupes distincts, mais voisins l'un de l'autre. On ne peut mieux 
les comparer qu'aux favissœ (ou rayons} où les anciens dépo- 
saient le trop-plein des offrandes provenant de leurs sanc- 
tuaires. 

Sur le nombre des tablettes ainsi recueillies et qui ont été 
remises, contre reçu olliciel, au délégué du Musée impérial 
de Constantinople, selon les conditions expresses du firman, 
M. de Sarzec en compte environ cinq mille d'une conservation 
parfaite. Cinq mille autres ne sont que légèrement écornées 
ou endommagées. Puis vient la masse des tablettes fragmen- 
tées, avec lesquelles on pourra encore reconstituer certaine- 
ment un grand nombre de pièces. On y distingue des actes en 
double exemplaire, c'est-à-dire contenus dans des coques d'ar- 
gile, qui portent un duplicata du même texte, avec les cachets 
des témoins ou des scribes. D'autres sont des comptes, des 
listes d'offrandes, des inventaires. Je citerai les inventaires des 
troupeaux royaux ou sacrés, dont l'organisation se trouve déjà 
mentionnée dans une inscription des statues de Goudéa et 
dont le rendement était alors la principale forme de la richesse 
mobilière. C'est une curieuse confirmation du caractère surtout 
agricole et pastoral de ces antiques principautés' 1 *. 

Un certain nombre de tablettes sont de dimensions peu 
communes et mesurent jusqu'à o m. 3o et o m. ko de côté. 

W La preuve que ce n'étaient pas là de simples listes de victimes pour les sa- 
crifices, c'est qu'on y compte des animaux de travail, par exemple des àues en 
grand nombre. Il y a là un fait curieux en rapport avec les inscriptions du palési 
Our-Baou, qui nomment une construction spécialement disposée pour recevoir 
ces animaux {VE-anxhou-doun-oiir, d'après la lecture d'Amiatid, Oiir-Iiaou, VI, 
i-3 ; cf. Jensen et Zimmern, Z\ , III , p. no5). A une époque où le cheval n'était 
peut'être pas encore utilisé comme hèle de charge, où le chameau n'avait pas en- 
core été sans doute acclimaté dans ces régions, l'âne, à cause de son endurance et 
de sa sobriété, devait être employé de préférence pour les caravanes et les trans- 
ports éloignés. 



— 361 — 

De nombreux documents de forme diverse, cônes tronqués, 
sceaux circulaires, étaient mêlés aux tablettes proprement 
dites. Enfin des statuettes, des cylindres ou barillets, des 
galets sacrés se trouvaient conservés dans les mêmes galeries 
souterraines. Les cailloux sacrés, ayant jusqu'à o m. 70 de 
longueur et couverts de caractères archaïques, appartiennent 
à l'époque très reculée d'Eannadou, le roi guerrier de la 
Stèle des Vautours. Gomme les briques de ce roi, ils con- 
tiennent des indications géographiques sur les pays ennemis 
de Sirpourla : ce sont de précieux commentaires pour l'inter- 
prétation de la fameuse stèle. Quant aux tablettes de terre 
cuite, plusieurs remontent aussi à cette haute époque; mais la 
plupart présentent, sous le rapport épigraphique, deux types 
différents : l'un, qui rappelle de très près les inscriptions d'Our- 
Baou et de Goudéa, particulièrement les grands cylindres d'ar- 
gile de ce dernier prince; l'autre, qui se rapproche davan- 
tage de l'écriture proprement babylonienne. Bien que ces 
documents se rapportent plutôt à la vie civile et religieuse, 
beaucoup d'entre eux prennent une valeur historique et chrono- 
logique par les noms des princes qui s'y rencontrent, non 
seulement les noms des rois et des palési de Sirpourla, mais 
encore ceux des rois d'Our, comme Dounghi, Gamil-Sin, qui, 
après l'époque de Goudéa, avaient étendu leur domination sur 
le pays. 

Telle est, autant qu'un compte rendu sommaire peut en 
donner une idée, l'importante découverte par laquelle M. de 
Sarzec a heureusement couronné les autres résultats obtenus 
par lui au cours de cette fructueuse campagne de i8q4. 
D'abord il a poursuivi 1 exploration des couches primitives qui 
répondent au quatrième millénaire avant l'ère chrétienne. G'est 
là qu'il a trouvé, outre de curieuses constructions, que ses le- 
vés feront connaître, plusieurs objets très antiques, dont il a 
déjà été question, notamment les deux têtes de taureaux en 



— m — 

cuivre aux yeux incrustés de nacre et de lapis, un vase en cuivre 
de forme singulière, enfin deux nouveaux fragments sculptés 
représentant des exécutions de captifs et se rapportant au type 
de la stèle des Vautours. D'un autre côté, M. de Sarzec s'est 
appliqué à dégager les parties souterraines du palais de Tello. 
théâtre de ses premières découvertes, et en particulier le massif 
du patési Our-Baou, l'un des prédécesseurs de Goudéa. En 
troisième lieu, les fouilles ont été poussées jusqu'aux tells éloi- 
gnés dans la direction du sud. Là, sur l'emplacement d'un 
antique sanctuaire, de nombreux monuments ont encore ré- 
compensé l'intelligente initiative de notre explorateur. Signa- 
lons, au milieu de toute une couche de débris de sculpture et 
de fragments de vases en pierre portant des inscriptions, plu- 
sieurs statuettes dont la têle et le profil même sont intacts. 
A côté de tant de statues décapitées, de tant de têtes mutilées 
ou détachées, c'est une rareté et une exception des plus in- 
téressantes pour l'étude du type chaldéen et de la sculpture 
chaldéenne. 

Ces monuments ont été remis, comme les tablettes, entre 
les mains du surveillant ottoman délégué à cet effet, sous la 
réserve des droits d'étude et de publication, qui appartiennent 
à la France. C'est, pour la science assyriologique et pour la 
connaissance de la haute antiquité orientale, une mine nouvelle 
d'informations et de recherches. Ces magnifiques résultats sont 
aussi un puissant encouragement pour les services publics 
qui appuient M. de Sarzec dans ses habiles et persévérants 
efforts. 



— 363 — 



N'XWI. 



LES VASES DE YAPHIO, 
COMMUNICATION DE M. ALEXANDRE BERTRAND, MEMBRE DE L'ACADEMIE. 

CsÉANCE DU 19 OCTOBHE 189'!.) 

Le Musée de Saint-Germain vient d'acquérir d'excellents fac- 
similés des célèbres vases de \aphio. J'ai pensé être agréable 
à mes confrères en les mettant sous leurs yeux. Les photogra- 
phies et les dessins qui en ont été publiés, même les meil- 
leurs, n'en donnent pas une idée complète. Ceux de nos con- 
frères qui en ont vu les originaux affirment, au contraire, 
que ces fac-similés en donnent une idée parfaite. Ces fac-similés 
seront exposés au Musée, salle de comparaison (salle de Mars) 
dans la vitrine réservée à la Grèce. 

Les excellents articles que M. Salomon Reinacb leur a con- 
sacrés dans le premier volume de la revue L'Anthropologie, p. 07 
et 55a (1) ; l'étude magistrale qu'en a faite notre éminent con- 
frère M. Georges Perrot dans le sixième volume de Y Histoire de, 
l'art dans l'antiquité, p. /io'i et 78/1, me dispensent d'un long 
exposé. Je ne pourrais que répéter ce qu'ils ont si bien dit. Je 
me contenterai de résumer les faits principaux qui ne sont 
peut-être pas présents à toutes les mémoires. 

La découverte remonte à cinq ans (1889). Elle a été faite 
près Vaphio, petit village de la Laconie, situé à quelque dis- 
tance de Sparte, sur les derniers versants du Taygète, dans 
la région où devait s'élever Amyclfes. Une sépulture à coupole, 
dans le genre des sépultures mvcémennes du type connu 
sous le nom de Trésor tï A trée, caraclérislique de cette période, 
à laquelle appartient également le Trésor de Milium près Oi- 
chomènes (en Béolie), y avait été signalée depuis longtemps*; 

'' In aiiln 1 article <lo M. Salomon Keihaçh a paru vers la métne époqse 
dans la (iazette r/es beaux-arts accompagné abne belle photO£i'Aftlrè'. 

Wll. "."> 

Wi ni'it RU. klTIOftALB. 



— 564 — 

des essais de fouilles y avaient été pratiqués, niais sans que 
l'on eût pu mettre, la main sur Je riche mobilier funéraire dé- 
posé près du mort dans une cachette souterraine. IMus heu- 
reux, M. Tsoundas, inspecteur des antiquités du royaume, 
chargé par la Société archéologique d'Athènes de tenter une 
nouvelle explorai ion, a découvert le Trésor. Or, depuis les 
découvertes de Schlieinann, aucune n'a tett une pareille impor- 
tance pour la connaissance des temps préhomériques. 

Le Trésor, c'est-à-dire les offrandes déposées près du mort, 
comprenait, outre ces magnifiques vases d'or ornés de reliefs 
du goût le plus pur, que je mets sous vos yeux, pour ne citer 
que les objets principaux, deux poignards de bronze sem- 
blables aux magnifiques épées de JVIvcènes dont on peut voir 
une reproduction en couleur dans le Jiullrliii de correspon- 
dance hellénique de 1886, planches I, II, III, où M. Georges 
Perrot les a décrits. Comme ces épées, les lames de poignard 
de Vaphio étaient munies de clous d'or destinés à attacher la 
poignée et ornées d'incrustations de feuilles d'or, de nuances 
variées. C'est du pur art mycénien. Puis, deux bagues d'or, 
dont l'une avec chaton à représentation ligurée rappelant une 
des belles bagues de Mycèues. Deux poissons découpés dans 
une feuille d'or, ainsi qu'un grand nombre dé rosaces avant 
du servir d'appliqués sur vêtements, analogues à tant d'ap- 
pliques découvertes à Mycènes. Plus, quatorze pierres gravées, 
de ces gemmes classées aujourd'hui sous le nom de gemmes 
insulaires , avec représentation des animaux les plus variés : 
taureaux, lions, cerfs, sangliers, chevaux. II ne peut donc y 
avoir aucun doute à cet égard, par le caractère architectural 
de la sépulture, comme par la technique des objets, la décou- 
verte de Vaphio se rattache étroitement à ce que l'on peut 
appeler la civilisation mvcénienno j la civilisation qui Mûris- 
sait à l'époque de la grande puissance des rois achéens, plus 
particulièrement en Argolide, en Béolie et en Laconic, mais 



s 



— 365 — 

qui s'étendait bien au delà, avec des points d'attache jusqu'en 
Crète, Chypre et en Asie Mineure. Le domaine de la civilisa- 
lion mycénienne s'étend tous les jours. 

Les antiquités de Vaphio ne peuvent donc être étudiées 
avec trop de soin. L'ensemble n'en a été publié jusqu'ici que 
dans \'E(Ç>Ti[iep)s Ap%aioloyixr) d'Athènes, par M. Tsoundas. 

Revenons à nos vases. Ces deux vases sont fabriqués dans 
une feuille d'or, puis travaillés à l'emboutissage, avec dessins au 
repoussé. Une seconde feuille d'or intérieure masque les creux 
du repoussé. Ils se forment pendant, car ils sont très approxi- 
mativement de même dimension et ornés de décors analogues. 
Le plus grand a om. 08 3 de haut sur m. 10A de diamètre 
au niveau des lèvres. Le second, om.080 seulement de haut 
avec même ouverture. Ils pèsent, l'un okilogr. 286, l'autre 
kilogr. 276. 

Le sujet représenté est une chasse au taureau sauvage. 

Sur l'un des vases, un taureau, qui a saisi un homme par 
ses cornes et l'a jeté à terre, se précipite vers la gauche; près 
du taureau est un second personnage, chancelant, qui proba- 
blement a reçu aussi un coup de corne; plus loin, un taureau 
est pris dans une sorte de filet fixé à deux arbres et s'est abattu 
pendant qu'un dernier taureau s'enfuit vers la droite. 

Sur le second vase, un taureau passe à gauche devant un 
arbre; un homme, tenant une forte corde à l'aide de laquelle 
il l'a attaché par le pied, marche derrière lui. Puis on aperçoit 
deux taureaux debout à côté l'un de l'autre, un troisième 
s'avance tête baissée. Ces taureaux semblent déjà domptés; leur 
allure calme fait contraste avec celle des taureaux sauvages. 
L'ensemble de la scène rappelle d'une manière frappante la 
peinture murale découverte par Schliemann à Tirynthe, et 
publiée par lui dans la planche XIII de son volume sur Ti- 
rynthe. 

Les taureaux sont d'un art parfait; les hommes laissent à 

93. 



— 3G6 — 

désirer. La provenance de ces vases est certaine; ils sortent 
d'une sépulture du type mycénien qui devait renfermer la dé- 
pouille mortelle d'un chef achéen. Sur cela tous les archéo- 
logues sont d'accord, mais ces vases sortent-ils d'un atelier 
achéen? Faut-il en faire honneur à des artistes grecs? N'est-ce 
pas un objet d'importation? d'origine phénicienne ou autre? 
Je n'ai point l'intention de traiter ici cette délicate question 
qui demanderait de longs développements et pour la solution 
de laquelle je ne crois pas que l'on possède encore des élé- 
ments suffisants. Je me contenterai de donner, avec toute ré- 
serve, mon impression personnelle. Je ne crois pas que ces 
coupes soient des bijoux d'importation. D'un côté, la civili- 
sation achéenne, telle qu'elle se révèle à nous aujourd'hui 
avec ses palais à fresques, ses tombeaux à coupoles, ses splen- 
dides mobiliers funéraires, ses magnifiques costumes, avec 
cette abondance d'or, d'argent et de pierres précieuses, me 
semble un milieu très favorable à l'éclosion et au développe- 
ment d'un art de l'orfèvrerie, même aussi perfectionné. Les 
ebants épiques dont est formée V Iliade, contemporains de ces 
bijoux, ne constituent-ils pas une aussi grande merveille? Pour- 
quoi les tribus chez lesquelles une langue et une poésie sem- 
blables ont pris naissance n'auraient -elles pu produire de 
grands artistes? 

Les étonnantes gravures sur os de renne, de l'époque des 
cavernes, montrent assez que l'art du dessin est un instinct 
qui peut se développer spontanément en présence de la nature. 

Mais il y a plus : si dans nos collections archéologiques nous 
cherchons des analogies à ces dessins, à ces sculptures, ce 
n'est ni en Phénicie, ni en Egypte que nous les rencontrons, 
c'est plutôt sur les œuvres des (llialkeules de la vallée du Pô 
et du Danube qui semblent avoir conservé les traditions de 
leurs ancêtres thraco-celtes , les frères ou au moins les cousins 
des Achéens. Tout cela est encore bien vague, mais je crois 



— 367 — 

qu'il faut plutôt chercher les origines de cet art clans la direc- 
tion du nord, du côté de la Thrace, qu'en Phénicie. Je par- 
tage, sous ce rapport, les idées de M. Salomon Reinach. 

N° XXVII. 

FOUILLES DE KOMPONG-SOAY ( CAMBODGE), COMMUNICATION FAITE PAR 
M. ADIIÉMAR LECLÈHE, RESIDENT DE FRANCE AU CAMRODGE. 

(SÉANCE DU 19 OCTOBRE l8ç)^l.) 

Messieurs, 

Le dey Kompong-Soay, ou terre de kompong-Soav «terre 
du rivage des manguiers » , comprenait autrefois une douzaine 
de Chau-muong ou districts voisins de la terre d'Angkor, la 
grande et magnifique capitale des Cambodgiens qui est au 
nord-ouest. La terre de Kompong-Soay était très peuplée et 
couverte de monuments, son chef le sdach-tranh Déchou était 
«dos de serpent» et le premier des cinq sdach-tranh ou gou- 
verneurs généraux, ou chefs des dey. Quand il se rendait à l;i 
capitale, le roi, conformément aux couluines anciennes, en- 
voyait ses éléphants et une escorte au-devant de lui, car, par 
sa situation, il était plus grand que les ministres ordinaires 
du roi et presque aussi grand que le ministre de la guerre, 
près duquel il avait le droit de siéger dans les audiences 
royales. Plus d'une fois, le Déchou a reçu le commandement 
de l'armée et, par sa vaillance et ses aptitudes militaires, re- 
poussé les Siamois et sauvé le royaume. 

Le dey Kompong-Soay est anjourd'hui couvert des ruines 
des monuments qui l'ornaient autrefois et qui faisaient de lui 
l'un des territoires les plus curieux de l'ancien Cambodge. 
MM. Moura et Aymonier, après MM. Francis Garnier et De- 
laporte, en ont signalé, étudié ou décrit un grand nombre, 
mais il en reste beaucoup qui sont demeurées inconnues, 
beaucoup que nul Européen n'a visitées, et qui sont mémo 



— 368 — 

totalement ignorées des indigènes. Ces monuments sont cer- 
tainement, sauf les inscriptions qui sont enfouies dans le sol, 
les moins importants et souvent les moins anciens. Mais 
comme, en épigraphie, en histoire , en archéologie cambod- 
giennes, il n'y a point de quantité négligeable et qu'un docu- 
ment nouvellement mis au jour, si peu important qu'il soit à 
première vue, peul jeter une grande lumière, j'ai cru devoir 
consacrer à la recherche des monuments ignorés les quelques 
loisirs que me laissaient mes occupations résidentielles et mes 
études de droit cambodgien. 

J'y étais encouragé par la bonne fortune que j'ai eue, 
en 1891, de découvrir, sous le sol de poum Sambaur actuel, 
les ruines de Çamba-poura que personne n'avait encore soup- 
çonnées. Cette découverte, Messieurs, a fait l'objet d'une note 
un peu étendue que M. Sénart a bien voulu vous communiquer 
en octobre i 802 ; d'autres recherches devaient être couronnées 
de succès : je découvris en janvier 189/1, à 3o kilomètres 
environ de kompong-Thom , ma résidence, les ruines d'un 
centre autrefois important dont j'ignore encore aujourd'hui le 
nom, et je recueillis une série de documents en langue sans- 
crite que j'ai conliés à M. Sénart, votre savant collègue, do- 
cuments qui peut-être contiennent le nom que je ne puis vous 
donner, le nom que les habitants du pays ne savent point. 

Cette ignorance des habitants concernant les ruines des 
monuments près desquels ils vivent ne vous parait-elle pas 
extraordinaire, Messieurs, alors surtout que ces ruines ne re- 
montent pas à plus de deux, trois ou quatre siècles? J'imagine 
que la raison de cette ignorance profonde git dans ce fait que 
la province de kompong-Soay, province frontière, souvent 
envahit; par les Siamois, a plusieurs fois été vidée par eux de 
ses habitants, que plusieurs fois tout le peuple de cette pro- 
\iuce ;i été; emmené par les armées thaïes jusque dans les 
provinces siamoises du ménam de Bang-kok, et qu'avec le 



— 369 — 

peuple elles ont emporté la tradition nationale, le souvenir du 
passé de la province, le nom des monuments ruinés qui la 
couvrent et l'histoire de ces monuments. Les populations, qui 
sont venues du sud , derrière les vandales siamois , pour repeupler 
les territoires abandonnés, ne savaient rien ou presque rien 
sur les ruines des monuments cachés au fond des bois; et ces 
ruines ne leur disant rien du passé, ne leur rappelant aucun 
souvenir, n'étant l'objet pour eux, nouveaux venus dans le 
pays, d'aucune tradition, ces ruines, Messieurs, finirent par 
être oubliées. Les routes qui y conduisaient, n'étant plus fré- 
quentées, n'étant plus entretenues par les fidèles, devinrent des 
sentiers de moins en moins larges; puis un jour vint où ces 
sentiers furent impraticables, des arbres y poussaient leurs 
profondes racines, des lianes s'y croisaient. 

Alors, comme un épais voile d'ombre et de nuit, la végéta- 
tion se mit à dérober aux habitants du voisinage les sanctuaires 
de l'ancien culte et, le voile s'épaississant chaque année da- 
vantage, il arriva que la nuit fut plus profonde encore, la nuit 
de l'oubli, la nuit des traditions à tout jamais perdues. Voilà, 
Messieurs, ce qui peut expliquer l'ignorance des indigènes 
concernant les monuments que nous découvrons dans leur pays 
et leur étonnement quand, près de leurs villages, à quelques 
kilomètres de leurs maisons, nous mettons au jour une ruine 
qu'ils ignoraient, une ruine qui atteste tout à la fois la puis- 
sance des Cambodgiens dans le passé et leur abaissement dans 
le présent. C'est ainsi, Messieurs, que les découvertes qu'on 
fait au Cambodge sont de vraies découvertes. 

A trois quarts d'heure de Kompong-Thom, se trouve Ca- 
Chap, un village de sauvages Kouylles, et, à trois quarts 
d'heure au delà, un village de Cambodgiens, poum En-Kmas 
de son nom verbal et poum Pro;t-En-kommas de son nom 
réel. Ce dernier nom, qu'on trouve toujours dans l'écriture, 
avait attiré mon attention, parce qu'il signifie s village du 



— 370 — 

divin Indra jeune» on peut-être r village nouveau du divin 
Indra". Je partis en janvier i8q/i pour ce village, afin d'étu- 
dier sa situation, de visiter sa pagode, ses mares s'il en avait, 
et de questionner les habitants sur ce qu'ils savaient de son 
passé. Je trouvai poum Préa-En-Koramas tout entier assis 
sur le côté ouest de la route et la bordant. Tout en face, une 
vaste plaine cultivée en rizières, féconde autant que me per- 
mettaient d'en juger les pieds de paille de riz déjà desséchés 
par le soleil et les tas énormes de gerbes qui pointaient la 
campagne. Au bout du village, la pagode s'élève sur un tertre 
<pii domine la plaine d'au moins trois mètres; aux pieds de ce 
tertre, entre la route et la palissade en bois qui limite l'enclos 
sacré, un beau, vaste et profond sra (bassin), qui a fourni la 
terre dont le tertre est fait, attira tout de suite mon attention. 
J'étais évidemment en présence d'un bassin sacré, d'un terri- 
toire autrefois consacré à Indra, et sur lequel les Cambod- 
giens, devenus bouddhistes, avaient élevé un temple au Mouni 
de la race des SAkyas. Je visitai la pagode et j'y trouvai un 
entablement de porte sculpté qui, avec une centaine de pierres 
de bay-kriem(riz brûlé, conglomérat ferrugineux, qui a l'ap- 
parence du riz brûlé au fond de la marmite), soutenait le 
remblai de l'enceinte consacrée autour du temple. La pagode 
ne contenait rien de remarquable et, contre mon espérance, 
on ne put m'indiquer aucune inscription. 

J'appris cependant quatre choses : i° que Préa-En-Kommas 
était encore, il y a cinquante ans, le chef-lieu du dey kom- 
pong-Soay, et que Mcnh, gouverneur général ou sdach-tranh 
vers iS3o. l'habitait avant sa trahison et son départ pour les 
provinces occupées par les Siamois; on me montra l'emplace- 
ment de sa maison; 2° que les sacrifices humains, qui jadis 
avaient lieu chaque fois qu'un nouveau sdach-tranh entrait en 
fonction, et les exécutions capitales pour crimes se faisaient 
dans le petit bois nui, comme un coin, s'avance dans la plaine 



— 371 — 

en face de poum Karang, tout près d'an néac-ta ou génie qui 
habite une pierre grossière, que je visitai et que je trouvai 
dans une petite maison de bois; on ne sacrifie plus qu'un 
bœuf aujourd'hui, le jour de l'arrivée du nouveau sdach-tranh 
dans la province; mais, bien que les sacrifices humains datent 
de cinquante ans au plus, on a presque perdu le souvenir de 
cette coutume barbare; cependant le village de Karang est 
toujours, à chaque sacrifice de bétail, tenu, par une très an- 
cienne coutume, de fournir au gouverneur et à toute sa suite 
le repas qui suit cette cérémonie; les gens de poum Préa-En- 
Kommas se joignent à eux pour cela, mais la coutume ne les 
y oblige point et c'est par pure gracieuseté; 3" qu'un klwal ou 
« digue-chaussée» passe derrière le village et se dirige vers un 
prasat-kuk, tour en forme de four, située dans un petit bois 
entre les poum Maha, Sambaur et Sral ; 4° qu'on a élevé, il 
y a six ans environ , une pagode sur l'emplacement d'un prasaf- 
kuk situé à poum Maha ; ce prasat s'est écroulé il y a si long- 
temps déjà, me dit-on, que personne ne se rappelait dans le 
pays l'avoir vu debout. 

Je partis pour poum Maha, qui se trouve à environ une 
heure et demie au nord de poum Préa-En-Kommas. A mi- 
chemin environ, je trouvai le khnal qui traverse la route qno 
je suivais et je constatai que sa direction ouest-est changeait 
assez brusquement à quelque cent mètres de la route sur la 
droite, et qu'elle était alors sud-nord. 

J'observai encore que la route était, à droite et à gauche, 
bordée de mares nombreuses à demi comblées et envahies par 
les herbes, et que la plaine en était également agrémentée, 
(les mares attestaient l'existence dans le passé de nombreux 
hameaux élevés sur les remblais faits avec la terre extraite do 
ces mares; mais pas un arbre fruitier, pas un palmier ne 
restait de ces hameaux. J'appris alors qu'une population nom- 
breuse occupait autrefois cette plaine et la cultivait, que les 



— 372 — 

rizières ([ni s'étendaient très serrées entra ponm Préa-En- 
Kommas et Maha, et même au delà, étaient fécondes et ré- 
putées pour leurs récoltes; j'appris aussi que les Siamois étaient 
venus en 1780, conduits par le niékang-top Sasey (comman- 
dant d'armée Sasey), qu'ils avaient brûlé les villages, coupé les 
arbres par le pied et emmené plus de 60,000 habitants dans 
leur pays mal peuplé et alors beaucoup moins riche que le 
Cambodge. 

Là encore, comme dans la province de Bàli, comme dans 
la province de Sambaur, je trouvais les traces des Siamois, 
c'est-à-dire des ruines, des pays dépeuplés et le souvenir des 
crimes et du vandalisme thaï. 

A poum Maha, qui veut dire «village grand 55 et qui ne 
comporte plus que quatorze maisons, je trouvai la pagode 
dont on m'avait parlé construite sur l'emplacement du prasat 
écroulé, entourée de l'ancien mur en bay-kriern. Je découvris 
plusieurs très beaux entablements de portes ou de fenêtres, 
des fragments de colonnes en pierre, une dizaine de bouddhas 
très grossièrement taillés en relief sur des blocs de pierre à 
peine équarris, une statuette haute de m. 60 de la Srey 
Kromlak (Cri-Laskmi), une statue d'homme brisée et couchée 
sous une petite paillette et, ce qui était plus important pour 
moi, deux inscriptions que j'estampai. Malheureusement, l'une 
des pierres gravées qui servait de sema (borne limite) était fort 
endommagée et l'autre, de beaucoup plus importante, portait 
quelques lignes, les premières, absolument illisibles. 

On me montra devant la pagode et. par conséquent, se diri- 
geant vers l'est un khnal, ou digue-chaussée, qui s'enfonçait 
dans la campagne et se dirigeait vers le prasat-kuk que je me 
proposais de visiter el dont on m'avait parlé à Kompong- 
Tbom sans pouvoir me donner aucun renseignement sur lui. 

Je partis pour le prasat-kuk. où j'arrivai après une heure 
et demie de marche. Mes miliciens avaient installé le campement 



— 373 — 

au bord do l'au Cru-Ké, un petit ruisseau limpide qui coupe 
la route; je parcourus la forêt, précédé de mes hommes qui 
avaient le coupe-coupe à la main et qui traçaient des sentiers 
à peu près praticables. Je restai trois jours sur les lieux, et, le 
troisième jour, à onze heures du matin, j'avais exhumé : 
i° dix tours à base carrée, à sommet rond, et dont l'intérieur 
rappelle les fours indigènes à briques; 2° une tour à base 
octogonale, mais dont l'intérieur et le sommet ne diffèrent pas 
des dix précédentes; 3° une tour carrée s'élevant à plus de 
i5 mètres au-dessus du sol; h° un petit monument de 
27 mètres cubes environ (3x3x3) qui est un petit sanc- 
tuaire; 5° un sra aux parois en pierre de bay-criem, et 
6° plusieurs murs ruinés qui étaient autrefois des enceintes. 

Toutes ces tours sont en briques; quelques-unes, entre 
autres la tour carrée, la plus importante, a une porte et trois 
fausses portes en pierres magnifiquement sculptées et d'un 
seul morceau. Huit lions à crinière ou to (ce qui n'est pas 
commun au Cambodge où les sang% les lions ordinaires, sont 
représentés sans crinière), dressés et cambrés comme les lions 
que j'avais vus ailleurs, en gardaient les portes, à raison de 
deux lions par porte. Trois lions sont encore debout, les 
autres ont été renversés et gisent enfouis dans la brousse; 
chaque porte a deux colonnes octogonales d'une seule pièce, 
hautes de trois mètres environ et habilement travaillées, mais 
les deux colonnes de la vraie porte ont disparu. Les habitants 
prétendent avoir entendu dire qu'elles étaient en bronze et 
que les Siamois les ont emportées. Voici la photographie d'une 
des fausses portes et la photographie d'un des lions à crinière. 

Dans une des tours, j'ai trouvé le tronc de la Srey Krom- 
lack (1) et, dans une autre, une statue d'homme à tête de che- 

('} J'ai trouvé une statue de la Srey Oomlack, la Çri Laskmi des Indous, 
près de Sarabaur, et j'ai eu l'honneur d'entretenir l'Académie de cette statue 
lors de ma communication d'octobre 189:?. M. Aymonier a trouvé deux sta- 



— 374 — 

val. le Préa-Sctlhi-Suos , dont les membres sont cassés; il est 
probable que cette statue, dont voici les photographies prises 
de face et de profil, comme les lions, faisait avec son piédestal 
partie d'un monolithe et qu'elle s'est brisée en tombant: ce- 
pendant je n'ai pu retrouver ni le socle ni les membres brisés. 
Cette statue est celle d'un chef Yakkhas. chef des serviteurs 
de Kouvera, le Dieu des richesses. 

Dans une autre tour, j'ai trouvé une inscription sur une 
pierre formant le chambranle d'une porte, je l'ai fait copier, 
mais je ne sais ce qu'elle donnera à la traduction, car il y a 
bien des mots qu'on n'a point pu lire parce que la pierre s'est 
effritée, a éclaté en feuilles minces, qui. en tombant, ont 
emporté une partie de l'inscription. 

Toutes ces tours sont construites en briques mandarines 
sans mortier et sans charpente: à une hauteur de quatre ou 
cinq mètres, elles commencent à se rétrécir et chaque brique 
avance un peu vers le centre de manière à former une voûte très 
haute et conique. Tout cela tient par son poids toujours reporté 
vers le centre. Aussi, celles de ces tours qui se sont écroulées, 
se sont-elles écroulées par le sommet qui s'est éboulé à l'inté- 
rieur. Mais quelques-unes, qui peut-être datent de cinq ou six 
cents années, et c'est ce qui prouve la bonté du procédé de 
construction et la qualité des briques employées, ont résisté 
à l'œuvre destructive du temps: elles ne paraissent pas avoir 
été ébranlées!. 

La plupart portent à l'extérieur des panneaux de briques 
sculptées représentant des personnages en prière: ces pan- 
neaux dénotent une certaine habileté, mais le soleil, la pluie 
et le vent les ont effrités : beaucoup sont informes. Quelques 
dessus de portes sont en pierres sculptées, mais la plupart des 

tocs semblable* : l'une au plnioin (montagne) Chheuny-Pre] el l'antre à Ja-Bom; 
à ce dernier endroit, les imng èn m la nomment Jéai-Hen», la RvanaTurirq 
Hom. bien que eette alorse soi! la r.pn-entation aVanejenac femme, 



— 375 — 

linteaux sont seulement des pierres taillées à angle droit, po- 
sées horizontalement sur d'autres pierres semblables qui sont 
verticales. 

Neuf de ces treize monuments ont leurs portes tournées 
vers l'est, un autre regarde l'ouest, un le sud et deux sont ou- 
verts au nord. 

Si je suis bien renseigné, la digue-chaussée que j'ai ren- 
contrée entre Préa-En-Kommas etMaha vient d'Angkor-Thoni 
et aboutit à ce monument. Il y aurait plusieurs embranche- 
ments, mais je n'ai pu avoir leur direction, même par ren- 
seignement. 

Dans tous ces monuments, Messieurs, il faut distinguer la 
tour, qui est en briques mandarines rodées, et la porte, qui est 
en pierre La porte comprend deux chambranles généralement 
très larges sur lesquels est posé le linteau de pierre, qui est 
quelquefois admirablement sculpté. 

Cet entablement est quelquefois simple. 

Alors c'est une simple pierre plate posée horizontalement 
sur deux pierres verticales. D'autres fois ce linteau est moins 
primitif, alors c'est une pierre horizontale mais dont les ex- 
trémités apparentes ont été biseautées; dans ce cas, le linteau 
est plus large que le précédent et présente sa face la plus 
belle; cette face est quelquefois sculptée; quand le linteau bi- 
seauté ne présente pas sa face la plus large, il est biseauté en 
avant et en arrière; dans de larges entailles pénètrent les 
chambranles. 

D'autres fois encore, un entablement est posé horizontale- 
ment sur les deux chambranles dans lesquels il s'encastre au 
moyen de deux forts moignons. Dans ce cas, l'entablement est 
sculpté et la porte est ornée de deux colonnes placées exté- 
rieurement devant les chambranles; ces colonnes, quelquefois 
très grosses et d'une seule pièce, sont hautes de trois mètres 
comme dans le prasat le plus important de la foret. 



— 37<> — 

Quand on examine bien ces constructions (c'est une obser- 
vation également faite par M. Aymonier), on trouve que les ou- 
vriers construisaient d'abord la tour en briques et qu'ils avaient 
soin de laisser l'ouverture pour la porte; cette ouverture 
s'achevait ensuite en ogive très aiguë par encorbellement. On 
plaçait alors les deux chambranles de pierre verticalement le 
long des côtés de l'ouverture, puis le linteau dessus, puis 
l'entablement, et on remplissait l'ogive avec des briques ro- 
dées et sans mortier. Quelquefois derrière l'entablement sous 
l'ogive restait une niebe intérieure qui devait recevoir une 
statue, peut-être la statue du dieu gardien de la porte. Dans 
trois tours, j'ai trouvé deux linteaux séparés l'un de l'autre 
dans celle ogive. 

Dans deux tours, j'ai reconnu que l'entrée du monument 
était précédée d'une sorte de vestibule recouvert par une table 
de pierre. 

A l'intérieur des tours, il y a de forts crampons de pierre 
qui, peut-être, supportaient les plafonds de bois. Dans l'une 
d'elles, il y a une table de pierre sur la paroi qui fait face à 
la porte. Cela ressemble à un banc, mais je n'ai pu savoir à 
quoi il pouvait servir-, puisque les autres murs ne sont pas 
ornés de tables semblables, on ne peut supposer que sur celte 
table reposait le plancher. 

Dans un monument j'ai trouvé des tables de pierres rondes, 
au nombre de quatre, percées au milieu; elles devaient autre- 
fois supporter des statues ou des lingams qui ont disparu. 

L'un de ces monuments possède une gargouille placée très 
bas, semblable à celle que j'ai rapportée dans la résidence de 
Sambaur e| qui devait conduire, de l'intérieur à l'extérieur, 
l'eau et les builes parfumées qui servaient aux libations. 

Il est possible que tous ces monuments aient été munis de 
portes en bois. 

Je ne terminerai pas, Messieurs, sans vous présenter la 



— 377 — 

photographie d'une tour carrée qui se trouve à trois heures au 
nord de Kompong-Thom et qui porte le nom de Prasai-Andet, 
c'est-à-dire «Frasât qui Hotte [sur les eaux]?), qui émerge de 
l'eau. 

Voici une petite statuette en cuivre, couverte d'une patine 
épaisse qui atteste sa haute antiquité; c'est la représentation 
d'une hayadère céleste (LalîL'onc) exécutant l'un des pas les 
plus difficiles des danses encore exécutées au Cambodge et au 
Siam. Elle a été trouvée dans la province de Chikreng, pro- 
vince voisine du Grand-Lac, il y a une trentaine d'années, au 
fond d'un ancien canal qu'on recreusait. J'estime, Messieurs, 
d'accord avec les lettrés cambodgiens et surtout parce qu'elle 
est d'origine brahmanique et me paraît appartenir à la bonne 
époque, qu'elle peut remonter à 800 ans au moins, c'est-à- 
dire au x e siècle de notre ère. 

Voici maintenant des statuettes moins anciennes, représen- 
tant le Bouddha. Elles sont d'une facture roide, et ne sont 
point comparables à la statuette de la bayadère que je viens 
de mettre sous vos yeux. Ces statuettes bouddhiques rappellent 
assez bien les statues des primitifs qui ornent les portails de 
nos cathédrales. Vous observerez que les mains, le front et la 
ceinture ont des chas; ces chas servaient autrefois à enchâsser 
des pierres précieuses. J'estime que ces statuettes étaient des 
sortes d'ex-voto, ou bien des représentations du Bouddha que 
les fidèles offraient par esprit religieux aux pagodes. C'est, 
Messieurs, ce qui explique le grand nombre de petites sta- 
tuettes de ce genre, qui ornent les autels du Bouddha, dans 
beaucoup de pagodes cambodgiennes. 

Voici maintenant une statuette de Vichnou (je pense); elle 
est brisée par la moitié du corps et les quatre bras qu'elle 
avait ont disparu. 

Voici, enfin, la face d'un Bouddha reposant dans le Nirvana 
ou d'un Bouddha méditant. Les \eux sont clos et la ligure est 



— 378 — 

(rime suavité remarquable. Celte l'ace a cela de particulier 
qu'elle porte, derrière, la trace du tenon qui la fixait à la sta- 
tue. Il est probable que nous avons là une de ces faces du 
Bouddha que les Cambodgiens devenus bouddhistes fixaient 
sur la tête volontairement mutilée d'une statue brahmanique, 
représentant une des divinités du culte abandonné. A ce titre, 
Messieurs, cette face est curieuse et méritait de vous être 
montrée. 

N n XXVIII. 

LE FAC-SIMILÉ DU VASE DE GUXDESTRL'P , PAR M. ALEXANDRE BERTRAND. 

(SÉANCE DU 96 OCTOBRE 1 896. ) 

Messieurs, 

Je vous présentais, vendredi dernier, le fac-similé de vases 
[les coupes de Vaphio) remontant au xiu° ou xiv c siècle avant 
notre ère, d'une admirable perfection de dessin, un chef- 
d'œuvre d'orfèvrerie. Quoique bien plus récent et remontant 
seulement, suivant toute vraisemblance, au i c " siècle avant ou 
après notre ère, le fac-similé du grand vase ou chaudron de 
Gundestrup est une œuvre de décadence, d'un style barbare. 
Le contraste est frappant; mais, bien que d'un intérêt artis- 
tique moindre, ce chaudron m'a paru mériter également d'être 
mis sous vos veux. Son intérêt est d'un autre ordre. 

Vous vous rappelez que le vase de Gundestrup, dont j'ai 
déjà eu l'occasion de Vous entretenir, a été découvert au nord- 
ouest du Julland (la presqu'île cimbrique). Ce chaudron est 
indubitablement un vase hiératique. Les scènes qui y sont 
figurées sont des scènes ou des représentations religieuses. Si 
le vase est d'origine cimbrique, comme nous le croyons, il est 
impossible de ne pas y voir un monument historique de pre- 
mier ordre. Nous assistons à un sacrifice humain, à un défilé 
de guerriers, infanterie, cavalerie et musique. Parmi les divi- 



— 379 — 

nités se fait remarquer un Cemunnos, un dieu cornu à attitude 
bouddhique, comme sur le célèbre autel de Reims. Les masques 
des personnages divins rappellent un certain nombre de masques 
de bronze découverts dans notre Belgium (1 \ Il y a là une série 
d'études de détail des plus intéressantes. Je n'ai pas l'intention 
d'aborder, aujourd'hui, ce sujet délicat; j'insisterai unique- 
ment sur la date que j'attribue au chaudron de Gundestrup, 
question qui domine toutes les autres. 

La date que j'attribue au chaudron , d'accord avec M. So- 
phus Muller, l'éminent directeur du Musée de Copenhague, 
auquel appartient l'original, est le i er siècle avant ou, au 
plus, le i" siècle après notre ère. Or tous les archéologues 
ne sont pas de cet avis, même parmi les plus compétents. 
M. le professeur Steenstrup, de Copenhague, voit dans ces 
reliefs une série de scènes bouddhistes de l'époque des Vikings. 
M. Salomon Reinach, sans y reconnaître rien de bouddhiste, 
place la fabrication du vase vers la même époque, vi e ou 
vif siècle de notre ère, par suite de considérations purement 
artistiques qu'il a résumées dans un article récent de L'Anthropo- 
logie®. S'il en était ainsi, l'importance du vase en serait bien 
diminuée : ce serait une curiosité archéologique, au lieu d'être 
un monument historique. Je ne dirai rien de l'opinion de 
M. Steenstrup; il n'a fait que la formuler très brièvement; et 
elle est si particulière et, je dirai , si étrange qu'il est sage d'at- 
tendre, pour la combattre, qu'il lui ait donné tous ses dévelop- 
pements. Les objections de M. Salomon Reinach à la thèse de 
M. Sophus Muller, à laquelle nous nous sommes rallié, ont été 
au contraire très nettement formulées par lui. Elles se résu- 
ment en quatre arguments principaux : 

i° La matière du vase. — Pour nous faire croire que le 

(1) Un vase en ferre du Cabinet des médailles, provenant de Mous (Belgique), 
est orné de masques semblables. 

(2) L'Anthropologie, t. V, p. 456. 

XXII. 30 



] >i il. i Mr sir. KATtai \Lf • 



— 380 — 

vase de Gundestrup appartient au i cr siècle avant Jésus-Christ 
ou même au I er siècle après, il faudrait prouver que le métal 
argent était très répandu dans l'Europe du nord à cette époque. 
Or les découvertes prouvent que l'argent ne devint commun 
dans ce pays que vers l'époque des grandes invasions et des 
premiers Vikings. 

2° Parmi les animaux représentés sur le vase figurent des 
éléphants. — Ces éléphants sont évidemment copiés sur des 
modèles gréco-romains; or, parmi les modèles à nous connus, 
ceux qui leur ressemblent le plus se voient sur les diptyques 
consulaires romains du v° siècle après Jésus-Christ, où pa- 
raissent d'autres animaux traités dans le même style. 

3° L'un des groupes figurés sur le vase passe pour re- 
présenter Hercule combattant le lion de Némée. — Or, dit 
M. S. Reinach, cette scène se retrouve précisément sur des 
œuvres romaines contemporaines des diptyques, comme le 
Missorium en argent de l'ancienne collection Piot. (Cf. Gazette 
archéologique, î 886 , pi. XXI.) 

à Enfin, pour l'ensemble du style, le parallèle le plus 
exact est fourni par la fameuse plaque d'argent trouvée en 
Hollande, près de Ruremonde, et passée au musée de Leyde, 
où Stark reconnaissait avec raison une transition à la technique 
du moyen âge, un plaisir tout septentrional à des figures 
d'animaux merveilleux et sauvages. 

Ces observations sont justes , mais sont loin de constituer 
des arguments décisifs. Il me semble facile d'y répondre. 

L'argument du métal me semble de peu de valeur. Si l'ar- 
gent était alors un métal rare dans le Nord, et par conséquent 
précieux, n'était-ce pas une raison pour qu'il fût recherché 
comme matière de choix pour la fabrication d'un vase hiéra- 
tique d'une aussi grande valeur? 

La présence d'éléphants sur notre vase, sur un vase de cette 
espèce, ne me trouble pas plus que celle des griffons, des dra- 



— 381 — 

gons à tête de bélier ou des léopards. Sans doute, les artistes 
qui ont fabriqué le vase n'avaient pas d'éléphants sous les yeux. 
La grossièreté de l'image de ce proboscidien le montre assez 
clairement. Mais l'éléphant, à cette époque, était loin d'être un 
quadrupède inconnu. L'éléphant figurait sur une monnaie de 
Jules César et les Cimbres avaient certainement eu l'occasion 
d'en voir d'autres représentations, à défaut d'originaux, dans 
le cours de leurs célèbres excursions. Il n'y a donc de ce côté 
rien de concluant. 

En supposant que ce groupe, l'Hercule et le lion de Né- 
mée, représente réellement ce mythe grec, il n'est pas plus dé- 
placé sur ce vase au r qu'au v c siècle. 

Reste donc uniquement la question de style ! 

Or le vase de Gundestrup échappe à toute classification ré- 
gulière. Il ne relève, dans son ensemble, ni de l'art grec, 
archaïque, classique ou de décadence, ni de l'art romain ou 
gallo-romain, ni de l'art gothique (franc, bourguignon ou 
wisigoth). 

M. Sophus Muller a fait à ce sujet une étude comparative 
approfondie. Il montre que, si au lieu de se préoccuper de 
l'ensemble, on s'attache aux détails, on y découvre des points 
de rapport dans les directions les plus différentes, depuis la 
Grèce jusqu'à la haute Asie, en passant par l'Asie Mineure; 
d'autres détails font penser à l'art byzantin. Le problème 
est donc très complexe, et, suivant que l'esprit est plus for- 
tement frappé par l'un ou l'autre de ces rapprochements, 
on devait arriver et l'on est arrivé à des conclusions très di- 
verses. 

La réponse, si nous la demandons à des considérations pu- 
rement artistiques, étant des plus vagues et des plus obscures, 
nous avons dû rechercher si nous ne serions pas plus heureux 
en nous plaçant à un point de vue plus général : le point de 
vue historique et mythologique. 

•36. 



— 382 — 

A ce double point de vue, les éléments de conviction abon- 
dent. Des armes d'un type particulier figurent comme trophées 
sur l'arc d'Orange inauguré sous le règne de Tibère : le car- 
nyx, c'est-à-dire la trompette à gueule de faune, le casque à 
cornes, le bouclier oblong et à umbo central, qui représen- 
taient aux yeux des Romains des derniers temps de la répu- 
blique, nous croyons l'avoir démontré, l'armement type des 
barbares du Nord, Gaulois etCimbres, dont un si grand nombre 
de deniers d'argent portant ces emblèmes rappellent la dé- 
faite. Le sanglier, qui y figure comme enseigne, se retrouve 
comme emblème, dans les cheveux de dieux ou déesses, sur 
les monnaies d'or des contrées armoricaines de la Gaule pré- 
romaine. 

Or, sur le vase de Gundestrup, l'armement des guerriers qui 
y figurent met également sous nos yeux lecarnyx, le casque à 
cornes ou surmonté du sanglier et le bouclier oblong à umbo. 

Les historiens grecs et romains nous parlent du grand 
chaudron qui jouait un rôle important dans les cérémonies 
religieuses des Cimbres. Non seulement notre chaudron est 
d'une dimension extraordinaire, mais, sur le premier tableau 
qui y figure, est représenté un grand vase analogue où un sa- 
crificateur précipite une victime humaine. Le chaudron cim- 
brifjue servait aux sacrifices humains. 

Ce n'est pas tout. Depuis quelques années, sont signalés à 
noire attention un ensemble de monuments religieux, décou- 
verts en majeure partie dans le nord-est de la Gaule (le Bcl- 
gium de César), d'un caractère tout spécial, se rattachant tous 
à un même mythe, le dieu cornu, à attitude bouddhique, le 
Cernunnos étroitement lié aux triades et aux tricéphales des 
mêmes contrées. 

Sur le vase de Gundestrup reparaît toute cette mythologie, 
qui régnait dans le Belgium à l'époque de l'érection de l'arc 
d'Orange, ce qui constitue un nouveau synchronisme. 



— 383 — 

M. Salomon Reinach voudrait que l'on ne vît dans ces coïn- 
cidences que des phénomènes de survivance. Ces scènes, si 
elles ont été sculptées sur notre vase au v e ou vi c siècle de 
notre ère seulement, seraient donc de simples scènes déco- 
ratives, inspirées par un sentiment d'archaïsme bizarre. La 
fabrication d'un tel vase en argent doré, avec ses colossales 
dimensions, me paraîtrait un phénomène bien plus singulier, 
bien plus difficile à expliquer, dans cette hypothèse, que la 
présence d'un éléphant sur une œuvre d'orfèvrerie du nord de 
l'Allemagne au i rr siècle de notre ère, ou celle du mythe d'Her- 
cule et du lion de Némée. 

Je crois donc notre vase fabriqué aux environs (le l'ère 
chrétienne, plutôt avant qu'après la naissance du Christ, et 
fabriqué chez les Chnbres de la presqu'île cimbrique. Je le 
considère comme un monument historique et mythologique 
de première importance. 

N° XXIX. 

UNE CHARTE LAPIDAIRE DU VI e SIECLE, 
PAR M. CHARLES DIEHL, PROFESSEUR À LA FACULTÉ DES LETTRES DE NANCY. 

(SÉANCE DU 26 OCTOBIIE l8ç)A.) 

L'inscription que j'ai l'honneur de communiquer à l'Aca- 
démie provient de la ville de Kairouan, qui, on le sait, n'a 
fourni jusqu'ici qu'un nombre fort restreint de documents épi- 
graphiques. Elle se trouve dans le minaret de la grande mos- 
quée, engagée dans le dallage de l'escalier et dissimulée dans 
un angle fort obscur; de plus, la plaque de marbre où elle 
est gravée était, au moment où on la signala à mon attention, 
couverte en grande partie d'une couche de chaux assez'épaisse, 
à travers laquelle apparaissaient en caractères peu distincts 
quelques fragments seulement du texte W. Grâce au concours 

W Une copie fort incomplète fut prise à ce mompiit pn.' le P. Veilard et 



— 38/i — 

de M. le capitaine Hannezo, du h" tirailleurs, dont l'Académie 
connaît le nom et les intéressantes découvertes, j'ai pu, non 
sans quelque peine, débarrasser la pierre de l'enduit qui la 
recouvrait, et je ne saurais manquer ici à remercier tout d'abord 
M. Hannezo de l'obligeance extrême qu'il a apportée à favo- 
riser mes recherches : c'est à son zèle pour l'archéologie que 
j'ai dû d'être mis sur le chemin de l'inscription ; c'est sa gra- 
cieuse intervention qui m'a rendu aisé, dans un lieu peu ac- 
cessible d'ordinaire aux profanes, le travail assez long et 
délicat du déchiffrement. 

I 

Le texte de l'inscription est, malheureusement, fort incom- 
plet : la plaque est brisée à droite et à gauche; la partie su- 
périeure manque et également la partie inférieure. Dans l'état 
actuel, le document comprend neuf lignes seulement, et pour 
lesquelles on ne peut proposer qu'une restitution approxima- 
tive. La voici, telle que je l'ai tentée d'après certains passages 
des Novellçs de Juslinien se rapportant au même ordre de 
laits ; je n'ai pas besoin de dire que ces suppléments, d'ailleurs 
incomplets, ne prétendent qu'à rétablir le sens général et nulle- 
ment les termes précis du document. 

«NTWTHOCNONUCa^c; 
IOABBATCMAYTPRGJBVTSRY 
NTtfMONACHIABBATSMJIBI 
JITADATIONS Sàuimui m 

publiée, MJil aucun comm .ntnirc, par le P. Delatlre ( Cosmos du îô avril loû3, 
j>. 76). Depuis lois, le P. Delattre a reçu de M. Hannezo nn estampage et mie 
copie plus complète, que j'ai tout liru de croire mienne, et il en a lire quelques 
indications, d'ailleurs fort insuffisantes, sur le document {Missions catholiques , 

lN<,/,). 



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— 385 — 

OR^WINIQYITATIBYJAUSNYMV 
ARYMMINIJTRIfAMrASNTfKRII 
INÇODOTAHCTIMARTYRItfTSPHAH 
SRINTKtfCTATIIWVPSRVSROSXPR; 
NA;t*RIOCON;TITYTA«Y«UPW 

entes, et hoc non licere e g 

in monasterjio abbatem aut presbuteru[m ordinari , sed omnes 

melioris opinionis existejntes monachi abbatem sibifeligant sine gralia 

aut pecuniarum propojsita datione. Sancimus. En [. . . 

. . . .]ore esse iniquitatibus alienum v[ei sacrilegiis quae ab Aria- 

norum vei Donatistjarum ministris adsolent fieri, i[ 

. . . .] in eodem saneti marturis Stephanfi monasterio. . 

. . . fu]erint delectati. Insuper vero ex pr[aeceptis reguiae 

mojnasterio constitutae vel ipsis [ l '>. 

Avant d'essayer de commenter ce document, il importe, 
tout d'abord, de tâcher d'en fixer la date approximative. La 
paléographie de l'inscription fournit, à cet égard, des indices 
significatifs : la forme caractéristique de certaines lettres, du D 
et du Q en particulier, l'aspect plus caractéristique encore de 
la sanction en cursive insérée dans le corps du texte et sur 
laquelle je reviendrai tout à l'heure, permettent d'attribuer la 
gravure au vi e siècle environ (2) . Aussi bien , est-ce également 
à cette date que nous reporte l'examen des faits mentionnés 
dans l'inscription. 



W Pour la restitution des lignes a-3, la forme est empruntée à la Nov. ia3, 
34. Pour les lignes 3-4 , cf. Nov. 6, i4. Pour les lignes 5-6 , où la restitution est 
fort hypothétique, cf. Nov. 'S']. Pour les lignes 8-9, cf. Labbe, Concilia, IV, 
16A9 et îoaA-ioaS, où un canon du Concile d'Arles de 455 dit : «Laica vero 
omnis monasterii congregalio ad solam et liberam abbatis proprii quem sibi ipsa 
elegerit ordinalionem dispositionemque pertinent, régula, quae a/undatore i/jsius 
monasterii dudum constituta est, in omnibus custodita.n 

W Cf. la première des deux planches ci-jointes, qui offre le fac-similé d'une 
partie de celte inscription. 



— 38(5 — 

[1 y est question, en effet, d'un monastère africain placé 
sous la protection du martyr saint Etienne, dont le culte était, 
on le sait, fort répandu dans la province d'Afrique (l) . Pour cet 
établissement monastique, le document prescrit un certain 
nombre de dispositions relatives, dans le fragment qui nous 
est conservé, à deux ordres de faits : i° au mode d'élection par 
lequel seront choisis clans le couvent l'abbé ou le prêtre; a°aux 
conditions que devra remplir le nouvel élu. C'étaient là, au 
vi e siècle, dans l'empire byzantin tout entier, et dans l'Afrique 
en particulier, d'assez grosses questions. Les évêques, en effet, 
prétendaient, à ce qu'il semble, exercer, sur les monastères 
situés dans leur diocèse, une autorité souvent tyrannique ( -' : 
non contents d'imposer aux moines des redevances ou des 
corvées arbitraires, sans cesse ils intervenaient dans les af- 
faires intérieures de la communauté, s'arrogeant, au détriment 
de l'abbé, une autorité directe sur les moines, réclamant, en 
cas de vacance du siège abbatial, le droit de désigner le nou- 
veau chef du monastère et lançant l'interdit sur les couvents 
qui essayaient de résister à ces empiétements (3) . Plus d'une 
fois, les conciles africains durent, sur la plainte des intéressés, 
accommoder des querelles de cette sorte et faire respecter «la 
liberté des monastères». C'est ainsi qu'en 52 5 le concile de 
Carthage trancha en faveur des moines le différend qui, de- 
puis plusieurs années, mettait le primat de Byzacène aux prises 
avec un des monastères de son diocèse'' . Un peu plus tard, 
en 535, un autre concile de Carthage, s'inspirant des mêmes 
principes, définit plus nettement encore les privilèges des 
couvents : «Les moines, disent les canons de cette assemblée, 
doivent être en la puissance de leurs abbés. Et si l'abbé vient 

W Bull, d'arch. crist., 1878, p. 2 6-95. 
M Labbe, Concilia, IV, i6/ia-i6/i3, 16/1(1. 
I* Une*, IV, 1785. 
l*> Ibid., IV, i(i'n-i6'i(|. 



— 387 — 

à mourir, son successeur sera élu par le choix de la commu- 
nauté, sans que l'évêque réclame pour lui le soin de diriger 
l'élection ou y intervienne en quoi que ce soit (1) . » En présence 
de ces prétentions épiscopales, on conçoit qu'il fût nécessaire 
de déterminer pour chaque abbaye les libertés qui lui appar- 
tenaient et que cette indication ait pris place, en conséquence, 
dans l'acte relatif au monastère de Saint-Etienne. 

Ces privilèges, en matière d'élection, semblent avoir été 
particuliers aux établissements monastiques d'Afrique : le Code 
de Justinien et les Novelles, qui, vers cette même date, règlent 
la matière, font plus large part, en général, à l'intervention 
épiscopale ( ' 2) . Mais quelles que soient, sur cette question, les 
variations de la loi civile, constamment elle s'accorde avec la 
loi religieuse pour exiger, partout où il y a élection , la par- 
faite sincérité des opérations électorales. Ni l'amitié, ni l'in- 
trigue, ni l'argent ne doivent déterminer le choix des élec- 
teurs (3) : les suffrages doivent aller au plus digne; et notre 
document ne fait ici que se conformer aux textes législatifs, en 
énumérant avec précision les conditions que remplira le nouvel 
élu. Ces conditions sont longuement expliquées en plusieurs 
passages du Code et des Novelles (/l) ; je n'en retiendrai ici 
qu'une seule : l'abbé choisi devra toujours professer la pure 
foi orthodoxe (5) . On conçoit que dans l'Afrique du vi e siècle, 
pleine encore d'hérétiques ariens ou donatistes, cette clause 
ait pris, dans notre document, une importance toute particu- 

W Labbo, Concilia, IV, 1780. 

(2 ' Au Cod. Just. , 1, 3, h& (a. 53i), on prescrit l'élection de l'abbé, avec 
confirmation et ordination par l'évéqne. La Nov. 5, 9 (a. 535) remet le choix 
aux soins de l'évêque. Enfin la Nov 1 9^5, 34 (a. 5'i(>) rend aux moines le droit 
d'élection. 

W Nov. 6, 1 et A; ia3, 1; 1S7, a - . Cod. Jusl., 1, 3, /11, if). CI'. GregOfii 
Magni epist. (éd. des Monumenta), 4, i3. 

< 4 > Cod. Jmt, i,3, 46. Nov. 5, 9; ia3, 34. 

^ Nov. 193. :<'i ; 1 37. 9. 



— 388 — 

lière. Les Novelles de Juslinicii (I) et la correspondance de 
saint Grégoire le Grand sutïiraient amplement à en démontrer 
la nécessité. 

II 

Tels sont les faits mentionnés par l'inscription de Kairouan ; 
il faut déterminer maintenant quelle était la nature de l'acte 
dont un fragment nous a été conservé par ce monument. Pour 
résoudre cette question, je dois insister tout d'abord sur une 
particularité fort remarquable du texte, qui en fait en réalité 
l'intérêt principal. 

Gomme le montre le fac-similé ci-joint, on trouve, à la 
ligne k de l'inscription, intercalé au milieu des caractères 
épigraphiques, un mot écrit en cursive : c'est la mention San- 
cimus. D'autre part, parmi les pierres employées à paver la 
cour de la grande mosquée de Kairouan, M. Hannezo a re- 
trouvé, un peu après mon départ, et m'a communiqué un 
autre débris d'inscription, malheureusement très court, mais 
qui provient, peut-être du même document que le premier frag- 
ment, en tout cas — le caractère paléograp bique le prouve am- 
plement — d'un texte de même nature appartenant à la même 
époque. Or on y lit : 

ANKDICI 
jirmamtis J 

WMINT 

.... ani edict[um 

.... Cou] firinamus. I [ 

. . .] solum in t[ 

Ici encore, on le voit, dans le corps de l'inscription est in- 
tercalé en cursive le mot Conjiymamus. Quel est le sens et la 

o Cf. Nov. 37. 



Acad. DES Ixscr. Comptes rendus. 



IL. m. 




SOUSCRIPTION IMPERIALE 
DANS UNE CHARTE LAPIDAIRE DU VI e SIECLE 



— 389 — 

valeur de ces deux ternies : Sancimus, Conftrmamus , ainsi mis 
en vedette par le graveur du document? Tous deux rappellent 
incontestablement les formules usuelles de la chancellerie by- 
zantine, et en particulier la mention Legimus^, cpie l'on voit, 
tracée au cinabre,, au bas d'une lettre grecque récemment pu- 
bliée par M. Omont (2) et dans laquelle on doit évidemment 
reconnaître une souscription impériale. Sans doute, aucun 
acte émanant de la chancellerie de l'empire d'Orient ne nous 
a présenté jusqu'ici la formule Sancimus. Mais, d'une part, 
ainsi qu'on l'a fait justement remarquer, nous savons fort mal 
encore par quels mots s'exprimait la souscription officielle 
destinée à authentiquer un acte (3) ; d'autre part, il est incontes- 
table que dans le style de la chancellerie byzantine du vi c siècle 
le mot sancimus est d'un usage constant. On le rencontre 
presque à chaque page dans les Novelles de Justinien et l'em- 
pereur parle quelque part, en termes exprès, des mesures auae 
nostra sanxit aeternitas (4 l Bien plus, parmi les actes émanant 
de l'initiative impériale, à côté des lois générales, à côté du 
rescrit (rescriptum ou àvTiypatyri) , de la jussio (xélevais) , la 
chancellerie byzantine connaît une catégorie d'actes spéciaux 
désignés sous le nom particulier de sanctio (S-sîb? ou «rpayf/a- 
tixos tu7tos) (5) . Il n'est donc point surprenant qu'on ait em- 

W On trouve également, vers le vi* siècle, Legi à la fin de certains actes 
(Nov. 22 et 10 5. Zachariae de Lingenthal, Jus graeco-romanum , III, p. 10, 
îi, 3i, 4o; Procope, Anecdota, p. kh); mais on discute sur la personne qui 
souscrit en ces termes. Dans certains cas, c'est incontestablement le questeur (Jus 
gr.-rom., III, i4, 3i), comme le veut Bruns (Die Unterschriften in den rom. 
Urkunden, Abhandl. de l'Académie de Berlin, 187 6, p. 84-85) ; mais Bruns géné- 
ralise un peu trop peut-être : il y a des cas où le Legi parait être une souscription 
impériale (cf. Gardthausen, Griechische Palaeographie , 367, 369-370). 

W Omont, Lettre grecque sur papyrus émanée de la chancellerie de Constan- 
tinoplc (Rev. archéol., t. XIX, 1892). 

W Gardthausen, l. c, 367. Cf. Bruns, p. 80-81, sur les causes de cette incer- 
titude. 

< 4 > Nov. 35. 

M Nov. 66, n3, i5a, 162. 



— 31)0 — 

ployé ce terme comme signe de validation clans un acte soumis 
à la signature impériale, et, d'ailleurs, on comprendrait mal 
le soin qu'a mis le graveur à reproduire, comme en une sorte 
de fac-similé, ces formules, si elles n'avaient eu, pour authen- 
tiquer l'acte, une valeur toute particulière. t 

Une objection, pourtant, reste à résoudre. Dans la lettre 
grecque des Archives nationales que je citais plus haut, dans 
les nombreux chrysobullcs émanant des empereurs d'Orient (1) , 
en général la signature du basileus est apposée à la fin de 
l'acte; tout au plus, la souscription chevauche sur les deux ou 
trois dernières lignes du texte; jamais elle n'est intercalée dans 
l'intérieur du document. M. l'abbé Duchesne, que j'ai consulté 
sur cette difficulté, veut bien me dire pourtant qu'il a vu cer- 
tains chrysobulles ainsi disposés, portant dans le corps de la 
charte des mots tracés avec l'encre rouge exclusivement ré- 
servée à l'empereur (2) . Les actes du v° et du vi° siècle fournissent 
des exemples de la même disposition : j'en rappellerai un seule- 
ment. Dans la Pragmatique Sanction émise en 556 par Jus- 
tinien, presque chaque article est suivi d'indications relatives 
à la date et à la promulgation du document, qui rompent ainsi, 
en de nombreux passages, la continuité de l'acte w . Un pas- 
sage du Code de Justinien est plus significatif encore : dans un 
rescrit de l'empereur Léon I er , en date de /170, déterminant 
que la souscription impériale devra toujours être tracée à 

W Cf. p. ex. lu règle d'Irène Ducas (xn" s.) dans Omonl, Fac-similés des 
plus anciens imimisaits grecs de la liibl. Nationale, pi. \LIX , et un acte de Jean 
l'uléologue (îMG) dans le Musée des Archives départementales, u° ni. 

W VA'., sur ce privilège, Gardlhansen, /. c, 81. Jus gr.-rom., III, 3a5, '.\Uo, 
:{6. r ), :i8.'i , /11 i,et, pour une époque plus rapprochée de noire texte, la pseudo-lettre 
de Grégoire II à Léon flsaurien : e billet ae tuae . . . sigillis lmperal<>ris olisi- 
gnatae diligenter sunt, ac accuratae intus subscriptiones per cinnabarim propria 
manu tua, ut inos est lmperaloribus subscribero ( Migne, Pair, lat., L\X\I\, 
5ia). 

M Sur l'équivalence établie plus tard entre ces dates et uni' vraie souscrip- 
tion, cf. Gnrdlliaiisen. /. c, ^70-^71. 



— 391 — 

l'encre de pourpre, on lit que les annotations de la main du 
prince pourront être inscrites en n'importe quelle partie des 
pages du rescrit : «Sacri adfatus, quoscunque nostrae mansue- 
tudinis in quacunque parte paginarum scripserit auctoritas » (1) . 
Qu'on admette donc une sanction impériale intercalée dans le 
corps du document, ou bien qu'on voie — ce qui paraît plus 
probable — dans notre inscription une série de dispositions ac- 
compagnées, selon le cas, de la confirmation ou de la sanction 
souveraines, en tout cas une chose résulte de nos observations : 
1 inscription de kairouan nous offre des fragments d'une charte, 
peut-être de fondation , émise en faveur du monastère africain 
de Saint-Etienne par un empereur du vi e siècle. Il serait im- 
prudent de vouloir préciser la date davantage; et il est, à cet 
égard, singulièrement regrettable que le second fragment ne 
nous ait conservé que les lettres finales du nom de l'empereur, 
dont l'édit reçoit confirmation; mais, du moins, ce fragment 
prouve nettement, je pense, le caractère de l'acte : le privilège 
de confirmer un édit impérial ne saurait appartenir à nui 
autre qu'au basileus. 

III 

«Au vi c siècle environ ou au vu e , dit M. de Rossi, l'usage 
s'introduisit, à Rome, de graver sur marbre les chartes de do- 
nation émises en faveur des églises { '-'K » L'épigraphie nous a 
conservé un certain nombre de ces actes inscrits sur la pierre : 
je citerai entre autres exemples la charte de saint Grégoire 
le Grand pour l'église de Saint-Paul-hors-les-Murs, qui date 
de do h, l'inscription grecque du monastère de Saint-Erasme 
au Coelius, qui date du vn c siècle' 3 ', la charte du pape Ser- 
gius, pour l'église de Sainte-Suzanne, qui est de la fin du 

o Cod.Just., i, «3, , ft 

' !) Inscr. christ, urbis llomne , 11, h h. 

M Jbid., II, !xh. Duclicsnc, Le Liber pontificatis , I, M7. 



— 392 — 

même siècle (1) , le privilège de Grégoire II pour la basilique 
de Saint-Pierre (2) , et le règlement de Grégoire III pour la 
desservance d'un oratoire fondé par le pontife (3) , qui datent 
du vni c siècle. C'est dans cette catégorie de documents, assez 
improprement dénommés chartes lapidaires, que notre inscrip- 
tion doit prendre place : elle est, si je ne me trompe, la plus 
ancienne de la série, et, à ce titre seul, elle mériterait quelque 
attention; elle se distingue, en outre, de ses voisines par un 
détail absolument unique, et qui doit, je pense, lui assurer 
un intérêt de curiosité tout particulier. 

En général, les copistes qui transcrivent les actes officiels, 
et les graveurs d'inscriptions en particulier, lorsqu'ils reportent 
sur la pierre les documents émanant de l'initiative impériale, 
semblent fort préoccupés de mettre en lumière l'authenticité 
de la souscription du basileus : et cela à juste titre, tout acte 
non souscrit de la propre main du prince étant tenu pour nul 
et sans valeur (4) . C'est pour cela que, dès le 11 e siècle, le gra- 
veur du rescrit relatif au Saltus Burunilanus a indiqué expres- 
sément dans sa transcription la présence, dans le texte ori- 
ginal, de la souscription du prince; il a fait précéder de la 
note : et alia manu la mention scripsi, tracée de la main de 
Commode (5) . Le graveur qui a copié la charte émise pour 
le monastère de Saint-Etienne a évidemment obéi à une 
semblable préoccupation : lui aussi a voulu montrer que le 
document original contenait, inscrites à l'encre rouge, des 
souscriptions tracées de la propre main du basileus. Mais, au 
lieu de les transcrire dans le même caractère que le reste de 

O) De Rossi (Bull, d'arcli. crût., 1870, p. 89) et Duchesne, /. c, I, 379. 

M Do Rossi, huer, christ., II, 309-210, 4i3*. 

M llnd., II, fitn sqq. et Ducliosmv /. r. , I, ^117 cl /inî>-4a3. 

W Cod.Juxt., 1, 93, 6. Monimsou, Gordian'i Dekrct voit Skaptnparene , d*M 
ZeiUchr. d. Stnigny-Sli/htng , Rom. Ahl. , XII (189-1), p. »5s. 

w Cf. neutres exemples dam Brada, h c, 70, 78, 76, surtout 8t 4 el 
Mommsen (BtrkkU d. Scich*. Ges. d. U'V»»., t. III, p. 9j%-4jh)l 



— 393 — 

l'inscription, il a voulu faire éclater aux yeux la différence, 
jadis exprimée d'une manière en quelque sorte abstraite par 
la mention : et alia manu. Il s'est appliqué à reproduire sur la 
pierre, en un véritable fac-similé , les notes impériales inscrites 
dans l'original ; et ainsi l'inscription de Kairouan nous conserve, 
dans le Sancimus et le Confîrmamus, écrits en cursive, une 
copie, plus ou moins imparfaite sans doute, mais incontes- 
table, de la souscription émanant du basileus byzantin. 

Par là, notre inscription est, je le crois, un monument 
unique, «le seul en ce genre, comme le disait non moins 
justement M. Omont pour le Legimus du ix e siècle, qui nous 
soit parvenu des actes solennels émanés de la chancellerie de 
l'Empire d'Orient ». Déjà l'Afrique nous a donné, il y a quelques 
années, dans l'inscription du Moissonneur, un monument pa- 
léographique de premier ordre : elle nous rend aujourd'hui, 
avec la plus ancienne charte lapidaire connue, un document 
plus curieux peut-être et plus remarquable encore de la chan- 
cellerie byzantine. 



394 — 



LIVRES OFFERTS. 



SEANCE DU 7 SEPTEMBRE. 

Sont olïerts à l'Académie : 

Neuf sceaux de l'Orient latin, par M. Gustave Schlumberger, membre 
de i' Institut (Paris, 189A, in-8°; extrait de la Revue de l'Orient latin, 
t. H); 

Bulletin et Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, 
1892 et 189.3 (Paris, 1893, 2 vol. in-8°); 

Mémoires et Comptes rendus de la Société royale du Canada pour Fan- 
née i8g3, t. XI (Ottawa, 1893, in-4 ); 

The sacred Boohs ofthe East , translated hy varions oriental Scholars 
and edited by F. Max Mùller, vol. XXXVI. The Questions oj King Mi- 
linda , translated by T. W. Rhys Davids, part II (Oxford, 189^1, in-8°); 

Oriental Studies. A Sélection 0) ' the Papcrs rcad bcj'orc tlie Oriental Club 
oj Philadclphia, 1888-1896 (Boston, 1894, in-8°); 

Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et historique de la Cha- 
rente, année 1 8 9 3 , 6 e série, t. III (Àngoulême, 189&, in-8°). 

M. Alexandre Bertrand a la parole pour un hommage. 

rr J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie le second volume de la série por- 
tant le titre général de Nos origines , dont le premier volume, La Caule 
avant les Gaulois, a paru il y a quelques années. Le second volume est 
intitulé : Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube (Paris, 189'!, 
in-8°). 

ffOn sait que les Commentaires de César débutent par une phrase où 
il déclare que trie territoire de la Gaule se divise en trois parties habi- 
rrtées, l'une par les Belges, une autre parles Aquitains, la troisième par 
freeux qui s'appellent Celtes dans leur langue et que nous appelons 
« Gaulois (Galli)etque ces trois peuples diffèrent entre eux par le langage, 
nies mœurs et les lois : Hi omnes lingua, instilutis, legibus inter se diffe- 
rrrunt". 

ffNos historiens ne nous paraissent pas s'être assez préoccupés de 
cette affirmation de César, si nette, cependant, dans sa brièveté, touchant 



— 395 — 

les caractères distinctifs de ces trois groupes, portant à la fuis sur le 
langage, les mœurs et les lois. S'ils en ont tenu suffisamment compte eu 
ce qui concerne les Aquitains, ils semblent, à l'exception d'Amédée 
Thierry, avoir considéré comme non avenue là partie de la phrasé rela- 
tive aux Celtes et aux Belges. L'insistance de Diodbre à prévenir ses 
lecteurs (liv. V, ch. xxxu) de la nécessité de ne pas confondre, comhie 
le font les Romains, les Celtes et les Galates, les Celtes qui habitent au- 
dessus de Marseille entre les Alpes et les Pyrénées, les Galates qui ha- 
bitent lé long de YOcéan et de la forêt Hercynienne , s'avançant jusqu'à la 
Scythie, aurait dû leur ouvrir les yeux. Celte distinction à faire entre 
Celtes et Galates ou , si l'on préfère , entre Gaulois du Nord et Gaulois du 
Centre et du Midi , distinction sur laquelle nous avons déjà attiré l'at- 
tention de l'Académie, s'impose de jour en jour davantage. Le fait dé 
cette dualité de la population, reconnue par les Druides, donne seule 
une explication logique des diverses révolutions intérieures dont l'archéo- 
logie nous révèle tant de traces durant la période de la Gaule indépen- 
dante. Ces deux grands groupes se subdivisent, d'ailleurs, eux-mêmes 
en plusieurs groupes distincts qu'il est indispensable d'étudier à part. 
L'archéologie , d'accord avec le témoignage de César, de Diodore et de 
Strabon, nous le démontre de la manière la plus positive. 

rrNos leçons à l'Ecole du Louvre ont été, depuis trois ans, consacrées 
en partie à la démonstration de cette vérité capitale. Les Celtes des val- 
lées du Danube et du Pô, nous ayant, dans l'ensemble des tribus Celto- 
galatiques, paru former un groupe à part, bien défini, dont les contours 
sont suffisamment dessinés et le caractère et les mœurs suffisamment 
révélés par un groupe de monuments figurés, récemment découverts, 
ont été l'objet d'une étude spéciale. Ce sont ces leçons que nous avons 
détachées de l'ensemble pour les soumettre au contrôle de la publicité. 
Ces leçons ont été revues et remaniées avec le précieux concours de 
M. Salomon Reinach. Nous sommes heureux de voir le nom de M. Sa- 
lomon Reinach associé ici au nôtre comme il l'est déjà dans la direc- 
tion du Musée des antiquités nationales.» 

SÉANCE DU \h SEPTEMBRE. 

Sont offerts à l'Académie : 

Pouvons-nous nous assimiler la pensée grecque ancienne ? A propos d'un, 
poète anglais helléniste, sir Edward Bulwer Lytton , par E. Jovy (Vitrv le 
François, 1893, in-8°); 



XXII 



:, 7 



I.IUM, MU i.ll 



— 390 — 

Les exercices dramatiques et littéraires et les distributions de prix au 
collège royal des PP. de la Doctrine chrétienne de Vitry-le-François , par le 
même (Vilry-le-François, 1893, in-8°); 

Quelques lettres inédites de Perdoulx. de la Périère à l'abbé Laurent- 
Josse Le Clerc (Ï722-J.727), par le même (Orléans., 189/», in-8°). 

Virgile avant ï timide, , par M. V. Duchâtaux (Reims, 189 h, in-K"; 
extrait du tome XGIY des Travaux de l'Académie nationale de lleims). 

M. A. de Barthélémy a la parole pour un hommage : 
rnM. Ch. Grellet-Balguerie m'a chargé d'offrir à l'Académie un tableau 
qui résume une communication faite par lui le 18 octobre 1890; il y a 
ajouté quelques preuves nouvelles. Le but que se propose M. Grellet- 
lialguerie est de rectifier les dates attribuées à l'élection des papes com- 
pris entre les années 64çj et 70H. Il estime que jusqu'à ce jour on a 
commis pour ces pontifes une erreur d'une année; à cet effet, il s'appuie 
sur quelques textes qu'il pense avoir été négligés par ses devanciers, et 
surlout sur l'apparition d'une comète qui est signalée par les auteurs 
contemporains comme ayant parulors.de l'élection du pape Donal , d'août 
à septembre 077. Partant de ce fait, M, Grellet-Balguerie. calcule les. 
dates d'élection des prédécesseurs et des successeurs de Douai et constate 
que, pendant la période de cinquante-six ans ci-dessus indiquée, il y a 
une erreur d'une année pour chaque pontificat. * 

SÉANCE DU 2 1 SEPTEMBRE,. 

(Séance levée en signe de deuil de la moH 
tïe iML le commandeur .1. IJ. de Rossi, associé étrauj'or de l'Académie. } 

SÉANCE DU 2 8 SEPTEMBRE. 

M. A.-W. Zwenisowdskoï offre à l'Académie un magnifique volume,, 
dédié à S. M. Alexandre III, empereur de Pmssie : 

Lrs émaux byzantins (Collection de iM. A.-W. Zwenisowdskoï). ffi«J 
toire et monuments des émaux byzantins, par M. N. kondakow, professeur 
a l'Université de Sainl-Pétersb mrg (Francfort -sur- le-Mein, 1893, 
gr. in-/."). 

Est eiicore offert : 

Aimais ofthe American Academy o/political and .social Science, vol. Y, 
n" 9 et supplément (Philadelphie, 189A, -2 vol. in-8"). 

M.L. Deusle offre à Y Vcadémie, au nom des auteurs, MM. \. de ÇbMtfl 



— 397 — 

peaux et P. Gaucbery, un volume intitulé : Les travaux d'art exécutés 
pour Jean de France, duc de Berry, avec une étude biographique sur les 
artistes employés par ce prince (Paris, i8p,4, m-k°). 

ff Jean, duc de Berry, frère de Charles V, est justement célèbre par la 
protection qu'il accorda aux arts et aux artistes. De nombreux travaux lui 
ont été consacrés depuis un demi-siècle; celui que je suis chargé de pré- 
senter à l'Académie prendra place parmi les plus importants. Il nous 
apporte, en effet, des renseignements nouveaux et des observations ori- 
ginales et ingénieuses sur les œuvres d'art qui ont été commandées ou 
acquises par le duc Jean , sur les artistes qu'il a employés et sur la part 
qui lui revient dans le développement de l'art français à la fin du 
xiv e siècle et au commencement du xv\ 

tfMM. de Champeaux et Gaucbery ont produit des textes qui n'avaient 
pas été allégués par leurs devanciers; ils ont fait des rapprochements 
auxquels on n'avait pas encore songé, et proposé des attributions dont 
beaucoup sont, à première vue, très acceptables. 

rrLes travaux d'architecture ont été traités avec un soin particulier; les 
auteurs les ont étudiés d'après les trop rares documents de comptabilité 
qui nous sont parvenus, d'après d'anciens plans ou dessins, et, ce qui 
vaut encore mieux, d'après les débris, plus ou moins mutilés, qu'ils ont 
su en reconnaître. Ils ont fait un très heureux emploi des vues de châ- 
teaux qui ornent le calendrier du merveilleux livre d'heures possédé par 
M gr le duc d'Aumale. 

ffUne longue suite de planches permet d'apprécier les principaux tra- 
vaux d'architecture et de sculpture dont nous devons l'histoire et la des- 
cription aux efforts, couronnés de succès, de MM. de Champeaux et Gau- 
cherv. D 

■i 

SÉANCE DU 5 OCTOBRE. 

Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le 4 e fascicule des 
Comptes rendus des séances de l'Académie pour l'année 189/4 , bulletin de 
juillet-août (Paris, 1 89/i , in-8°). 

Il offre, en outre, de la part de notre confrère M. Ph. Berger, une 
brochure intitulée Le chemin de fer de Beyrouth à Damas et au Hauran 
(Paris, 189/1, in-8°; extraits du Journal des Débats des 1 a , i4, 18 et 
•20 août 1 894 ). 

Sont encore offerts : 

Griechischc Dcnker. Eine Geschichte der anliheu Philosophie, par M. Theo- 

"7- 



— 398 — 

èat Gomperz, professeur à l'Université de Vienne, correspondant de 
l'Institut, 3 e fascicule (Leipzig, 1896 , iu-8°); 

L'eau, élude philologique,, par M. H. Daussy (Paris, 1896, 3 vol. 
in-8°). 

M. Bréal oll're à l'Académie la première livraison d'un ouvrage intitulé 
Inscriptions de l'Orkhon, déchiffrées par M. Vilh. Thomsen, professeur 
de philologie comparée à l'Université de Copenhague. — I. L'alphabet. 
IL Transcription et traduction des textes (Helsingfors, 1896, in-8°). 

SEANCE DU 12 OCTOBRE. 

M. G. Perrot dépose snr le hureau le second fascicule qui termine le 
tome I er de la Fondation Eugène Piot , Monuments et Mémoires, publiés 
par l'Académie des inscriptions et helles-lellres. 

M. Maspkro offie à l'Académie le Discours qu'il a prononcé à la dis- 
tribution solennelle des prix du Lycée Montaigne, le 27 juillet 189/1 

(in-8"). 

Il présente, en outre, de la part des auteurs, trois brochures intitu- 
lées : 

Les Jardins dans l'ancienne Egypte, par M. Charles Joret, correspon- 
dant de l'Institut (LePuy, 189/i, in-8°); 

La Bordait du cheik el-Bousiri, poème en l'honneur de Mohammed, tra- 
duite û commentée par M. H. Basset (Paris, 189A, in-12); 

Les Apocnjphes éthiopiens, traduits en français par le même. — 
III. L'ascension d'Isaïe. — IV. Les légendes de saint Tertag et de saint 
Sousnyos (Paris, 189/1, " Nu '- '"-i* 2 )- 

M. Dericnbocrg a la parole pour un hommage : 

ffM. le 1)' Sinionsen, grand-rabbin de Copenhague, ma chargé d'of- 
frir à la Compagnie ces h pages in-folio lilhographiées, qui sont nue vraie 
ruriosilé eu fait d'imprimerie. Le célèbre professeur de Idéologie Johann 
Bu\lorf publia en 1G18 une nouvelle édition de la lîible rabbmitpie. On 
appelle ainsi les bibles qui . en dehors du le\le hébraïque el de la ver- 
sion chaidaïque, renferment un grand nombre d'anciens commentaires 
(le rabbins français OU espagnols. Connue Daniel Bomberg d'Anvers, à 
Venise, son prédécesseur, Buxtorf se servait pour la correction de ses 
ouvrages dfi savants juils qu'il hébergeait dans sa maison eu leur loin- 



— 399 — 

nissant aussi la nourriture préparée d'après le rile. Ou raconte même 
qu'un jour le magistrat de Bâle, où à cette époque il était interdit aux 
juifs de demeurer, fit enlever et emprisonner le correcteur et sa famille, 
et il fallut toute l'influence dont jouissait l'illustre professeur auprès de 
ses concitoyens pour les faire mettre en liberté. Ludwig Koenig, l'impri- 
meur, voulait presser à un tel point la publication qu'il exigeait de ses ou- 
vriers la composition et l'impression de six pages par jour. Néanmoins 
l'édition bàloise de la Bible rabbinique passait pour être d'une telle cor- 
rection que l'accentuation du texte hébreu et les formes grammaticales de 
la version chaldaïque étaient considérées par les exégètes comme des va- 
riantes authentiques. Grâce à la découverte, faite par M. le D r Simonsen, 
les hébraïsanls savent aujourd'hui que les prétendues variantes sont pour 
une grande partie des fautes d'impression. Dans un exemplaire de cette 
fameuse Bible, le grand-rabbin de Copenhague a trouvé quatre pages 
d'errata, précé lées d'une introduction, pages qui ne se sont rencontrées 
jusqu'à ce jour dans aucun autre exemplaire. M. Simonsen a depuis 
cherché dans les différentes bibliothèques de l'Europe, il a consulté les 
exemplaires qui se trouvent à Bâle; moi-même j'ai fait examiner ceux de 
la Bibliothèque nationale et de notre Institut, nulle part ne se rencontre 
la moindre trace de ces pages. Abraham, fils d'Éliézer Brunschwig, le 
correcteur ordinaire de Buxtorf, raconte dans son introduction que l'im- 
primeur avait été si exigeant qu'il lui était impossible de soigner la cor- 
rection et que le samedi surtout il avait été forcé d'abandonner la revi- 
sion aux ouvriers qui, de leur côté, quittaient l'imprimerie de bonne 
heure, afin de faire leurs préparatifs pour le dimanche. Abraham fit 
donc venir de Posen un certain R. Gimpel, érudit tout à fait inconuu 
pour nous, qui en relisant le texte imprimé releva les erreurs qui s'y 
étaient glissées. 

frM. le D r Simonsen a fait faire, à ses frais, la photographie de ces 
quatre pages d'errata; il en a offert un exemplaire, au Congrès des orien- 
talistes de Genève, à tous les savants hébraïsants et il m'en a donné un 
exemplaire pour la bibliothèque de l'Institut, n 

Est encore offert : 

Coleccion de documentos ineditos sobre la geografia y la historia de Co- 
lombia, recopilados por Antonio B. Guervo. Tome I : Qoêïk Atlànlica; 
tome 11 : Costa Pacijica, proriarias Mtorblea y rampanas de las conquista- 
dores; tome III : La lioya del Ortnoeo durante la cohnia | Bogota, 1891, 
1892 et 1898. 3 vol. in-S"). 



400 



SEANCE DU 1 y OCTOBRE. 

Sont offerts : 

Le premier chapitre de saint Jean et la croyance à ses vertus secrètes, 
par M. Edmond Le Blant, membre de l'Institut (Paris, 1896, in-8°; 
extrait de la Revue archéologique); 

Notice sur les monnaies ducales de Bourgogne (première race, io3i- 
i36i ), par M. À. de Barthélémy, membre de L'Institut (Dijon, 1894, 
in-8°); 

Abréviations grecques copiées par Auge Polilien et publiées dans le Glos- 
saire grec de Du Cange, par M. H. Omont (extrait de la Revue des études 
grecques, t. VII, 189/1, in-8°); 

Catalogue de la bibliothèque de Bernard II, archevêque de Saiut-Jacques- 
de-Compostelle (1226); publié par le même (extrait de la Bibliothèque de 
l'Ecole des chartes, t. LIV, 1890, in-8°); 

Fragments du manuscrit de la Genèse de R. Cotton, conservés parmi 
les papiers de Peiresc à la Bibliothèque nationale , publiés par le même 
(Paris, 189/1, in-8°; extrait des Mémoires de la Société nationale des An- 
tiquaires de France); 

Inscriptions grecques de Salonique, recueillies au xvm e siècle, par 
J.-B. Germain, publiées par le même (Paris, 189/i, in-8 u ; extrait de la 
Revue archéologique ) ; 

De l'usurpation dans le monnayage féodal , par M. de Vienne (Nancy, 
i8q4, in-8°; extrait des Mémoires de l'Académie de Stanislas); 

Légendes et contes merveilleux de la grande kabylic, recueillis par 
M. Aug. Mouliéras, professeur d'arabe au lycée d'Alger. Texte kabyle, 
2 e fasc. (Paris, 189/1 , in-8"; extrait du Bulletin de correspondance afri- 
caine). 

M. J. MifTre adresse à l'Académie trois brochures, dont il est l'auteur, 
intitulées : 

Moyens physiques de l'action éloignée (Paris, 189/1, m -8"); 

Action éloignée, action sur les mouvements locaux et généraux de la 
terre, retournement de la terre (Paris, 1898, in-8°); 

Résumé d'un mémoire sur l'action éloignée, adressé le 17 juillet 1888 
à la Chambre des députés (Paris, 1898. in-/»°). 



— 401 — 

SÉANCE DU 2 6 OCTOBRE. 

Sont offerts : 

Cours de littérature celtique, par M. d'Arbois de Jdbainville, membre 
de l'Institut. Etudes sur le droit celtique, tome I (Paris, 1895, in-8°); 

Adad, par M. Jules Oppert, membre de l'Institut (in-8°); 

Le problème de la vie, par M. le marquis de Nadaillac, correspondant 
de l'Institut (Paris, 1893, in-8°); 

Recueil des ordonnances des Pays-Bas, 2 e série (1506-1700), tome I. 
contenant les Ordonnances du 7 octobre i5o6 au 16 décembre i5ig, 
par M. Ch. Laurent, conseiller à la cour de cassation de Bruxelles 
(Bruxelles, 1893, in-fol.); 

An electric Flash on the Egyptian Question, its cause and origin, par 
M. Edvv. St. John Fairman (London, 1 896 , in-8°); 

Académie des sciences et lettres de Montpellier. Mémoires de la section 
des lettres, tome I, n° h. Le lieutenant général de Campredon, par Ch. Au- 
riol (Montpellier, 189/1 > m- 8°); 

Une race oubliée : Les Pélasges et leurs descendants , par M. Edouard 
Schneider (Paris, 189/1, in-8°). 

M. Menant offre à l'Académie, au nom de M. Henri Jouan, ancien 
capitaine de vaisseau de la marine française, une brochure intitule'e : 
Te vanana na tanaoa-te laï loho, chants des naturels des îles Marquises 
(Océanie) sur la Création et le Déluge. 

frCe n'est pas la première fois que ces chants ont été publiés en Europe; 
Abraham Fernandez , dans son savant ouvrage sur l'histoire de la race de 
la Polynésie , et Lawson en ont donné des traductions anglaises qui deman- 
daient à être complétées et contrôlées sur plusieurs points. M. H. Jouan , 
qui a vécu pendant plus de sept ans au milieu de ces populations, et qui 
parle couramment leurs langues et leurs dialectes, s'est livré à ce travail. 
Il paraît que la tradition de ces deux légendes dans les îles du grand 
archipel de l'océan Pacifique est antérieure à l'arrivée des Européens dans 
ces parages, n 

M. L. Deusle fait hommage à l'Académie, au nom de l'auteur, d'une 
brochure intitulée : Fabri de Peiresc humaniste , archéologue, naturaliste, 
conférence faite le 1 » mai 189/1 par M. Ch. Joret, professeur à la Faculté 
des lettres d'Aix. correspondant de l'Institut (Aix, 189/1, in-8"). 



— *ofl — 

M. de Lastiïyiuk offre, au nom de l'auteur, M. Louis Demaison, une 
brochure intitulée : Les architectes de la cathédrale de Reims (Paris, 1896 , 
in-8°). 

M. Barth a la parole pour un hommage : 

ff J'ai l'honneur de faire hommage, au nom de l'auleur, M. Charles Lan* 
raan, professeur à l'université de Harvard (Cambridge, Massachusetts), 
du tirage à part de la Notice nécrologique que M. Lanman a consacrée, 
dans la revue américaine The Nation, à la mémoire de son ancien maître, 
M. Whilney, qui a été peudant dix-sept ans membre correspondant de 
l'Académie. Je me permets d'y joindre la notice que j'ai publiée moi- 
même sur M. Whilney dans le Journal asiatique. 

«En second lieu, j'ai l'honneur de présenter à l'Académie, de la part de 
l'auteur, le pandit Râmnâlh Tarkaratna, un exemplaire de son poème 
sanscrit intitulé : Vâsudcvaoijaya, le triomphe de Vàsudeva. Le pandit y 
fait preuve d'une grande connaissance de la langue, d'une dextérité rare 
à se plier aux raffinements du style poétique, bien qu'il n'atteigne pas 
tout à fait à la virtuosité déployée dans les anciens modèles, et son œuvre 
a reçu l'accueil le plus flatteur de la critique indigène. Pour le lecteur 
d'Europe, il sera surtout frappé par le caractère artificiel du genre. Le 
sujet du poème, la conquête par Krishna duPàrijâta, l'arbre du paradis 
d'Indra, est un des plus rebattus de la légende purànique. Il est délayé ici 
en dix-huit chants, selon toutes les règles et avec tous les lieux communs 
d'un malididot/a : proportions et ordonnance de l'œuvre, choix des mo- 
tifs et des épisodes principaux, variété et succession des mètres, tout, 
dans ce genre, est ou prévu par des préceptes positifs, ou fixé plus ou 
moins par les précédents des vieux modèles. Si l'on ajoute qu'à la langue 
sanscrite, la langue poétique surtout, est par elle-même une lourde ser- 
vitude; que, pour tout ce que nous appelons le style, elle emprisonne 
en quelque sorte la pensée dans des monles compliqués et rigides, on 
s'aperçoit d'avance que la part vraiment personnelle de l'auteur est ici 
renfermée dans des limites étroites et qu'une œuvre de ce genre est ior- 
cément un pastiche. Les pandits qui, de temps immémorial, se livrent à 
ces exercices de slyle, ne sont pas de simples dilettantes. Ils ont tous 
pour occupation professionnelle un ou plusieurs îles castras, des disci- 
plines dont le sanscrit est l'organe, et, de même (pie chez nous, à l époque 
où toute doctrine se formulait en latin, on jurisconsulte, un médecin, 
un théologien , un physicien, uû philosophe était tenu de faire ses preuves 
de lettré en commettant quelques vers latins, c'est pour mettre le sceau 



— 403 — 

à leur réputation de savant qu'ils composent des poèmes qui sont, en 
effet, des œuvres de science plutôt que d'imagination. Le pandit Bâm- 
nâth Tarkaratna, sous ce rapport, ne fait pas exception à la règle. Par 
profession héréditaire, il est vislmouile védantiste et, dans un ordre de 
travaux beaucoup plus sévère, il a fait d'excellente besogne au service de 
la Société asiatique du Bengale, bien qu'il ait eu récemment avec elle des 
désagréments à suites fâcheuses que nous n'avons pas à examiner ici. 
C'est à lui, en grande partie, que sont dues les Notices des manuscrits 
sanscrits de la province du Bengale, publiées sous la direction de feu Bâ- 
jendralâl-Mitra , et, à diverses reprises , il est intervenu ellicacement pour 
défendre la cause libérale dans les polémiques soulevées par le Consent 
act bill, la loi récente par laquelle le gouvernement anglo-indien a essayé 
de remédier aux abus des mariages trop précoces, -n 

Ont encore été offerts : 

Analecta Bollandiana, tome XIII, fasc. 3 (Bruxelles, 189/1, in-o°); 

Annales du commerce extérieur, année 1896, 9 e et 1 o e fasc. (Paris, 
189 A, in-8°); 

Annales de la Société d'émulation du départaient des Vosges, 189 h 
(Paris et Épinal, 1896, in-8°); 

Archiva do districto fédéral. Revista de documentas para a historia du 
cidade do Rio de Janeiro, n° 9, septembre 189 A (Rio de Janeiro, 189/1, 
in-8'); 

Atti délia R. Accademia dei Lincei , anuo GCX.CI, 189/i, série quinta : 
classe di scienze morali , storiebe e (îlologiche, vol. il, part. 1; Notizie 
degli scavi (avril-août 189')) (Borne, 189/s, in-4°); 

Bibliolcca nationale centrale di Firente. Bollettino délie publicazioni i tu- 
liane ricevute per dirillo di stampa , 189/1 • Q ° a 208-31 1 (Florence, 1.89/1 > 
in-8°); 

! Bibliothèque de r Ecole des chartes, tome LV, 3 e et /i e livraisons (Paris, 
189/1, in-8°); 
Bulletin de l'Institut égyptien, décembre 1893, fasc. 9 cl 10 (le 
Caire, i8g3, in-8°); 

Histoire de l'art pendant la Renaissance, par M. Eug. Mihrrz, membre 
de l'Institut, livr. n5-l92 (Paris, 189/1, in-8°); 

Instructor (El), periodico eientifico y literario. Editor y director, 
D' Jésus Diaz de Léon; 2 e année, n 05 3 et h (Aguas-Galientes , 189'!, 
in-8°); 

Rcndicouti dellu reale Accademia dei Lincci , classe di scienze morali, 



— m — 

storiclie e tilologicbe, série quinta, vol. III, fasc. 7-8 (Rome, 1896, 
in-8 u ); 

Bévue archéologique , publiée sous la direction de MM. Alexandre 
Bertrand et Georges Perrot, membres de l'Institut; 3 e série, t. XXIV, 
juillet-août 189A (Paris, 1894, in-8°); 

Revue des Pyrénées, France méridionale , Espagne, dirigée par le doc- 
leur F. Garrigou; tome VI, k* livraison (Toulouse, 189Û, in-8°) ; 

Revue des questions historiques , 1 1 2 e livraison, i er octobre 1896 (Paris, 
189/i, iii-8°); 

Revue de la science nouvelle , n os 83-84 (Paris, 189/i, in-/» ); 

Société des antiquaires de l'Ouest, bulletin du 2 e trimestre 189 h (Poi- 
tiers, 189/1, in-8°); 

Westdeulsche Zeitschrift fur Geschichtc und Kunst , herausgegeben von 
prof. Hettner und D r J. Hansen, 1 3 a année, fasc. 8 (Trêves, 189/1, 
in-8°). 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 1894. 



COMPTES RENDUS DES SEANCES. 
NOVEMBRE-DÉCEMBRE. 



PRESIDENCE DE M. P. MEYER. 



SEANCE DU 2 NOVEMBRE. 

M. Héron de Villefosse rappelle que l'Académie a accordé 
au R. P. Delaltre une somme de 3,ooo francs sur les revenus 
de la fondation Piot pour continuer les fouilles de Carthage. La 
confiance de l'Acade'mie dans son savant correspondant n'a pas été 
trompée, ainsi qu'en te'moigne la note envoyée aujourd'hui parle 
R. P. Delattre. 

Cette note contient des détails du plus haut intérêt sur les 
récentes découvertes faites dans la nécropole punique voisine du 
Serapeum. Outre la liste des principaux objets recueillis, on y 
trouve le récit de l'ouverture d'un grand tombeau punique encore 
intact et la description du mobilier funéraire qui y était renfermé. 
Plusieurs autres tombes également fort curieuses entouraient la 
grande sépulture. On peut ainsi se faire une idée de cette im- 
portante nécropole située dans une partie de la ville antique où 
personne n'aurait soupçonné l'existence de tombeaux puniques. 
Lorsque les fouillas seront terminées, il sera facile de comparer 
les dilférentes sortes de tombes observées dans le terrain de 
Douïmes avec celles qui ont été trouvées à Saint-Louis, à Bordj- 

xxii. a8 



i«ritvmi: iniimuf. 



— /40G — 

Djedid et sur la colline dite de Junon (près du petit séminaire). 
Jusqu'à présent, on a constamment trouvé à Douïmes la même 
lampe, de forme primitive ; jamais on ne rencontre de lampes se 
rapprochant de la forme grecque ou romaine, jamais on ne ren- 
contre la lampe punique de basse époque que renfermaient les 
tombes de Bordj-Djedid. Cette nécropole, voisine du Serapeum, 
n'a pas encore fourni un seul vase-biberon avec bec sur la panse, 
ni un seul de ces unguentaria trouvés en si grand nombre dans la 
fosse commune et dans les sépultures les moins anciennes de la 
colline de Saint-Louis. On n'y a rencontré aucune monnaie pu- 
nique; on n'y a pas remarqué un seul sarcophage en tuf, pas un 
seul petit sarcophage en pierre (saouân), pas une seule amphore 
ayant servi à une sépulture d'enfant, pas une seule urne renfer- 
mant des ossements, pas la moindre trace de crémation. 

Ces observations et les comparaisons instructives que le R. P. De- 
lattre est à même de faire chaque jour sur place, permettront 
bientôt d'éclaircir la question des sépultures carthaginoises et d'en 
tenter une classification raisonnéc. Ce sera là un nouveau et signalé 
service rendu à la science par notre infatigable correspondant. 
Grâce à ses efforts, à sa persévérance, à son esprit de suite et 
d'observation, les ténèbres qui enveloppent l'histoire de la vieille 
Carthage se dissiperont peu à peu et les différentes civilisations 
qui se sont succédé autour de la colline de Byrsa nous apparaîtront 
dans leurs manifestations les plus intéressantes et les plus variées. 

A l'envoi du R. P. Delattre est jointe la photographie d'un 
nouveau masque funéraire en terre cuite. Il représente une ligure 
de vieillard riant, de l'effet le plus saisissant. Autour du masque 
sont disposés des trous qui servaient à le fixer. Il mesure o m. i3 
de hauteur. Plusieurs inscriptions puniques, peintes sur des 
vases, ont aussi été recueillies dans la nécropole de Douïmes' 11 . 

L'Académie procède à la nomination dune commission de six 
membres pour la présentation d'une double liste de trois candi- 
dats aux deux places d'associés étrangers laissées vacantes par la 

" Voir aux Communications, n° XXX (p. i.'i"i. 



— 407 — 

mort de sir Austen Henry Layard et du commandeur J.-B. de 
Rossi. 

Sont e'ius : MM. Delisle, Perrot, G. Paris, Barbier de Mey- 
naid, Senart, Boissier. 

L'Acade'mie procède, en outre, à la nomination de la Commis- 
sion des impressions. 

Sont désignés : MM. Delisle, Hauréau, Girard, Barbier de 
Meynard, Maspero. 

L'Académie se forme en comité secret pour entendre le rap- 
port de la Commission des antiquités de la France sur le concours 
de cette année' 1 !. 

La séance étant redevenue publique, M. Homolle communique 
le mémoire sur les fouilles de Delphes, qu'il se propose de lire 
à la prochaine séance publique annuelle. 



SEANCE DU 9 NOVEMBRE. 

Le Secrétaire perpétuel communique à l'Académie la lettre 
suivante que S. E. M. l'Ambassadeur de Russie a adressée au 
Président de l'Institut : 

Paris, le 6 novembre. 
Monsieur le Président de l'Institut, 

J'ai eu l'honneur bien précieux de recevoir l'adresse de condoléance 
par laquelle les cinq Académies constituant l'Institut de France, que 
vous présidez, font parvenir à S. M. fempereur Nicolas II et à S. M. l'Im- 
pératrice, son auguste mère, les sentiments dont sont pénétrés à leur 
égard les illustres représentants des. sciences , des lettres et des arts, dont 
s'enorgueillit la France. 

Je vous prie, Monsieur le Président, de vouloir bien être auprès des 
cinq Académies et de leurs éminents Secrétaires perpétuels, l'interprète 
de ma très vive reconnaissance pour la flatteuse attention qu'ils ont eu 

W Voir Appendice n° IV (p. 483). 

28. 



— 408 — 

l'obligeance de me témoigner en m'invitant à être l'intermédiaire de leur 
hommage. 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma haute 
considération. 

Baron de Mohrenheim. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. Héron de Villefosse 
communique à l'Académie un travail manuscrit de M. Arthur 
Bourguignon, capitaine au i3 e chasseurs alpins. Ce travail est 
relatif à la découverte d'un ancien camp fortifié, faite par cet 
officier au Roc des Puits -Brisés, près de Sardières, commune de 
Sollières (Savoie). 

Ce camp était établi sur un petit plateau, à l'extrémité d'une 
croupe qui terminait un des contreforts de la Dent Paiachée. 
Trois de ses faces dominaient sur des à-pics; le seul côté acces- 
sible était l'ouest, point où la croupe se rattache au conlreforl. 
Mais le passage élait barré, de ce côté, par un mur allant d'un 
ravin à l'autre sur une longueur de 5o mètres, avec une épais- 
seur moyenne de 3 mètres et une hauteur à peu près égale. En 
avant de ce rempart, un fossé et des défenses accessoires for- 
maient obstacle. Ce camp commandait ainsi au nord-est l'unique 
débouché du plateau de Sardières et sa communication avec le 
grand mont Cenis. Il pouvait donc être utilisé dans la défense 
de la Maurienne contre les envahisseurs descendant de cette 
montagne. Il avait une surface de 600 mètres carrés et pouvait 
abriter un millier d'hommes environ. 

En 186/1, deux habitants de Sardières ont découvert des 
armes sous une souche qu'ils arrachaient dans le bois communal, 
à l'extrémité nord du mur. Ces armes paraissaient remonter aux 
premiers temps du moyen âge. C'est aussi l'époque que l'auteur 
de ce travail manuscrit assigne à l'établissement du camp du 
Roc des Puits-Brisés. 

M. Clermont-Ganneau rend compte de l'état des papier* de 



— 409 — 

Silveslre de Sacy, que les héritiers de M. Pavet de Courteille 
viennent d'offrir à l'Académie et qui sont déposés à la bibliothèque 
de l'Institut. Ces papiers comprennent la correspondance de SH- 
vestre de Sacy avec différents orientalistes, de 1778 à 1837, et 
des notes diverses relatives aux recherches officielles faites au 
commencement de ce siècle par Silvestre de Sacy dans les archives 
et autres dépôts de Gênes (Italie). 

M. Heuzey, dans un mémoire intitulé : Une villa royale chal- 
déenne. commence à étudier en détail tout un groupe de construc- 
tions et de monuments découverts par M. de Sarzec et apparte- 
nant à une résidence des plus anciens rois de la Chaldée, environ 
quatre mille ans avant notre ère. Il s'appuie d'abord sur les ta- 
blettes de fondation du patési Entéména, dont cinq nouveaux 
exemplaires, formant duplicata, apportent à la lecture et à l'in- 
terprétation du texte des améliorations notables. 

Entéména s'y montre surtout à nous sous l'aspect d'un prince 
agriculteur et planteur. Parmi ses œuvres préférées figurent deux 
plantations, dont il avait fait des bois sacrés, en les plaçant sous 
la garde de deux divinités différentes : la déesse Nin-harsag, dame 
des montagnes et mère des dieux, prototype chaldéen de la Cy- 
bèle classique, et la déesse Nina, divinité des eaux, figurée par 
le vase qui contient un poisson. A la même déesse il consacre un 
sanctuaire, comme à tr celle qui fait croître les dattes ». Il en ré- 
sulte une précieuse indication sur les plantations dont il s'agit. 
On ne peut douter que, grâce aux importants travaux hydrauliques 
dont M. de Sarzec a retrouvé partout les traces, le désert deTello 
ne fût alors transformé en une véritable forêt de dattiers. 

Les anciens habitants de la Mésopotamie avaient un vieux chant 
populaire, sorte de litanie rustique, célébrant les 36o bienfaits 
du dattier, qui était, comme aujourd'hui , la grande ressource de 
ces contrées. Parmi les présents de l'arbre sacré se trouve en pre- 
mière ligne une liqueur fermentée, analogue au vin de dattes, 
dont Pline donne la recette, ou bien à Yarak que fabriquent en- 
core les Arabes. Diverses constructions mises au jour par M. de 
Sarzec (sorte de pressoir ou de bassin ovale, celliers dont le» 



— MO — 

murs sonl creusés de cavités bitumées, en formé d'amphores) 
donnent lieu de croire que c'était là un des produits les plus ap- 
préciés de la villa royale de Ghirsou, comme elle s'appelle. Lorsque, 
sur un bas-relief de cette haute époque, le vieux roi Our-Nina, 
toujours accompagné de son fidèle échanson, lève son gobelet 
pour célébrer l'achèvement de ses travaux, on sait maintenant 
que ce n'est pas uniquement avec l'eau des lleuves sacrés qu'il fait 
la libation aux dieux. 

■ 

M. le baron de Baye communique à l'Académie la description 
du mobilier funéraire d'une sépulture trouvée en Russie, à Kief, 
et qu'il a eu la bonne fortune de rapporter en France. Les objets 
qui le composent, par leur réunion, leur origine et- leur variété, 
présentent, semble-t-il, un grand intérêt. En voici lénuméra- 
tion : 

i° Deux fibules en bronze doré, ayant la forme de carapace 
de tortue; 

2° Une paire de boucles d'oreilles en argent; 

3° Une fibule aussi en argent; 

k° Collier composé de grains en cornaline , en cristal de roche, 
en verre, en argent et en ambre; 

5° Pendeloques suspendues jadis à ce collier, consistant en une 
croix et deux monnaies semblables munies de belières. 

Or, ces monnaies byzantines peuvent dater la sépulture, qui 
ne leur est pas de beaucoup postérieure. Elles portent les noms 
de Romain 1 er , de Constantin X, d Etienne et de Constantin; elles 
ont été frappées entre les années 928 et ykk. Nous sommes donc 
en présence d'un tombeau remontant vraisemblablement à la 
seconde moitié du x c siècle. 

Les deux fibules en bronze doré sont assurément des bijoux 
importés de Scandinavie. Elles appartiennent à un type qui ca- 
ractérise en Suède et eu Danemark la période des Wikings. Ac- 
tuellement, on ne connaît comme ayant été trouvées à Kief que 
les deux broches en question et une troisième conservée au musée 
de l'Université. Du reste, ce genre de parure ne se rencontre que 
dans les pays où les Normands ont pénétré. Sa présence à Kief 



— 411 — 

mérite d'être signalée pour la première fois, mais elle ne doil 
pas nous surprendre dans un milieu correspondant à l'époque où 
les chefs Varègues occupaient ce territoire et entraînaient à leur 
suite les Slaves dans des expéditions guerrières dirigées contre 
Byzance. La re'union, dans la même tombe, des fibules Scandi- 
naves et des monnaies byzantines s'explique fort bien. Les pre- 
mières proviennent des conque'ranls du Nord, et les secondes sont 
des souvenirs de leurs invasions menaçantes dans l'empire grec. 

Les boucles d'oreilles, la fibule en argent, les grains de collier 
en ambre, en cornaline, en verre, en argent et en cristal, enfin 
la petite croix munie d'une belière, sont des parures qui se re- 
trouvent parfois dans les Kourganes slaves, j'ajouterai dans les 
Kourganes slaves de l'e'poque païenne. Ces derniers joyaux, les 
seuls d'origine locale, nous font penser que la défunte était ori- 
ginaire du pays où elle reposait. 

Une telle sépulture, découverte sous cette colline où s'établirent 
les Varègues Askold, Dir, puis Oleg et Igor, réunit, comme on le 
voit, des monuments archéologiques rappelant les trois influences 
ethniques, les trois grands moteurs qui devaient concourir à la 
formation de la Russie. 

C'est pour la première fois, depuis qu'il s'occupe de l'archéo- 
logie de la Russie, que M. de Baye constate une aussi ancienne 
sépulture, fournissant un ensemble dont chaque partie constitue 
un document tout à la fois archéologique et historique. Il semble 
que les divers éléments de cette réunion soient un commentaire 
et une preuve archéologique des événements historiques qui pré- 
cédèrent l'introduction du christianisme sur un point où, peu de 
temps après, devait s'élever la mère des villes russes. 

M. Louis Havet lit une note sur un manuscrit perdu de Piaule, 
qui présentait (comme certains manuscrits également perdus de 
Phèdre) une particularité fort rare. L'ensemble du texte était 
écrit en minuscule carolingienne, mais chaque feuillet commen- 
çait par un vers en capitale, probablement rouge. Pour toute 
retendue des deux premières pièces (Amphitryon, Asinaria), on 
peut déîermincr exactement le contenu de chaque feuillet et de 



— à\2 — 

chaque page. La grande lacune de Y Amphitryon provient de la 
perte des feuillets qui suivaient le quatrième cahier de 16 pages. 



SÉANCE DU l6 NOVEMBRE. 
(Séance publique annuelle, présidée par M. Paul Meyer.) 

ORDRE DES LECTURES W, 

i° Discours de M. le Président annonçant les prix décernés 
en 189A et les sujets des prix propose's. 

2° Notice historique sur la vie et les travaux de M. Alfred Maury, 
membre ordinaire de l'Académie, par M. H. Wallon, secrétaire per- 
pétuel. 

3° Delphes, par M. Homolle, membre de l'Académie. 



SÉANCE DU 2 3 NOVEMBRE. 

Le Ministre de l'instruction publique et des beaux -arts invite 
l'Académie à désigner, dans l'une de ses plus prochaines séances, 
deux candidats à la chaire de langue et littérature sanscrites va- 
cante au Collège de France par suite du décès de M. Foucaux. 

Il adresse en même temps à l'Académie l'extrait du procès- 
verbal de la séance dans laquelle l'assemblée des professeurs du 
Collège de France a présenté, eu première ligne, M. Sylvain Lévy, 
et, en seconde ligne, M. L. Finot. 

L'Académie procédera aux présentations dans sa prochaine 
séance. 

Notre correspondant Hamdy-Bcy, au sujet de la note insérée 
dans les Comptes rendus (séance du 17 août), écrit au Secrétaire 
perpétuel pour protester contre les termes dans lesquels il est 
parlé des incidents qui ont mis fin à la mission de M. Chantre, 
en Asie Mineure. 11 déclare que, comme tous les nombreux ar- 

1 Vnir hAï>pBrn>icB n' V (p. '107 ). 



— 413 — 

chéologues et explorateurs qui ne cessent de parcourir l'empire 
ottoman, M. Chantre a été' l'objet de la sollicitude des autorite's 
ottomanes. 

M. Alexandre Bertrand présente à l'Académie, au nom de 
M. Edouard Piette, quatre petites staluettes en ivoire, découvertes 
dans la grotte de Brassempouy (Landes) W. Ces figurines sorties 
de foyers de l'âge du mammouth donnent, jusqu'à un certain 
point, l'illusion d'œuvres égyptiennes. Il y a donc-une question 
des plus intéressantes et dont la solution peut être grosse de con- 
séquences. M. A. Bertrand invite son confrère M. Maspero à 
donner son avis au sujet de ces ressemblances entre des objets 
appartenant à des milieux si différents. 

M. Maspero dit qu'on trouve souvent en Egypte, surtout dans 
les tombeaux d'enfants, de petites statuettes ou poupées, dont 
les jambes sont cassées pour éviter qu'elles ne puissent s'enfuir. 
Cette idée était fréquente chez les anciens, et il est intéressant 
d'en remarquer la manifestation dans deux pays si éloignés. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, le Président annonce que 
l'Académie a élu associés étrangers : 

M. A. Weber, à Berlin, en remplacement de Sir Austen Henry 
Layard , à Londres, décédé; 

M. W. Helbig, à Rome, en remplacement de M. le comman- 
deur J.-B. de Rossi, à Rome, décédé. 

Cette double élection sera soumise à l'approbation de M. le 
Président de la République. 

M. Louis Havet examine une prétendue loi de métrique latine 
formulée par Lachmann, en vertu de laquelle la plupart des 
poètes auraient éviH d'élider certains mots à finale longue devant 

W Voir aux Communications, n" XXXI (p. 4û3). 



— iîâ — 

une voyelle aceentue'e. En réalité, le traitement île ces mots est 
indépendant de la durée de la finale, de sorte que la formule au 
moins est inexacte. De plus, des lois connues d'ailleurs empêchent 
les syllabes accentuées de tomber à certaines places du vers, 
même si le poète les y admet; Lachmann a donc pris une con- 
séquence pour un principe : il a cru reconnaître une intention 
dans ce qui n'était qu'un jeu d'influences aveugles. En définitive, 
ici comme ailleurs, la considération de l'accent doit être écartée 
de la métrique antique; aucun poète classique, ni grec, ni latin, 
n'a tenu un compte quelconque de l'accent. 



SÉANCE DU 30 NOVEMBRE. 

M. A. Weber, récemment élu associé étranger, adresse à l'Aca- 
démie une lettre de remerciements. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la lettre par laquelle 
M. Georges Duruy annonce la mort de son père. 

Après cette lecture, le Président retrace, en ces termes, la 
carrière si bien remplie du confrère que l'Académie vient de 
perdre : 

Messieurs, 

• 

Nous avons perdu l'un des hommes que nous nous honorions 
le plus de compter parmi nous. M. Duruy a succombé le 2 5 de 
ce mois à la maladie qui, depuis longtemps, le tenait éloigné de 
nos réunions. Fidèle aux habitudes de simplicité dont il ne s'est 
jamais départi, il avait décidé qu'aucun discours ne serait pro- 
noncé sur sa tombe. Votre président n'en a pas moins le devoir 
de lui adresser ici un dernier adieu. La compétence et l'autorité 
me feraient défaut, si j'en I reprenais d'apprécier les travaux qui 
ont conduit notre illustre confrère à l'Académie des inscriptions 
en 1873, à l'Académie des sciences morales et politiques en 1870, 
à l'Académie française en 188/1. Aussi bien n'est-ce pas ce que 
vous attendez de moi, puisque c'est vous qui, les premiers, l'avez 



— 415 — 

fait entrer à l'Institut. Les premiers livres de Duruy, ceux dans 
lesquels beaucoup d'entre nous ont appris les rudiments de l'his- 
toire, ne semblaient pas le destiner à une aussi haute forlune. 
On y reconnaissait cependant une largeur de vues, une clarté' 
d'exposition, un souci de la proportion, qui faisaient bien augurer 
des travaux qu'il pourrait faire un jour lorsqu'il n'aurait plus à 
compter avec les nécessités de l'existence. Mais Duruy, même à 
ses de'buts, n'écrivait pas que pour la jeunesse des écoles. 11 
aimait l'histoire et cherchait tous les moyens d'en propager l'étude. 
Il conçut, il y a plus de quarante ans, le plan d'une collection 
de résumés dont l'ensemble devait constituer une sorte d'histoire 
universelle, où l'histoire des littératures et des sciences devait 
prendre place à côté de celle des états. C'est dans cette collection 
qu'ont paru des livres de valeur, tels que La Terre et l'homme 
d'Alfred Maury, et X Histoire ancienne de M. Maspero. Tout en com- 
posant ou en faisant composer des livres de vulgarisation, Duruy, 
travailleur infatigable, complétait son éducation scientifique, s'ini- 
tiait aux méthodes de l'érudition, et se préparait à des œuvres 
plus hautes. Encore très jeune, il avait publié, en i8A3 et i84&, 
les deux volumes de son Histoire des Romains jusqu'au temps d'Au- 
guste, qui était autre chose qu'un livre de classe. Dix ans plus 
tard, il soutenait en Sorbonne ses thèses sur Y Etat du monde 
romain vers le temps de la formation de l'Empire et sur Tibère, qui 
étaient en quelque sorte la continuation de son Histoire des Ro- 
mains. 

Dès ce temps, il s'occupait de refondre et de développer ce 
dernier ouvrage quand, inopinément, en 186 3, il fut appelé au 
ministère de l'Instruction publique. Ce qu'il fil pendant les six 
années qu'il y passa, je n'ai point à le rappeler ici. Il y eut alors, 
dans l'Université et dans tous les ordres d'enseignement, un 
grand mouvement de rénovation, un peu tumultueux peut-être, 
mais fécond, et que nous apprécions aujourd'hui avec plus d'équité 
qu'on ne fit à cette époque dans le milieu même d'où s'était 
élevé le nouveau ministre. Le temps et l'expérience ont apporté 
les correctifs nécessaires à celles des réformes de Duruy qui 
n'étaient pas assez mûries. Mais ce fut le petit nombre, et les mi- 



— 416 — 

nistres qui se sont succède à l'Instruction publique n'ont eu, le 
plus souvent qu'à appliquer ou à de'velopper les idées de leur de- 
vancier. Dans le domaine de l'enseignement supérieur, qui est 
un peu notre domaine, l'action de Duruy, qui pourtant n'avait 
jamais occupé que des chaires d'enseignement secondaire, fut 
bienfaisante autant que puissante. Il fut le premier ministre de 
l'instruction publique qui ait compris que l'objet essentiel des 
Facultés des lettres et des sciences ne devait pas être de faire 
passer des examens et de conférer des grades universitaires. Dé- 
sireux de répandre largement la haute culture intellectuelle, et 
entravé par l'insuffisance de son budget, il fit appel à toutes les 
bonnes volontés. Il encouragea tout à la fois la vulgarisation des 
connaissances scientifiques, en invitant les professeurs à faire des 
conférences en dehors des Facultés, et la recherche originale, en 
donnant à des savants, même dépourvus de diplômes, les moyens 
d'enseigner. A cet effet, il créa à côté de la Sorbonne. dans la 
salle Gerson, une sorte de faculté libre qui en se transformant 
devint l'Ecole des Hautes-Etudes, et, dans la mesure où il le put, 
il augmenta un peu partout le nombre des chaires et des labo- 
ratoires. 

Rentré en 1869 dans la vie privée, avant d'avoir réalisé tous 
ses plans de réforme, il reprit ses études historiques au point 
où il les avait laissées six ans plus tôt. Il se remit à son Histoire 
des Romains dont il publia de 1870 à 1879 une seconde édition 
très augmentée et continuée jusqu'à Dioclélien, puis enfin l'édi- 
tion définitive de 1879 à i88, r >, apportant chaque fois de pro- 
fondes modifications à l'édition précédente. En même temps, il 
composait deux mémoires d'une érudition très spéciale qui ont 
pris place parmi nos publications, l'un sur la Formation historique 
des deux classes de citoyens romains désignés dans les Pandrctcs sous 
les noms r/'rr honestiores n et d'x humilioresv , l'autre sur les Trihuni 
militum a populo. A peine avait-il terminé son Histoire romaine, 
considérée à juste titre comme son œuvre capitale, qu'il se mit à 
refondre son Histoire des Grecs, dont le dernier volume parut en 
1889, à une époque où déjà sa santé était devenue chancelante. 

Si ses dernières années ont été affligées par de pénibles infii- 



— 417 — 

mités, il a du moins eu la satisfaction d'achever son œuvre scienti- 
fique et d'assister au triomphe des idées qu'il avait défendues 
étant ministre. Il a quitte' cette vie, plein de jours, avec la con- 
science d'avoir utilement employé son intelligence et son énergie 
pour le progrès des études historiques et pour le hien du pays. 

M. L. Cailletet, membre de l'Institut, présente à l'Académie, 
au nom de la Société archéologique de Chàtillon-sur-Seine, divers 
objets découverts à Vertilum, cilé gallo-romaine des environs de 
Chàtillon-sur-Seine (Côte-d'Or). La pièce la plus intéressante est 
un Bacchus enfant, d'une rare beauté et d'une conservation ab- 
solue. Cette pièce a été découverte, il y a huit jours à peine, 
dans une couche de terre noire, mélangée de débris de charbons 
provenant de l'incendie qui a détruit Vertilum vers le 111 e siècle 
de notre ère. On ne peut qu'encourager la Société de Châtillon à 
poursuivre ses fouilles, qui sont dirigées avec une rare compétence 
par son habile conservateur, M. Lorimy. 

M. Edm. Le Blant a la parole pour une communication : 
a Notre savant confrère M. Helbig m'adresse la copie suivante 
d'une inscription gravée sur une urne de marbre récemment 
trouvée, lui a-t-on dit, dans une vigne contiguë à la villa Albani ; 

D- M- 

1YUAE- ;PERÀTAE 

IYUYf 

jàbïniany; 
eyocàty;- ay(; 

MATRI 

PIENTItfIMAE 

f«- UBERTi; 

UBERTABY^dY 

P0OT.HQYE 

mis* 



— 418 — 
L'Académie se forme en comité' secret. 

La séance étant redevenue publique, l'Académie procède à la 
désignation de deux candidats à la chaire de langue et littérature 
sanscrites vacante au Collège de France par suite du décès de 
M. Foucaux. 

M. Svlvain Lévy est présenté en première ligne, par 2 3 suf- 
frages sur 29 votants. 

M. L. Finot est présenté en seconde ligne, par 29 suffrages 
sur 3i votants. 

M. Couve, ancien membre de l'École d'Athènes, fait connaître 
les résultats des fouilles qu'il a faites dans Tile de Délos, dans 
l'été de 189/1, sous la direction de M. Homolle et avec le con- 
cours de l'Académie (legs Piot). 

Ces fouilles, qui avaient pour objet le déblaiement d'habita- 
tions particulières, ont amené la découverte de plusieurs maisons 
du second siècle avant Jésus-Christ, relativement bien conser- 
vées. On pourra maintenant, d'après des documents certains, se 
faire une idée de ce qu'était l'habitation d'un riebe Délien, à 
l'époque de la grande prospérité de l'ile. Ces maisons peuvent être, 
en effet, approximativement datées; les tétradrachmes d'Athènes 
qu'on y a trouvés sont tous postérieurs à l'année 186 et tous 
antérieurs à l'année 86, qui est celle de la destruction de Délos 
par Archelaos, lieutenant de Mitbridate. 

Ce sont des maisons grecques du type le plus simple, avec 
une seule cour à colonnade, autour de laquelle sont groupés les 
appartements. Le rez-de-chaussée est seul conservé; mais on a 
retrouvé des cages d'escaliers et des débris divers qui permettent 
de conclure, au moins pour certaines de ces maisons, à l'exis- 
tence d'un étage supérieur. La destination spéciale de chaque 
pièce n'est pas toujours facile à déterminer; cependant, en s'ai- 
dant des textes, on arrive à reconnaître presque partout les 
exèdres, les salles d'honneur, les chambres à coucher, les loges 
de portiers, les cuisines. Les dispositions relatives à la conserva- 
tion et à la concentration des eaux de pluie, d'une part (citernes 



— 419 — 

voûtées, puits, conduites), et, d'autre part, à l'écoulement des 
eaux sales (égouts), sont particulièrement remarquables, 

Les murs des appartements, dont la hauteur conservée varie 
de 3 à U mètres, sont encore revêtus de leur décoration peinte 
sur stuc. Celle décoration murale, dont le caractère général est 
le même dans toutes les maisons, esl à la fois sobre et élégante; 
ce sonl, dans le bas, de grands panneaux, à teinte plate, bleus; 
dans le haut, des panneaux rouges; enfin, à hauteur d'homme, 
une sorte de frise décorée de motifs variés : imitations de marbres, 
guirlandes de fleurs, figures géométriques, Éros ailés. Les cou- 
leurs sont souvent conservées éclatantes. On a aussi trouve' un 
grand nombre de morceaux indépendants, en stuc, et peints : 
masques de Gorgones, petites têtes de taureaux, consoles, tri- 
glyphes. 

La cour de la maison et les pièces principales sont, en géné- 
ral, pavées de mosaïques, dont quelques-unes figurent des motifs 
élégants. 

Enfin, dans ces habitations particulières, plusieurs œuvres de 
sculpture ont été trouvées. Les plus importantes sont ^ 

i° Un bas-relief archaïsant, avec restes de couleurs. Il repré- 
sente une procession de divinités, Hermès et Athéna marchant 
en tête du cor lèse; 

2° Plusieurs bustes d'époque gréco-romaine : ce sont des por- 
traits; 

3° Une statue d'homme colossale, probablement une statue 
d'athlète; la tête est un portrait très vivant. Époque romaine; 

k° Une statue de femme, drapée, dans un état remarquable 
de conservation. La tête, admirable d'élégance et de finesse, est 
de style praxitélien; 

5° Une statue de Diadumène, la meilleure réplique qu'on pos- 
sédât encore du Diadumène de Polyclète. Cette découverte esl 
par là même importante pour l'histoire de l'art grec. 

M. Couve fait passer ensuite sous les yeux de l'Académie un 
grand nombre de photographies, avec des plans et des dessins 
faits par M. Convert, ingénieur des fouilles de Delphes. 



— 420 — 

M. Heuzey prend la parole pour insister sur l'importance de 
la découverte du Diadumène. Il exprime le désir qu'un moulage 
de cette statue, supérieure au Diadumène du British Muséum, soit 
bientôt exécuté et envoyé à Paris. 



SEANCE DU 7 DECEMBRE. 

M. Biihler, correspondant étranger, assiste à la se'ance. 

Sont adressés aux Concours de l'Académie : 

i° Antiquités de la France. 

Le Vendomois; épigraphie et iconographie, par M. le marquis de 
Rochambeau (Paris, 1889 et 1896, 2 vol. in-8°); 

Jeanne cl Arc en Berrij et l'ancienne fête dite de la Pucelle à Bourges, 
avec des documents et des éclaircissements inédits, par MM. Lu- 
cien Jeny et P. Lanéry d'Arc (Paris et Bourges, 1896, in-8°). 

2 Prix Saintour. 

Les Métèques athéniens; étude sur la condition légale, la situation 
morale et le rôle social et économique des étrangers domiciliés à Athènes, 
par M. Michel Clerc (Paris, i8g3, in-8°). 

Le Président donne lecture de la liste des correspondants. Il 
en re'sulle que cinq places de correspondants étrangers et une 
place de correspondant français sont vacantes. 

Il propose à l'Académie de nommer une commission de six 
membres pour présenter une liste de candidats à chacune des 
places vacantes de correspondants étrangers, et une autre com- 
mission de quatre membres pour la place de correspondant fran- 
çais. 

Cette proposition étant adoptée, il est procédé au vote. 

Sont élus : 

Membres de la première commission : MM. Perrot, Gaston 
Paris, Schefer, d'Arbois de Jubainville, Boissier; 

Membres do la seconde commission : MM. Delisle, de Rozière, 
Schlumberger, de Barthélémy. 



— 421 — 

L'Académie se forme en comité secret pour entendre la lec- 
ture des rapports : t° de la Commission du legs Garnier; 2° de 
la Commission des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, sur 
les travaux des membres de ces deux écoles pendant Tannée 1893- 
1896 W. 

M. Menant rappelle qu'il a présenté à l'Académie, dans une 
séance précédente, quelques figurines en bronze sur l'authenticité 
desquelles il a tenu à ne se prononcer qu'au moment où il pour- 
rait achever de démontrer cette authenticité par une analyse chi- 
mique desdiles figurines. Cette analyse a eu lieu par les soins 
de M. Dit te, professeur à la Sorbonne, et a permis de voir sur la 
poitrine de l'une de ces figurines un signe de l'écriture hétéenne, 
le signe divin, ce qui ne laisse aucun doute sur leur authenticité. 

M. Héron de Villejosse donne lecture d'un rapport sur les ob- 
jets découverts à Carthage par le K. P. Delatlre dans la nécro- 
pole punique voisine du Serapeum^. 

M. Ph. Berger complète la communication de M. Héron de 
Villefosse en donnant la traduction de l'inscription phénicienne 
gravée sur un pendant de collier en or trouvé par le P. Delattrc 
et ajoute que les caractères de l'inscription, qui sont archaïques, 
confirment pleinement les conclusions de M. Héron de Villefosse 
sur la date de ces sépultures ( 3) . 

M. Ch.-E. Ruelle fait une communication sur Le musicographe 
Alypius corrigé par Boèce^\ 



SÉANCE DU l/l DÉCEMBRE. 

M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts 
adresse à l'Académie les ampliations de deux décrets, en date du 

'') Voir I'Appkndice n° VI (p. 5p,3). 
W Voir aux Communications, n° XXXII (p. 645). 
W Voir aux Communications, n° XXXIII (p. 653). 
M Voir aux Communications, n" XXXI V (p. 658). 



XXII. 



2 9 



itfrmuKiuft i* - 1 :uMii. 



— &22 — 

8 décembre courant, par lesquels M. le Président de la Répu- 
blique approuve les élections, comme associe's étrangers, de 
M. Weber, de Berlin, en remplacement de sir Henry Austen 
Layard, décédé, et de M. Helbig, de Rome, en remplacement du 
commandeur J.-B. de Rossi, décédé. 

Sont adressés aux concours de l'Académie : 

i° Prix Stamslas Julien. 

Choix de documents, lettres officielles, proclamations , édits, mémo- 
riaux , inscriptions ... , texte chinois, avec traduction par le père 
S. Couvreur, S. J. (Ho Kien Fou, 1 89/i, in-8°). 

2° Piux Loubat. 

Reproductions de cartes et de globes relatifs à la découverte de l'Amé- 
rique du xvi c au xvm e siècle, par M. Gabriel Marcel; texte et 
atlas (Paris, 189^1, grand in-/i° et in-fol.). 

M. Oppert donne la traduction d'un acte de vente, publié par le 
P. Strossmayer, daté du mois de mai 658 avant Jésus-Christ et 
relatif à la vente d'un terrain divisé en trois parcelles, équiva- 
lant ensemble à la surface de 6-2 5 mètres carrés. Il avait été vendu 
très bon marché: 29 drachmes, plus une drachme de pourboire, 
en tout à peu près 66 francs. Ce qui ajoute à l'intérêt de cette 
pièce, c'est qu'elle contient la mention d'un siège de Babylone et 
de la famine qui y régnait, en sorte que trois cabs de blé, ou deux 
litres et demi, se payaient 1 fr. 87. Le roi qui y régnait pendant 
ce siège était Saosduchin, que son frère Sardanapale de Ninive 
attaqua. Ses sujets, fatigués du siège, qui ne se termina qu'en 668 
avant Jésus-Christ, se révoltèrent dans la ville assiégée et cernée, 
et firent périr leur monarque dans les flammes; il est possible que 
ce fait ait donné naissance au mythe de Sardanapale le fainéant 
se brûlant sur un bûcher avec ses femmes. 

M. Foucart communique une inscription grecque des premières 
années du quatrième siècle. C'est la dédicace de deux chorèges 
athéniens associés, qui ont remporté deux fois le prix au con- 
cours des tragédies, puis des comédies, à la fêle des Dionysiaques. 



— 423 — 

Il montre que celte inscription confirme le témoignage d'Aristote 
sur l'association permise aux chorèges; il établit que la tragédie 
qui obtint le prix est Y Œdipe à Colone, représentée, après la mort 
du poète, par les soins de son petit-fils, en /toi. La comédie est 
d'Aristophane, c'est une des pièces perdues que l'auteur composa 
entre 399 et 389. 

M. Scolumberger communique à l'Académie des photographies 
qui lui ont été envoyées par M. Degrand, consul de France à 
Scutari d'Albanie, au retour d'une exploration en Mirditie, à Ou- 
rosch, capitale presque inexplorée de cette contrée inaccessible 
entre toutes. M. Degrand a étudié en particulier les églises. 
Dans l'une, celle de Saint-Alexandre, il a pu photographier deux 
très belles croix processionnelles du xv e siècle, faites de plaques 
d'argent repoussé, avec sujets en relief ornés d'émail et inscrip- 
tions en dialecte vénitien très élégamment gravées. Dans l'église 
des Saints-Serge-et-Bacchus, bâtie à la fin du xm e siècle parles 
deux rois de Serbie, Ourosch et Stéphane, et leur mère, la pieuse 
reine Hélène, qui passait pour Française, descendant de Beau- 
douin II de Constanlinople, M. Degrand a pu photographier deux 
belles inscriptions. L'une donne la date de la fondation de ce 
temple par cette princesse et ses fils; l'autre est gravée sur leur 
dalle funéraire commune. 

M. Schlumberger donne quelques détails sur ces églises, sur 
ces monuments, sur l'étrange capitale de ce farouche clan albanais, 
capitale si voisine de l'Adriatique, pourtant plus inaccessible que 
bien des régions africaines. Depuis vingt années, M. Degrand est 
un des très rares Européens qui y aient pénétré. 

M. Salomon Reinach signale à l'Académie qu'une pierre gravée 
représentant Diomède qui vient d'enlever le Palladium, pierre 
signée du nom de Polyclète (un homonyme du célèbre sculpteur), 
n'est plus connue aujourd'hui que par d'anciens dessins et des 
empreintes, ayant été volée à Florence au début du xvm c siècle. 
Les archéologues modernes ont suspecté l'authenticité de la gravure 
et celle de la signature. M. S. Reinach montre que l'une et l'autre 

29. 



— tài — 

étaient déjà connues vers ift3o, époque où Niecolo Niccoli aperçut 
celte pierre au cou d'un enfant, dans une rue de Florence , el Tache la 
pour cinq ducats à son père. Il exprime le vœu que sa communica- 
tion puisse provoquer quelques recherches dans les collections 
prive'es, surtout en Grande-Bretagne, où il est probable que ce 
chef-d'œuvre de la glyptique antique, dont l'authenticité est défi- 
nitivement rétablie, se dissimule depuis près de deux cents ans. 



SEANCE DU 2 1 DECEMBRE. 

M. de Giers, au nom de S. Exe. M. l'Ambassadeur de Russie, 
a adressé au Président de l'Institut la lettre suivante : 

Paris, le 12 décembre 18911. 
Monsieur le Président, 

L'airesse, par laquelle vous avez bien voulu, ainsi que les représen- 

tànts des cinq Académies, exprimer la vive part que l'Institut de France 

vait prise au deuil où la Russie a été plongée à la suite du décès de 

Sa Majesté l'Empereur Alexandre III, a été placée sous les yeux de Son 

Auguste Fils l'Empereur Nicolas IL 

Très sensible aux sentiments dont, au nom de l'Institut, vous avez 
bien voulu vous faire l'interprète, Sa Majesté a daigné ordonner de vous 
en exprimer tous ses remerciements, en vous priant d'en cire l'organe 
auprès de L'Institut de Fiance que vous présidez. 

Je suis heureux, Monsieur le Président, d'être appelé à servir d'inter- 
médiaire auprès de vous à l'expression des sentiments de gratitude de 
mon Auguste Souverain , et vous prie de vouloir bien agréer, en même 
temps, l'hommage de ma très haute considération. 

Le Chargé d'affaires de Russie, 
De Gif.rs. 

M. Héron de Villefosse donne lecture d'un rapport sur la mis- 
sion du lieutenant d'artillerie M. H. Lecoy de la Marche, dans 
le Sud Tunisien O. 



M 



Voir aux Communications, n° XXXV (p. 46g). 



— 425 — 

LWcadémie décide que le rapport de M. Héron de Villefosse 
sera renvoyé, avec les estampages qui y sont joints, au Ministère 
de l'instruction publique, et elle exprime le vœu que ce rapport 
et ces estampages soient soumis à la Commission de publication 
des documents archéologiques trouvés en Tunisie et soient pu- 
bliés par les soins de cette Commission avec les plans et les photo- 
graphies. 

Ce vœu sera transmis au Ministre. 

Sont adressés aux concours de l'Académie : 

i° Prix Gobert : 

Le Parlement de Paris, de Philippe le Bel à Charles VII (i3ià- 
z^aa); son organisation , sa compétence, ses attributions , par M. Fé- 
lix Auberl (Paris, 1887 et 1 890 , 2 vol. in-8°); 

Histoire du Parlement de Paris, de l'origine à François I er (iz5ô- 
i5/.5)., par le même; tome I : Organisation, compétence et attribu- 
tions; tome II : Procédure (Paris, 189/1, 2 vol. in-8°). 

2 'Antiquités de la France : 

Histoire des ducs de Bourgogne de la race Capétienne, avec des 
documents inédits et des pièces justificatives, par M. Ernest Petit; 
tome V (Paris, 189/1, in-8°); 

Les Etats de la vicomte de Turenne, tomes I et II, par M. René 
Fage (Paris, 189/1, 2 vol. in-8°); 

Précis d'une histoire de la ville et du pays de Mouzon (Ardennes), 
par M. N. Goffart (Arcis-sur-Aube, 189/1, in-8°); 

Une paroisse rurale au duché d'Alençon. — Saint-Germain-de- 
Clairefeuille , des origines de la paroisse à ijqo, par M. le vicomte 
du Moley (AHençon, 189/1, in-8°); 

Etude sur l 'organisation municipale de la ville de Verdun (xif- 
xvi e siècle), par M. H. Labande (Verdun, 1891, in-/i°; extrait de 
ï Inventaire sommaire des archives communales de Verdun); 

La charité à Verdun. Histoire des établissements hospitaliers et insti- 
tutions charitables de celte ville depuis leur fondation jusqu'en ijSq, 
par le même (Verdun, 189/», in-/i°). 



— 426 — 
3° Prix Loubat : 

Histoire de la découverte de V Amérique depuis les origines jusqu'à 
la mort de Christophe Colomb, par M. Paul Gaflarel; tomes I et II 
(Paris, 1892, 2 vol. in-8°). 

k° Prix Saintour : . 

Le fondateur de Lyon. Histoire de L. Munatius Planais, par M. Emile 
Jullien (Paris, i8o,2,in-8°). 



SÉANCE DU 28 DÉCEMBRE. 

M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, dans une 
lettre qu'il adresse au Président, donne des nouvelles archéolo- 
giques M. 

Le R. P. Delattre, correspondant de l'Académie à Carthage, 
adresse au Secrétaire perpe'tuel la lettre suivante : 

Saint-Louis, le ai décembre 189^. 

Monsieur le Secrétaire perpétuel, 

Les découvertes que j'ai eu, à plusieurs reprises durant cette année, 
l'honneurde communiquer à l'Académie par l'intermédiaire de M. Héron 
de Villefosse, vous ont mis régulièrement au courant des principaux ré- 
sultats des fouilles que j'ai exécutées à Carthage, grâce aux 3, 000 francs 
mis à ma disposition. 

Mes recherches se sont portées sur divers points tels que le flanc sud- 
ouest de la colline de Saint- Louis et les abords de l'amphithéâtre, mais 
surtout sur l'emplacement d'une nécropole punique que j'avais déjà re- 
connue et qu'il importait d'explorer d'une façon suivie. 

Je n'ai pas besoin de vous dire quel a été le succès des derniers tra- 
vaux. Ils ont porté à plus de quatre cents le nombre des lombes décou- 
vertes. La profondeur à laquelle nous avons dû aller chercher ces antiques 
sépultures a varié de quatre à quatorze mètres. 

M Voir aux Commcnicatio:<s, n° XXXVI (p. 681). 



— 427 — 

L'existence de cette nécropole e'claire d'un jour nouveau la topographie 
de la première ville de Carthage. 

Déplus, les fouilles ont fourni un grand nombre de pièces archéo- 
logiques d'un réel intérêt pour l'élude des mœurs et de la religion des Car- 
thaginois, ainsi que pour l'histoire de l'art et celle du commerce. 

Qu'il me suffise de noter, parmi les pièces les plus importantes, des 
figurines égyptiennes, des statuettes et des vases de style grec archaïque , 
des masques d'art carthaginois, des scarabées, des amulettes, des colliers, 
bracelets, bagues, pendants d'oreilles et autres bijoux d'or, d'argent et 
de bronze, enfin tout un ensemble d'objets analogues à ceux qui sont 
sortis des nécropoles de Phénicie, d'Étrurie, de Sardaigne et de Grèce 
(Gamiros et Mycènes). 

Je ne dois pas omettre dans cet aperçu sommaire de mentionner une 
inscription punique qui nomme deux fois comme dieu Pygmalion et est, 
d'après M. Ph. Berger qui l'a traduite, le plus ancien texte de Carthage. 

L'honneur de ces résultats revient à l'Académie qui m'a généreuse- 
ment aidé à les obtenir. 

Mais les fouilles, que nous avons dû pousser à une si grande profon- 
deur, ont complètement absorbé les 3,ooo francs de l'Académie. Je ne 
puis donc continuer ces recherches. Il serait cependant important de ne 
pas abandonner une telle mine archéologique, d'autant plus que j'ai pré- 
sentement sous la main un excellent chef de chantier, sans lequel je ne 
pourrais reprendre plus tard les fouilles dans des conditions aussi avan- 
tageuses. 

Avec une somme égale à celle que l'Académie m'a déjà accordée, je 
compte pouvoir mener à bonne fin l'exploration complète du terrain qui 
renferme cette intéressante nécropole. 

J'ose donc espérer que mes désirs seront exaucés et que je pourrai, 
grâce à un nouveau subside, terminer une œuvre dont la gloire appar- 
tiendra à l'Académie. 

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire perpétuel , mes vifs et sincères 
remerciements et l'hommage des sentiments de profond respect avec les- 
quels j'ai l'honneur d'être 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

A.-L. Delattre. 

L'Académie se forme en comité' secret. 

La séance étant redevenuc publique, le Président annonce que 
l'Académie a élu correspondants étrangers : 



— A28 — 
M. Mehren, à Copenhague, on remplacement de M. Hodgson, 

d( ; r;'(l( ; ; 

M. Kavvadias, à Athènes, en remplacement de M. Wliitney, 
décédé ; 

M. Windisch, à Leipzig, en remplacement de ML. Fabretti, dé- 
cédé; 

M. Bûcheler, à Bonn, en remplacement de M. Weber, élu pré- 
cédemment associé étranger; 

Le R.P.De Smedt,à Bruxelles, en remplacement de M.Helbig, 
élu précédemment associé étranger. 

11 annonce ensuite <|ue l'Académie a élu correspondant fran- 
çais : 

M. G. Saige, à Monaco, en remplacement de M. Bobiou, dé- 
cédé. 

L'Académie procèdeau renouvellementdeson bureau pour 1890. 
M. Masperoesl élu président; M. Schlumberger, vice-président. 

Le scrutin est ensuite ouvert pour la nomination des Commis- 
sions annuelles et de la Commission du prix Gobert. 
Sont élus : 

Commission des travaux littéraires : 

MM. Delisle, Hauréau, Le Blant, de Bozière, Deloche, Girard, 
Barbier de Meynard, d'Arbois de Jubainville. 

Commission des antiquités de la France : 
MM. Delisle, Hauréau, de Bozière, G. Paris, A. Bertrand, Héron 
de Villefosse, Longnon, de Lasteyrie. 

Commission des Ecoles françaises dAtuènes et de Bome : 
M M. Delisle, Girard, Hcuzey, G. Perrot,Foucart, Wcil, Croiset, 
Boissier. 

Commission des études du nord dk l'Afrique : 
MM. Le Blant, Heuzey, G. Perrot, Barbier de Meynard, Op- 
pert, Boissier, Héron de Villefosse, Berger. 



— 429 — 

CoMMJSSION \DMIMSTR\TIVE : 

MM. Dclislo, Deloçhe. 

Commission du prix Gobuht : 

MM. de Rozière, de Barthélémy, Y abbé Duchesne et de Bois- 
lisle. 



— 430 — 



COMMUNICATIONS. 



N° XXX. 

Notes du R. P. Delattre, correspondant de l'Académie, sur la 

NÉCROPOLE PUNIQUE VOISINE DU SeRAPEUM (1) , À CaRTHAGE, COMMU- 
NIQUEES PAR M. He'rON DE VlLLEFOSSE. 

(SÉANCE DU 9 NOVEMBRE l8()/|.) 

Les fouilles si heureusement commencées dans la nécro- 
pole voisine du Serapeum , à CarthagC^ ont continué cette 
année à nous révéler ce qu'était réellement, dans l'antiquité, 
la tombe punique. 

Le terrain appelé Douïmes nous a fourni plus de trois 
cents tombeaux. 

Voici les différentes sortes de sépultures que renferme cette 
nécropole. A part le puits au fond duquel est creusée dans le 
roc une chambre funéraire pour deux personnes, comme dans les 
tombeaux découverts récemment sous la batterie de Bordj-el- 
Djedid, à part l'emploi de sarcophages, nos dernières fouilles 
ont rencontré toutes les variétés de sépultures primitives usi- 
tées pour les adultes. Je dois avertir que les tombes désignées 
sous les n os 2, 6, 7 et 8 forment exception dans cette nécro- 
pole, qui ne nous a offert, jusqu'à présent, qu'un seul exemple 
de chacune : 

i° Simple fosse dans laquelle le corps a été déposé, puis 
recouvert de terre ; 

2° Fosse atteignant la profondeur de 9 mètres au-dessous 
du sol; le corps a été déposé au fond de cette espèce de puits; 

(l) [Sur les premières fouilles faites dans cette nécropole, voir les Comptes 
rendus de l'année 189.3, p. 3y^i à 897.] 



— 431 — 

3° Fosse ou puits au fond duquel a été creusé un petit ca- 
veau , juste suffisant pour recevoir un corps ; 

k° Simple fosse , couverte de grosses dalles ; 

5° Fosse tapissée de dalles et présentant la forme d'un petit 
caveau; quelquefois le caveau est double; 

6° Caveau plus grand, pour deux personnes, sans sarco- 
phages, fermé à la partie supérieure par de grosses dalles 
horizontales; c'est la vraie chambre funéraire avec porte d'en- 
trée ; 

7° Chambre funéraire dont les pierres du plafond sont sur- 
montées d'autres pierres butées l'une contre l'autre de façon à 
former une sorte de toit ; 

8° Caveau fermé à la partie supérieure par des pierres bu- 
tées l'une contre l'autre , avec suppression des pierres horizon- 
tales du plafond. 

Telles sont les différentes sortes de sépultures puniques 
que nous avons rencontrées dans la nécropole de Douïmes, 
voisine du Serapeum. Mais la forme qui revient le plus souvent 
est celle du petit caveau ou fosse tapissée de dalles. Presque 
tous les tombeaux sont orientés dans le sens du chemin qui 
conduit à la mer. Quelques-uns seulement sont placés comme 
ceux de la colline de Saint-Louis, c'est-à-dire du nord-est au 
sucl-ouest. 

Nous avons constamment trouvé la même lampe punique 
de forme primitive. 

Je ne puis décrire dans cette note succincte chaque mobi- 
lier funéraire. La nomenclature suivante suffira à donner une 
idée de l'intérêt particulier qu'offre la nécropole nouvellement 
explorée. Je passe sous silence dans la liste qui suit les objets 
d'usage commun qu'on a coutume de retirer des tombes de 
Carthage , pour ne citer que les pièces dignes d'attention. 

Céramique : Vases en terre noire très fine; brùle-parfum ; 



— 43i> — 

vases ornés d'oiseaux, coq, paon, canard; vase orné d'un 
oiseau à lête humaine; vases décorés de personnages, guer- 
riers, cavaliers, femmes; masques; statuetles. 

Faïence et pâte de verre : Ungnentaria ; sphère creuse tra- 
vaillée à jour; amande ou coquille travaillée à jour; pastilles; 
petits tubes; prismes; grains; perles; amulettes; figurines; 
têtes; scarabées, etc. 

Ivoire et os : Epingle à tête de bélier; cuiller à encens 
terminée par une main ouverte; disques; cônes; cylindres; 
poids; cubes; étuis; tôles; figurines; manche de poignard. 

Or : Amulettes; anneaux; bagues à chaton mobile; disques 
ornés d'une rosace; grains; globules; pendants d'oreille à 
croix anséc; pendants d'oreille au boisseau rempli de grain; 
croissants surmontant le disque; cylindre; bijoux ornés de 
filigranes, etc. 

Argent : Grande coupe; anneaux; bracelets; bagues sigil- 
laires; cercles de collier; cylindres; disques; disques surmon- 
tés du cioissant; chaînette à mailles serrées formant tresse; 
palmeltes; pendants d'oreille à croix ansée; masque barbu; 
lamelle portant le scarabée sacré, ailé; cure-oreilles; étuis, etc. 

Pi.omr : Série de poids; lamelles découpées en silhouettes; 
godet à anse; plombs de lîlet, etc. 

Bronze : Miroirs; agrafes; bracelets; bagues; épingles; 
brûle- parfum; plateaux de balance; globules; amulettes; figu- 
rines; anses de vases; hachettes; hameçons; poissons; son- 
nettes; cymbales, etc. 

Fer : Anneaux; hachette; poignées, etc. 

Pierres diverses : Cornaline; agate; émeraude; cristal de 
roche; silex; fossiles taillés et polis; pierres noires arrondies 
et polies; albâtre; pierre dé Malte; mica?, etc. 






— A33 — 

Autres matières : OEufs d'autruche; coquilles (surtout des 
espèces de cauris et la coquille connue sous le nom de Saint- 
Jacques); bitume; encens; cinabre; soufre, etc. 

Je n'ajoute rien à ce sommaire, car le but principal de ma 
communication est de faire le récit de la découverte du plus 
grand tombeau carthaginois que nous avons rencontré jusqu'à 
ce jour et d'en donner une description aussi complète que pos- 
sible. 

GRAND TOMBEAU OUVERT LE 2 OCTOBRE 1 8 C) k . 

La découverte d'un grand tombeau punique, parfaitement 
intact, ayant échappé aux infiltrations, et offrant des particu- 
larités qui n'avaient pas encore été observées, mérite assuré- 
ment une note spéciale, (l'est d'une sépulture de ce genre, 
trouvée dans la nécropole de Douïmes, près des citernes res- 
taurées de Cartbagë, qu'il s'agit ici. 

Lorsqu'on explore une nécropole punique, on ne tarde pas 
à reconnaître , à des pistes certaines , l'emplacement des 
tombes. Après avoir pratiqué une large fouille horizontale, on 
voit apparaître, dans les parois de la tranchée, des bandes 
verticales de terrain sablonneux, jaunâtre, renfermant de me- 
nus morceaux de charbon. Ces bandes représentent les puits 
creusés pour recevoir les cadavres dans une simple fosse, ou 
dans un caveau plus ou moins grand, construit à l'aide de 
grosses dalles de tuf coquiliier. La largeur de ces bandes at- 
teint d'ordinaire à peine un mètre. 

Au mois de septembre 180/1, on rencontra une de ces 
bandes qui représentait un puits large de plus de 3 mètres. 
Il devait donc aboutir à une sépulture de dimension excep- 
tionnelle. On se mil à creuser avec entrain, espérant rencon- 
trer bientôt un grand tombeau. Mais il fallut descendre à la 
profondeur de 7 mètres pour atteindre extérieurement les 



— âU — 

pierres du plafond de la chambre funéraire. On y parvint le 
2 octobre. 

Les pierres, bien équarries, longues d'environ 3 mètres, 
n'avaient pas moins de o m. 5o d'épaisseur. On entama la 
première qui se rencontra , et ce fut par une brèche juste suffi- 
sante pour le passage d'un corps humain, que nous pénétrâmes 
dans l'hypogée. 

C'est, je crois, le plus grand tombeau que nous ayons dé- 
couvert à Carthage. Intérieurement, il mesurait s m. 5o 
de longueur (1) , 1 m. 5o de largeur et 1 m. hk de hauteur, 
de sorte que les corps y reposaient à 9 mètres de profondeur 
sous le sol actuel. 

Dès la première inspection, on reconnut deux squelettes; 
on aperçut une bague en or et un bracelet demeuré en place 
autour des os du bras. Contrairement aux constatations faites 
dans les autres tombes, l'entrée, au lieu de s'ouvrir au sud- 
est, vers la mer, regardait la Goulette, c'est-à-dire le sud-ouest, 
comme les grands tombeaux de la colline de Saint-Louis. 

Ce caveau offrait encore une particularité que nous ren- ] 
contrions pour la première fois. Les parois et même le dallage 
inférieur avaient été enduits de stuc. Ce stuc, excessivement 
fin et dur, avait la blancheur et l'aspect cristallisé de la neige. 
La flamme des bougies le faisait étinceler de mille points lu- 
mineux. Une partie de cet enduit s'était détachée et était tom- 
bée en larges plaques sur les squelettes; une autre partie 
ayant conservé toute sa hauteur, soit 1 m. a5, demeurait 
inclinée avec un écartemcnt de m. 97, semblable à une 
grande feuille de carton bristol. La densité de ce stuc est telle 
que sous les moindres coups, il rend un son métallique. 

L'enduit n'atteignait donc pas le sommet de la chambre. 
Il restait entre la partie stuquée et les grandes pierres qui 

(,) Sans compter la profondeur de la baie de la porte qui est de m. 37. 



— 435 — 

recouvraient le caveau un espace de o ni. 19, occupé jadis 
par une corniche de bois et par un plafond de même ma- 
tière. 

Vers le milieu de la paroi nord-ouest (exactement à 
1 m. 2 5 du fond de la chambre et à m. à 5 au-dessous du 
plafond), s'ouvrait une petite niche rectangulaire, large de 
m. 29, haute et profonde de m. 22 et m. 2 3, dont 
les faces étaient également enduites de stuc. 

Pour explorer convenablement cette sépulture, il fallut d'abord 
la débarrasser des plaques de stuc qui étaient tombées. 

Les deux squelettes. étaient étendus l'un à côté de l'autre, 
les pieds vers l'entrée. Une couche de poudre brune , im- 
palpable, semblable à de la terre d'ombre, les recouvrait en 
partie. 

Tout le mobilier funéraire était en place. Avant de donner 
la liste des objets funéraires, je dirai un mot de la porte. 
Celle-ci est une énorme pierre parfaitement équarrie. Elle 
ferme une baie haute de 1 m. 34, large de o m. 90 et pro- 
fonde de m. 3 y. La face intérieure a été dressée avec une 
régularité remarquable. De sa surface se détache, avec une 
saillie de m. o3, un panneau rectangulaire à arêtes vives, 
haut de 1 m. o3 et large de o m. 70. C'est un travail parfait. 

A droite de l'entrée, on trouva le groupe le plus considé- 
rable de vases. C'était d'abord, tout à fait dans l'angle, un 
grand vase bouché par un œuf d'autruche, ayant lui-même 
servi de récipient. Cet œuf conservait extérieurement des 
traces de couleur rouge. Contre le grand vase il y en avait un 
autre, décoré de traits noirs, les uns horizontaux, les autres 
verticaux. Ce vase reposait sur un support circulaire, sorte de 
manchon que nous avions déjà rencontré sans en reconnaître 
l'usage d'une façon certaine. Cette fois, le doute n'est plus 
possible; ces objets sont des porte -vase. Celui que nous re- 
levions dans cette sépulture était aussi orné de lignes noires. 



— 436 — 

A côté, on recueillit un couvercle ayant la [orme d'une calotte 
à bouton. 

On découvrit encore près àa ce groupe trois fioles, un petit 
vase de terre fine, sorte de gobelet orné de peintures géomé- 
triques, et enfin deux vases demi-sphériques. 

Au fond, toujours à droite, un grand vase de forme cylin- 
drique occupait l'angle. Près de la tête du squelette, on re- 
cueillit une coupe en argent de forme demi-sphérique, haute 
de o m. 07, large de m. 1 2 3, pesant 280 grammes. On ra- 
mena encore un grain de collier, petit cylindre d'émcraudc, 
et des débris de bronze tellement oxydés qu'ils s'écrasaient 
sous les doigts et se réduisaient en pâte offrant au toucher 
l'impression de la céruse. 

En examinant le second squelette, à gauche, des pieds à la 
tète, il fallut arriver à la hauteur du bassin pour trouver la 
lampe. Elle était renversée et placée contre la paroi au-des- 
sous de la niche. Entre les deux squelettes, un grand vase de 
terre rouge à dessins noirs géométriques gisait en morceaux. 
Je crois pouvoir attribuer l'état de ce vase à la chute du pla- 
fond de bois. Son couvercle fui cependant retrouvé intact. 

En continuant l'exploration , on parvint à l'endroit où étaient 
déposés la bague d'or et le bracelet de bronze que nous avions 
mis de côté dès l'ouverture de la sépulture. De chaque côté 
de la tête du squelette était placée une poignée en fer. La tige 
carrée dont ces poignées sont munies et la partie qui a été 
rabattue indiquent qu'elles étaient adaptées à une pièce de 
bois épaisse de m. 07. Le bois lui-même a laisse' des traces 
qui permettent d'en prendre une mesure exacte. 

11 nous restait à vider la petite niche de son contenu. Elle 
renfermait une sorte de bouteille à orifice en forme de large 
disque horizontal. Plusieurs fois déjà, nous avons trouvé des 
vases de ce genre dans les niches des grands tombeaux de cette 
même nécropole. A côté, on recueillit une anse en bronze. 



— 437 — 

A part les gros os , les squelettes se réduisirent en pous- 
sière. Je pus mesurer un fémur dont la longueur était de 
o m. 3-7. 

Après cette exploration sommaire , nous eûmes d'autres 
surprises. En tamisant la poussière du tombeau, on trouva 
plusieurs bijoux en or dont voici la liste et la description : 

i° Deux petites sphères, avec anneaux de suspension; 

2° Un disque percé dans le sens du diamètre. Une face est 
bombée et unie , tandis que l'autre porte une rosace composée 
de sept petits ronds, entourée de trois cercles concentriques 
du travail le plus fin, en filigrane; 

3° Un grain de collier dont la face est ornée de petites 
grappes triangulaires en filigrane d'un fini remarquable; 

k° Un scarabée monté sur or. L'anneau était d'argent. Le 
plat du scarabée est très finement ciselé. La composition se 
divise en trois registres. Les registres inférieur et supérieur 
sont identiques; celui du milieu semble renfermer un texte 
hiéroglyphique dans lequel je vois la croix ansée et crois re- 
connaître un animal ailé et à longues oreilles; 

5° Un étui en or de forme cylindrique. Déjà nous avions 
trouvé de ces étuis funéraires, mais ils n'étaient pas en métal. 
Celui-ci contenait un petit morceau de fer et une poudre noire 
renfermant des parcelles brillantes semblables à du mica, ou 
encore à des fragments d'aile d'insecte. J'avais cru tout d'a- 
bord retirer de cet étui une feuille d'or portant une inscrip- 
tion punique; mon espoir fut déçu, mais on trouva une in- 
scription sur le dernier objet qu'il me reste à décrire ; 

6° Disque de la grandeur d'une pièce de 1 francs, muni 
d'une belière. La face porte au centre une sorte d'ombilic. 
Elle est en outre entourée d'un cercle formant rebord et se re- 
levant à la partie inférieure pour décrire un angle dont la 
pointe se dirige vers le centre. On y lit un texte punique de 
cinq lignes, gravé en caractères microscopiques. 

xxn. 3o 



IMVRIAItUli: KiTPUM, 



— 638 — 

Comme on le voit, le mobilier de cette sépulture répondait 
à sa grandeur et au luxe avec lequel elle avait été construite. 

J'ai dit plus haut que les parois du tombeau et l'enduit de stuc 
qui les avait recouvertes n'atteignaient pas le plafond. Il y a 
là, tout autour de la chambre, un retrait rempli en partie par 
de petites pierres et du mortier. On peut mesurer l'épaisseur 
qu'occupait la corniche au-dessus de la paroi. Cette épaisseur 
était de o m. 06. On peut également mesurer la hauteur de 
cette corniche qui devait être de m. 08. Le reste était pris 
par les pièces de bois qui composaient le plafond et qui ont 
laissé des lambeaux demeurés attachés à la pierre, de telle 
sorte qu'on ne peut avoir le moindre doute à cet égard. 

Il est un autre détail digne d'être noté. Avant de placer le 
bois du plafond et de la corniche, les artisans ont fait autour 
de la chambre, à 111. o5 de l'arête supérieure des pierres for- 
mant paroi, un filet rouge qui paraît avoir été tiré au cordeau. 
Comme ce filet devait être ensuite caché par l'enduit du stuc, 
il est certain qu'il n'a pas été fait pour orner le caveau. Il est 
donc naturel de croire qu'il a dû servir à placer de niveau les 
pièces de la corniche et du plafond. 

Ce grand tombeau est assurément, le puis beau et un des 
plus riches que nous ayons trouvés à Carthage. J'ai tenu pour 
cette raison à en donner une description aussi détaillée que 
possible. J'y joins la description de plusieurs autres trouvés à 
côté, mais à une moins grande profondeur. 

T0MBE\CX VOISINS DU l'RKCKDEINT. 

Dans les parois du puits pratiqué pour découvrir le grand 
tombeau, on en a rencontré plusieurs autres dont le mobilier 
renfermait aussi des pièces intéressantes. 

I. — Dans une 'tombe, large seulement de m. 35, mais 
haute de 1 m. 3o et longue de 2 m. 3o, on recueillit : 



— A39 — 

i° Des grains de collier en or; 

2° Un pendant d'oreille en argent à croix ansée; 

3° Plusieurs beaux scarabées avec hiéroglyphes finement 
gravés ; 

k° Cinq moules en plâtre destinés à reproduire des rosaces 
à douze branches. Ces moules, dont le diamètre varie entre 
o m. 06 et o m. 08 , sont munis d'une petite poignée centrale 
qui est quelquefois percée d'un trou permettant d'y passer un 
lien. Dans les uns, les fuseaux de la rosace sont en relief; dans 
les autres, ils sont en creux. On peut rapprocher ces petits 
moules en plâtre de ces disques en terre cuite, dont nous 
avons trouvé plusieurs fragments intéressants sur d'autres points 
de Carthage , surtout dans la nécropole punique de Saint-Louis ; 

5° Une tête égyptienne haute de o m. o85, taillée dans un 
morceau de pierre blanche, tendre comme de la craie, sorte 
de pierre de Malte. La partie inférieure de cette tête est plane 
et percée d'une mortaise ; 

6° Un disque taillé dans la coque d'un œuf d'autruche. La 
partie convexe porte les traits principaux d'une figure humaine. 
Le noir des yeux est parfaitement conservé. 

II. — Dans une autre tombe, située en arrière de la pré- 
cédente, on trouva, autour du squelette, treize poteries de 
forme connue, y compris la lampe ordinaire; deux hachettes, 
l'une en bronze et l'autre en fer ; une coquille du genre pecten 
ou coquille de Saint-Jacques; une autre coquille plus petite, 
bombée; plusieurs morceaux de poix ou de bitume; deux 
grains d'encens, et enfin, une petite boîte en argent, ouverte 
en carré aux deux extrémités. Cette boîte minuscule, puis- 
qu'elle n'a que î 5 millimètres de longueur, est un étui qui a 
servi à renfermer du bois de senteur. Le petit cube de bois, 
dont on a retrouvé des vestiges encore fibreux, était enveloppé 
dans une lamelle d'argent, dont les bords avaient été rabattus 

3o. 



— âàO — 

de façon à laisser de chaque côté une ouverture qui permit au 
parfum de se répandre dans la tombe. 

Les deux tombes de construction fort simple, dont je viens 
de faire connaître le contenu, étaient orientées comme le grand 
tombeau. 

III. — Une troisième sépulture, orientée dans un autre 
sens, c'est-à-dire dans le sens de presque toutes les tombes 
de cette nécropole, nous réservait aussi de nouvelles surprises. 

L'or y était représenté par un beau pendant d'oreille, à 
croix ansée, haut de om. o35, et par vingt-six petites sphères 
ornées de lignes formant treillis. 

L'argent apparaissait dans deux globes surmontés du crois- 
sant et dans six petites feuilles estampées, ayant la forme de 
fer à cheval et reproduisant la palmette si chère aux artistes 
carthaginois. Ces palmeltes conservent des traces de dorure et 
sont percées de petits trous d'applique. 

Le bronze figurait dans un miroir de forme circulaire. 

L'ivoire et le corail apparaissaient dans de menus frag- 
ments. 

La cornaline et l'agate se montraient dans une vingtaine de 
grains de collier, affectant la forme de tonnelets allongés (1) . 

Le verre et la faïence y étaient aussi représentés sous la 
forme d'un masque cornu et de figurines égyptiennes. Une 
pierre blanche et transparente y a été également trouvée. Elle 
a la forme et la grosseur de l'arachide connue des naturalistes 
sous le nom de arachis hypçgea et que, dans le nord de 
l'Afrique, on appelle vulgairement de son nom espagnol enca- 
houct. En regardant à travers, on voit dans l'intérieur deux 
boules blanches comme du lait. Les Carthaginois devaient 



0) Chose curieuse, un do ces jjrains n'est pas perforé cl n'a pu par consé- 
quent faire partie d'un collier. 



— 44Î — 

attribuer une influence à ces pierres qui offrent un aspect si 
particulier. 

Une autre pierre, jaunâtre, tendre, a fourni une tête de 
chien montrant les dents. La gueule, les narines et les oreilles 
sont peintes en rouge. 

Une troisième pierre, de couleur blanche, a été sculptée sous 
la forme d'une figure égyptienne semblable à celle que j'ai 
décrite plus haut, quoique plus petite (o m. 06). Certains dé- 
tails, grâce à la matière un peu plus dure dans laquelle cette 
tête a été taillée, sont mieux conservés. Les yeux et les sour- 
cils étaient peints en noir. Comme la précédente, elle porte, 
à la partie inférieure, une mortaise destinée à la fixer. 

Mais c'est surtout la céramique qui, dans ce tombeau, nous 
a fourni des pièces intéressantes. Sans parler des vases de 
forme commune déjà rencontrés, je signalerai : 

i° Un vase d'argile assez grossière, dont la forme offre 
un aspect particulier : il se rapproche des unguentaria d'al- 
bâtre ; hauteur, m. 1 3 ; 

2 Un second vase orné de peintures. On distingue sur la 
panse plusieurs figures : un guerrier armé d'un bouclier rond 
et d'une lance, un cavalier et plusieurs femmes portant une 
urne sur la tête. Le point d'attache inférieur de l'anse est la 
palmetle carthaginoise, de laquelle sort de chaque côté un 
serpent ; 

3° Plusieurs figurines : 

Tout d'abord une tête en terre cuite rouge, haute de 
m. 08, à revers creux. Cette tête, d'aspect égyptien, est ornée 
de deux longues tresses de cheveux et coiffée d'une sorte de 
bonnet phrygien, dont le sommet recourbé en avant est percé 
d'un trou qui permettait de suspendre l'objet à l'aide d'un 
lien. 

Ensuite deux figurines, qui sont peut-être les deux plus 
belles pièces de céramique trouvées jusqu'à ce jour dans les 



— Uh2 — 

nécropoles puniques de Carthage et dont la description ter- 
minera cet inventaire. Ce sont deux statuettes, presque iden- 
tiques, en terre rougeâtre, représentant toutes les deux 
la même déesse; l'une est haute de o m. 1 55 , l'autre de 
o m. î a 5. 

Assise sur une sorte de trône, la déesse a les mains posées 
sur les genoux. Les traits du visage sont particulièrement fins. 
Les seins sont légèrement accentués; la tête est couverte d'un 
voile dont les deux côtés couvrant les épaules passent sous les 
bras; les extrémités en sont plus ornées et tombent sous les 
mains, en avant des jambes. La tunique, dont les manches 
s'arrêtent au pli des coudes, est peinte en rouge : elle couvre 
les seins et descend jusque sur les pieds. Le siège sur lequel 
la déesse est assise est également peint en rouge. 

Ces statuettes sont creuses et reposent sur une base plane 
de forme trapézoïdale, percée d'un trou d'évent. La tombe qui 
renfermait tant d'objets intéressants était de construction et de 
dimension ordinaires. 

J'ai pensé que la description de ces sépultures méritait de 
faire l'objet d'une note spéciale. L'étude d'ensemble de la né- 
cropole donnera lieu à des comparaisons et à des observations 
qui permettront d'établir les principes d'une classification mé- 
thodique des tombes puniques et de leur mobilier funéraire. 
Mais celte étude ne pourra se faire d'une façon définitive 
qu'après l'exploration complète du terrain que nous avons en- 
trepris de fouiller à fond. 



M3 — 



N° XXXI. 

LES IVOIRES DE BRASSEMPOUY, NOTE DE M. ED. PIETTE , 
COMMUNIQUÉE PAU M. ALEXANDRE BERTRAND, MEMBRE DE l'aCADEMIE. 

(SÉANCE DU 23 NOVEMBRE l8()4.) 

La station quaternaire de Brassempouy présente, à sa base, 
une assise de terre ocreuse, mêlée de cendre, où l'on trouve 
des ivoires très intéressants, notamment des figurines humaines 
qui donnent, jusqu'à un certain point, l'illusion d'oeuvres 
égyptiennes. Des foyers circulaires entourés de pierres ou 
d'argile , échelonnés à toutes les hauteurs et répartis dans 
toute l'étendue de la couche, éloignent toute idée de rema- 
niement. Ils contiennent des cendres, du charbon, des mor- 
ceaux d'ivoire calciné, des os à demi brûlés et n'avaient cer- 
tainement jamais été atteints par la pioche, avant d'être 
bouleversés par les fouilles. C'est dans les intervalles laissés 
entre ces foyers que se trouvent les statuettes; elles y gisent 
avec des instruments en silex ou en ivoire et des ossements 
très nombreux de mammouth, de rhinocéros à narines cloi- 
sonnées, de cheval, d'hyène tachetée, d'ours des cavernes, de 
cerf du Canada, de cerf commun, parmi lesquels apparaissent 
quelques rares débris de renne. Ces ossements ont été fendus 
pour en extraire la moelle. Ils portent des traces de raclures 
faites avec le silex, et leur présence dans les foyers prouve 
que l'homme se nourrissait alors de la chair de ces animaux. 
Cette assise est recouverte par un lit de pierrailles et de terre 
renfermant des silex en forme de feuilles de laurier, semblables 
à ceux de Solulré, et par la succession de toutes les assises 
magdaléniennes couronnées par un lit de terre limoneuse 
ayant, en certains endroits, jusqu'à 2 m. 5o de hauteur. 

La stratigraphie prouve que cette assise est plus ancienne 



— Uà — 

que celles de la Madclaine. Elle appartient donc à une époque 
de transition. 

\I. de Poudcnx. propriétaire du gisement, a consenti à 
confier a M. Piettc les objets que l'on y a recueillis, et j'ai 
cru utile de mettre sous les yeux de mes confrères six ivoires 
de cette lointaine époque : un instrument d'usage indéterminé, 
mais très élégamment sculpté, et cinq fragments de statuettes. 

Ces fragments de statuettes sont : i n une tête dont la coif- 
fure ressemble à une perruque égyptienne, mais dont le visage 
est triangulaire; — 2° la partie inférieure d'une figurine brisée 
au-dessus des reins. Elle porte une ceinture, niais pas de 
pagne. Les jambes sont terminées en pointe, et les fesses très 
courtes, à peine séparées, ressemblent à celles des poupées 
égyptiennes; elles ne sont pas copiées d'après nature, mais 
sont faites suivant un procédé qui a été commun aux deux 
époques et ont été figurées par deux entailles rapprochées l'une 
de l'autre; — 3° la partie inférieure d'une statuette cassée au 
ventre, les jambes sont jointes et le bas du tronc, dont il ne 
reste qu'une faible partie, paraît, avoir été fait par le procédé 
dont je viens de parler. C'est une ébauche; les pieds sont à 
peine dégrossis et on voit les coups de burin sur les jambes 
et sur les cuisses. La présence dune ébauche, dans cette as- 
sise, prouve que ces statuettes n'ont pas été importées, mais 
qu'elles ont été faites sur place; — 6° fragment de torse cou- 
vert d'une pèlerine, ayant un bras en relief appliqué contre 
la poitrine; — 5" enfin, une petite poupée qui ne me parait 
avoir rien de commun avec l'art égyptien et qui ne figure ici 
que pour sa petite taille. 

Ces statuettes, à l'exception de la troisième, qui provient 
des fouilles de ['Associai ion française pour l'avancement des sciences . 
ont été recueillies par M. Piette et par M. de Laporterie. 



— Mf> — 



N° XXXII. 



RAPPORT DE M. HERON DE VILLEFOSSE SUR LES OBJETS DECOUVERTS À 
CARTHAGE PAR LE R. P. DELATTRE DANS LA NÉCROPOLE PUNIQUE 
VOISINE DU SERAPEUM. 

(SÉANCE DU 7 DÉCEMBRE l8()'l.) 

Les lettres du R. P. Delatttfe que j'ai eu l'honneur de com- 
muniquer récemment à l'Académie (1) étaient relatives à une 
nouvelle découverte de tombeaux puniques, faite dans le voi- 
sinage du Serapeum de Garthage. Elles contenaient la des- 
cription de ces tombeaux et l'énumération des objets recueillis; 
malheureusement, aucun dessin, aucune photographie, ne les 
accompagnaient. Depuis cette communication notre corres- 
pondant a bien voulu m'adresse? plusieurs photographies et 
une série de dessins exécutés, d'après les monuments ori- 
ginaux , par le marquis d'Anselme de Puisaye. 

Je suis heureux de pouvoir les présenter à mes confrères, 
qui ont fourni au R. P. Delattre les moyens de continuer l'ex- 
ploration archéologique de Carthage. Ils pourront constater 
ainsi le fructueux emploi de leurs libéralités, se convaincre 
une fois de plus de la persévérance et de l'activité de notre 
correspondant et reconnaître que leur bienveillant intérêt ne 
pouvait être mieux placé. 

Les dessins reproduisent : 

i° Une série de petits vases (forme d'alabastron) aux- 
quels le P. Delattre donne le nom d'étuis funéraires; une 
série de scarabées portant des signes hiéroglyphiques et dont 
le dos représente des faces grimaçantes, le tout en terre 
émaillt'e et de s(\1p égyptisant. 

W Dans la séance Hu 2 novembre 1^06. 



— 44G — 

a" Une tête de femme, en pierre blanche. 

Elle est élégamment coiffée d'un voile à petits plis, lins et ré- 
guliers; ce voile est rejeté en arrière et retombe sur les épaules 
en laissant les oreilles à découvert. Le visage de cette femme 
est malheureusement mutilé; des boucles de cheveux, symé- 
triquement disposées, couvrent la partie antérieure de la tête. 

3° Une tête de femme voilée, en terre cuite rouge. 

Elle paraît être surmontée d'un goulot et provient proba- 
blement d'un vase [ï >. 

k° Une poignée en fer, terminée par un anneau et trouvée 
dans le grand tombeau. 

5° Un vase peint, à figures noires, de la forme dite olpé. 
(]a vase mérite une description particulière. Il a été trouvé 
dans le grand tombeau. 

Lan se, assez massive d'aspect, est ornée à sa base de deux 
serpents en relief, séparés par une demi-rosace. Le sujet 
peint sur la panse représente l'épisode d' Achille et de Troïlos®. 
A gauche, Achille casqué, portant un bouclier rond, armé 
d'une lance, vient de quitter le bouquet d'arbres derrière le- 
quel il était caché : il s'avance rapidement vers la droite et va 
dépasser la vasque qui reçoit l'eau de la source où Polyxène 
et ses compagnes sont venues remplir leurs amphores. Poly- 
xène, debout, drapée, les bras nus, soutenant des deux mains 
l'amphore placée sur sa létc, tourne les yeux, sans défiance, 
du côté d'Achille. Derrière elle, le jeune Troïlos, imberbe, 
les cheveux tombant sur le dos, sans armes, s'avance à cheval 
d'un pas tranquille. Troïlos occupe le centre de la composi- 
tion dont la partie droite comprend les figures des trois jeunes 

W A r;i|>i>rorh,'i des vases <>n l'orme de luisles de fi-mmo, trouvés ;'i Rhodes. 
Cf. L. Heuzey, Figurine» antique» de terre cuite du Musée du Louvre, pi. XIII, 
n" h. 

Th. Sebreiber a donné la liste des peintures de vases qui reproduisent reKr- 
ène, Sul mtto ii Trn^o (dans le* AntktU ieW htli tt É tr, 1X70, p. 188 et suiv.). 



tilles , compagnes de Polyxène, qui sont drapées, les bras nus, 
et portent une amphore sur la tête. Les tuniques sont décorées 
chacune d'ornements différents. La première de ces jeunes 
fdles soutient son amphore de la main droite et se retourne 
vers ses compagnes en faisant un geste d'effroi. La seconde 
soutient son amphore de la main gauche et semble partager 
l'impression de Ja première. La troisième parait moins effrayée. 
Ce petit tableau est encadré à gauche par un treillis dont les 
mailles sont indiquées par un point noir (1) , à droite par un 
méandre, en haut par une ligne de rosaces qui entoure le 
goulot, en bas par une ligne de rosaces plus grandes qui fait 
le tour de la panse. Le pied du vase est décoré de feuilles 
pointues. 

Malheureusement le dessin est exécuté à l'encre, sans in- 
dication des couleurs ; la hauteur du vase n'est pas non plus 
donnée. Mais tel qu'il est, ce dessin suffit pour permettre de 
reconnaître le style du vase et pour déterminer la date. Sans 
aucun doute , sa fabrication remonte au vi c siècle avant notre ère, 

G° Trois lamelles d'argent travaillées au repoussé et pro- 
venant d'un bracelet. 

La première représente, dans un encadrement rectangu- 
laire, une divinité à quatre ailes, la tête surmontée d'un 
disque et sortant d'un scarabée; au-dessous sont figurés le 
croissant et le disque. 

Les deux autres sont ornées d'une palmette dont les artistes 
phéniciens ont fait un fréquent usage. On la retrouve sur des 
pierres gravées orientales et sur divers monuments dont le 
caractère phénicien est indiscutable, par exemple sur les deux 
bas-reliefs découverts à Houad (l'antique Aradus) ( -\ et rap- 

(" Comme sur une olpé trouvée à Gaeré (HaycL et Collignon, Céramique 
grecque, p. 7. r j, Çg. 38. 

( J ) A. de Lonjjpâw, Mutée Nujiuléou M, pi. Wlil, if 3 et Ai; Renan, Hw>- 

sion de Phémrie , p. ?r> ; ;ill,js. pi. IV, li{|. 7 cl 8. 



— ààS — 

portés par M. Renan au Musée du Louvre, sur un fragment 
de bas-relief trouvé aux environs de Tvr, non loin d'Adloun, 
appartenant au même musée (,) , et sur les grandis côtés du sarco- 
phage d'Amathonte conservé au musée de New-York (2) . Cette 
palmette a été particulièrement employée par les orfèvres phé- 
niciens et carthaginois. On la remarque sur la patère de 
Dali (3) , sur celle de Curium (l) , sur le bracelet en or provenant 
de Tharros (3; que possède le Musée Britannique, sans parler 
des bijoux recueillis dans les nécropoles étrusques et en par- 
ticulier à Caere. 

•y Huit bijoux en or, recueillis dans le grand tombeau. 

Ce sont : une houle munie d'un annelel, un étui, un 
disque décoré de sept petits cercles et entouré d'un triple cor- 
delé (,,) , un sceau formé par un scarabée qui porte un cartouche 
royal, imité des cartouches égyptiens (7) , un anneau d'or uni, 
deux boules ornées d'un granulé, enfin, l'objet le plus pré- 
cieux de tout ce mobilier funéraire, un disque-pendeloque 
portant une inscription punique de cinq lignes, en caractères 
microscopiques. Sur ce dernier monument , qui est un peu moins 
grand qu'une pièce de dix francs, l'inscription est gravée au 
repoussé de telle sorte que les lettres apparaissent en creux 
d'un côté et en relief de l'antre. 

Ce disque-pendeloque, surmonté d'une large belière (s) , a 

10 Renan, p. 654. 

< 2) Perrol et Chipiez , Histoire de l'art , t. III , fig. 4 1 5-4 1 G ; cf. fig. 73 , 76, 8 1 . 

(1) A. île Longpcrier, Musée Napoléon III, pi. X. 

(») Perrot et Chipiez, I, III, fig. 55a; cf. fig. 548. 

M Ibid., ûg. fo3. 

>''' Ce petit, disque est analogue aux boutons d'or et d'argent recueillis en 
Chypre, en Sardaigne et dans les tomhes de Camiros. Il est probable que ces 
boulons étaient des ornements de vêtements. 

{1> Ce sceau est muni d'une belière qui servait à le suspendre au cou par un 
cordon. 

R) La belière est très large. C'est un des caractères distinrlifs des médaillons 
d'or de fabrication phénicienne. Cf. les médaillons du trésor do Curium (Perrot 
et Chipiez, t. III, fig. 676 et 590). 




Hèlio&- Duiardin 



fou: 

que en or avec inscription punie 




flTHAGE 

as que funéraire punique en terre 



— 449 — 

la forme d'une petite putère, ù ombilic central et à fond plat, 
dont le bord peu saillant serait rentré intérieurement sur un 
point de son pourtour correspondant à l'extrémité d'un dia- 
mètre tiré entre ce point et le milieu de la belière. — La des- 
tination de cet objet n'est pas douteuse; c'était une amulette 
qui pendait sur la poitrine du défunt. ( Voir la planche ci- 
jointe, n° i). 

Les photographies reproduisent : 

i° Des figurines en terre cuite, dont plusieurs conservent 
encore les traces d'un enduit pourpre sur la tunique. Elles 
représentent des femmes drapées et voilées, assises sur un 
siège à dossier carré, les deux mains posées sur les genoux. 
Les unes portent une haute tiare cylindrique recouverte par 
un voile qui descend sur les épaules et cache les cheveux C; 
les autres n'ont pour coiffure qu'un voile laissant les cheveux à 
découvert. 

Des figurines semblables ont été trouvées dans les tom- 
beaux phéniciens d'Amrit, l'antique Marathus, au sud deTortose, 
dans la Phénicie septentrionale { ' 2 \ On en a recueilli également 
dans la nécropole de Camiros, à Rhodes (3) , et sur divers autres 
points du bassin de la Méditerranée. Elles remontent, comme 
le vase décrit plus haut, au vi c siècle avant notre ère. 

2° Deux figures accroupies, en terre cuite grisâtre, hautes 
de o m. io5, ayant devant elles, entre les jambes, un vase 
arrondi, à deux petites anses, en forme de canope. L'une re- 
présente un cynocéphale; l'autre représente une femme dont la 
chevelure tombant sur la poitrine, dont les seins, les poignets 

M Hauteur de la figurine, o m. i55; hauteur de la tiare, o m. o3a. Le voiie 
tombe avec symétrie sur les épaules, [tassant sous les bras et reparaissant au- 
dessous des mains. La couleur pourpre de la tunique a presque entièrement dis- 
paru ; elle est demeurée très vive aux lèvres. 

' J) A. de Longpérier, Musée Napoléon 111 , pi. XXIX. 

' 3) L. Heuzey, Les figurines antiques do terre cuite du Musée du Louvre, pi. XI. 



— 450 — 

et les épaules sont teintés fie couleur foncée; la base qui sup- 
porte la figure est teintée de même. 

Une troisième figure semblable à la seconde offre cette par- 
ticularité que le gros vase, placé entre ses deux mains et entre 
ses genoux, est surmonté d'une grenouille, la gueule ouverte. 
Cette grenouille est en terre émaillée verte, tandis que la 
figure est en terre grise fine avec des touches brun foncé (1) . 

3° Un masque funéraire en terre cuite, sans aucune trace 
de peinture, ni de glaçure. C'est un vieillard au type sémi- 
tique très accentué. La bouche est ouverte; les yeux sont figu- 
rés par des trous en forme de croissants renversés; les rides 
sont indiquées par de petits traits autour de la bouche et sur 
les tempes; un gros bourrelet limite les contours des oreilles (2) . 
Une petite pastille en relief est appliquée sur chaque pommette 
des joues. Trois trous percés sur les bords du masque ser- 
vaient à le fixer à l'aide de fils : l'un de ces trous se voit à la 
partie supérieure; les autres sont placés symétriquement au- 
dessous de chaque oreille. (Voir la planche ci-jointe, n° 2.) 

Ces différents monuments ont été recueillis avant le 1 5 no- 
vembre dernier; je me contente de les signaler ici à l'attention 
des archéologues. Le R. P. Delattre les fera mieux connaître 
lui-même dans un rapport plus détaillé, accompagné de 

W Deux nouveaux exemplaires de ces figures viennent d'être découvertes : 
l'un représente un cynocéphale accroupi, ed terre émaillée vordàtre, l'autre 
une femme; tous deux tiennent devant eux le j;ros vase surmonté «l'une gre- 
nouille, tous deux sont coiffés d'une sorte de polos à bord supérieur évasé et 
dentelé. — (les figures paraissent être des imitations d'objets égyptiens. Primi- 
tivement elles étaient toutes recouvertes d'un émail. Elles son! exactement sem- 
blables à celles que Salzmann (Nécropole de Camiros, pi. IV) a trouvées dans les 
tombeaux de (iamiros cl qu'il appelle jitpirinex en porcelaine île style égyptien. 

(2 > Les oreilles sont do même forme que celles du masque Villedon conservé 
au Louvre. (If. L. llenzoy, Les figurines antique* de terre cuite du Mitsce du 
Louvre, pi. VII, lift. 1. La présence de ces masques dans les tombeaux rarllia- 
ginois est maintenant constatée par plusieurs décou tértes. Il parait hors' de cloute 
que le masque Villedon doit provenir également d'une sépulture punique: 



— lxb\ — 

bonnes reproductions. Dès à présent, on peut affirmer f|ue ces 
nouvelles sépultures remontent au vf siècle avant notre ère (l) . 
Le mobilier qu'elles renferment est analogue à celui des 
tombes contemporaines découvertes sur plusieurs points du 
bassin de la Méditerranée et, en particulier, sur la côte "de 
Phénicie, à Rliodes et en Sardaigne. On y remarque un mé- 
lange d'éléments grecs et d'éléments phéniciens, témoignage 
d'un double courant commercial. Le vase peint est d'une fa- 
brication grecque incontestable: il appartient à la série des 
vases à figures noires. Les terres cuites nous offrent d'inté- 
ressants spécimens de l'archaïsme grec encore tout empreint 
du contact de l'Orient; elles sont moins fermes que celles de 
Rliodes, mais en reproduisent fidèlement les types. Les bijoux 
et les monuments en terre émaiiléc appartiennent sans con- 
teste à l'industrie phénicienne. 

L'intérêt de ces trouvailles n'échappera à personne. Grâce 
à la façon dont le R. P. Delatlre conduit ses fouilles, grâce aux 
constatations minutieuses qu'il a soin de faire, les archéo- 
logues auront bientôt à leur disposition un ensemble de docu- 
ments qui leur permettra d'apprécier, avec une juste mesure, 
les produits d'une époque particulièrement intéressante. Les 
historiens de l'art antique trouveront dans l'étude de ces dé- 
couvertes de nouvelles et précieuses données pour établir équi- 
tablement la part de ce qui appartient en propre aux Grecs et 
de ce qu'ils ont emprunté à l'Orient. Le voile qui recouvre en- 
core l'histoire de la Carthage punique se soulèvera, et ce passé 
lointain, qui semblait devoir nous rester à jamais inconnu, 

(l) 11 faut signaler aussi dans le mobilier funéraire de celte nécropole un petit 
bronze représentant un cerf dont la photographie ne m'est pas parvenue. Il est 
long de o m. ofi et haut de o m. o3. Le corps est grêle, la tête peu élevée, la 
queue courte, les patte < raides comme des bâtons. Un des bois manque; l'autre 
se termine par un épalemcnt dentelé. L'animal porte sur le dos un appendice 
percé d'un (rou qui servait à le suspendre. . 



— 452 — 

s'éclairera peu à peu. Personne n'oubliera que, sans la haute 
bienveillance de l'Académie des Inscriptions, qui n'a cessé 
d'encourager et de diriger le P. Delaltre, ces heureux résultats 
n'auraient pas été atteints. 

Les fouilles continuent. Ce matin même, je recevais l'an- 
nonce de la découverte d'une nouvelle tombe, située à 

1 k mètres de profondeur au-dessous du sol actuel. Au lieu 
d'un grand caveau muni d'une porte d'entrée, les ouvriers ont 
mis à découvert une simple auge, longue intérieurement de 

2 m. Zio, large de o m. 83 et profonde de o m. 9/1 ; elle est 
formée de grosses dalles de tuf parfaitement dressées. Plu- 
sieurs de ces dalles, larges de om. 90 à 1 mètre, épaisses de 
m. ko , ne mesurent pas moins de 1 m. 5o de longueur. L'in- 
térieur était soigneusement enduit de stuc, sauf les grandes 
dalles de fermeture : on n'y a trouvé qu'un seul squelette dont 
le crâne était dans un état parfait de conservation. Auprès du 
squelette on a recueilli un bracelet en bronze, une bague en 
argent, six petites boites cylindriques en argent munies d'un 
couvercle à belière, une petite rosace en or, un pendant à 
croix ansée et deux bagues en or à chaton mobile. Un des 
chatons est formé par une agate sur laquelle est gravée une di- 
vinité égyptienne portant une tige de papyrus. Le second 
chaton est exécuté en une pierre dure ressemblant au lapis- 
lazuli, mais légèrement moucheté de blanc; on y voit une 
sorte d'antilope surmontée de trois palmes. 

Celte sépulture ne renfermait pas de céramique. Mais les 
objets en terre cuite avaient été placés dans une niche sim- 
plement pratiquée dans la terre au-dessus du tombeau. Ils 
se composent de deux lampes de forme primitive, de deux 
petites fioles en terre rouge et de deux vases d'assez grandes 
dimensions. L'un de ces derniers est orné d'une décoration 
géométrique composée <1< % bandes brunes ci de nombreux 



— 453 — 

filets noirs. Enlre les deux anses, de chaque côté du vase, 
sont tracées en noir des séries de barres parallèles, des zigzags 
et des lignes ondulées. Dans la même niche se trouvait une 
anse en bronze provenant sans doute d'une cassette. 

Ce dernier tombeau, tout à fait différent des autres, est 
aussi intéressant par sa forme que par son mobilier. La pré- 
sence d'un vase à décor géométrique mérite ]'attention. 

Enfin le R. P. Delattre m'a envoyé, pour être présenté à 
l'Académie, le disque-pendeloque en or, couvert de caractères 
puniques, dont j'ai parlé plus haut. Je laisse ce soin à mon 
savant confrère M. Philippe Berger, à qui j'ai confié ce pré- 
cieux objet, qui a bien voulu l'étudier, en déchiffrer l'inscrip- 
tion , et qui en fera connaître, mieux que moi et avec une com- 
pétence que je ne possède pas, le sens et l'intérêt. 

N° XXXIII. 

NOTE SUR UN PENDANT DE COLLIER EN OR AVEC INSCRIPTION PUNIQDE , 
LUE PAR M. PHILIPPE BERGER. 

(SÉANCE DD 7 DÉCEMBRE 1896.) 

Le pendant de collier en or avec inscription phénicienne 
dont je dois la communication à notre confrère, M. A. Héron 
de Villefosse, est, malgré ses petites dimensions, un des monu- 
ments les plus curieux que nous ait livrés le sol de Carthage. 
On le trouvera, reproduit au triple de la grandeur naturelle, 
au n° 1 de notre planche. Il se compose d'un petit disque, haut 
de m. 1 5 , muni d'une de ces larges belières que M. Héron 
de Villefosse a si bien décrites comme étant un des traits carac- 
téristiques de l'orfèvrerie punique. Il est entouré d'un petit 
bourrelet qui rentre à la partie inférieure, et donne au bijou un 
faux air de cœur renversé. Le centre est occupé par un petit 
umbo faisant saillie. 

xxu. 3i 



HIMlldlllltf KlIllMIt.. 






— 45/t — 

L'inscription comprend six lignes d'une écriture très fine; 
les lettres, qui n'ont guère plus d'un millimètre de hauteur, 
ont été gravées au repoussé, à coups de ciseau, et ont produit, 
au revers de la plaque, un relief très accentué; elles sont d'une 
netteté parfaite. L'écriture est archaïque, et ne présente encore 
presque aucune trace de la transformation qu'a subie l'alphabet 
phénicien à l'époque perse. Si l'on se reporte à la classification 
des alphabets phéniciens établie par M. de Vogué, il faut la 
faire remonter au moins au v" ou au vi e siècle avant notre ère. 
C'est donc non seulement la première inscription archaïque 
d'Afrique, mais, d'une façon absolue, c'est l'une des plus an- 
ciennes inscriptions phéniciennes que nous possédions. 

Voici comment je crois pouvoir la lire : 

Vl v^ w < V^n tfN 5 

Lignes 1-2. Le mot mntyy? = «A Astarté», est le seul 
qu'on ait quelque peine à lire, parce qu'il se trouve un peu 
perdu sous le bourrelet; mais je crois que cette lecture s'impo- 
sera à tous ceux qui voudront considérer attentivement l'in- 
scription. 

Ligne 2. pbûJD 1 ?. Le même mot, moins la préposition ^re- 
vient, à la ligne 6, écrit avec la même netteté. Malgré tout ce 
que la présence de ce nom ainsi orthographié a de surprenant 
pour nous, on ne peut le traduire que d'une façon : «A Pyg- 



— -455 — 

malion». Je pense que personne, même ignorant l'épigraphie 
sémitique, mis en présence du nom PGMLIN, n'hésitera à le 
prononcer ainsi. Cette lecture déroute toutes nos idées sur le 
nom de ce personnage mythologique. Nous étions habitués à 
le considérer comme un dérivé de la racine OVD « pied » , d'où 
les Grecs ont tiré le mot rsvy\it\, et cette explication était de- 
venue, en quelque sorte, classique (1) . Ici, il est écrit avec 
un g, comme les Phéniciens auraient pu l'écrire, s'ils l'avaient 
transcrit du grec. Ce nom, ainsi orthographié, ne se rattache 
à aucune racine sémitique connue; de sorte qu'il faudrait ad- 
mettre, si telle est bien sa forme primitive, que Pygmalion 
n'était pas un nom sémitique, ce qui est contraire à toutes 
les données des auteurs anciens. On est réduit à se demander 
si nous n'aurions pas là un nom phénicien, qui aurait pénétré, 
sous la forme grecque, à Carthage, et qui aurait été retran- 
scrit du grec par les Carthaginois. La haute antiquité de cette 
inscription ôte, il faut l'avouer, de sa vraisemblance à cette 
hypothèse. 

La présence du nom de Pygmalion, comme nom de dieu, 
à Carthage, n'est pas moins surprenante. On voudrait au moins 
qu'il fût séparé par la particule 1 = «et 55, du nom d'Astarté. Il 
n'en est rien. Les deux noms sont juxtaposés de la façon la plus 
insolite, de telle façon que le second a l'air de n'être que le 
déterminatif du premier, comme s'il y avait «à Astarté (qui est) 
Pygmalion». Cette association de deux noms divins, l'un mas- 
culin, l'autre féminin, en une seule personne, rattache As- 
tarté-Pygmalion au groupe, si important dahs le panthéon 
phénicien, des dieux hermaphrodites : Astar-Camos (Inscr. de 
Mésa), Esmoun-Melqart, Esmoun-Astoret, etc. Cf. C. I. S., 
16 et 2 45. On pourrait objecter, il est vrai, que le nom de 
Pygmalion figure seul à la ligne 6 ; mais nous avons le même 

(1 ) Pli. Berger, Pygmée, Pygmalion; Mém. de la Soc. de linguistique , I. IV, 
4* fasc, 1881. 

Si. 



— 456 — 
dédoublement sur la stèle de Mésa. où nous voyons Camos al- 
terner avec Àstar-Camos. 

Lifme 3. "jtovT = Iadamelek. c'est-à-dire « celui que Moloc 
connaît». Cf. mn», I Chron., a, 10; mi\ mirr», II Rois. 
h, 4, etc. 

Ligne 4. , -iC = Paddaï. Cf. C. /. S., umr. phœn.. n° 48o, 
et rr~D = Pedajah. II Rois, xxiu, 36, etc. 

Lignes 4-6. ^232 ySn - * V^~ • Je traduis : « Pygmalion dé- 
livre qui il délivre», c'est-à-dire « qui il lui plaît», en compa- 
rant la formule : DniM 'ïx ms* *nDmi ]TM "W* nu ^n^ Je fais 
grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséri- 
corde- (Exod.. xxxin. 19). familière à la langue et à l'esprit 
hébraïques. 

Peut-être trouvera-t-on que ces mots détonnent un peu à 
cette place, et l'on aimerait mieux, au point de vue de la 
grammaire, que la fin de l'inscription se rattachât aux noms 
propres qui précèdent. Cette considération m'avait porté, tout 
d'abord, à couper les mots autrement, et à lire çVnrïD=> Pad- 
daïhilleç , « celui que le Sauveur délivre » (cf. yVroDWK . Esinoun- 
hilleç: v'ïn'^n, Raal-hilleç; teasVn, Hilleçbaal, etc.). en ne 
faisant commencer la formule de bénédiction qu'à la ligne 5 : 
pboas y 1 ?" e?« -lequel puisse délivrer Pygmalion », avec un jeu 
de mots sur le verbe ^n, ce qui serait bien aussi dans le goût 
des langues sémitiques. Cette traduction aurait l'avantage d'al- 
léger la formule finale et trouverait des analogies dans la for- 
mule, si fréquente sur les inscriptions chrétiennes d'Afrique : 
- oqus nomen Deus sciU ' . Il faudrait alors traduire : « Iada- 
melek, fils de Paddaîhilleç, que puisse délivrer (hilleç) Pyg- 
malion». .Mais, outre*que nous ne connaissons pas d'emploi du 

Le Blant, huer, chrét. de la Gaule, n° 563. — liants, Hôte sur les mo- 
saïques chrét. de l'Italie, p. 3. — Héron de Villefosse, Bulletin de la Soc. des 
Antiq. de Fr., 1 88 1 , p. 3o6. — If. de Vn;ju. : , L"S églises de Terre- Sainte. 

p. m, et pi. V, fifj. 3. 



— 457 — 

mot "HD, comme nom divin, l'analogie- des noms que j'ai cités 
plus haut me détermine pour la première lecture. 

Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que nous sommes ici en 
présence d'une amulette, c'est-à-dire d'un texte proprement 
religieux, où les dieux et les formules insolites sont à leur place. 
L'île de Chypre nous a déjà fourni un texte du même ordre, mais 
plus court. Sur les deux garde-joues d'un casque trouvé à Dali, 
et donné par le duc de Luynes à la Bibliothèque nationale (1) , 
on croit lire les mots, deux fois répétés : 

^09 =-riJy3 «par Anath». 

Celte courte invocation est particulièrement intéressante, si 
l'on songe qu'Anath était une déesse guerrière, et qu'elle est 
identifiée, sur l'inscription de Larnaca-tis-Lapithou,avec kQvvS. 
2&>TE/pa N/x»7. Peut-être enfin est-ce de la même manière 
qu'il faut expliquer l'une des deux inscriptions, si discutées, 
qui étaient tracées sur les deux colonnes du temple de Salo- 
mon : Ti , : = Boaz ! '- ,) . Elle signifierait «en lui est la force», lit- 
téralement : «force par lui». Toutes ces inscriptions se rap- 
portent à un secours attendu de la divinité dont on se réclame. 

Voici donc comment je traduis cette nouvelle inscription : 

A Aslar- 

té à Pygmalion. 

Iadamelek, fils de 

Paddaï[. Délivre 

qui il] délivre 

Pygmalion. 

On voit, par ce qui précède, quel intérêt présente ce texte, 
qui ne mesure guère plus d'un centimètre. Le point capital de 

M Numism. et inscr. cypriotes (Paris, 1 85a), p. 3ç). Le duc de Luynes lisait 
DjV2 12 f Fortune par Ànath»; mais les caractères qu'il a lus "jj, sur le [*arde- 
joue de gauche, ont Pair de n'être que la fin de la formule pjfya]. 

( 2) I Rois, 1,7, 91. 



— 056 — 

l;i découverte du père Uelattre, esl l'introduction de Pygmalion 
dans le panthéon carthaginois. Quelles qiM soient les dilli- 
cultés d'interprétation de ce texte, c'est un fait certain et qui 
peut être considéré comme acquis : cinq ou six cents ans avant 
notre ère, Pvginalion était adoré comme dieu à Cartilage. Ce 
nom nous reporte aux origines de la civilisation punique, et 
vient illustrer, d'une façon inattendue, les récits des auteurs 
anciens sur la fondation de Carthage. Et maintenant que nous 
avons retrouvé Pygmalion, il nous est permis d'espérer que 
nous retrouverons quelque jour Didon. Qui sait si ce n'est pas 
elle qui se cache, à la première ligne de notre inscription, sous 
le nom d'Astarté? 

N° XXXI V. 

LE MUSICOGRAPHE ALYPIUS CORRIGÉ PAR ROÈCE ; 
NOTE DE M. CH. -EMILE REELLE. 

(SÉANCE DO 7 DÉCEMBRE 1896.) 

La comparaison des tahleaux consacrés, dans Y Introduction 
musicale d'Alypius (t) , à la notation du ton ou trope lydien, 
genres enharmonique et chromatique, avec les tahleaux corres- 
pondants contenus dans Y Institution musicale de Boèce (IV, 3 ) M, 
fait découvrir chez Alypius des irrégularités qui sont peut-être 
moins imputahles aux copistes qu'à l'auteur lui-même. 

Les rectifications proposées portent sur les signes des trois 
notes suivantes, des genres enharmonique et chromatique : 

Lichanos des hjpates; 

Paranète des disjointes; 

Paranètc des hyper boléennes. 

(') Pages ih et l\U de Meibom. 

W Pages 3io et 3n de Friedlein. — Boèce annonce l'intention de dresser 
plus tard les tableaux des aulres tropes. mais rien ne prouve qu'il ait donne 
Biiile à ce projet. 



— 459 — 
Lichanos des hypates enharmonique. — Description d'Aly- 

pius : AXÇxx. dvecr! pct{X{iévov xcù àîyafxfxov àveal pa(/.(xévov . 7 . 

« Alpha renversé et digamma renversé.;? 

Description de Boèce: Alpha supinum et gamma conversum 

rétro habens virgulam. Y . 

Lichanos des hypates chromatique. — Description d'Alypius : 

h\(Ç><x àveal paymévov ypct[i[inv 'éyov xa) Siya^ov àvzar1pa.[i\i.évov 

<cypafjLixïjv ë%ov>^. . k Alpha renversé portant une barre, 

et digamma renversé portant une barre. % 

Description de Boèce : Alpha supinum habens lineam et 

gamma conversum duas habens lineas ( ' 2 '. 

La double barre q.ue porte le gamma retourné chromatique 
dans le texte de Boèce, s'explique très naturellement. Ce signe 
porte déjà une barre, chez cet auteur, lorsqu'il représente une 
note enharmonique, fait à retenir, pour le dire en passant, 
lorsqu'on dressera un nouveau diagramme du trope lydien. Or, 
dans ce trope, les deux signes, vocal et instrumental, de la se- 
conde corde mobile chromatique de chaque tétracorde reçoivent 

toujours une barre. Exemples : ' - , etc. En conséquence, 
le gamma retourné, déjà muni d'une barre dans l'enharmo- 
nique, a dû en recevoir une seconde dans le chromatique. 

Dès 184-7, Frédéric Bellermann (3) avait relevé, dans les ta- 
bleaux d'Aristide Ouintilien (4) , la présence — et reconnu la 

W Bonne addition de Mciboin. — Les manuscrits de Bacchius (Introduction 
à l'art musical, p. 8, Miibom; S 33 dans l'édition de Cari von Jan) donnent 
des signes douteux, lus arbitrairement t. P ar Meibom et, avec plus de vraisem- 
blance, Y. par le second éditeur. 

(2) Dans la nomenclature détaillée de Boèce, «supinum» correspond comme 
«aversum» au mot àveal pafifiévov des musicograpbes grecs, et tt conversum *> au 
mol aTtealpafipévov. 

W Die Toiileitem und Musiknoten der Griechen , etc. Berlin, in-ft", p. fti et 67 

(4) Meibom, dans son édition d'Aristide Quinlilien (notes sur la page 28), a 



— 460 — 

régularité — du gamma retourné mis à la place du digamma 
renversé que donne Alypius; mais il s'en est tenu là, ainsi que 
Westphal (l) , M. Gevaert (2) et M. C. von Jan. 11 n'est peut-être 
pas inutile de tenter la démonstration des deux propositions 
suivantes : i° le gamma retourné de Boèce et d'Aristide Quin- 
tilien est nécessaire; 2° le digamma renversé d'Alypius est 
inadmissible. 

En ce qui touche la première proposition, il est constant 
que trois notes instrumentales consécutives distantes d'un 
demi-ton dans le genre chromatique tonié, d'un quart de ton 
dans le genre enharmonique, autrement dit formant pyenum (3) , 
sont représentées dans plusieurs cas, et non pas dans tous, 
comme on l'a dit et répété (i) , par trois positions différentes 

su dégager le gamma retourné, au milieu de signes- presque tous altérés par les 
copistes, et M. Albert Jahn a publié, à la suite d'une seconde édition d'Aristide, 
un fac-similé du manuscrit de Hambourg où les trois positions du gamma sont 
très nettement tracées. 

M Voir Metrikder Griechen, 2* éd., t. I, p. 327, 33i et surtout p. 3o5. Dans 
ce dernier passage, Westpbal déclare formellement qu'il faut corriger h en "| , 

(2) Histoire delà musique de l'antiquité, t. I, note placée au bas du tableau 
général de la notation grecque. 

W On appelle intervalle, ou plutôt système •auicvàv, dense, resserré, un 
groupe de trois notes qui, dans la partie grave d'un létracorde donné, occupe 
une étendue moindre que le troisième intervalle complémentaire de ce tétracorde. 

' 4) Gevaert, ouvrage cité, t. I, p. 60a : «Les petits intervalles qui constituent 
le pyenum sont exprimés [dans la natation instrumentale] par les trois formes 
d'un même caractère. » Th. Reinacli, Bulletin de correspondance hellénique, an- 
née 1893, p. 5q3 : «Les trois notes formant un pyenum [dans la notation 
vocale] sont toujours trois lettres consécutives. r> Et en note : «De même, dans 
la notation instrumentale, ces trois notes s'écrivent à l'aide du même caractère 
droit, retourné, renversé. Celle double règle ne souffre aucune exception, comme 
il est facile de s'en assurer.» On voit que, de ces deux savants, te premier omet 
de sigualer les exceptions, et que le second, allant plus loin, affirmé qu'il n'y 
en a pas. Il est bien des cas, cependant, où les trois notes consécutives, dis- 
tantes entre elles d'un demi-ton ou d'un diésis, c'est-à-dire les trois sons d'un 
pyenum, peinent cire représentées par des lettres différentes. Têts sont tes groupes 
suivants, d'après les tableaux d'Alypius : 

Tnoi'E huEtf, létracorde des hypalcs. — Notes vocales : delta renversé, gamma 
retourné, alplia renversé. 



— 461 — 

attribuées à certaines lettres, et toujours dans le même ordre. 
Ainsi, dans le genre chromatique (1) , du grave à l'aigu, ces 
lettres (2) se présentent dans les positions figurées ci-après (3) : 

Noies instrumentales: lau couché, retourne', gamma droit, digamma renversé 
(correction proposée: gamma retourné). 

Tétracorde des moyennes. — Notes vocales : lau droit, sigma droit, pi droit. 

Notes instrumentales : digamma retourné, sigma droit, sigma retourné. 

Tétracorde des conjointes. — Notes vocales : kappa, iota, èta. 

Notes instrumentales : demi-delta allongé, lambda couché, lambda couché, 
retourné. 

Tétracorde des disjointes. — Notes vocales : èta, zêta, delta. 

Notes instrumentales : lambda couché, pi couché , pi couché, retourné. 

Tétracorde des hyperboléennes. — Notes vocales : khi altéré, phi couché, tau 
renversé. 

Notes instrumentales : moitié de gauche de l'alpha, partie inférieure; èta 
négligé, allongé; moitié de droite de l'alpha, partie supéiieiue. 

Des cas analogues se présentent, pour la notation vocale, dans lu totalité des 
tropes hypo- et hyperiastien ; dans tout l'iastien, excepté le tétracorde des con- 
jointes; dans l'bypoiaslien, tétracordes des hypates et des disjointes; dans le do- 
rien, tétracorde des conjointes; dans l'hyperdorien, tétracordes des moyenues, 
des conjointes et des hyperboléennes. Quant à la notation instrumentale, le 
pycnum.dans ces mêmes tropes, comprend généralement deux signes identiques 
ligures dans des positions différentes, mais jamais trois. 

(n La succession de trois sons, détaillée ci-après, procède par quarts de ton 
dans le genre enharmonique. 

W Nous décrivons ici les lettres-notes d'après Alypius, sans nous occuper 
de l'alphabet archaïque auquel Westphal et d'autres savants les croient em- 
pruntées. 

(3) Les chiffres placés à la suite de chaque signe correspondent à ceux du ta- 
bleau ci-dessous, qui représente l'ancienne échelle grecque des sons, dans les 
genres chromatique tonié et dialoniijue synton, les seuls qui se retrouvent dans 



9' „ -wtt-<> éi* t»o b o= p~r<> ° *° 



XE 



O-| O #0-<nr1tTT 



ou 
a 3 65 G 7 8 910111a 

CL_ , 



tfa lo " I" ° * °" hn *" 



i3 tù i5 16 17 18 19 {Suivez.) 



462 — 



Trope hypodorien 

(lélraconle des hypates) 

Trope hypolydien 
(même tétracorde) 

Tropcs dorien 
(tétracorde des hypates) 

et hypodorien (télrac. des moyennes) 



Trope hypodorien 
(tétracorde des conjointes) 



Tropes phrygien 

(téTraeorde des moyennes) 

et liypophrygien (tétrac. des conjointes) 

Tropes lydien (tétrac. des moyennes) 

hypolydien ( tétrac. des conjointes) 

il hyperlydien (tétrac. des hypates) 



I I 



douhle sigma droit. ■ £ 
couché . CO 
retourné 3 

êla incomplet droit. . . h 

— couché . x 

retourné . p| 

epsilon droit E 

— couché lu 

— retourné g 

demi-mu droit (ou de 
gauche) K 

demi-mu couché 2_ 

— retourné (ou 
de droite) ^ 

digamma droit . ... F 

— couché. . . . LL 

rolo'.irné. . . q 

sigma droit C 

couché o 

relourné 3 



[ sigm; 



3 
h 
5 

7 
8 

9 

8 

9 

1 

i3 
ta 

i5 

i5 

i(i 

*7 

i5 

H) 

»7 



l' échelle moderne tempérée. Nous adoptons ici la concordance cbnvenliomieUe 
généralement admise depuis que Fr. Bellei-mann l'a proposée I DieTonèàtern, etc., 
1 H '1 7 , p. 6), concordance d'après laquelle le son le plus grave de l'éehette 

mélodique générale, chez les anciens Grecs, est notre fa grave de la clef de fa . 
el le son le plus aijju, le sol aigu de la clef de sol. 



20 21 23 a3 2/1 af) 26 27 28 29 3o 

i> t» o-#<»-» ° *° ° — - — 


3i 


.(<h # 


, 



32 33 U 35 36 37 38 3g 



— 463 — 

! kappa droit K 19 
_ couché ^ 20 
retourne >| 21 

Le gamma rentre dans ce système de transformation : 

; gamma droit j" ta 

I — couché i_ i3 

Tropes lydien ! — retourné.... "1 là 

(tétrac. des hypates) avec barre, J (d'après Aristide Quinli- 

et hypolydien \ lienetBoèce) 
(tétrac. des moyennes) sans barre I digamma renversé (d'a- 
près Alypius et Bac- 
\ chius' 1 ») b 

Il existe un autre mode de transformation des lettres re- 
présentant trois notes consécutives, constitutives du pycnum, 
savoir : 

Tropes phrygien (tétrac. des hypates) i tau couché ........ H 10 

et hypophrygien j — renversé 1 1 1 

(tétrac. des moyennes) ( — couché, retourné . -1 19 

Mêmes tropes ( lambda couché < 22 

phrygien (tétrac. des disjointes) — renversé V 23 

hypophrygien (tétrac. des hyperbol.) ( — couché , ret" é . . > 2/» 

!pi couché C 2/1 
— renversé m 25 
-couché, retourné.. =1 2 G 

Les autres lettres (A, A, Z, N, O) sont hors de cause. 
La succession du gamma droit et du gamma couché appelle 
nécessairement, comme troisième note du pycnum, le gamma 

W Les signes V se rencontrent en outre pour représenter les lichanos dans 

les tropes éolien (létracorde des hypates), hypoéolien (télracordc des .noyennes) 
et hypolydien [même télracordc). Nous sommes naturellement amené à proposer 
la même correction dans ces trois tropes. 



— 464 — 

retourné d'Aristide Quiulilien et de Boèce. En effet, celte lettre 
ne peut rentrer dans le second système de transformation, 
celui où la lettre est successivement couchée, renversée et 
couchée, retournée. 

On ne saurait nous objecter que le gamma retourné, exis- 
tant déjà dans la notation vocale (son 1 a), ne doit pas figurer 
dans la notation affectée aux instruments. Le gamma n'est pas 
le seul signe employé sous la même forme, ou plutôt dans 
la même position, pour les deux notations. Voici quelques 
exemples de celle similitude : 

VOIX. l.NSTRCMENTS. 

H ah H 5 

K ai K 19 

U 5 U 25 

T 17 T a 

1 3o 1 11 

Notre seconde proposition tend à établir que le digamma 
renversé d'Alypius et de Bacchius ne peut représenter la note 
en question. Le digamma renversé occupe dans les tableaux 
d'Alypius le dernier degré d'un groupe de trois notes éloignées 
entre elles de l'intervalle de demi-ton. Or on a vu que, dans le 
premier mode de transformation, il n'y a pas de lettres ren- 
versées, et que dans le deuxième, qui en possède, la lettre 
renversée occupe toujours le second rang de son groupe. 11 
n'est donc pas de place normale pour le digamma renversé. 

Comment expliquer l'anomalie constatée dans les dia- 
grammes d'Alypius? Il est probable que. l'ait paléographique 
assez fréquent, le voisinage immédiat du groupe composé des 
digammas droit, couché et retourné aura causé l'erreur de 
ce musicographe, et qu'il aura confondu le dernier signe du 
groupe des gammas avec le premier signe du groupe suivant, 
celui des digammas. 



— 465 — 

Toutefois une autre explication se présente à l'esprit. 
Nous avons dit que le digamma renversé est une faute im- 
putable à l'auteur, plutôt qu'à ses copistes. On pourrait encore 
rendre compte de cette variante, par la paléographie. Si nous 
comparons le texte d'Alypius Siyaixyiov àveal papixévov avec la 
traduction en grec du texte latin de Boèce : gamma conversum, 
c'est-à-dire y<x(xtxot à7reo-1pafx{xévov, nous constaterons la res- 
semblance approximative de StyotiJ.(xov et deyolfxfxa., puis celle 
de àve<r1pa{i(xévov et de ànevl pau;xsvov {l \ et ces rapprochements 
nous amèneront à supposer que la confusion des mots qui, 
respectivement, sont à peu près semblables, dut aboutir à 
l'introduction, dans les tableaux d'Alypius, du signe que nous 
proposons de rejeter. La date de. cette confusion se placerait 
naturellement entre l'époque d'Aristide Quintilien et celle 
d'Alypius, c'est-à-dire entre le 11 e et le m c siècle de notre ère. 
Une considération vient s'ajouter aux précédentes pour nous 
déterminer à rejeter le signe instrumental décrit «digamma 
renversé» dans Alypius et Bacchius, en tant que correspondant 
au signe vocal «alpha renversé». La même description, St'yafx- 
(jlov âveal pawévov avec la figure u. (2) , est appliquée par Aly- 
pius au signe instrumental qui marche avec la note vocale 
décrite v, Y (note 16). Or comment admettre que deux 
signes puissent avoir donné lieu à une description faite en 
termes identiques, en même temps qu'ils auraient revêtu les 
deux formes différentes b et u. ? Il faut donc croire que l'une 
des deux descriptions est fautive. On vient de voir celle qui 
nous paraît l'être. 

Passons aux deux autres corrections, lesquelles, à la diffé- 

M La fréquente confusion (ïàvealpaft^évov avec i-nealpa^êvov, dans les 
manuscrits d'Alypius, est signalée dans tes notes de Meibom, ainsi que l'emploi 
indifférent des mots ëîycty.pov et èiya^n. 

(2 > Ici le mot >ivea1 pet^évov signifie «renversé (sur te dos)» et, consequem- 
ment, est synonyme de Miov; Cette synonymie se produit pour 1rs signes : 
F, K, E , double 3, C et double C. 



— Z»G6 — 

rence de la précédente, sont proposées ici pour la première 
fois. 

Paranèle des disjointes chromatique. — Description d'Alypius : 
AeXxa èit\ tyjv bfymnct xaï *ttt zs\dyiov à.Ttz</lça\i.\i.(vov, eyov 
serco yf<x[xny'v ,.. r Delta surmonté de l'accent aigu, etpi couché , 

retourné, portant une barre à l'intérieur. 

Description de Boèce: Delta habens virgulam et pi graecum 

jacens, conversum, habens lineam angularem . 

La variante relative à la barre du pi couché, retourné, 
oblique dans Boèce, horizontale dans Alypius, n'a pas assez 
d'importance pour nous arrêter, attendu que la note lydienne 
chromatique représentée par cette lettre se distingue suffisam- 
ment du pi appartenant aux autres tropes, quelles que soient 
la forme et la position de la barre qui lui est affectée. On 
serait même tenté de préférer ici la leçon d'Alypius à celle de 
Boèce, en raison de l'analogie qui doit nécessairement exister 
entre la barre du pi et celles que portent, dans le trope lydien, 
les signes des notes caractéristiques du genre chromatique, 
barres qui sont toujours horizontales. La description du delta 
donnée par Boèce présente une différence plus intéressante. 

D'abord l'accent aigu qui surmonte les autres lettres, dans 
l'auteur grec, a toujours pour fonction spéciale de distinguer 
une note donnée de la note de même forme, placée à son 
octave grave, ou, en d'autres termes, de désigner une note 
située à l'octave aiguë de celle que représente le même signe 
non accentué. Or\c delta, dans tous les tropes qui l'admettent^, 
n'apparaît qu'une seule fois, et, par conséquent, dans aucun 
trope il ne peut appartenir à une série de lettres accentuées. 

En second lieu, il était naturel que ce delta reçût un épi— 
sème analogue à celui des autres notes lydiennes qu'on a 

(l) Les tropes hypoéolien, liypo lydien, éolien, lydien, byperderien <>u mixn- 
lydieo grave et hyperiastien ou mixolydien 'ligu. 



— 467 — 

voulu différencier ainsi dans le genre chromatique, c'est-à-dire 
une barre coupant quelqu'un de ses traits. 
Nous arrivons à'îa troisième correction. 

Paranète des hyperboléennes chromatique. — Description 
d'Alypius : Tau àveai paupiévov Ktxï )î(xtalÇ>a Seçiov avoj vevov 

£7r< rrjv o^vTrira. „. « Tau renversé, et moitié de droite de 

Y alpha, partie supérieure, surmontés de l'accent aigu. » 

Description de Boèce : Tau supinum habens lineam et 

semialpha dextrum (1) supinum habens rétro lineam r; . 

Ici encore, et pour les mêmes raisons que dans le cas pré- 
cédent, il n'y a pas lieu d'accentuer les deux notes, ainsi que 
le fait Alypius. Ces notes doivent recevoir une barre, aussi 
bien que les notes correspondantes des autres tétracordes. 

Nous sommes porté à croire qu'Alypius n'a pas été la source 
directe de Boèce, et même que celui-ci avait sous les yeux, 
sinon le diagramme que dressa le musicien Stratonicus, au 
temps d'Alexandre (2) , du moins l'œuvre d'un musicographe 
antérieur à l'auteur de X Introduction musicale. En effet, dans 
les passages où Boèce détaille les noms et décrit les formes 
des notes lydiennes, la seconde note mobile de chaque tétra- 
corde (lichanos et paranète) est désignée uniquement par 
l'adjectif dérivé de la dénomination du genre auquel elle ap- 
partient (enarmonios, chromatice, diatonos) à la manière des 
plus anciens musicographes grecs, notamment Aristoxène, 

tu Friedlein, le dernier éditeur de Boèce, donne le signe instrumental -f 
romme s'il s'agissait de la moitié de gauche de l'alpha. Meibom reproduisant, 
d'après le codex Selden. d'Oxford, le passage qui nous occupe, y a lu y ; le ms. f de 
Friedlein (n° 18A80 de Munich) du xi e siècle, porte, parait-il, le signe v. 
Nous nous conformons à la description littérale de l'auteur. Cf. 0. Paul, lioe- 
tuis. . . 5 Bûcher ùber die Musik ans der latein. in die deutsche Spraehe ùi>cr- 
Iragen, etc. ( Leipzig, 187a), p. 27a, etc. Ce savant a reproduit les signes donnes 
par Borce, sans les faire suivre d'aucune observation. 

( ' 2) Athénée, Dipnotophiste» , p. 352. 



— 4G8 — 

disciple d'Aristolp, <;t ce n'est que dans le tableau subséquent, 
où est résumée cette nomenclature détaillée, que Boèce intro- 
duit les substantifs «Ijchanos» et «paranèle», comme on le 
fit plus tard. 

Résumons-nous. On propose de remplacer dans la séméio- 
graphie musicale des anciens Grecs : 

i° Le signe instrumental qu'Alypius décrit «digamma ren- 
versé, fc» par le signe décrit cbez Boèce «gamma retourné, 1 »; 

5° Le signe instrumental qu'Alypius décrit r delta surmonté 
de l'accent aigu, a'» parle signe décrit chez Boèce «delta por- 
tant une barre, A »; 

3° Le groupe des deux signes, l'un vocal, l'autre instru- 
mental, qu'Alypius décrit «tau renversé et moitié de droite de 

Y alpha, partie supérieure, surmontés de l'accent aigu, ^.» par 
le groupe décrit chez Boèce «tau renversé portant une barre 
et moitié de droite de Y alpha portant une barre, J ». 

Ces trois modifications, qui ont un caractère positif, puis- 
qu'elles s'appuient sur des textes, font disparaître autant d'ano- 
malies dans la nomenclature musicale de la Grèce antique. 
Or, c'est là un sujet d'études qui attire particulièrement les 
savants et les esprits curieux, depuis qu'on a découvert et dé- 
chiffré, en Egypte, un papyrus contenant la mélodie de quel- 
ques vers d'Euripide; à Tralles, une inscription où l'on peut 
lire pour la première fois la notation du rythme, et surtout, en 
Grèce , des fragments étendus d'hymnes en l'honneur d'Apollon , 
un des plus importants résultats, à certains égards, des fouilles 
que notre École d'Athènes poursuit avec tant de succès dans 
les ruines de Delphes"'. 

W Voici les seuls passages où Moibom, dans ses notes sur Alypius (p. a8), 
mentionne les signes qui viennent de nous occuper : 

Page 79. S.i-/av6i fora-rû» (lire iizâtdiv) ^pwfiatTix») , <fÀ£ac dveal papfiévov 

nul Siyaftfiov ivecrlpififiévov {{_)■ HieC notarum copula semel est in chroma- 



— 469 — 
N° XXXV. 

RAPPORT DE M. HÉRON DE VILLEFOSSE SUR LA MISSION DU LIEUTENANT 
D'ARTILLERIE H. LECOY DE LA MARCHE, DANS LE SUD TUNISIEN. 

( SEANCE DO 21 DECEMBRE l8g4.) 

Au mois de novembre 1893, M. H. Lecoy de la Marche, 
lieutenant d'artillerie, adjoint à la mission F. Foureau par 
M. le gouverneur général de l'Algérie, quittait Gabès pour re- 
chercher à travers une contrée encore peu explorée et mal 
connue le tracé de la voie romaine qui se dirigeait de Tacape 
(Gabès) vers Cydamus (Ghadarnès). 

Après une courte halte à Gightis (Bou-Grara), M. Lecoy 
de la Marche gagnait Aïn-Mader et Zarzis, puis il visitait, le 
21 novembre, les ruines romaines de Ksar-ben-Nizi, situées 
à 7 kilomètres au sud-est de Ksar-ben-Guerdane. Là commen- 
çait sa véritable exploration. Au centre d'une terrasse limitée 
par des murs de soutènement assez épais, il reconnaissait sur 
ce point les restes d'un poste carré de 5 mètres de côté, 
percé de quatre portes dirigées vers les quatre points cardi- 
naux. 

Les jours suivants, il visitait successivement l'Henchir De- 
bouza, l'Henchir Bou-Kournine, puis, s'éloignant de la mer 
pour se diriger dans l'intérieur du pays vers le sud-ouest, il 
atteignait l'Henchir el-Aouer et l'Henchir el-Ihoudi, où se 

lico ubi in fine lofjenduni Slyctftiov àveo7pa[i.(iêvov, ypafi(ifiv é%ov, cum hao 
nota -Jt • 

P. 79. riapavrfTrç Sielevyfiêvuv %pct)[ia.Ttx-?i , Sé^a êiti tï\v ù%,\iii\ta. xal -zst 
zs^âyiov ànealpetfiftévov, êyov eau y pa.\i\j.i\v . Semol hic ita in chronialico. In 
ejusdem que-que fjeneri*-; liypolydio recle ëéfaa xal tsi ■aXâytav à-asalpa^évov, 
et sic in hypo.nolio et tribus lo< is enarmonii. 

P. 80. f\apavr\tr) v-nep§o).aiù)v ■^pw^.a.TiKr) , Tau dvea1paii.fj.evov xal ^(x/aAi^a 
Se&ov ivù) vevov êisl ttiv o^ûrrna. Omnes (libn) pro êet;iov perperam habent 
dptulspôv. 

xxii. 3a 



1* rn 1 virin | IATIOïALS. 



— 470 — 

trouvent des citernes voûtées. Après avoir franchi l'Oued Sa- 
bègue et traversé le Rgigila, H arrivait le 3o novembre au 
poste français de Fourn-Tatahouine, admirablement situé au 
bout dune longue oasis, presque au point de jonction de l'Oued 
Tatahouine et de l'Oued Beni-Blell, dont la réunion forme 
l'importante vallée de l'Oued Fessi. 

Des débris romains existent dans ce poste. Le premier 
bâtiment élevé par les Français a été construit avec des pierres 
antiques : un des pignons présente un grand nombre de frag- 
ments de bas-reliefs assez grossiers, où on reconnaît des ani- 
maux, notamment des autruches, et quelques figures d'hommes 
très rudimentaires. Il y avait donc en ce lieu même des ruines 
romaines aujourd'hui disparues. 

A h kilomètres de Foum -Tatahouine, presque dans la 
vallée de l'Oued Beni-Blell, on remarque un tombeau romain, 
dont la base seule existe encore. Parmi les pierres amoncelées 
autour de cette base, M. Lecoy de la Marche a retrouvé une in- 
scription, dont il a pris un estampage. Malheureusement, le 
texte est très effacé, et sur l'estampage même on ne distingue 
plus avec certitude que quelques lettres à la dernière ligne, 
lettres qui confirment le caractère funéraire de l'inscription : 

N° 1. 



N. .C 

wONIMENteM- SIBI ■ FECIT • Et • svis 

Le 2 décembre, guidé par un cavalier arabe, M. Lecoy de la 
Marche se rendit au village berbère de Tlalet, oùCh. Tissot (1) 
place le Talal/iii, de l'Itinéraire d'Antonin t2) . Le village était dé- 
sert. Il eut cependant la chance de rencontrer un vieillard qui 

I 1 ' Géographie comparée de laprov. romaine if [friqw, 11, 698, 71&, 769p. 
Y ."), 3. Le texte do Y Itinéraire porte Tabalati. 



— 471 — 

ie conduisit à h kilomètres environ, sur un plateau assez 
étendu, en face de Guermessa, pour lui montrer, disait-il, de 
vieilles pierres. L'endroit s'appelle aujourd'hui Ras-el-Aïn, à 
cause de la source qui y jaillit. Il y remarqua une grande en- 
ceinte carrée de près de 100 mètres de côté, entourée de 
nombreuses constructions. Les amoncellements formés par les 
ruines élaient assez élevés et faisaient supposer qu'on retrouve- 
rait facilement les restes des murs. Il y revint le 26 décembre 
et y commença des fouilles qu'il résume en ces termes : 

«J'attaquai d'abord les quatre faces de l'enceinte carrée. Au 
centre de chacune d'elles, je mis à jour une porte cintrée en 
pierre de taille, dont les piliers seuls sont encore debout. Mais 
trois de ces portes sont solidement murées : une seule, celle, 
du sud, est ouverte: je l'ai dégagée entièrement et j'en ai re- 
levé le plan et l'élévation. Chaque porte, large de 2 m. 70, 
est flanquée de deux demi-tours rondes de 4 m. 70 de dia- 
mètre extérieur. Au-dessus de chaque porte se trouvait une 
grande inscription. Trois de ces inscriptions sont entièrement 
effacées, mais celle de la porte nord est bien conservée en deux 
morceaux. J'ai pu en prendre un estampage très net. (Voir 
le n° a.) 

«Les murs et les tours de l'enceinte sont en moellons de 
grandes dimensions; ils sont debout sur une hauteur variant 
de 1 m. 60 à 2 mètres. Je rencontrai beaucoup de difficultés 
à fouiller l'intérieur de l'enceinte : aucun point remarquable 
n'apparaissait, et cet amas de débris défiait presque la pioche. 
Je pus cependant mettre à jour des restes de murs dont, 
j'ai relevé exactement la forme. Dans une des tours je trouvai 
des ossements humains, dans un des bâtiments une sorte 
de boulet rond en pierre, près de la porte sud des clous et 
des ferrures énormes semblant venir de la porte, un peu 
partout de la menue monnaie de bronze et des débris de 
poterie. 



— 472 — 

«Je passai ensuite aux constructions extérieures. Je creusai 
les tumuli les plus élevés, et ne trouvai rien de remarquable 
dans les maisons, même les mieux conservées, dont j'ai levé 
les plans. Néanmoins, je recueillis trois fragments d'inscrip- 
tions : les pierres qui les portent étaient au milieu de la ma- 
çonnerie, et la face gravée était couverte de ciment. Deux 
seulement ont pu être assez Lien nettoyées pour être photo- 
graphiées , mais j'ai rapporté les estampages de trois fragments. 
(Voir lesn os 3, h et 5.) 

« Ces travaux assez peu fructueux me tinrent jusqu'au 2 o jan- 
vier. » 

Ce rapport trop court est accompagné de sept photographies, 
du plan général des ruines de Ras-el-Aïn , levé après les fouilles , 
du plan et de la reconstitution d'une des portes de l'enceinte 
carrée, de quatre petits plans de bâtiments faisant partie des 
constructions extérieures, et de quatre estampages. 

N° 2. 

Le premier de ces estampages est très net. Il nous fournit 
l'inscription gravée au dessus de la porte nord de l'enceinte 
carrée, et dont voici le texte : 



IMP • CAES c ■ val ■ aur • dioclctianus PIVS FELIX INV1CTVS 



AVG • GERMANICVS PERSICVS MAXIMVS PONTIFEX 
MAXIMVS TRIB-P-XII COS-V-P0P<£PROCOS-CASTRA-OH 
VIII FIDAE OPPORTVNO LOCO A SOLO INSTITVIT 
OPERANTIBVS FORTISSIMIS MILITIBVS SVIS EX LIMI 
TE TRIPOLITANO- 

hnp(erator) Cacs(ar) [C. Val(crius) Aitr(clius) Dioclctianus \ pins ,fclix, 
inviclus, augustus, Germanîcus, Persicus maximus, ponii/ex maximus, 
tril)(unicia) p(olestalc) X1J, co(n)s(ul) V, p(ater) p(alriae) , proco(n)s(uI) 
castra coh(ortis) VIlIFidae opportuno loco a solo instituit, opérant ibus for- 
tissimis militibus suis ex limite Tripolitano, 



— 473 — 

Le nom de J'empereur est effacé, mais il est facile de le 
rétablir. 11 s'agit de Dioclétien qui prit le nom de Germa- 
nicus en 285, le titre de Persicus Maximus en 288, qui fut 
consul V en 2 9 3 et dont la xn e puissance tribunice commença 
le i cr janvier 295. C'est donc en cette année (l) que fut con- 
struit le camp fortifié de Ras-el-Aïn. 

L'inscription nous apprend qu'en 295 la garnison de ce 
camp était formée par la cohorte VIII Fida. Cette cohorte n'est 
pas autrement connue. Elle ne porte pas un nom distinctif de 
peuple, comme la plupart des cohortes auxiliaires; on est donc 
amené à penser qu'elle appartenait plutôt à une légion. Dans 
ce cas, il semble naturel de supposer qu'elle venait de Lam- 
bèse et qu'elle avait été détachée de la troisième légion pour 
occuper le camp nouvellement établi (2) . Un fait qui nous est 
inconnu lui avait valu le surnom de Fida. D'après les relevés 
exécutés sur le terrain par M. Lecoy de la Marche, on peut se 
rendre compte facilement de la disposition du poste fortifié 
qu'elle occupait (3) . 

La mention du limes Tripoli (anus, qui termine le texte, en 
forme l'intérêt principal. L'Itinéraire d'Antonin (i) désigne en ces 
termes la voie qui allait de Gabès à Lebcla : lier qnod limitent 
Tripolitanwn per iurrem Tamalleni a Tacapis Lcpli Magna ducit. 
Or, parmi les stations de cette voie, se trouve Talalati; depuis 
longtemps on a proposé de placer cette station à Tlalet (5 '. Le 



M L'année précédente, en 29/j , des forteresses avaient été construites dans 
le pays des Sarmates, vis-à-vis d'Aquincum, près de Bononia, et sur la ligne 
du Ruin(Goyau, Chronologie, p. 35) -35a). 

• W Ce l'ait s'accorderait bien avec l'histoire de la 111 e légion, dont la présence 
à Lambèse ne peut pas être constatée après l'année 393, mais qui resta cepen- 
dant encore en Afrique, postérieurement à celte date. 

( 3 > Sur les constructions militaires élevées le long du lime» de Tripolitaine et 
de Numidie, voir Cagnat, L'armée romaine d'Afrique , p. 67/1 et suiv. 

W N. 7 3. 

<5) Tissot, loc. cit.; Gagnât, op. cit.. p. 75a. 



— Mk — 

massif montagneux du Djebel Tlalel donne son nom à toute 
la contrée, de sorte que l'identification était juste sans être 
précise. Le document épigraphique, quoique ne fournissant 
pas le nom antique de la localité, prouve que le village ac- 
tuel Tlalet, où d'ailleurs on ne trouve aucun vestige romain, 
ne s'élève pas sur l'emplacement de Talalati; c'est à k kilo- 
mètres de ce village, à l'endroit appelé aujourd'hui Iias-el-Àïn, 
qu'il faut placer la station romaine. La voie stratégique qui 
reliait entre eux les différents postes militaires du limes Tripo- 
htanus, passait donc à cet endroit. 

Un autre document, la Notice des dignités, contient la liste 
des officiers chargés de la défense du limes Tripolitain au 
commencement du v c siècle; en tête de cette liste ligure le 
praepositas limitis Talalatensis^K Cet officier était, sans aucun 
doute, le commandant du camp construit en 995. 

Il y avait sa résidence et celle de son état-major. Là se trou- 
vait aussi le magasin d'approvisionnements pour les postes 
placés sous ses ordres^. Il est difficile de dire si, dès Tannée 
996 , il portait ie titre qui lui est donné dans la Notice des di- 
gnités, à la fin du v L ' siècle, mais il est hors de doute que le 
préfet de ia cohors VIII Fida remplissait sous Dioclétien les 
fonctions d'un pràepo&itus limitis^K 

En cette qualité il avait sous ses ordres les milites liniitanei 
(jui sont cités à la fin de l'inscription comme les véritables 
constructeurs du camp de la cohorte. Ces limitanei constituaient 
la troupe sédentaire chargée spécialement de la garde du pays 
et de la surveillance de la frontière. C'étaient des soldats- 
cultivateurs, vivant sur leurs terres avec une sorte d'indépen- 

") Nutitia dignitatum, éd; Otto Sceck, p. 186. Il dépendait du dnx pvovvi- 
ciae Tripolilanae. 

M Cf. Gagnât, op. cit., p. 7G6. 

W Dans l'épigraplue africaine ce titre apparaît dès l'année 3oi (Corp. insci-. 
latin., vol. VIII, n° 9025). 



— 475 — 

(lance, mais soumis en même temps à la discipline militaire, 
lenus à certaines obligations dont l'inscription de Ras-el- 
\ïn nous fournit la preuve, toujours prêts, du reste, à quitter 
la charrue pour courir aux armes et pour repousser l'ennemi. 
Ainsi le prœpositus limitis avait sous ses ordres deux sortes de 
soldats : les uns appartenant à l'armée proprement dite (cohors 
VIII Fida), les autres formant, comme on l'a très justement dit, 
une sorte de troupe territoriale [milites ex limite Tripolitano). 
L'inscription si heureusement découverte par M. Lecoy de 
la Marche nous fournit donc une note précieuse pour l'histoire 
des réformes et des changements introduits à la fin du troi- 
sième siècle dans l'administration des provinces et dans l'orga- 
nisation militaire. Elle s'accorde complètement avec les données 
de l'Itinéraire et de la Notice. Son importance au double point 
de vue de l'histoire et de la géographie ne saurait échapper 
aux archéologues. C'est, je crois, le premier document épi- 
graphique relatif à l'armée de la Tripolitaine. 

N°3. 

Le second estampage est assez mal venu; il a dû être pris 
sur une pierre fort dégradée qui avait été employée dans une 
construction : 

LAV SV S 

CONSTANTI PII FELICIS Augm 

IA. . .FORTISSIMO AC FLORENte^W cacs. 

Si, dans ce fragment difficile à lire, il s'agit de Constance 
Chlore, le texte appartiendrait aux années 3o5 et 3o(> et au- 
rait été, par conséquent, gravé environ dix ans après l'établis- 
sement du camp fortifié. 



— 476 — 

N° à. 

Le troisième estampage a été pris également sur un frag- 
ment qui avait été utilisé dans une construction : 

d i l APSA AD REI 

SPKOPV GN Aculorum 

....TIVS NILVs V-e 

provINClALIBVSObtulit 
ad erERCITVVMV tïlitatem 
pKOCVKAVlt 

Malgré sa mutilation ce fragment offre de l'intérêt. Il y est 
question de la réparation (?) des remparts de l'enceinte dans 
laquelle les habitants de la contrée, les provinciales , trouvaient 
un refuge en cas de danger. Le gentilice du personnage in- 
scrit à la troisième ligne ne peut pas être complété avec certi- 
tude. 11 semble qu'on voit avant le T les restes d'un A; ce 

nom se serait donc terminé en ATIVS. A la fin de la 

ligne on peut supposer aussi bien V. p. que V. e. 

N° 5. 

Le quatrième estampage a été pris également sur une pierre 
utilisée dans une construction : 

N 

triumpH ATORES 

. ./ortISSIMICAES 

M EX SV 

PRAESES El 

M.. 

. .NTO 

. .MIM 

Gomme le précédent Fragment, celui-ci remonte certaine- 



/«77 



ment au iv e siècle, hepraeses nommé à la ligne 5 était le gouver- 
neur de la Tripolitaine dont le nom manque malheureusement. 

Le 20 janvier 189/i, les fouilles de Ras-el-Aïn étaient ter- 
minées et huit jours plus tard le lieutenant Lecoy de la Marche 
était campé beaucoup plus au sud, dans la direction de Re- 
mada, au point nommé Ei-Amrouni. Il y découvrit un très 
grand tombeau dont le soubassement carré était resté seul 
intact; toute la partie supérieure, qui comprenait une in- 
scription bilingue (latine et néo-punique), ainsi que d'impor- 
tants bas-reliefs, fut retrouvée dans le sable. Les matériaux de 
ce tombeau sont pour ainsi dire neufs : le sable les a merveil- 
leusement conservés; on voit encore sur les pierres la trace de 
l'outil de l'ouvrier; les moulures, les chapiteaux sont intacls. 
11 semble que ce tombeau a dû être violemment renversé peu 
de temps après son érection. Il mesure plus de h mètres à 
la base et sa hauteur totale dépassait 12 mètres. Le caveau, 
garni de quatre niches, était complètement vide, mais bien 



conservé. 



Les estampages rapportés par M. Lecoy de la Marche per- 
mettent de connaître le nom du personnage qui avait fait con- 
struire ce grand monument funéraire : 

N° 6. 

DIS<3 MANIBVS& SACO 
Q_-APVLEVS-MAXSSIMVS«a 
QVIET-RIDEVS-VOCABA 
TVR . I VZALE • F ■ I VRATHE ■ N ■ 
VIX-AN • LXXXX^TH ANVBRA • 
CONIVNX-ET- PVDENS-ETSE 
VERVS-ET-MAXSIMVS-F3 
PIISSIMI-P-AMANTISSIMOS-P-F 

Tel est le texte de l'inscription latine. Je laisse à notre sa- 



— 478 — 

vanl confrère, M. Pli. Berger* le soiji d'entretenir l'Académie 
<lu teste néo-punique. 

L inscription est entourée d'un encadrement sur la moulure 
duquel a élu gravé le Q initial de la seconde ligné. 

On remarquera l'ortnograjpnè du nom Maxksimus (écrit la 
seconde fois Maxsimus), le sobriquet li'uhus sous lequel était 
ordinairement désigné Q. Apuleus Maximum, et les noms indi- 
gènes Iuzala, Iuratha, Thahubrà portés par les parents et par 
la femme du défunt, tandis que ses fils ont reçu les surnoms 
romains de Pudens, Severns et Maximus. 

Le nom indigène du grand -père, Juralhn, se rencontre 
dans un texte de l'année h 1 1 (1) , porté par un évêque donatiste 
qui appartenait précisément à la mémo région de l'Afrique. 

Ce monument était orné sur sa face antérieure de deux 
grandes figurés en bas-relief, placées entre deux pilastres sur- 
montés de chapiteaux corinthiens et supportant un entable- 
ment et une frise, (les (]mx figures représentaient vraisembla- 
blement le défunt et sa femme. L'inscription bilingue était 
gravée à la partie inférieure du tombeau. Sur la frise se déve- 
loppait un rinceau de vigne chargé de feuilles et de fruits, au 
milieu duquel couraient un enfant et un chien. 

Les bas-reliefs qui décoraient les faces latérales se rap- 
portent à l'histoire d'Orphée. L'un d'eux reproduit la scène si 
souvent traitée par les mosaïstes romains, Orphée au milieu 
fies animaux®. 

Le chantre divin est représenté imberbe, assis sous un 
arbre; il est tourné vers la droite et joue de la Ivre. Velu 
d'une longue tunique serrée à la taille et d'un manteau, il 

M Morcelli, Ajrica christiana, v° Turvciamnllicnsi*. 

'-' En Afrique, des mosaïques représentant celte scène onl été découvertes à 
Tanger, à Gherchell, à Hadrumèle, etc.' (Bulletin des Antiquaires de France, 1881, 
l>. i)7 ; 1 883, p. 3so); Sur lés ndmbrciix monuments où c lie scène est répétée, 
cf. J.-15. de Rossi, Oij'vo citarizzante ira gli animait dans te Bullettino di arch. 
criet., Série '1 . aHtro V (1887), p, 39. 



— 479 — 

porte une épaisse chevelure bouclée; il n'est pas coiffé, comme 
à l'ordinaire, du bonnet asiatique. Les bêtes fauves sont sorties 
de leurs retraites pour l'écouter. A ses pieds, on voit un lion, 
un sanglier, un singe, un gros animal ditîicile à déterminer 
et un oiseau; derrière lui, on remarque un autre lion, un 
chien (?) et un aigle. Les quadrupèdes sont assis dans une atti- 
tude attentive, les oiseaux se soutiennent en voltigeant. 

Le second bas-relief représente l'entrée des enfers et le mo- 
ment fatal où Orphé